BACTÉRIACÉES
fois la largeur du filament; elle va en diminuant vers la partie terminale, où elle fait tout à fait défaut. Certains filaments perdent leur gaine et s’accolent à d'autres à angle aigu ,simulant ainsi une fausse ramification.
La gaine possède la propriété particulière de fixer le fer que contient l'eau; elle se teint alors en brun rouge ou en brun verdâtre. Le sel de fer est un aliment essentiel pour cette Bactérie.
À certains moments, il se forme de courts bâtonnets mobiles qui soñt peut-être des arthrospores (1).
Chez les Leptothrix, les courts éléments, provenant de la segmentation des filaments, peuvent se réunir en petites zooglées arrondies, en s’accolant à l’aide de la matière mucilagineuse qui les entoure ; cette phase fait très probablement partie des formes, bien peu connues, décrites sous le nom de Myconosloc gregarium.
D’autres organismes, décrits comme Leptothrix, sont encore moins connus; la plupart sont certainement des Algues plus élevées.
4° cexre. — CLADOTHRIX.
Cohn (2) a créé le genre Cladothrix (xha60c, rameau ; 66, poil) pour un organisme microscopique, filamenteux, incolore, abondant dans les eaux douces ou saumâtres, courantes ou stagnantes, surtout celles qui renferment des plantes en décomposition, caractérisé par une disposition manifeste des éléments en fausse ramification (fig. 164), son Cladothrix dichotoma.
Les auteurs qui se sont occupés de tels organismes sont loin d’être d'accord à leur sujet. La même dénomination a été attribuée à des êtres bien divers. Il en est qui sont certainement des Algues incolores, pourvues de gaine ou sans gaine. D’autres ne peuvent être distingués des Leplothrix; la disposition en fausse ramification ne peut servir à les distinguer; nous avons vu précédemment que, d'après Winogradsky, les éléments du Leptothrix ochracea se disposent parfois en fausse ramification, ce qui avait amené Zopf à le considérer comme une des phases du Fig-A64—QCIadethrir di développement du Cladolhrix dichotoma de
Re Che CE CG OhA Dee organismes étudiés sous le nom
de Cladothrix dichotoma par Billet (3), Büsgen (4), sont des Algues inférieures bien différentes et ne corres-
(1) Wivocrapskx, Sur le pléomorphisme des Bactéries (Ann. de l'Inst. Pasteur, TI, 1889, n° 5).
(2) Cars Untersuchungen über Bacterien (Cohn's Beitr. zur Biol. der Pflanzen, I, 2e partie, p. 341).
(3) Bnuer, Contribution à l'étude de la morphologie et du développement des Bactériacées (Bull. sc. de la France et de la Belgique, 1890).
(4) Buscew, Kulturversuche mit Cladothrix dichotoma (Berichte der deutschen botan. Gesellschaft, 1894, p. 147).
taient une ramification vraie
: GENRE CLADOTHRIX 721
pondent pas à la diagnose, si peu précise, du reste, de Cohn. La coupe générique de Cohn paraît donc être parfaitement caduque, son Cladothrix devant être considéré certainement comme représentant une phase de l’évolution d'Algues inférieures de plusieurs types spécifiques très probablement.
Dès 1888, me basant sur la non-existence, comme type bien établi, du genre Cladothrix de Cohn, pour conserver le nom très significatif et très répandu, J'avais proposé d'établir un nouveau genre
Cladothrix pour des orga-
nismes très voisins sûrement des Leptothrix, s'en distinguant en ce qu'ils présen-
(fig. 165, a), dont un avait été décrit par Cohn sous le nom de Streptothrix Foersteri. Ce naturaliste avait crééle genre Streptothrix pour des organismes ne se distinguant de ses Cladothrix que par l'existence d’une ramification vraie des filaments. La dé- k nomination de Streplothrix 3
aurait parfaitement pu être ET) conservée; mais elle avait 6 "
été antérieurement employée ñ
dans la nomenclature bota- ,
nique. Corda (1) l'avait don- n di Lé née, en 1842, à des Champi- CD
gnons Hyphomycètes vivant
sur les troncs ou les bran- Fig. 165. — Formes diverses d'un Cladothrir. ches des Conifères. Il deve-
nait donc nécessaire de chan-
ger de dénomination générique; rien ne s'opposait à ce que l'on choisit la dénomination libre de Cladothrix, en spécifiant que la conception du type ainsi établi était différente de celle de Cohn. Ce n’est que postérieurement que Toni et Trevisan ont proposé le nom générique de Nocardia.
Sauvageau et Radais (2), en étudiant avec soin plusieurs de ces organismes, se basant sur la structure et sur la production, par les filaments, dans certaines conditions, d'articles que l’on peut considérer comme des spores, veulent en faire des Mucédinées, et les classer dans le genre Oospora de Wallroth, en 1833 (3). Ce genre, véritable caput morluum, contenait déjà des êtres pas mal dissemblables, placés là par les classificateurs pour se débarrasser de types gênants à classer; on y a réuni,
(1) Corva, Anleitung zum Studium der Mykologie, 1842. — Et: Icones Fungorum hucusque cognitorum, 1854.
(2) SauvaGEAv et Rapais, Sur les genres Cladothrix, Streptothrix, Actinomyces, et description de deux Streptothrix nouveaux (Ann. de l'Inst. Pasteur, VI, 1892, D2222)°
(3) Wazzrora, Flora Cryptogamica Germaniæ, II, 1833, p. 182.
Macé. — Bactériologie, 6° édit. II. — 46
1729 BACTÉRIACÉES.
en particulier, des formes de l’ancien genre Oïdium, des anciennes Torulas, êtres absolument différents, il faut le reconnaître, des formes qui nous occupent ici. De tels rapprochements sont à rejeter catégoriquement.
L'aspect, la structure, en particulier l'absence d'organisme nucléaire centralisé, les propriétés colorantes et culturales permettent de rapprocher plutôt ces organismes des Bactéries, dont elles diffèrent cependant par certains côtés, en particulier la production d'arthrospores. Rien n autorise à en faire des Mucédinées en les rapprochant d'organismes très différents et certainement éloignés, comme on l’a fait en instituant le genre Oospor a.
Gasperini (1) à proposé plus tard aussi le nom générique d’Actinomyces, qui pourrait aussi parfaitement convenir et aurait l'avantage d'une priorité indiscutable, ayant été appliqué par Harz (2), dès 1858, à l’une des espèces, le parasite de la tumeur maxillaire du bœuf ; le nom de Discomyces n’a été proposé que plus tard par Rivolta.
Le genre Cladothrix, conçu comme il vient d’être dit, peut se caractériser de la façon suivante: Ce sont des Bactéries filamenteuses, à éléments droits ou sinueux, dépourvus de gaine, produisant latéralement des ramificalions disposées d'une facon irrégulière ; dans certaines condilions, les filaments se segmentent en très courts bâlonnets ou en articles sphériques ou ovoïdes que l'on doit probablement considérer comme arthrospores.
Chez certaines espèces, Cladothrix asteroides, surtout Cladothrix Israëlt et Cladothrix farcinica, les filaments se séparent facilement, par quelque agitation, en courts articles cylindriques qui simulent absolument des formes bacillaires.
L'aspect des cultures est très souvent assez spécial. Beaucoup d’entre elles, surtout celles sur pomme de terre et sur gélose simple ou sucrée, ont à un certain moment, celui de la formation des arthrospores, une surface pulvérulente, blanche, d'aspect crayeux. C’est un caractère qu'on ne peut pas donner comme tout à fail spécial, mais qui est assez important pour qu'on l'utilise.
La première espèce connue est celle décrite par Cohn sous le nom de Streplothrix Foersteri. D'autres furent ensuite rencontrées dans l'air par Miquel (3), qui n’en reconnut pasla véritable nalure, dans l’eau par moi (4), où je les avais étudiées, pour ne rien préjuger, sous la désignaion de Cladothrix dichotoma. Toute une série d’autres espèces ont été isolées de l’air par Gasperini (5) et Rossi-Doria (6). Au début, on les considérait comme de simples saprophytes. Plus tard, l'étude de la morphologie et des cultures a permis d'en rapprocher certains orga-
(4) GasPernr, Ricerche morphologiche e biologiche sul genere Actinomyces Harz (Ann. d'Igiene sper., I, 1892, p. 167).
(2; Harz, Actinomyces bovis (Jahresb. der kônigl. central. Thierarzneischule zu München, 1858).
(3) Miquez, Les organismes vivants de l'atmosphère, 1882.
(4) MACE, Sur les caractères des cultures du Cladothrix dichotoma (C. R. de l'Acad. des sc., 1888).
(5) Gasperini, Recherches morphologiques et biologiques sur un microorganisme de ‘atmosphère, le Streptothrir Foersteri (Ann. de micr., 1890, p. 449).
(6) T. Rossr-Dorta, Su di alcune specie di Streptothrix trovate nell’aria (Ann d'Igiene sper., I, 1892, p. 99).
CLADOTHRIX CHROMOGENES. 723
nismes nettement pathogènes, celui de l'actinomycose dont J'ai signalé le premier les nombreuses affinités avec eux, celui du farcin du bœuf de Nocard, du pied de Madura de Vincent. Aujourd’ hui, tous ces organismes, qu'on les dénomme comme on voudra, semblent former un groupe bien homogène qui doit avoir sa place marquée parmi les Bactéries. Ils ont du reste, avec des types indiscutables, des points de contact sur lesquels on a beaucoup insisté; le Bacille de la tuberculose, le Bacille de la diphltérie, entre autres, nous l'avons vu, peuvent présenter des éléments nettement ramifiés ; bien des caractères de cultures peuvent être très voisins.
Les espèces de ce groupe sont très répandues dans la nature; elles abondent dans l'air, l’eau, le sol surtout, sur les plantes, à la surface du corps, des muqueuses et particulièrement de la muqueuse des voies digestives antérieures, dans la bouche surtout.
Le rôle qu'elles jouent est encore bien peu déterminé. On peut penser que ce sont des agents énergiques de décomposition de la matière organique dans le sol; elles doivent avoir une part très importante dans la formation des composés ulmiques, comme le démontrent l’action qu'elles exercent sur pas mal de tissus et produits végétaux et l'odeur intense de terreau que développent certaines espèces.
Certaines ont une action pathogène manifeste; elles déterminent d'ordinaire des affections à marche lente, chronique, ressemblant parfois à la tuberculose, parfois même de vraies pseudo-luberculoses, auxquelles, suivant les idées, on attribue le nom général d’actinomycoses, 0osporoses (1), séreplothricoses.
Leur morphologie est encore peuélucidée ; cependant les observations de Sauvageau et Radais, et surtout leurs cultures en cellules, ont déjà fait connaître des points intéressants, portant surtout sur la production des rameaux latéraux, la formation et la germination des spores.
CLADOTHRIX CHROMOGENES (GASPERIN.
(Streptothrix chromogenes de Gasperini, Streptothrix nigra de Rossi-Doria. Oospora Metschnikowi de Sauvageau et Radais.)
ATLAS DE MICROBIOLOGIE, PL. XXXVI
Cette espèce se rencontre fréquemment dans les analyses bactériologiques d’eau ou d'air. Elle est très commune dans la terre végétale.
MORPHOLOGIE
Caractères microscopiques. — Les filaments ont une largeur d'’environ 0,4 set une longueur beaucoup plus grande; certains peuvent atteindre 1 millimètre et plus. Ils sont immobiles et enchevêtrés les uns dans les autres. D’ordinaire, ils sont droits ou faiblement sinueux; parfois, on les trouve assez régulièrement ondulés dans une certaine
étendue ; ils peuvent même simuler des formes spirillaires (fig. 166, Die id).
(1) Rocer, Bovx et Sarrorx, Les oosporoses (Arch. de m'd. expér., XXI, 1909, p. 229).
724 BACTÉRIACÉES.
Leur contenu est tout à fait hyalin; d'ordinaire homogène dans
toute son étendue, il peut paraître segmenté, donnant l'illusion d’une cloison.
Les ramifications latérales ne sont pas régulièrement distribuées mais paraissent disséminées sans ordre (fig. 166, a). Les rameaux naissent, sur les côtés du filament mère, sous forme d'une petite hernie latérale qui grandit et donne un court prolongement cylindrique de même largeur que le filament mère et restant exactement perpendiculaire à lui tant qu'iln'a pas atteint une assez grande longueur. En grandissant, ils se rapprochent presque toujours du filament mère, avec
b c s ñ | &) LEE ds V ar | \ \22. = Ÿ-
Fig. 166. — Cladothrir chromogenes. 900/1.
a, portion de filament ramifié; b,c, d,e, f, g, parties de filaments diversement contournées ; h, filament segmenté en arthrospores ; 1, j, 4, L. m, n, formes anormales, formes d'involution.
lequel ils ne forment plus qu'un angle aigu. Sur un même filament, il est facile d'observer toute une série de ces rameaux latéraux à différents états de développementetde suivre ainsi une partie des transformations, depuis le simple bourgeon jusqu'à un rameau d'une grande étendue. Il
ne semble y avoir aucune règle pour la disposition des rameaux secon-
daires sur les filaments mères; on peut n’en trouver que d’un seul côté, ou de deux en alternance irrégulière, ou sur toute la surface.
Dans certaines conditions, les filaments se segmentent et produisent de longues séries d'articles sphériques ou ovoïdes que l'on peut considérer comme des arthrospores (fig. 166, h). Ces spores se produisent surtout dans les cultures sur les milieux solides, seulement au contact direct avec l'air. Sauvageau et Radais en ont suivi le développement
CLADOTHRIX CHROMOGENES,. 725
dans des cultures en cellules. Elles germent après vingt-quatre heures environ, à 35°, et donnent un ou deux filaments qui ne tardent pas à se ramifier et à prendre l'aspect habituel: le développement se fait dans tous sens et la colonie prend la forme radiée ou étoilée si commune dans -les jeunes mycéliums de Champignons.
Les vieilles cultures en miheux liquides ou sur pomme de terre présentent fréquemment des renflements, sphériques ou ovoïdes, irréguliers, terminant des filaments ou pouvant se trouver sur leur parcours; ces formes, que certains auteurs ont considérées comme des sporanges, ne représentent autre chose que ce que l’on désigne chez les Bactéries sous le nom de formes d'involulion (fig. 166, 4, 7, k, [, m,n).
Coloration. — Les filaments et les arthrospores se colorent bien aux méthodes ordinaires etrestent colorés par la méthode de Gram ; souvent des portions plus ou moins grandes de filaments résistent à la coloralion. On n’observe jamais de coloration bleue par l’iode et l'acide sul- furique ou par le chloro-iodure de zinc.
Cultures. — L'espèce se cultive très bien sur les milieux habituels, solides ou liquides. Le développement est rapide à l’étuve, mais bien marqué encore, quoique plus lent, à la température ordinaire; 1l se fait surtout en présence d'air.
CULTURES SUR PLAQUES DE GÉLATINE. — Les colonies apparaissent assez tardivement, vers le quatrième ou le cinquième jour, comme de très petits points d'un blanc jaunâtre, entourés d’une auréole brune qui se perd dans la gelée ambiante. Cette auréole, qui peut atteindre Lou 2 millimètres, les fait facilement reconnaître. Vues au microscope, à un grossissement moyen, elles ont un aspect bien constant el caractéristique. D'une partie centrale, sombre, épaisse, granuleuse, partent de nombreux filaments radiaires, donnant l’aspect d'une houppe sphérique, . à éléments serrés, très fine et très élégante. Ces filaments ne s élendent que très peu dans la gelée ambiante. Les colonies qui restent dans la gelée ne dépassent guère 1 millimètre et demi de diamètre et gardent très longtemps leurs caractères premiers. Celles qui arrivent à la surface de la gelée y forment un petit bouton grisätre, recouvert parfois d’une efflorescence blanche. L'auréole brune s'étend un peu et fonce en couleur, peut devenir presque noire. Ilse forme une dépression autour de la colonie et la gélatine se liquéfie lentement, mais pas sur une bien grande étendue.
CULTURES SUR GÉLATINE. — En piqüre dans la gélatine, ilse forme dans le canal de petites coloniesblanchätres, floconneuses, où l’on reconnail, même à l'œil nu, une vague disposition radiaire ; à la surface, il peut se former un petit bouton grisâtre qui se durcit, se ride, se plisse. Cette sorte de pellicule est très compacte; on l’enlève d’un bloc avec le fil de platine. La gelée brunit fortement à la surface. La liquéfaction se fait très lentement ; les colonies tombent alors au fond du liquide brunâtre, très limpide, et peuvent se développer en gros flocons comme dans le bouillon, ou en nombreux petits flocons ronds qui adhèrent aux parois du vase.
CULTURES SUR GÉLOSE. — Sur gélose glycérinée surtout, vers 35°, on
726 BACTÉRIACÉES.
observe assez vite la formation d'une peau assez épaisse, luisante, grisätre, très adhérente au substratum, de telle sorte que, lorsqu'on en prélève une parcelle, il faut emporter un morceau de gelée. Les colonies isolées ont une grande tendance à former des cercles. À un certain moment, la cullure se recouvre, en totalité ou en partie, d'une efflorescence blanche, sèche, très friable, formée de nombreux chapelets des éléments ronds donnés comme arthrospores. La gelée est fortement colorée en brun.
CULTURES SUR POMME DE TERRE. — Il s'y forme rapidement, à l’étuve, une pellicule assez étendue, grise ou gris jaunâtre, plissée, assez épaisse, consistante, gagnant progressivement toute la surface : elle se recouvre d’une efflorescence blanche formée de filaments entièrement segmentés en arthrospores. La matière amylacée du tubercule est lentement attaquée et consommée par le développement de la Bactérie ; après un assez long temps, la pomme de terre est transformée en une petite masse d'un brun noir, légère et friable, à réaction fortement alcaline.
CULTURES DANS LE BOUILLON. — Il s'y développe delégers flocons blanchâtres, où la disposition radiaire est évidente. Ces flocons grandissent assez vite en étuve; ils atteignent parfois plus de 1 centimètre de diamètre. Le liquide reste clair et prend une teinte brune.
CULTURES DANS LE LAIT. — Le développement se fait dans les couches superficielles qui brunissent. I] ne se fait pas de coagulation. Le milieu est alcalin.
PROPRIÉTÉS BIOLOGIQUES
Dans les milieux azotés, on observe toujours une formation notable d'ammoniaque.
Les malières albuminoïdes semblent fortement attaquées.
Dans le sérum liquide, le Cladothrix chromogenes brunit fortement le milieu, qui, après plusieurs mois, est devenu très liquide, ne se coagule plus par la chaleur, mais donne simplement un léger précipité floconneux, etest très älcalin à cause de la présence d’ammoniaque. Il contient des propeptones et montre un dépôt cristallin abondant qui, par agilation, rend le liquide miroitant. Les cristaux sont surtout de la tyrosine en longues aiguilles isolées et principalement en pinceaux simples ou composés, des sphéro-cristaux de leucine et, en moins grand nombre, des plaquettes minces, transparentes, de glycocolle (1).
Toutes les cultures dégagent une odeur intense et pénétrante qui tient à la fois de l'odeur de moisi et de l’odeur du terreau. Cette odeur peut manquer ; il n'y a pas lieu d'établir sur sa présence ou son absence une coupe spécifique et de nommer les échantillons odorants Cladothrix odorifera, comme l’a proposé Rullmann (2).
I se produit, sur bien des milieux, une matière colorante brune.
(1) Macé, Dela décomposition des albuminoïdes par les Cladothrix (Actinomyces \C. R. de l’Acad. des sc., CXLI, 1905, p: 147).
(2) Rurcmann, Chemische bakteriologische Untersuchungen von Zwischendeckenfüllungen mit besonderer Berücksichtigung von Cladothrix odorifera. Thèse de Munich, 1895. — In., Weitere Mittheilungen über Cladothrix odorifera (Centralbl. für Bakt., 2% Abth., II, 1896, p. 116 et 701).
CLADOTHRIX FOËRSTERI. 927)
D’après Beijerinck (1}, le microbe formerait de la quinone, brunissant en milieu alcalin. Cette réaction pourrait aussi être due à une production de tyrosinase.
Les vieilles cultures dans le bouillon contiennent des produits solubles toxiques pour les‘grenouilles (Legrain).
Les cultures gardent très longtemps leur vitalité; nous avons obtenu plusieurs fois un abondant développement avec des cultures conservées depuis plus de dix ans.
HABITAT ET RÔLE DANS LA NATURE
Cette espèce est très répandue dans l'air, dans les eaux et surtout dans le sol; la terre végétale en contient souvent en abondance.
Elle paraît être une espèce saprophyte inoffensive pour l’homme et les animaux, qui souvent en absorbent beaucoup avec l'eau de boisson. Dans l’eau, elle provient très probablement du sol, aussi la rencontre-t-on surtout dans les eaux qui ont été en contact avec les couches superticielles du sol cultivé, les eaux de drainage surtout.
Cette espèce, ou d'autres similaires, peuvent déterminer, dans certains cas, la précipitation du fer que contient l’eau, sous forme d'oxyde de fer qui se fixe dans la membrane et la teint en brun plus ou moins foncé. Dans le même ordre d'idées, il est très probable qu'il faut leur attribuer une grande part dans la formation des concrétions calcaires ou les dépôts ferrugineux qui se déposent dans les tuyaux de conduite de certaines eaux et peuvent en diminuer singulièrement le diamètre; la colonie filamenteuse s'accole aux parois, comme on le voit souvent dans les cultures, et détermine, autour de ses longs éléments, la précipitation du calcaire ou du fer de l’eau de la même manière que le Leptothrix buccalis occasionne la précipitation des sels de chaux de la salive et la formation du tartre dentaire.
Cette espèce, et d’autres du même genre abondant dans le sol dans les mêmes conditions, doivent jouer un rôle très important dansles processus de transformation de la matière organique dans le sol et en particulier dans la formation de ces composés encore peu connus désignés sous le nom de produits ulmiques; ce serait un des agents de la production d'humus aux dépens des matières végétales mortes.
CLADOTHRIX FOERSTERI.
(Streptothrix Foersleri de Cohn.)
Cohn (2) a rencontré cette espèce dans de pelites concrétions blanches, onctueuses, du canal lacrymal: Elle a été retrouvée dans les mêmes conditions par plusieurs observateurs et bien étudiée surtout par Gombert (3).
Dans ces concrétions, comme du reste dans les cultures, les éléments
{1} Beuerixcx, Ueber Chinonbilbung durch Streptothrix chromogenes und Lebensweise dieses Mikroben (Centralbl. für Bakt., 2% Abth., VI, 1900, p. 2).
(2) Conx, Loc. cit., p. 720.
(3) Gouserr, Recherches expérimentales sur les microbes des conjonctives à l'état normal. Thèse de Montpellier, 1889.
728 BACTÉRIACÉES.
sont de longs filaments rectilignes, souvent ondulés ou même irrégulièrement spiralés; ils sont pelotonnés et forment un lacis serré. Leur diamètre, égal partout, est de 0,5 & à 0,6 . Dans certaines conditions, ces filaments se segmentent en arthrospores arrondies, de 0,8 y de diamètre. Tous les éléments se colorent facilement aux couleurs d’aniline.
Les cultures s’obliennent sur les différents milieux et ressemblent beaucoup à celles de l'espèce précédente, sauf qu’elles ne montrent pas la coloration brune du milieu signalée plus haut.
Sur plaques de gélatine, les colonies forment de petites sphères blanchâtres à l'œil nu, noirâtres à un faible grossissement, montrant à leur périphérie de nombreux poils courts, raides et irréguliers.
Sur gélatine en piqûre, 1l se forme, le long du trait d'inoculation, de petites sphères blanches qui peuvent atteindre 2 millimètres: elles ressemblent, ainsi que la colonie de la surface, sil s'en développe, aux colonies décrites sur les plaques.
Sur gélose, ilse produit, le long de la strie, de petites colonies rondes qui peuvent confluer et former une sorte de pellicule mamelonnée, puis plissée, grisâätre. Les colonies ou la pellicule se recouvrent à un moment donné, dans toute leur étendue ou par places seulement, d’une efflorescence blanche, crayeuse, formée par les spores.
La pomme de terre se recouvre vite d'une culture devenant crayeuse. La substance du milieu est beaucoup moins modifiée qu'avec l'espèce précédente. Il y a formation de sucre aux dépens de l'amidon, comme on peut s’en assurer avec la liqueur de Barreswil.
Dans le bouillon, il se forme de petites sphères grisätres qui tombent
lentement au fond du nie Ce microbe végèle dans l’eau stérilisée
presque aussi bien que dans :e bouillon.
L’odeur de moisi est encore plus intense qu'avec l'espèce précédente.
Les divers essais tentés avec ce microbe sur l'œil de chiens, cobayes, lapins, n’ont donné aucun résultat. L'espèce n'est probablement pas la cause de l'occlusion des canaux lacrymaux; la formation des concrétions n'en est plutôt que la conséquence, le microbe se cultivant pour ainsi dire dans les larmes devenues stagnantes.
Le microbe rencontré par Silberschmidt (1) dans des concrétions du canal lacrymal paraît être différent de celui qu'a étudié Gombert.
Il a été fait de nombreuses autres constatations de concrétions lacry-
males dues à de telles formes microbiennes dites Streptothrix. I est probable qu'elles appartiennent à plusieurs espèces voisines. Les cultures, lorsqu'elles ont été obtenues, sont très semblables à celles qui viennent d'être décrites. Elles ne se montrent pas pathogènes pour le lapin et le cobaye en injection intraveineuse ; en injection sous-cutanée, elles n’ont occasionné que de minimes accidents locaux.
Il se peut fort bien que des Leplothrix puissent aussi déterminer des manifestations similaires.
Le Streplothrix alba de Rossi-Doria (Oospora Guignardi de Sauvageau et Radais) est peut-être à identifier avec cette espèce.
On rencontre souvent de telles formes dans la bouche de l’homme, fréquemment dans les examens bactériologiques des produits suspects
(1) SizBerscHMipT, Ueber zwei Fälle von Pilzmassen im unteren Thränenkanälchen Centralbl. für Bakt., XXVII, 1900, p. 486).
CLADOTHRIX FOERSTERI. 729
de diphtérie, ou dans des formes de gingivites ou de stomalites, sans qu'on puisse déterminer exactement la part qui leur revient dans la production des processus inflammatoires.
Il existe du reste probablement plusieurs espèces à caractères voisins, donnant des colonies blanches ne brunissant pas la gélatine ou d’autres milieux.
Cette espèce (Cladothrix alba où Aclinomyces albus) peul occasionner chez l'homme (1), ou expérimentalement chez les animaux d’expériences (2), de véritables lésions de pseudo-tuberculose, ressemblant beaucoup à celles que détermine le Bacille de Koch, ou des lésions de pneumonie caséeuse, comme dans le cas observé chez l’homme par Aoyama et Miyamoto (3).
Avec certains types, nettement acido-résistants (4), la confusion avec le Bacilletuberculeux peut être facile ; les cultures lèvent tous les doutes.
C'est probablement de cette espèce que l’on doit rapprocher la plupart
des microbes décrits comme Séreplothrix où Cladothrix pathogènes
pour l'homme. On en a rencontré encore dans des manifestations pathologiques’assez diverses. Ferré et Faguet (5) en signalent dans le pus d’un abcès du cerveau; Buchholtz (6) dans un cas de gangrène pulmonaire; Rullmann et Perutz (7) dans diverses manifestations pulmonaires. Sabrazès et Rivière (8) ont trouvé un de ces microbes dans un abcès du cerveau et des abcès miliaires consécutifs à une infection pleuro-pulmonaire; celui-ci, toutefois, donne un pigment brunâtre et se rapprocherait plutôt de l'espèce précédente.
Van Loghem (9) en a obtenu un semblable dans le pus d'un abcès de l'épaule produit au cours d’une pyémie.
Il est probable qu'un certain nombre des lésions décrites comme pseudo-actinomycoses sont dues à de ces mêmes Cladothrix blancs (Voy: p: 741). *
Le Streplothrix isolé par Sabrazès et Joly (10) du vaccin de génisse peut également s’en rapprocher; peut-être aussi le Séreplothrix pyogenes isolé de l'air par Caminiti (11) et étudié par Chiarolanza (12).
(1) MassaczrA, Un caso di pseudo-tuberculosi actinomycotica (Acad. di med. di Torino, 27 mai 1904).
(2) San Feuce, Streptothrix-Pseudotuberkulose (Centralbl. für Bakl., 1€ Abth., Orig., XXXVIII, 1905, p. 30).
(3) Aoxama et Mivamoro, Ueber die menschenpathogene Streptothrix (Mitth. der med. Facultät der kaiserl. japanischen Univ. zu Tokio, IV, 1901, p. 231).
(4) Bapia, Sobre un Cladothrix patogene (Anal. d. Depart. nacion. de hygiene. Buenos-Aires, 1901).
(5) Ferré et Facuer, Sur un abcès du cerveau à Streptothrix (Sem. méd., 1595).
(6) Bucanocrz, Ueber menschen pathogene Streptothrix (Zeitschr. für Hygiene, XXIV, 1897, p. 470).
(7} Ruzzmanx et Perurz, Ueber eine aus Sputum isolierte pathogene Streptothrix Münch. med. Wochenschr., 1898, 19 juillet, et 1899, no 13, p. 407; 1bid., 1902, n° 22).
(8) SaBrazÈs et Riviëke, Les parasites du genre Streptothrir dans la pathologie humaine (Congrès de méd. de Bordeaux, 1895).
(9) Van Locnem, Zur Kasuistik der Streptothrixpyämie (Centralbl. für Bakt., le"Abth.*Orig., XL, 1906, p.298).
(10) SaBrazës et Jouy, Sur un nouveau Streplothrix fréquemment isolé du vaccin de génisse (Soc. de Biol., 29 janvier 1898).
(11) Cam, Ueber eine neue Streptothrix species und die Streptotricheen im allgemeinen (Centralbl. für Bakl., 1% Abth., Orig., XLIV, 1907, p. 193).
(12) CHiaAROLANzA, Experimenteller Beitrag zur Biologie einer Streptothrix und Actinomycesart (Zhbid., LILI, 1909, p. 1).