CHAPITRE PREMIER LES BACTÉRIES DE L'AIR
L'air renferme un très grand nombre de Bactéries. On en a une preuve facile en exposant, pendant peu de temps à l’air, des milieux de cultures dûment stérilisés ; la contamination s'en fait souvent dans de grandes proportions. Les exemples ne manquent pas, malheureusement, dans les recherches bactériologiques de chaque jour. Il est du reste facile de comprendre comment des êtres de taille si minime, à plus forte raison encore leurs spores, se rencontrant à profusion dans la nature, se répandent et se renouvellent constamment dans l'atmosphère sous des influences variées, circulation, courants d’air principalement.
Les premières recherches précises sur les Bactéries de l’air ont été faites par Pasteur : il en a exposé les résultats dans la campagne célèbre qu'il a faite contre la génération spontanée (1). Pour récolter les germes de l'air, il faisait passer lentement un volume déterminé d'air, à l’aide d’un aspirateur, sur une bourre assez épaisse de coton-poudre, placée dans un tube de verre en communication avec l'aspirateur. L'opération terminée, la bourre était dissoute dans un mélange d’alcool et d'éther. Le liquide, maintenu au repos, laissait déposer un sédiment plus ou moins abondant formé par tous les corps en suspension dans l'atmosphère. Parmi ceux-ci se trouvaient des poussières minérales, des débris végétaux où animaux, des spores de Champignons et enfin des Bactéries. Mais l'étude de ces êtres, surtout des derniers, devenait difficile à cause du mauvais état dans lequel ils étaient obtenus : il élait souvent même impossible de les distinguer dans le mélange complexe que l’on avait à examiner. Enfin, tout était mort sous l’action toxique du réactif; il n'y avait plus à espérer la moindre culture.
L'emploi des aéroscopes, préconisés par Pouchet et perfectionnés par Miquel (2), ne donne pas des résultats bien supérieurs. Le principe consiste à projeter un courant d'air, obtenu à l’aide d'un aspirateur, sur une lamelle de verre enduite de glycérine. Le liquide visqueux retient les corps en suspension, qui restent agglutinés à la lamelle ; la prépa-
(1) Pasreur, Mémoire sur les corpuscules organisés qui existent dans l'atmosphère,
(2) Miquez, Les organismes vivants de l'atmosphère. Paris, 1883, p. 42.
ration est alors examinée au microscope. Celte méthode peut avantageusement servir à fixer les objets d'un certain volume en suspension dans l'air, les particules minérales, les Algues, les spores de Champignons par exemple; elle est tout à fait à rejeter pour l'étude des Bactéries qu'il n’est pas possible de distinguer.
Les procédés à rechercher sont ceux qui permettront d'isoler les Bactéries et de parvenir à les caractériser, et, peut-être, à les spécifier; ce sont les diverses méthodes de cultures employées pour étudier le développement de ces êtres, méthodes que l’on modifie, que l’on adapte à des besoins spéciaux (1).
Pasteur a eu le premier l'idée de faire développer, dans des liquides nutritifs, les Bactéries d'un volume déterminé d'air. Son procédé, qui
pouvait aussi servir à une numéralion approximalive des germes de l'air,
était le suivant : des ballons à col effilé sont remplis de liquide nutritif, chauffés jusqu'à vive ébullition du contenu et férmés au chalumeau. Le vide est fait dans ces ballons. En brisant leur pointe, l'air y entre avec violence en entraînant les poussières en suspension. Les vases refermés à la flamme sont mis en étuve à 30°. La végétalion est plus ou moins abondante suivant la quantité de germes que contenait le volume d'air introduit, qui peut être facilement évalué, mais seulement d'une façon approximative. Il peut arriver que, parmiles ballons mis en expérience, il yen ait un certain nombre qui restent intacts, nombre qui varie nécessairement avec le degré de pureté de Fair; très minime dans les endroits peuplés, où l'atmosphère est riche en Bactéries, la proportion de ces derniers peut devenir assez grande en pleine campagne, sur les hauteurs, où l'air est bien plus pur.
Procédé de Miquel. — Ce procédé de Pasteur a élé bien perfectionné par Miquel, dans les intéressantes recherches qu'il a faites à l'Observatoire de Montsouris. Il en a obtenu d'excellents résultats, en poussant assez loin le fractionnement des cultures, qui forme la base de sa manière d'opérer. Miquel (2) fait barboter un volume connu d'air, à l'aide d’un aspirateur quelconque, dans 30 centimètres cubes de bouillon, contenu dans un flacon à deux tubulures. L'air entre par un tube qui plonge jusqu'au fond du liquide et peut s'échapper du vase par la seconde tubulure, garnie d’un bouchon lâche d'ouate. Lorsque l’opération est terminée, ce dernier tampon est projeté dans le liquide avec un fil de platine flambé ; le vase est doucement agité pour bien répartir les germes dans la masse. On en distribue alors le contenu dans un assez grand nombre de ballons de bouillon, 30 à 40 au moins. Le nombre des ballons à employer pour cette répartition doit être, à peu près, connu d'avance; il faut qu'une assez forte proportion ne montre aucun développement. De cette facon, il est permis de supposer que chacun des ballons troublés n'a reçu qu'un seul germe; leur nombre donne directement celui des germes contenus dans le volume d'air qui s’est lavé dans le bouillon primitif.
Cette méthode possède de très grands avantages. Bien conduite, elle
(4) Ficker, Zur Methodik der bakteriologischen Luftuntersuchung (Zeutschr. fär Hygiene, XXII, 1896, p. 33). AN
(2) Miquer, Les organismes vivants de l'atmosphère, Paris, 1883, et Neuvième mémoire sur les poussières organisées de l'atmosphère (Annuaire de l'Observatoire de Montsouris pour 1887, p. 278).
donne certainement des évaluations les plus approchées qu'on puisse obtenir. Le milieu est des plus convenable pour le rajeunissement des Bactéries ; les cultures peuvent être conservées longtemps sans crainte d altération ou de contamination. C’est certainement le procédé d’analyse bactériologique de l'air qui offre le plus de rigueur scientifique et qui donne les résultats les plus sûrs. Ilest malheureusement d’un emploi peu pralique à cause de la grande mise en œuvre qu'il réclame. Chaque analyse demande un grand nombre de ballons, une cinquantaine au moins en moyenne ; il faut disposer d’une grande installation et de tout un personnel pour pouvoir ainsi faire des recherches suivies. De plus, il est bien difficile d'affirmer avec certitude qu'un des ballons troublés ne renferme qu’une seule espèce, venant d'un seul germe introduit par le fractionnement du liquide de barbotage; rien n'indique, dans bien des cas, un mélange d'espèces dans un milieu liquide; il faut alors nécessairement recourir à des expériences de vérification sur les milieux solides, ce qui complique encore l'opération. Enfin, la détermination même d'une espèce pure, chose de haute importance, est d'habitude beaucoup plus difficile d’après les caractères des cultures dans le bouillon ; les différences des cultures sont moins sensibles’ et prêtent plus à la confusion. ;
Procédé de Koch. — Dès que les méthodes de cullure sur les milieux solides furent insliluées, Koch les appliqua à l'étude des Bactéries de l’air. Il exposait à l'air, pendant un temps déterminé, un cristallisoir dont le fond était recouvert d'une couche de quelques millimètres de gélatine nutritive. Un certain nombre de germes tombaient à la surface et donnaient, après quelques jours, autant de colonies. Cette manière d'opérer ne peut naturellement donner que des indications spéciales et jamais des résullats précis.
Procédé de Hesse. — Hesse (1) a imaginé un procédé plus applicable,/basé sur les mêmes principes. Il fait circuler lentement un volume déterminé d'air dans un vase dont la paroi interne est revêtue d'une mince couche de gélatine ou de gélose solidifiée. Les germes qui sont en suspension, Bactéries ou Moisissures, s’accolent à la gelée et y donnent des colonies bien visibles. Son appareil consiste en un gros tube de verre, ouvert aux deux bouts, de 70 centimètres de long sur 3 centimètres et demi de diamètre; une extrémité est fermée par un capuchon plat de caoutchouc bien tendu, percé d’un trou rond de 1 centimètre environ de diamètre, ou un bouchon de caoutchouc traversé d'un tube de verre de cette section ; l’autre est munie d’un bouchon de caoutchouc traversé par un tube de verre de la grosseur du petit doigt, muni de deux tampons d'ouate. On introduit dans le tube, avec une pipelte, 50 centimètres cubes de gélatine ou de gélose fondue, puis, après avoir recouvert le capuchon de Poulchouc: perforé d'un autre plein, ou obturé le tube d’une bourre d’ouate, on le met dans le stérilisateur à vapeur ou on le laisse une heure ou deux. Lors du refroidissement, lorsque la gelée devient visqueuse, on tourne doucement le tube sous un robinet d’eau froide, de facon à amener la gelée à prendre à son intérieur en une couche continue, sous forme de manchon. Le tube,
(1) Hesse, Ueber quantitative Bestimmung der in der Luft enthaltenen Mikroorganismen (Mitth. aus dem kaiserl. Gesundheilsamte, IT, p. 182).
disposé horizontalement sur un pied à niveau, est mis en conmunicalion, au moyen de tubes de caoutchouc, avec un système aspirateur, trompe ou simple aspirateur à eau. Le premier capuchon de caoutchouc est enlevé ou le tube est débouché, et l'air pénètre doucement par l’orifice dès que l'aspiration commence. La progression de l’air doit être très lente, pour permettre aux corpuscules en suspension de se déposer sur les parois; il faut au plus faire passer 1 litre d'air chaque trois minutes. L'expérience terminée, le tube est refermé à ses deux extrémités, puis placé dans de bonnes conditions de température. Les colonies apparaissent vers le troisième jour; il est possible de les examiner à travers le verre à de faibles grossissements. Pour recueillir celles qui sont éloignées des extrémités, il faut fendre le tube à travers ou en long. L'appareil est encombrant et difficile à stériliser; de plus, la surface de la gelée se dessèche vite et peut devenir impropre au développement de certaines espèces. Ces condilions en rendent l'usage peu fructueux.
Procédé de Frankland.— Frankland (1) a cherché à utiliser la pratique de dilution dans la gélatine de la méthode ordinaire des cultures sur plaques. Il fait passer un volume d'air connu à travers un tube de verre muni de deux bourres de soie de verre, sèche ou humectée d’eau sucrée. Après l'opération, chaque bourre est introduite dans un flacon contenant de la gélaline fondue. On agite doucement jusqu'à complète dissociation de la soie de verre dans la gélatine : puis on étale la gelée à l’intérieur des flacons, suivant le procédé d'Esmarch, ou on la coule sur des plaques de verre. La division complète des bourres est très difficile à obtenir et le mélange de la soie de verre à la gelée donne une masse opalescente, dans laquelle les jeunes colonies sont souvent peu visibles. Les cultures obtenues avec la première bourre renferment d'ordinaire un assez grand nombre de colonies ; celles fournies par la seconde n’en offrent que très peu.
Procédé de Petri. — Petri (2) préfère comme filtre du sable blanc fin stérilisé par exposition à une haute température. Il présente sur la soie de verre le grand avantage de se mélanger parfaitement à la gélatine et de se diviser facilement dans la masse. Dans un tube de verre de 9 centimètres de long sur 1,5 à 1°",8 de large, 1l dispose, au moyen de culots en toile métallique, deux amas de sable fin de 3 centimètres de longueur chacun. Cette portion filtrante forme deux courts cylindres, qui se touchent à la partie médiane. Les extrémités du tube sont bouchées avec un tampon d'ouate et l'appareil est stérilisé à haute température. Pour l'usage, on le met en communication avec un aspirateur, après avoir enlevé les tampons d’ouate. L’aspiration doit être puissante, à cause de la résistance qu'offre le sable tassé au passage de l'air; on l’obtient à l'aide d’une trompe ou d'une pompe à air. Lorsque le passage de l’air est terminé, le sable est mêlé à de la gélatine fondue, dont la quantité doit être proportionnée à la masse d’air qui a filtré; le mélange est coulé sur des plaques ou dans de petits cristallisoirs plats, munis d’un couvercle. Le développement des colonies se fait
(1) P. Frankzanp, The distribution of Micro-organisms in air (Proceedings of the Royal Sociely. London, 1886, 6, 526).
(2) Perrr, Eine neue Method Bacterien und Pilzsporen in der Luft nachzuweisen und zu zählen (Zeitschr. für Hygiene, III, 1887, p. 1).
comme dans les cultures sur plaques ordinaires ; il peut se faire en aérobie ou en anaérobie ; il est facile, à un faible grossissement, de distinguer les grains de sable des jeunes colonies.
Ce dernier procédé offre de-très grands avantages sur la méthode de Hesse ; il n’est pas toutefois sans présenter d’inconvénients. Les culots de toile de cuivre doivent être parfaitement calibrés pour ne pas laisser fuir le sable, puis l'aspiration puissante à laquelle on est obligé de recourir peut modifier les conditions dans lesquelles se trouve Fair soumis à l'expérience.
Procédé de Straus et Würtz. — Straus et Würtz (1) ont adapté d’une façon heureuse la méthode de barbotage de Miquel à la culture sur les milieux solides. Ils font barboter un volume d’air déterminé à travers dela gélatine maintenue fondue à 30° dontils se servent pour faire les cultures.
L'appareil à barbotage se compose d’un petit flacon cylindrique portant, près de son col, une tubulure oblique. Le goulot est fermé par un bouchon creux se terminant extérieurement par un tube court et intérieurement par un tube effilé plongeant jusqu'au fond du flacon. La tubulure latérale est garnie de deux tampons d’ouate séparés par un étranglement. L'appareil, bouché en haut par un tampon d’ouate, est passé à l'étuve sèche. On y verse 10 centimètres cubes de gélatine fondue et une goutte d’ huile : puis le tout est placé, pendant un quart d'heure, à l’autoclave à 115°. Après refroidissement, l'opération peut commencer. Pendant toute la durée, la gélaline est maintenue fondue vers 30° à l'aide d’un bain-marie, ou, plus simplement, en tenant le flacon dans la main. La tubulure latérale, munie de ses deux bourres, est mise en communication avec l'appareil aspirateur; on enlève la bourre qui ferme le tube extérieur du bouchon et lexpérience commence. Le passage de l'air à travers la gélatine fondue se fait plus ou moins vite, au gré de l'opérateur. Grâce à l'addition d’une goutte d'huile, il ne se forme que très peu de mousse, quelle que soit la vitesse du liquide. On peut ainsi faire barboter en très peu de temps une grande
quantité d'air, sans avoir à craindre de projections, jusqu’à 50 litres
par quart d'heure. L'opération terminée, on remplace la bourre du tube d'entrée de l'air, on agite bien l'appareil pour mêler à la gélatine les germes qui auraient pu rester adhérents aux parois, on enlève la première bourre de la tubulure et l’on fait tomber, à l’aide d'un fil de platine stérilisé, la seconde bourre dans la gélatine ; la tubulure est refermée avec sa première bourre, la gelée est alors coulée sur plaques, ou étendue à l'intérieur du flacon d’après le procédé d'Esmarch..
La seconde bourre, que l’on fait tomber dans la gélatine, ne retient qu'une très faible quantité de germes, comme il est facile de s'en convaincre en l’ensemencant à part; le barbotage retient donc les germes de l’air dans une proportion très suffisante.
On peut du reste remplacer l'appareil par un dispositif beaucoup plus simple, en employant un tube ordinaire fermé par un bouchon de caoutchouc à deux trous, portant dans l’un un tube de verre effilé à sa
(1) Srraus et Würrz, Sur un procédé perfectionné d'analyse bactériologique de l’air (Ann. de l’Inst. Pasteur, Il, 1888, n° 4, p. 170).
partie supérieure et dans l’autre un tube coudé, affleurant à peu de distance du bouchon, devant servir à l’aspiration. Il vaut mieux se servir d’un tube de diamètre assez .réduit pour que la colonne
d’eau que doit traverser l'air soit aussi haute que possible, pour favo-
riser le contact et assurer l'abandon des particules en suspension.
Pour éviter l'inconvénient de la mousse, Cristiani (1) propose d'introduire d'abord dans le flacon, stérilisé d'avance, 5 centimètres cubes de gélatine stérilisée qu’on laisse solidifier, puis, au-dessus, 5 centimèlres cubes d’eau stérilisée. Le tube d’amenée d'air est disposé de façon à affleurer la surface de la gélatine. Le barbotage se fait dans l'eau et ne produit aucune mousse. Lorsque lexpérience est terminée, on liquéfie la gélatine vers 30° à 35°, et on agite pour mélanger le tout ; puis on coule en plaques.
La durée de l'opération, qui est du reste d'ordinaire assez courte, n'influe en rien sur le nombre des germes, comme l’a prouvé lexpérience. On pourrait, cependant, dans les expériences de longue durée, user de bouillon stérilisé qui serait maintenu à 0°: la solidification s’obtiendrait par mélange avec de la gelée stérilisée.
Comparée aux procédés de Petri, de Frankland et surtout de Hesse, celte méthode a donné des résultats bien supérieurs, comme nombre de colonies bactériennes; ce qui est dû peut-être à la dissociation des petits amas de Bactéries en suspension dans lair, qui ne donnent chacun qu'une seule colonie dans les premiers procédés. Elle donne aussi de meilleurs résultats qu'un petit appareil plus compliqué, basé sur le même principe, qu'a proposé Laveran (2); le barbotage se fait dans l’eau sucrée qui sertalors à ensemencer d’autres milieux, qui peuvent être très divers et appropriés aux besoins des diverses espèces que l’on peut rechercher, même être inoculés à des animaux pour la recherche spéciale des espèces pathogènes. On peut du reste modifier dans ce sens l'appareil de Straus et Würtz.
Méthode des bourres solubles. — Plusieurs expérimentateurs ont imaginé, pour filtrer l'air à étudier, de se servir de substances filtrantes solubles dans l’eau et les milieux de cultures et n’entravant en rien le développement des différents microbes dans ces milieux. La substance, finement pulvérisée, remplace le sable de la méthode de Petri. Miquel (3)
donne la préférence au sulfate de onde préalablement déshydraté par
la chaleur, préconisé déjà par Gautier (4).
On en dispose, dans un tube en verre de forme et de dimensions convenables, une certaine épaisseur que l'on retient au moyen d'un tampon d’ouate moyennement serré. L’extrémité du tube par où doit entrer l'air est munie d'une bourre d'ouate ou d’un couvercle rodé. Le tout est stérilisé à une haute température, 160°, dans le stérilisateur à air chaud. L'appareil est relié à un aspirateur et le couverele ou la bourre qui le ferment sont enlevés. Après le passage de l’air, la substance
soluble est projetée dans un ballon contenant de l’eau stérilisée. La,
(1) Crisrianr, Aéroscope bactériologique s’adaptant aux différents modes de culture (C. R, de la Soc. de Biol., 190%, p. 38).
(2) Laveran, C. R. de la Soc. de Biol., janvier 1891, p. 39.
(3) Miquez, De l'analyse microscopique de l’air au moyen des filtres solubles (Ann. de micr., 15 janvier 1889).
(4) Armand Gaurier, Revue scientifique, 1886.
de , , LES BACTÉRIES DE L'AIR, 167
numération et l'isolement des espèces microbiennes se font alors comme pour une eau ordinaire.
Méthode d'enregistrement de Miquel. — En combinant l'emploi de l’aéroscope avec une méthode de culture, Miquel (1) est parvenu à enregistrer, pour les différentes heures du jour, les colonies microbiennes provenant d’un volume d'air déterminé. Le courant d'air provenant de l’aéroscope est reçu sur une feuille de papier recouverte d’une gelée de lichen, portant une graduation horaire et mue au moyen d’un mouvement de pendule. Lorsque le passage de l'air est effectué, la gelée est regonflée sous une cloche pleine de vapeur d’eau, où elle séjourne un jour ou deux pour permettre le développement des colonies. Le tout est alors fortement coloré à l’indigo, puis décoloré au permanganate de potasse à 1 p. 1000, en arrétant la décoloration, dès que, la gelée paraît rose, par un lavage à grande eau. Les colonies restent colorées en bleu sur un fond jaunâtre, sauf pour quelques espèces chromogènes
ui gardent leur coloration propre.
te)
Au point de vue de la détermination des espèces, aucun procédé n’a encore nettement fait ses preuves. C’est de ce côté que doivent tendre les efforts ; c'est en effet le seul résultat qui puisse être utilisé directement dans la pratique.
Les patientes recherches de Miquel (2) ont cependant conduit à la connaissance de données du plus haut intérêt. Elles ont montré que le nombre des Bactéries en suspension dans l'atmosphère variait en plus ou en moins dans des rapports directs avec certaines circonstances climatériques, avec l'altitude des lieux, avec la distance du sol au point où se fait la prise d’air, mais principalement avec la présence de l'homme et surtout l'encombrement.
Il existe des variations annuelles qui sont très probablement sous l'influence immédiate des conditions de saison. Le nombre des Bactéries aériennes baisse rapidement à la fin de l'automne, reste peu élevé pendant tout l'hiver, puis s'accroît et se maintient haut pendant {toute la saison chaude. Dans une même journée, on observe des variations horaires, se produisant régulièrement à des heures déterminées; il y a un minimum vers 2? heures du matin et un autre vers 7 heures du soir, un maximum vers 8 heures du matin et un autre vers 7 heures du soir.
Les variations journalières paraissent plus nettement être sous la dépendance des phénomènes météorologiques. Les crues des Bactéries atmosphériques ont généralement lieu sous les hautes pressions. La température est loin de provoquer des recrudescences aussi soudaines. Le plus souvent les fortes crues ont lieu en été, mais les chaleurs prolongées font diminuer sensiblement le nombre des Bactéries de l'atmosphère. Enfin les maxima semblent correspondre presque toujours aux états hygrométriques faibles.
Une pluie de quelque durée purifie l'air, qui est beaucoup plus riche
(1) Miquer, De l'enregistrement des poussières atmosphériques brutes et organisées (Ann. de micr., 15 septembre 1889).
(2) Miquer, Les organismes vivants de l'atmosphère. Paris, 1882, et Annuaire de l'Observatoire de Montsouris, de 1880 à 1887,
en Bactéries pendant les moments de sécheresse que dans les époques d'humidité. Retenus, en effet, par un substratum humide, les germes ne peuvent être que très difficilement enlevés par les mouvements de l'air qui sont le principal agent de leur dissémination.
Le vent est certainement la cause la plus importante de la dispersion des Bactéries et de l'accroissement en nombre de celles qui sont en suspension dans l'atmosphère, Son action n'est que peu appréciable lorsque le sol est humide, parce que les germes sont fortement retenus. Il n’en est plus de même lorsque le sol est sec et friable : les courants d'air mélangent à l'atmosphère une grande quantité de poussières fines très riches en Bactéries. On en trouve une confirmation à tout instant dans les recherches de laboratoire; les cultures ouvertes dans un courant d’air ont de très grandes chances d’être contaminées; celles qu’on découvre dans un local où l'air est très tranquille, sans poussières en suspension, s'allèrent dans une proportion très faible. Enfin la direction du vent a une influence très marquée sur le nombre en question. Cette action, toutefois, n’est pas particulière au vent, mais dépend, uniquement sans doute, des causes d'infection que les couches d'air en mouvement rencontrent sur leur route. Les vents qui traversent des agglomérations d'habitants ou des endroits où se trouvent des accumulations de détritus organiques sont toujours très riches en Bactéries. Il ressort nettement de tout ceci que c’estsurtout du sol que proviennent les souillures microbiennes de l'atmosphère.
L'air des villes est, d'une façon générale, de beaucoup le plus chargé en microbes, en raison surtout dela teneur très élevée en germes de leur sol, riche en déchets organiques très divers. Les numérations faites donnent des chiffres très divers, ce qui s'explique par les grandes différences possibles dans les expériences. Des chiffrés de 500, 800, 1000 Bactéries par mètre cube sont fréquents; on en trouve parfois de beaucoup plusélevés. Miquel a donné pour les rues de Paris, dans la partie centrale, comme chiffres ronds, une moyenne de 3000 à 4000 microbes par mètre cube en hiver, de 10000 à 12000 en été, les Moisissures comptant à peu près pour un dixième.
Dans les petites agglomérations, les chiffres sont souvent moins élevés.
En pleine campagne, ils sont beaucoup plus faibles; souvent 1c1 les Moisissures dominent.
Pasteur avait déjà prouvé que l'air des montagnes élevées était infiniment plus pauvre en germes que l'air des campagnes, et, à plus forte raison, que l'air des villes. Miquel a reconnu qu'en plein Paris le nombre des Bactéries de l'air diminuait au fur et à mesure qu'on s'élevait. Des recherches faites en même temps au niveau du sol et au haut du Panthéon lui ont donné la moyenne suivante :
Somme dutPanthéonte EEE tee 28 Bactéries par mètre cube. Parc de MOntsouriS PE AEP PETER UE 45 — — —— Mairie du IVe arrondissement. ........ 462 — — —
Les couches supérieures de l'atmosphère sont donc relativement très pures ; il y a une centaine de mètres de différence entre les deux termes extrêmes de cette série. Ces résultats ont été confirmés par
Crisliani (1), dans des expériences faites en ballon; il a reconnu qu'audessus de 1 000 mètres, même directement sur une grande ville, Pair est extrêmement pur.
Miquel et Moreau (2) ont observé que l’air de la mer, pris au large, était d’une remarquable pureté. Il peut ne plus en être de mème au voisinage de lieux habités, d’agglomérations, où l'influence des poussières se fait sentir assez loin. Busquet (3) a même montré qu'avec un vent assez fort et la projection de l’eau sous forme d’embruns le nombre des germes pouvait considérablement augmenter, surtout en des endroits où l’eau est fortement souillée par des “apports d'égouts ou d’immondices variés ; on peut alors rencontrer des Bactéries putrides, du Colibacille, même d'autres espèces dangereuses souvent présentes en pareil cas.
L'air des régions polaires est d’une très grande pureté. En filtrant 20000 litres d'air au Spitzberg, Levin (4) n’a obtenu que quelques colonies de Moisissures. Ekelôf (5), au pôle Sud, en exposant à l'air, pendant cinq heures, des boîtes de Petri garnies de gélose, n’a pu observer qu'un très petit nombre de colonies microbiennes ; plus de la moitié des boîtes sont restées stériles, les autres ne montraient que de très rares colonies.
Dans les locaux habités, il est facile de le prévoir, le nombre des Bactéries croît en grandes proportions. De plus, elles se rencontrent d'autant plus nombreuses que plus d'individus sont réunis; on en trouve des maxima très élevés lorsqu'il y a encombrement, dans les salles publiques, dans les casernes, dans les hôpitaux. La respiration n’est pour rien dans ce phénomène, comme on l’a cru longtemps. Nous savons en effet, par les expériences de Straus, que l'air expiré est presque pur de Bactéries ; 1l en contient des proportions excessivement minimes comparées à la quantité qu il en renfermait avant l' inspiration. Les corpuscules en suspension s’accolent aux parois des voies respiratoires et s’y fixent. La respiration de l’homme ou des animaux tend donc, à ce point de vue, à purifier l'air; si elle ie souille, c’est en y répandant d’autres produits nuisibles. C’est par la dissémination de poussières de toute sorte que l'air des locaux habités se charge de Bactéries : poussières inertes mises en suspens par les mouvements, poussières plus riches en germes provenant de la surface du corps ou de sécrétions ou d’excrétions desséchées. C’est là qu'il faut rechercher la principale source des germes de l’atmosphère des habitations, c’est de ce côté qu'il faut appliquer toute son attention lorsqu'on veut les écarter dans la mesure du possible.
Dans les maisons, le nombre des microbes croît avec le nombre des
(1) Crisrranr, Analyse bactériologique de l'air des hauteurs puisé pendant un voyage en ballon (Ann. de l'Inst. Pasteur, VII, 1893, p. 665).
(2) Miouez et Moreau, Des organismes microscopiques de l'air de la mer (Sem. méd., 6 mars 1884).
(3) Busquer, Du rôle des embruns dans la transmission des maladies infectieuses (Ann. d'hygiène, septembre 1904, p. 228).
(4) Levix, Les microbes dans les régions arctiques (Ann. de l'Inst. Pasteur, XIII, 1899, p. 558).
(5) Exezdr, Studien über den Bakteriengehalt der Luft und des Erdbodens der antarktischen Gegenden (Zeitschr. für Hygiene, LVI, 1907, p. 344).
Macé, — Bactériologie, 6° édit, II. — 49
habitants, leur circulation, puis aussi l’état de propreté de l’habitatron, ses souillures; ou simplement avec les opérations qui peuvent mettre des poussières en suspension. s
Dans certains locaux habités où il y a encombrement, écoles, casernes, hôpitaux surtout, ce nombre peut être très élevé. Miquel donne, comme moyenne générale pour les hôpitaux, 55000 Bactéries environ par mètre cube.
On a incriminé autrefois l’air des égouts; les expériences ont démontré qu'il était moins riche en microbes que l'air des rues et l'air des habitations; les espèces isolées ne semblent pas être plus dangereuses.
On ne sait encore que peu de choses positives sur la détermination spécifique des Bactéries de l’atr. La plupart sont des saprophytes dont la nature est certainement en rapport avec les substrats dont elles proviennent, sol, poussières, êtres vivants. Miquel, dans ses nombreuses expériences, avoue même n'avoir jamais isolé de l’atmosphère des cultures à action pathogène évidente. Cependant, outre qu’on a reconnu la présence dans l'air d'espèces manifestement pathogènes, on est conduit théoriquement à considérer l'atmosphère comme une voie, partielle ou exclusive, de transport de certaines maladies infectieuses. C'est de cette facon que pourraient se transmettre la rougeole, la scarlatine, la coqueluche et d’autres infections. La tuberculose est certainement transmissible par inhalation; le Bacille luberculeux doit exister dans l'air, comme le veulent les faits cités I, p. 736. Il en est de même du charbon, de la septicémie du Vibrion septique, dont certaines manifestalions cliniques ne sont explicables que de cette facon. La fièvre typhoïde se propage peut-être aussi par l'air; bien qu'on n'ait pu jusqu'ici le démontrer directement, rien ne semble s'y opposer; au contraire, un certain nombre d'observations plaident en faveur de cette opinion. Le Bacille typhique peut, à la suite de déglutitions, parvenir dans l'intestin avec des poussières sèches auxquelles il étail mélangé. Pour le choléra, des particularités toutes spéciales rendent au moins difficile le transport par l'air: c’est principalement la très faible résistance du Spirille du choléra à la dessiccation qui ne lui permettrait pas de conserver quelque temps sa vitalité en suspension dans l'air. On est parvenu à isoler de l'air le Pneumocoque (Voy.I, p.481); le Sireptocoque pyogène a été rencontré dans l’air de salles d'hôpital (Voy. I, p. 467); des microbes pyogènes y on! été reconnus également (I, p. #49). Héricourt (1) a signalé la présence dans l’atmosphère de Bacilles virgules qui ont peut-être des relations avec des formes semblables signalées dans des cas d’entérite cholériforme. Les Staphylocoques pyogènes peuvent être considérés comme assez communs (2). La présence de Bactéries pathogènes dans l'air est donc un fait acquis; elle paraît en relation tout à fait directe avec les poussières qui Sy trouvent en suspension, et doit dès lors plutôt être considérée comme dépendant des poussières et du sol ou des déchets qui y arrivent.
(1) Héricourr, Bacilles virgules dans l'atmosphère (C. R. de l'Acad. des sc., C, n° 15). (2) Coxcorxorrni, Ueber die Haüfigkeit der pathogenen Mikroorganismen in der Luft (Centralbl. für Bakl., XXVI, 1899, p. 492).
LES BACTÉRIES DE L'EAU. 771 Les progrès de la technique permettront sans doute d'y découvrir un plus grand nombre d'espèces. L'état dans lequel se trouve la substance infectieuse semble jouer un grand rôle ; c’est ce qui résulte des expériences de Cadéac et Malet (1), qui ont démontré que l’inhalation de poussières sèches renfermant des Bacilles luberculeux ne donne que rarement la tuberculose aux cobayes, tandis que ces mêmes Bactéries pulvérisées avec des liquides produisent rapidement leur action pathologique ; du reste, on a vu (I, p. 737) qu'il y avait peut-être lieu d’incriminer les minimes goulteleltes de salive e projetées par les tuberculeux. Pour pouvoir déceler bien des espèces, qui ne poussent. que dans des conditions spéciales, il faudrait varier les procédés de recherche, ensemencer des séries de milieux particuliers, employer les conditions de vie voulues, faire des inoculations variées à diverses espèces animales. Les Bactéries pathogènes trouvent d’ailleurs dans l'air, plus qu'ailleurs certainement, des causes de destruction très actives. La dessiccation tue des espèces fragiles. D'autres grands facteurs de destruction sont la lumière et l'oxygène, qui font périr bien des espèces nuisibles ou, au moins, atténuent et font disparaître en peu de temps leur virulence (Voy. I, p. 82, 103). C'est peut-être pour cette raison que les cultures des Bactéries de l’air se montrent inactives : les caractères morphologiques, surtout ceux des cultures, pourraient alors mettre sur la voie.