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L'EAU DANS LA NATURE

Théoriquement, une eau qui émerge d’un terrain qui filtre bien doit être pure. C’est ce qui arrive pour Re d'eaux de sources : les expériences de Pasteur et Joubert (1) l’ont depuis longtemps démontré. Mais souvent le liquide est souillé à sa sortie, et cela par des causes diverses. D’abord le terrain, à travers lequel Peau filtre, peut être formé d'éléments grossiers, laissant entre eux des intervalles plus ou moins considérables ; le liquide n'est dépouillé qu'en partie des corpuscules en suspension. Le fait est plus commun qu’on ne le pense ; des expériences ont prouvé que du gros sable, même en couche épaisse, se laisse traverser par les Bactéries ; les matériaux d’une finesse suffisante seuls filtrent bien. Les couches les plus denses sont souvent parcourues par des fissures, qui sont parfois très grandes, de véritables failles, plus ou moins béantes, des creux, des cavernes, même des abîimes, qui empêchent l'action épuratrice de s'exercer. Une nappe d'eau pure peut être souillée par le mélange d’eaux impures voisines, suintant par des interstices du sol. Enfin, les meilleures couches filtrantes elles-mêmes peuvent ne plus agir suffisamment au bout d’un certain temps d'usage. Des Bactéries, des Moisissures même, beaucoup plus grandes, s aécolént À la surface d'un filtre en terre de pipe ou en porc elaine dégourdie, qui les arrête si bien dans les conditions ordinaires, lorsqu'elles circulent à son contact, parviennent, par une lente végétation, en s adaptant à l’espace restreint qui leur est offert, Jusque sur la face opposée, où elles reprennent leur aspect normal. Il n'est guère de sol si dense qui résiste mieux que ces corps. On voit ici l'importance considérable qu'ont les conditions du sol sur la valeur des eaux qu'il contient ; ce qui fait que l'étude de ces conditions est indispensable pour toutes les questions de choix et de captage d'eaux destinées à l'alimentation.

(1) Pasreur et Jourerr, C. R. de l'Acad. des se., 1878.

Sunposons cependant l’eau pure au sortir du sol, comme l’est celle des bonnes sources. [1 y a souvent au captage des causes nombreuses de contamination. Il en est de même tout le long du parcours, où s’observent souvent des fissures de tuyaux permettant l'introduction de matières étrangères, ou dans les tuyaux mêmes, dansles réservoirs, aux endroits de stagnation, des amas de matières organiques, véritables foyers de pullulation pour les microorganismes. Ces causes n’ont souvent qu'une importance secondaire, mais elle devient grande si, par les fissures, peuvent se mêler des eaux superficielles, des eaux de déchets, eaux ayant servi au lavage d'objets souillés, liquides provenant de fumiers ou de fosses d’aisances surtout, choses bien faciles à prévoir du moment où les conduites traversent des lieux habités. Enfin, la contamination peut se faire plus près du but encore, au réservoir d’approvisionnement ou même au robinet de débit.

En tenant compte de ces circonstances, au point de vue des chances de contamination et conséquemment de la teneur en Bactéries, on peut classer de la facon suivante les eaux livrées à la consommation : en premier lieu les eaux de rivière ; en second lieu les eaux de puits ou de citerne ; en troisième lieu les eaux de source. Ces dernières seules sont d'habitude d'une pureté relative ; si elles ont traversé un terrain qui filtre bien et si elles ne sont pas souillées à leur point d’émergence par un sol riche en germes, il est facile de prendre des dispositions qui permettent de les obtenir pures. Quant aux autres, elles doivent toujours être suspectées et souvent écartées de l'alimentation. Non pas que la plupart du temps elles renferment des espèces nuisibles, la présence en est heureusement assez rare. D'un autre côté, l'organisme ne se laisse pas envahir par les parasites avec la facilité d'un milieu inerte ; il résiste et garde souvent le dessus. De plus, les Bactéries, à l'état de cellules végétatives, sont facilement tuées par le suc gastrique ; les spores ne sont pas attaquées, mais il faut déjà qu’elles aient pu se former et presque toujours la température peu élevée de l’eau s’y oppose.

La principale raison de la prohibition qui devrait s'étendre aux eaux de la première et de la seconde catégorie est l’extrême facilité de leur contamination et la grande extension que peuvent prendre alors les affections épidémiques développées, vu le nombre de personnes exposées. Ces faits ont été amplement démontrés par l'étude de certaines épidémies de fièvre typhoïde, décimant les personnes faisant usage d'une eau suspectée à juste titre et épargnant toute une série voisine consommant une eau pure. On en trouvera des preuves convaincantes dans le remarquable exposé des Modes de propagation de la fièvre typhoïde, fait par le professeur Brouardel (1) au Congrès international d'hygiène de Vienne, en 1887. Ces mêmes raisons devraient faire rejeter le système du lout à l'égout et l'égout à la rivière, qui empoisonne les cours d’eau au détriment des riverains. Les matières organiques disparaissent, consommées surtout par des Bactéries de l’eau, mais les germes infectieux peuvent subsister et porter au loin leur action.

Indépendamment de cet apport, si important au point de vue de l'hygiène, de l’eau d’égout aux rivières, la teneur en microbes de l’eau

(1) Brouarvez, Ann. d'hyg. publ. el de med. légale, t. XVIII, 1887, p. 385. — Traité de médecine, art. FIÈVRE TYPHoÏDE, par BroOuARDEL et THoinor, t. I, 1895.

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de ces cours d’eau est surtout influencée par les crues ; ébeon auon démontre nettement qu'à toute crue hydrométrique cor respond une crue microbienne déterminée par l'apport des eaux de superficie, eaux de ruissellement, toujours très impures.

En dehors des crues, on doit admettre que les rivières ont ce qu'on peut appeler une {eneur microbienne normale, sorte d'état moyen dépendant des conditions relativement fixes de leur bassin et de leur cours (1).

Cette teneur normale n’est pas influencée par la température ; elle varie surtout à la traversée des grands centres, à cause de l'apport de quantité de déchets, de l’eau d'égout en particulier. L'augmentation peut être énorme ; mais elle n’est pas persistante. Au contraire, elle diminue toujours progressivement, à mesure qu'on s'éloigne du lieu de la contamination, jusqu'à revenir, après un parcours suffisant, au chiffre habituel de la teneur normale. La longueur de parcours nécessaire varie suivant les conditions; on peut admettre qu'il faut, suivant le cas, de 15 à 25 kilomètres.

C'est là ce qu'on nomme l’épuralion spontanée des rivières, fait constalé bien des fois (2). Ses causes sont multiples ; c'est surtout la sédimentalion fes germes, l'oxydation par contacts répélés avec l'air, la destruction par la lumière, par les autres organismes vivants, ete.

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