SIGNIFICATION
Eau profondément souillée par les matières fécales. Dangereuse pour la boisson (eaux d'égout, eaux de
10à50etplus
rivière). ‘
Eau mauvaise ou très mauvaise. Impropre à la boisson (eau de rivière, eau de puits contaminés, etc.).
Eau suspecte, tantôt en période d’ infection, tantôt au début ou au déclin d'une contamination plus grande.
50 à 100 Eau passable ou médiocre. À surveiller.
10 à 50 Eau d'assez bonné ou de bonne qualité.
0 Eau pure ou très pure.
LUE tu 10)
Vincent condamne donc toute eau qui donne du Colibacille en cultures à parür de l’ensemencement d'une quantité de 1 centimètre cube et au-dessous. D'après ce qui a été dit plus haut, on voit qu’il faut quand
même faire d'importantes réserves pour sa constatation avec ense-
mencement seulement de quantités plus élevées.
Procédé de Miquel. — La manière de faire est moins complète, mais peut-être plus pratique. Elle a été décrite page 132.
On peut aussi faire des ensemencements avec des quantités faibles et graduellement croissantes d'eau ; mais en se basant sur les réflexions qui viennent d’être faites, 11 est en somme à conseiller, dans la pratique courante, de se contenter de cultures faites avec de fortes quantités d'eau, 40, 100 même 200 centimètres cubes; au besoin, comme indication, on peut faire un tube ensemencé avec 1 centimètre cube. D’ordinaire, un ballon avec 40 el un autre avec 100 centimètres cubes d’eau paraissent largement suffire.
Les exigences peuvent parfois être plus grandes. Ainsi, pour les eaux épurées par des procédés artificiels, filtration sur sable, ozonisalion, rayons ultra-violets, le Conseil supérieur d'hygiène de France impose l’absence de Colibacille dans au moins 200 centimètres cubes de l’eau traitée ; le Conseil supérieur des eaux de l’armée va encore plus loin et demande le même résultat avec ensemencement de 500 centimètres cubes d’eau.
La rapidilé avec laquelle le trouble apparaît parait bien être en rapport avec le degré de souillure de l’eau, sa richesse en Colibacille. En usant de la méthode de Miquel, un trouble qui se constate nettement vers la seizième heure indique une eau fortement souillée; de la vingtième à la vingt-quatrième heure, l’eau renferme encore une proportion de Colibacille assez élevée pour n'être due qu'à une souillure notable. Après un plus long temps, la souillure est faible; les troubles qui ne se produisent qu’à la trente-sixième heure, ou même au-dessus de la quarantième, n'indiquent qu'une très pelite quantité de Colibacille.
Pour obtenir un isolement certain, il faut faire plusieurs passages en tubes de bouillon phéniqué, comme il a été dit page 130.
Naturellement, dans toutes ces expériences, quelle que soit la manière de faire employée, il est nécessaire d'établir un diagnostic exact du microbe avant de se prononcer.
Lorsque le trouble apparaît avant vingt-quatre heures, surtout de seize à vingt heures, l'expérience démontre que dans la très grande majorité des cas, peut-être au moins 95 p. 100, sinon plus, le Colibacille est présent; à mesure que le trouble retarde, il peut être dû à d'autres espèces.
Le diagnostic du Colibacille se fait en recherchant les caractères énumérés pages 143 et 192. En pratique, on s’attachera surtout à deux, la fermentation en bouillon lactosé et carbonaté, la formation de l indol en milieux peptonisés.
Recherche de l'indol. — La présence de l'indol donne les meilleurs renseignements. On peut très avantageusement faire la recherche dans le bouillon phéniqué lui-même, ce qui simplifie V expérience ; il faut alors attendre cinq ou six jours de culture pour obtenir une réac tion nette. En ensemençant, dès le trouble, dans du bouillon de peptone à 6 p. 100, on peut l'obtenir beaucoup plus tôt et plus intense. |
On se sert de la réaction ordinaire, indol-nitreuse (TI, p. 335), avec emploi d'alcool amylique; ou mieux, parce que plus sensible, de la réaction d'Ehrlich à la diméthylamidobenzaldéhyde (I, p. 337) ou du procédé suivant.
Procédé spécial. — J'ai observé qu’on obtenait un résultat aussi bon qu'avec la méthode d'Ehrlich, en utilisant simplement l'acide azotique chargé de vapeurs nitreuses. La réaction est beaucoup plus sensible que celle que donne l usage de nitrite de potassium et d'acide sulfurique, aussi sensible à très peu près que celle d'Ehrlich et beaucoup moins chère pour une grande pratique. À un lube à essai aux trois quarts plein de bouillon à examiner, on ajoute cinq à six gouttes d'acide azotique chargé de vapeurs nitreuses et on agite ; la coloration rouge apparaît facilement, intense; lorsqu'elle est faible, on la rend plus manifeste avec un peu d'alcool amylique pur d'indol (I, p. 336).
On obtient encore plus de netteté dans la réaction en opérant ainsi : dans un tube à essai aux trois quarts rempli du bouillon, on ajoute de l'alcool amylique pur d’indol de façon à obtenir une couche d'alcool de 2 centimètres de haut environ; on agite fortement et on laisse en repos quelques instants pour permettre à l'alcool de se rassembler en bonne partie au-dessus du bouillon. On laisse tomber l'acide nitrique en gouttes. La coloration rouge apparait dans la partie inférieure de l'alcool et s'étend dans toute sa couche, beaucoup plus intense encore qu'avec la première manière de faire.
Dans cette recherche, on doit naturellement s'assurer d'avance que les produits employés, les peptones, le bouillon, l'alcool amylique ne contiennent pas d'indol; ce qui fausserait les résultats obtenus. :
Toutefois le Colibacille n’est pas seul à pousser dans ces condilions. Il est toute une série d’espèces voisines qui font de même, qu’on peut par conséquent obtenir et qu'il est d'un grand intérêt parfois de différencier; c'est d’abord le Bacille typhique, puis à peu près toutes ‘les espèces du même groupe indiquées page 134.
Le Bacillus fæcalis alcaligenes se rencontre assez souvent. Il peut se reconnaître rapidement à ce qu’il forme dans les bouillons beaucoup de carbonate d’ammoniaque qui donne une vive effervescence, avec mousse abondante, par addition d’un peu d'acide. Il a une origine manifestement intestinale et donne la même indication de souillure que le Colibacille.
On obtient aussi plusieurs types de Streplocoques, dont un fait fermenter le bouillon lactosé carbonaté etdonne laréaction de l’indol. Il se distingue aisément à l'examen microscopique, et est certainement d’origine intestinale, indiquant aussi la souillure par de tels produits.
Le Bacille pyocyanique s'isole facilement aussi: on en reconnaît la présence souvent rien qu'à l'odeur aromatique spéciale qui se répand dans l’étuve.
Toute une série d’autres espèces, simples saprophytes, ont été signalées page 134; il faut y ajouter le Bacillus anthracoides. L'examen microscopique et surtout les cultures sur la série de milieux habituels peuvent permettre de les reconnaître.
Recherche du Colibacille à l'aide des bouillons au rouge neutre. — L'action très nette du Colibacille sur le rouge neutre (p. 175), réduisant cette matière colorante et changeant, en vingt -quatre heures ou moins, la nuance rouge-rubis en une fluorescence verte où même une teinte Jaune-canari avec reflets fluorescents, permet de reconnaître facilement la présence de ce microbe dans les eaux.
Comme l'a constaté Braun (1), il est très pratique d'utiliser pour cette recherche le bouillon de Savage (p. 176), en procédant de la manière suivante :
Deux tubes, renfermant chacun environ 6 centimètres cubes de ce bouillon au rouge neutre, sont ensemencés respectivement avec 1 centimètre cube et 10 centimètres cubes de l'eau à examiner. On met à létuve vingt-quatre heures. Si l’eau renferme du Colibacille, il se forme des bulles gazeuses à la partie supérieure du bouillon, qui devient fluorescent ou jaune-canari suivant la quantité de Colibacille. Sila coloration n’a pas viré après quarante-huit heures d’étuve, on peut affirmer que l’eau ne renferme pas de Colibacille.
Cette réaction ne peut toutefois pas être considérée comme exclusivement produite par le Colibacille. Il y a un certain nombre d'espèces. qui peuvent la déterminer ; elles ontété citées page 175. Certaines de ces dernières, le Bacillus enterttidis et le Bacillus cloacæ, surtout, indiquent aussi une souillure par des matières d’origine intestinale; les Urobacléries, signalées par Rochaix et Dufourt comme la produisant, montrent un apport d'urine ou de purins. L’indication fournie est ici tout aussi importante.
Ici aussi, pour affirmer le Colibacille, il est nécessaire de rechercher les autres caractères qui assurent la diagnose.
En ensemençant l’eau à des doses minimes, puis graduellement croissantes de 1 à 100 gouttes, on peut aussi arriver à une détermination quantitative du microbe.
(1) Braux, Le rouge neutre et le diagnostic rapide de la souillure des eaux de boissons par le Colibacille (Bull. de l'Inst. Pasteur, IV, 1906, p. 561).
C'est en somme une excellente méthode de recherche, tout à fait digne aussi de passer dans la pratique courante.