RECHERCHE DES VIBPRIONS ET PARTICULIÈREMENT DU VIBRION DU CHOLÉRA
Les eaux pures ne renferment pas d'espèces vibrioniennes. La présence de Vibrions dans l’eau indique lapport de produits qui en renferment habituellement; c’est surtout le cas des matières intestinales, des liquides fécaloïdes, des urines, des purins, aussi des eaux d’égout, accessoirement des eaux stagnantes, eaux de mares, où se passent des putréfactions de matières animales où végétales.
La constatation de Vibrions peut donc fournir d'importantes indications.
D’un autre côté, l’eau peut renfermer du Vibrion cholérique vrai ou des Vibrions cholérigènes (page 644) qui y vivent même quelque temps lorsqu'elle est très souillée de matières organiques; elle peut servir à la transmission du choléra.
Pour ces deux catégories de motifs, la recherche des Vibrions dans les eaux est d'un grand intérêL.
On procède comme il a été dit page 649 en utilisant les solutions de peplones salées et de préférence le gélopeplosel de Metschnikoff, en suivant minutieusement les indications données.
Le diagnostic des Vibrions isolés, surtout s’il s'agit de suspicion de choléra, doit se faire par la constatation de tous les caractères qui ont été précédemment indiqués pages 629 et 646.
3° RECHERCHE DES ESPÈCES PATHOGÈNES AUTRES QUE LE COLIBACILLE ET LES VIBRIONS.
La liste des Bactéries pathogènes, signalées jusqu'ici dans l'eau, est déjà assez longue (p. 804).
Il est certain que d’autres espèces, qu'on n'y a jamais constatées, doivent aussi s’y rencontrer vu leur grande dissémination ; le Bacille de la tuberculose, par exemple, doit être dans ce cas, et beaucoup d’autres avec lui.
Leur recherche demande souvent des méthodes spéciales. Les procédés de cultures ordinaires, ou les procédés particuliers qui peuvent être employés pour la recherche du Colibacille, des Vibrions, peuvent permettre d’en isoler certaines qui végètent également dans les conditions exposées. Dans d’autres cas, il est nécessaire de recourir à l'inoculation aux animaux.
L'emploi des bouillons phéniqués, tel qu'il a été exposé, peut conduire à isoler toute une série d'espèces plus ou moins voisines du Colibacille (p.133 et 134). C'est d’abord le Bacille typhique, puis les Bacilles paralyphiques A et B, et des Paracolibacilles, le Bacille de Gaertner, pathogènes certainement pour l'homme, le PBacrlle de la psittacose, le Bacille du hog-choléra, le Bacillus lyphi murium, le Bacillus lactlis aerogenes, le Pneumobacille de Friedlaender, qui paraissent aussi dangereux ; le Bacille de la dysenterie, qui pourrait peut-être se rencontrer dans leau; quelques autres espèces voisines
encore; le PBacille pyocyanique, encore assez fréquent dans les eaux.
Les solutions d peptones salées permettent d'isoler le Vibrion cho-
lérique et les Vibrions cholérigènes.
La présence du Bacille typhique dans l'eau est un fait absolument acquis (p. 111); il concorde du reste avec de nombreuses observations cliniques démontrant le rôle que joue souvent l'eau de boisson dans la dissémination de la fièvre typhoïde. La recherche du Bacille lyphique dans l’eau est une opération délicate et particulièrement ardue; la manière de faire pour y parvenir et les osservations suggérées ont été exposées avec grands détails pages 127 et suivantes. Pour affirmer un diagnostic, il est nécessaire de s’entourer de toutes les garanties voulues et d'exiger, pour admettre des résultats annoncés, une identification complète du microbe obtenu, comme il a été nettement dit page 140.
La meilleure manière de le rechercher est d'employer les milieux favorisant sa végétation, empêchants pour celle du Colibacille, comme les milieux à la caféine (p. 138), à la bile (p. 139); ou certains milieux colorés, la gélose de Chantemesse (p. 123), la gélose de Drigalsky (p. 129), les milieux d’Elsner ({p. 144) ou d'Endo D. 137).
Les autres espèces obtenues avec le Colibacille seront caractérisées par les cultures et les réactions biologiques.
Le Spirille du choléra et un assez grand nombre de Vibrions cholérigènes ont aussi été signalés dans l’eau. La virulence de ces derniers n'est plus à mettre en doute depuis les expériences si démonstratives de Metschnikoff et de Sanarelli (p. 644). Aussi, les eaux qui en contiennent peuvent être dangereuses pour l'alimentation. Le rôle des eaux de boisson dans la dissémination du choléra et des affections cholériformes est aussi un fait établi par l'observation clinique. L'origine de ces microbes, comme celle de la précédente catégorie, doit certainement être recherchée dans les matières fécales de l’homme ou des animaux. On y a signalé aussi la présence du Vribrion de Metschnikoff (p. 654).
Inoculation aux animaux. — L'étude de l'action qu'exercent, sur l'organisme vivant, les microbes d’une eau, pris en masse, peut donner de très bonnes indications sur la qualité des Bactéries qu'elle contient, sans forcer à passer par la filière assez longue et compliquée des méthodes d'isolement. L'expérience démontre en effet que les eaux de pureté assurée, bonnes pour l'alimentation de l'homme, sont, dans ces conditions, inoffensives pour les animaux. Les eaux polluées, au contraire, sont nettement pathogènes; évidemment, l’action pathogène, ici, est due le plus souvent à la présence du Colibacille, d'autres fois à des espèces voisines, Bacille typhique et similaires, Bacillus lactis aerogenes, Pneumobacille de Friedlaender, Bacille pyocyanique, où à celle de Vibrions cholérigènes.
Blachstein (1) a érigé le premier ces recherches en méthode. Il ensemence 10 centimètres cubes de bouillon avec 1 centimètre cube de l’eau à examiner et, après deux jours à l’étuve, injecte 1 ou 2 centimètres cubes dans la veine de l'oreille des lapins, 1/2 centimètre cube dans le péritoine des cobayes et 0c,2 sous la peau des souris.
(1) Bracusreix, Contribution à l'étude microbique de l’eau (Ann. de l'Inst. Pasteur, VII, 1893, p. 689}
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G. Pouchet et Bonjean (1) ont heureusement modifié cette manière de faire. Ils ensemencent, avec 30 centimètres cubes de l’eau à étudier, des ballons contenant 10 centimètres cubes de bouillon peptonisé, puis laissent huit jours à l’étuve. Au huitième jour, on fait à un cobaye une injection intrapéritonéale de 0ce, 3 à Oce, 5 dela culture pour 100 grammes d'animal. On observe soigneusement l'animal, surtout au point de vue de sa température. La réaction peut être nulle ou de minime importance ; elle peut, au contraire, être très marquée, l'animal succombe en vingt-quatre à trente-six heures. Dans ce cas, l’autopsie est faite avec soin; on fait des cultures avec le sang et le suc des organes. Ces cultüres sont ensuite étudiées de la façon habituelle.
L’inoculation à l'animal des dépôts abandonnés par les eaux peut aussi fournir des renseignements utiles. Elle peut montrer ainsi la présence d'espèces pathogènes anatrobies, Bacille du télanos où Vibrion septique, que ne décéleraient pas les méthodes ordinaires de culture. Pour les Bacilles sporulés, ceux qui viennent d'être cités par exemple, un chauffage préalable de l’eau ou des dépôts à 90° permet d'éliminer beaucoup de microbes moins résistants et peut beaucoup simplifier les recherches.
On peut reconnaître de cette façon la présence de plusieurs microbes pyogènes. Pasteur a isolé de l’eau de la Seine son Vrbrion pyogène, anaérobie facultatif qui, introduit dans le sang des lapins, les fait périr avec les symptômes d’une grave pyémie. On a pu isoler d'eaux souillées le Slaphylocoque doré, le Slaphylocoque blanc, le Streptocoque pyogène, le Micrococcus cereus albus, des Streptocoques. Ces espèces indiquent nettement une contamination par des détritus provenant de l’homme ou d'animaux.
Le Bacille pyocyanique a été constaté souvent dans l’eau; il vient aussi, bien probablement, du contenu intestinal. C’est une espèce à signification certainement mauvaise (2).
Koch et Gaffky ont rencontré dans l'eau putride de la Panke le Bacillus muriseplicus, d'une très grande virulence pour la souris. Sanarelli a isolé de l’eau le Bacille de la seplicémie gangreneuse de la grenouille, très pathogène pour les grenouilles et bien des pois- CONS ?
Les microbes de certaines pasteurelloses doivent se rencontrer dans l’eau. On a signalé, à bien des reprises, l'influence des eaux souillées dans la production de la pasteurellose équine, dite fièvre typhoïde du cheval. Gaffky a du reste isolé d'eau très souillée un microbe déterminant chez le lapin une sorte de pasteurellose.
Le Bacille du charbon doit assurément se trouver fréquemment dans les eaux de surface des régions infectées. Diatroptoff (3) l’a isolé de la vase du fond d'un puits d'une ferme où régnait une épizootie de fièvre charbonneuse.
Nous avons vu que le Bacille du télanos avait été rencontré plusieurs
(1) G. Poucuer et Bonseaw, Contribution à l'analyse des eaux potables (Ann. d'hygq., février et juillet 1897).
(2) Bonseaw, Le Bacille pyocyanique dans les eaux d'alimentation (Ann. d'hyg., juillet 1899, p. 28).
(3)-Drarroprorr, Bactéries charbonneuses dans la vase du fond d'un puits (Ann. de l’Insl. Pasteur, VII, 1893, p.. 286).
fois dans les dépôts vaseux abandonnés par des eaux. Le Vibrion septique existe aussi dans les mêmes conditions.
Lortelt et Despeignes (1) ont obtenu des affections septicémiques encore indélerminées à la suite d'inoculations aux cobayes des dépôts vaseux des eaux des galeries filtrantes du Rhône.
Les microbes de ces dernières catégories proviennent sans doute de la pollution de l’eau par le sol où de telles espèces se rencontrent.
Cependant, la constatation d'effets pathogènes déterminés à la suite d'inoculations de cultures obtenues avec les eaux ne doit être considérée que comme un signe d’une valeur secondaire et tout à fait relative. C'estle Colibacille qui intervient dans la très grande majorité des cas; or, la virulence de ce microbe est des plus contingente ; il est de nombreux échantillons qui en sont tout à fait dépourvus. Toutefois, l'indication fournie, dans une analyse bactériologique d’eau, par un Colibacille non virulent doit être tout aussi sigmificative que celle d’un Colibacille virulent ; c’est ce caractère que l’on doit rechercher, non une virulence, qui peut d’abord avoir toujours fait défaut, ou avoir disparu après un court séjour dans l’eau.
Sous ce dernier rapport, bien d’autres Bactéries pathogènes peuvent faire de même, perdre rapidement leur activité dans l’eau, qui n’en doit pas moins être considérée comme pouvant, à certains moments, les renfermer en pleine période d'activité.
Il s'ensuit que la constatation d’une action virulente dans ces conditions, les conclusions que l’on peut tirer d’une expérimentation physiologique, ne peuvent être considérées que comme des caractères de second plan, pouvant fournir des renseignements complémentaires, sujets à de très grandes réserves, sur des espèces dont les autres méthodes ont fait reconnaitre la présence dans l’eau.