TENEUR DES EAUX EN BACTÉRIES
La richesse en Bactéries des eaux de provenances diverses varie dans
de très larges limites. Elle est en rapport direct avec leurs chances de
contamination qui peuvent avoir plusieurs origines dont les plus impor-
- tantes sont le contact avec le sol et surtout l'apport de déchets organiques, en première ligne d’immondices.
Les eaux les mieux protégées contre les influences extérieures sont les eaux profondes; les eaux de surface ou proches de la superficie sont en général très exposées.
Les eaux de sources qui proviennent de terrains filtrant bien, celles qui sortent d'épais massifs de sable ou de grès par exemple, sont habituellement très peu riches en Bactéries. Il en est qui ne renferment que quelques unités au centimètre cube; on est même parfois tenu à ensemencer plusieurs centimètres cubes pour obtenir un très petit nombre de colonies. Beaucoup d’autres sources, très pures, ne donnent que de 5 à 20, souvent au maximum 50 colonies au centimètre cube. Le plus souvent ce sont des Micrococcus; les espèces bacillaires sont plutôt rares.
Il est par contre des sources qui donnent de moins bons résultats. Ce sont surtout les sources superficielles, souvent véritables eaux de drainage à faible profondeur, qui subissent l'influence directe du sol cultivé ; celles qui se forment dans des terrains fissurés, très cassés, constituant parfois de simples résurgences d'eaux de surface absorbées par des fentes, des trous, des béloires, se collectant dans des cavités profondes, véritables poches d’eau, où elles subissent en outre l'influence défavorable de la stagnation. Le nombré des Bactéries qu'elles renferment est très variable, plusieurs centaines, plusieurs milliers même, souvent des espèces à indication mauvaise.
Les eaux de ruisseaux, près de leur origine, ont souvent des caractères voisins de ceux des eaux de sources. À mesure qu’on s'éloigne du point de départ, l'influence des chances de contamination se fait sentir; s'il y en a peu, si le ruisseau coule dans la forêt ou la campagne inculte, sa teneur microbienne reste faible ; elle s'élève au contraire au contact de sols cultivés ou d'agglomérations humaines.
L'eau de rivières ou de fleuves est en général exposée à de multiples chances de contamination qui dépendent des circonstances que les cours d’eau rencontrent lelong de leur parcours. Une telle eau se montre d'autant plus riche en microbes qu'on s'éloigne du point d'origine. On y trouve des colonies au nombre de plusieurs centaines, de mille ou plusieurs milliers. Après des apports importants, surtout après la traversée de grandes villes, on en constate des centaines de mille, même des millions. Voici, d’après Miquel, un exemple de teneur microbienne de l’eau de la Seine en amont et en aval du grand collecteur d’Asnières en hiver, à un moment où le tout-à-l'égout était déversé dans le fleuve :
ASRTCRE ST MS, ME Te TT 35000 Bactéries au centimètre cube. Saint OUEN EC 150000 — = = Saint-Denis ARENA on 125 000 = 0 7 0 PANNE EE SE ER RUES 225 000 ne ee ei IBEZOLS ISLAM ANAL On 275 000 = == = BOUSIVAlr ER CRE ER OMS 300 000 En = —
En été, on peut constater en ces quatre derniers points jusqu'à six et huit millions.
D’après Koch, en 1883, la teneur bactérienne de la Sprée a été la suivante :
Macé. — Bactériologie, 6 édit. [ EL. 52
U De \ \ ; é
Sprée au-dessus de Kôüpenick......... ne ce ae 82 000 Bactéries au centimètre cube. — près de l'usine de Stralau......:.:... 125 000 — — oo — dans Berlin avant l'embouchure de la Panke 3 NO BCIE à SRE UMeES 910 000 = — - — dans Berlin après l'embouchure de la PATES IN ER NET cle ce ES 1 800 000 — — Wa Charlotien bou EPP CEE 10 180 000 — == =
Une telle composition microbienne ne se maintient cependant pas:
l’épuration spontanée agit pour la réduire et la ramener à sa teneur , microbienne normale qui a été définie plus haut (p. 785).
L'eau des canaux est le plus souvent très riche en microbes. Il y parvient d'ordinaire de nombreux déchets; puis l’état de stagnation, absolue ou relative, intervient largement.
L'eau des lacs donne des résultats très variables suivant les apports des agglomérations riveraines, le volume de l’eau, son régime et son écoulement, suivant surtout l'endroit examiné. L'eau des bords est beaucoup plus riche en microbes.
Au large et dans la profondeur, elle est beaucoup plus pauvre, souvent même très pure. D’après Massol (1), l’eau du lac de Genève, prise assez loin, donne en moyenne de 80 à 500 colonies microbiennes au centimètre cube; Cramer (2) a trouvé, dans l’eau du lac de Zurich, 71 colonies en été et 184 en hiver.
L'eau des puits a une composition bactériologique des plus variable. Dans les villes surtout un très grand nombre de puits sont contaminés ; on y rencontre des colonies au nombre de 1000, 10000 et souvent bien plus, avec beaucoup d'espèces à indication, surtout Colibacille et Bactéries putrides. Il est cependant des puits qui ne fournissent qu'un nombre restreint de colonies, une centaine ou jusqu'à 500 et un peu plus, sans espèces mauvaises. Il ÿ a lieu de faire entrer ici en ligne de compte, dans l'appréciation, l’état de stagnation de l'eau et diminuer quelque peu la valeur à attribuer aux nombres un peu élevés.
Les eaux d'étangs, de mares, d'ordinaire très souillées et stagnantes, sont très chargées de Bactéries. :
Les eaux d’égout sont fortement souillées. Des chiffres de 500 000 colonies au centimètre cube sont plutôt faibles. On en trouve souvent plusieurs millions, deux, trois, quatre millions, d’autres fois plus, parfois jusqu’à une trentaine de millions.
Les eaux industrielles sont parfois très chargées; lorsqu'elles sont riches en déchets hydrocarbonés, on y trouve souvent beaucoup de Levures ou de Mucédinées, des microbes ferments des sucres.
L'eau de pluie est généralement peu riche en Bactéries, ne donne souvent, bien recueillie, que quelques colonies au centimètre cube ; conservée, surtout en citernes, elle est habituellement beaucoup plus riche, à cause de l’effet de la stagnation.
La neige et la grèle sont plus riches en Bactéries que la pluie. Bujwid (3) a obtenu d'eau de fusion de gros grèlons environ 21000 colo-
(1) Massor, Les eaux d'alimentation de la ville de Genève. Genève, 1894.
(2) Crauer, Die Wasserversorgung von Zürich. Zürich, 1884.
(3) Burwin, Sur des Bactéries trouvées dans la grêle (Ann. de l'Inst. Pasteur, I,
nies au centimètre cube ; dans les mêmes conditions, Foutin (1) n’en a rencontré que 729. Janowski (2), dans la neige, a observé de34à 463 colonies au centimètre cube.
Les eaux traitées par des procédés d'épuration ont une teneur microbienne qui varie avec l'effet du procédé employé. L'eau quisort de bons filtres à sable montre, suivant la marche de l'appareil, quelques colonies ou 100, 150, 200 au centimètre cube; au-dessus, il doit y avoir doute sur le bon fonctionnement. Dans le traitement par l'ozone ou les rayons ultra-violets, le nombre des colonies doit être très réduit, quelques colonies au centimètre cube, et constitué uniquement par des espèces à spores très résistantes du type Bacillus sublilis. Pour être jugé bon, un procédé d'épuration ne doit pas laisser passer de Colibacille ou d'espèces similaires.
On est conduit, par une longue expérience faite avec les mêmes méthodes, à établir des catégories basées sur le seul nombre de microbes que l’eau peut contenir. On peut, par exemple, proposer à ce point de vue le classement suivant, qui paraît assez conforme aux moyennes obtenues dans une longue série d'examens faits à l'aide des cultures sur plaques de gélatine :
HAUTES IDUTE mere contient de 0 à 50 Bactéries par centimètre cube, HaTpUMEss CRE DEN — 50 à 100 — — Eau de teneur moyenne... — 100 à 300 — = Eau assez riche en Bactéries
(TOULEUSC) PEER ERA — 300 à 500 — —— == Eau riche en Bactéries
(SHSpDECLE) tr EURE a — 500 à 1000 — — — Eau très riche en Bactéries
(tréSisuSspecte) Re te eue — 1000 à 10000 et plus — —
Il va sans dire que, pour les eaux des premières catégories, la présence d'une espèce dangereuse ou suspecte doit suffire pour changer l'appréciation et même les faire ranger dans les eaux mauvaises, à rejeter tout à fait de la consommation, si la contamination n’est pas accidentelle et passagère.