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PRÉLÈVEMENT, TRANSPORT ET CONSERVATION DES EAUX

L'eau à examiner est rarement à la portée immédiate de l’expérimentateur. Comme elle doit subir un transport plus ou moins long, il est nécessaire de la recueillir dans des vases préparés à cet effet, ne contenant aucun germe pouvant troublerles résultats. Des tubes, des ballons ou des flacons de petite taille suffisent d'ordinaire; ils sont stérilisés d'avance à 150°, bouchés à la ouate et entourés de papier blanc, puis bouchés après refroidissement avec des bouchons stérilisés ou soigneusement flambés.

Le plus souvent, il suffit de remplir un où deux flacons de 195 à 200 grammes pour faire face à toutes les nécessités ; de plus grandes

(1) Fourn, Bakteriologische Untersuchungen von Hagel (Wratch, 1889, n°s 49 et 50). .

(2) Jaxowsxt, Ueber den Bakteriengehalt des Schnees (Centralbl. für Bakt., 1888, p. 547).

quantilés d’eau ne sont utiles que pour certaines recherches spéciales. Les vases sont remplis à l’orifice de débit, après avoir laissé couler un premier Jet destiné à emporter les impuretés attachées à cette par lie de la conduite, si l'écoulement n'est pas continu, ou mieux après avoir flambé soigneusement la partie terminale du Lube d° amenée, puis refermés aussitôt. Lorsqu'il s’agit d'une nappe d’eau, les flacons, qui ont été stérilisés, bien enveloppés de papier, sont sortis et plongés, à l’aide d'une pince stérilisée, dans le liquide, puis retirés pleins et bouchés.

On peut se servir avec avantage de ballons dont le col a été étiré en longue pointe au chalumeau; ces ballons sont fortement chauffés, puis fermés au feu encore chauds. Il y a donc un vide relatif dans leur inté-: rieur. La pointe, plongée dans l’eau, est brisée avec une pincestérilisée,

le liquide pénètre en quantité plus ou moins grande dans l’intérieur ; la pare effilée est refermée à la flamme. A destination, la pointe est passée au feu, pour détruire les germes qui auraient pu s'y fixer, puis cassée avec une pince stérilisée, ou avec un trait de lime et un charbon rouge. Il est tout aussi commode de se servir de petites ampoules de verre, prolongées de chaque côté en une pointe effilée, qu'on peut facilement fabriquer soi-même au chalumeau. On se sert le plus souvent des flacons ordinaires bien stérilisés par chauffage vers 180, flacons bouchés à l'émeri, ou simplement avec un bouchon de liège fortement flambé dans une flamme jusqu'à carbonisation de la surface. Aucune des rigoureuses précautions indiquées n'est à négliger lorsqu'on désire obtenir les meilleurs résultats possibles.

Lorsqu'on peut procéder aux prélèvements soi-même ou par une personne habituée, tout se passe d’une facon satisfaisante. Souvent, l'opération doit être faite par des personnes plus ou moins étrangères aux questions bactériologiques ; il est alors nécessaire d'insister sur les précautions minutieuses qui sont à prendre et d'envoyer des instructions devant être rigoureusement suivies.

Instructions pour le prélèvement des échantillons d’eau. — L'eau doit être recueillie dans des flacons dûment stérilisés. Il est de beaucoup préférable que ces flacons soient préparés par l'expérimentateur lui-même. Deux flacons de 125 à 200 centimètres cubes suffisent habituellement pour une analyse ; au besoin, même un seul peut satisfaire ; le double échantillon a surtout l'avantage de prémunir contre la casse ou la possibilité de la contamination de l'un des flacons.

Avant de prélever l’eau, quel que soit l’état où elle se présente, il est nécessaire de se mettre en garde contre toutes les circonstances qui peuvent influer extraordinairement sur elle, grosses pluies, crues, travaux divers faits au-dessus de l'endroit du prélèvement ou au voisinage direct, même circulation d'hommes ou d'animaux. Si certaines précautions sont nécessaires à prendre, il faut les exécuter avec le plus grand soin en évitant des apports de terre ou de poussière, et surtout un certain temps avant l'opération, quelques heures, au mieux une Journée ou plus.

La manière de prélever l’eau dépendra de l’état dans lequel elle se trouve, C’est une question d'espèce.

Pour les sources, le prélèvement se fera au mieux dans une eau courante, en évitant les endroits de stagnation, et le plus près possible de l'émergence. Il est bien plus facile de prélever directement à un filet

d’eau qui tombe d'une certaine hauteur que dans un courant peu profond où l’on risque de soulever des dépôts du fond. Pour assurer l’écoulement, on peut au besoin faire quelques travaux, faciles à imaginer suivant le cas, en creusant à un endroit el disposant au-dessus une gouttière de zinc ou même une simple tuile creuse. Quand ce n'est pas possible, on fait creuser une cuvette assez profonde pour pouvoir plonger le flacon sans soulever du fond et ne pas être obligé de prendre tout à fait l’eau de surface.

Seulement, une précaution essentielle dans ce cas de travaux exécutés est de ne Jamais prélever de suite ou peu après les modifications, mais d'attendre, pour le faire, un jour ou deux pour les eaux courantes, le double pour des eaux en repos. De mauvais résultats proviennent souvent du fait que l’eau est prise trop tôt après des modifications, alors qu’elle tient encore en suspension des particules soulevées ou apportées.

Pour opérer la prise de l’eau, le cas de beaucoup le plus simple est lorsqu'elle coule en jet, soit naturel, soit obtenu comme il vient d'être dit, soit par un tuyau de débit constant. On ôte le bouchon de chaque flacon, débarrassé au moment même de son enveloppe de papier stérilisé, en le tenant seulement parle haut, sans toucher la partie inférieure, sans le déposer n1 lui faire toucher quoi que ce soit, sans quoi il faudrait le flamber à nouveau. On tient le flacon de la main droite, par le corps, en évitant tout contact au col; on le remplit d’eau, en laissant vide le quart ou le cinquième pendant l'hiver, à cause des chances de congélation.

On rebouche avec soin et, si les flacons doivent être remués, on cachette entièrement à la cire ou à la paraffine. Pour un très court transport, le simple bouchage peut suffire.

Les flacons sont étiquetés, nettement, et entourés dans leur papier; puis, au mieux, placés dans des étuis métalliques protecteurs.

Quand on doit prélever dans un courant accessible ou dans une cuvette ou bassin, le flacon est fixé entre les mors courbés d’une pince à arrêt, flambée d'avance, puis plongé l’orifice en bas et rempli en dessous de la surface qui a pu recevoir des poussières, plus ou moins suivant la profondeur, au mieux de 20 à 40 centimètres.

Pour prendre l’eau d’un puits muni d’une pompe, il est nécessaire de pomper pendant quelques heures pour renouveler l'eau et laver les tuyaux ; 1l faut alors, avant de pomper, flamber soigneusement lorifice de débit qui peut être très souillé. Quand le puits n’a pas de pompe, il faut recourir à un système de prélèvement en profondeur comme il sera dit plus loin.

Si l’on prend l’eau d’une canalisation à débit intermittent, il faut flamber l’orifice du robinet, puis laisser couler l’eau pendant quelque temps de manière à avoir véritablement de l’eau circulante.

Prélèvement en profondeur. — On peut d’abord avoir à prélever l’eau dans un puits dépourvu de pompe, plus où moins profond, ou dans une nappe d’eau d’assez haut, d’un pont par exemple. Dans ce cas, il faut munir le flacon d’une petite armature en fil de fer qui l’enserre et porte en bas un contrepoids en plomb suffisant, dépassant en outre, à la partie supérieure, d’une dizaine de centimètres. On flambe l’armature après l'avoir fixée, on lui attache une ficelle assez longue, débouche le flacon et descend pour remplir au-dessous de la surface.

Pour prélever de l'eau à des profondeurs déterminées, sans influence ultérieure notable des couches supérieures, on a imaginé divers appareils compliqués, d'un usage délicat et chanceux. Il en est qui sont basés sur l'emploi de ballons à pointe longue, fragile, recourbée, dans lesquels on a fait un vide partiel; lestés par un poids suffisant, ils sont descendus au niveau voulu à l'aide d’une ficelle ; un second fil commande un anneau qui brise la pointe à la courbure; l’eau entre; on retire et ferme la pointe à la flamme. Dans d'autres modèles, on se sert de flacons bouchés à l’émeri, dont le bouchon est muni d'un système à ressort permettant d'ouvrir par traction d'un fil, la fermeture se faisant par action du ressort après remplissage. Les vases sont fermés, étiquetés, emballés dans du papier ou en étui métallique.

Quel que soit le procédé de prélèvement, les flacons, emballés ou en étuis, doivent être immédiatement mis sur de la glace, maintenus aux environs de zéro degré jusqu'à l’ensemencement, pour empêcher toute pullulation de Bactéries qui fausserait les résultats.

Au moment de l’ensemencement, quand tout est prêt pour le faire (p. 791), il faut, avant d'ouvrir les flacons, flamber avec soin le bouchon et le goulot, de facon à détruire sûrement les Bactéries qu’auraient pu \ déposer les contacts divers subis, particulièrement les doigts; lorsque le bouchon est recouvert de cire ou de paraffine, on flambe jusqu à ébullition de la matière. Si l’on doit se servir d'instruments, tire-bouchon, poinçon, pince, pour le débouchage, il est également nécessaire de les passer au feu.

Lorsqu'il est possible de mettre l’eau en culture aussitôt le prélèvement opéré, il est à recommander de le faire. Lorsque l’eau se trouve loin du laboratoire, il faut réduire le plus possible la durée du transport et chercher à obvier aux inconvénients que peut occasionner un séjour plus ou moins long du liquide dans des conditions autres que celles où il se trouve à son état normal. La question du transport de l’eau est plus compliquée qu'elle ne paraît l'être de prime abord. Il peut en effet arriver que l’on observe des différences très sensibles dans la teneur en germes ou dans la nature des espèces isolées de l’eau prise à l'endroit même où elle est utilisée et la même eau mise en vases fermés et transportée plus ou moins loin de son lieu d’origine. Il y a la plupart du temps plus de Bactéries, en chiffre brut, dans le second cas; on peut cependant en trouver moins, surtout après quelque temps, certaines espèces ont même disparu. Beaucoup de Bactéries, voire des pathowènes, végètent très bien dans l’eau ordinaire, peu riche en matières organiques. Wolfhügel et Riedel, dans un travail déjà cité, ont montré que le Bacille du charbon vivait et croissait très bien dans l'eau de boisson ordinaire à des températures favorables, sans se laisser étouffer par les espèces saprophytes. Certaines Bactéries même, comme Meade Bolton (1) l'a prouvé pour deux espèces communes de l’eau, le Mzcrococcus aqualilis et le Bacillus erythrosporus, pullulent dans l’eau distillée, se contentant de proportions de matières alimentaires bien minimes, peut-être de la faible quantité de milieu de culture apportée lors de l'inoculation. Gette puissance de végétation est fonction de la

(1) Meane Bozrron, Ueber das Verhalten verschiedener Bacterienarten im Trinkwasser (Zeitschr. für Hygiene, I, 1886, p. 76).

température et de la durée entre la prise d’échantillon et la mise en expérience. La multiplication, assez rapide vers 15° et au-dessus, diminue en même temps que le degré de chaleur baisse ; elle est assez faible vers 10°, 8, peu sensible au-dessous de 5°; elle paraît nulle à 0e. Aussi, pour une analyse rigoureusement exacte, pour une numération aussi approchée que possible, est-il nécessaire de maintenir les échantillons d’eau à basse température en les entourant de glace.

On peut imaginer facilement de petits appareils pour transporter les eaux à basse température. Pour une durée de vingt-quatre heures environ, on peut placer les flacons dans une caisse contenant de la sciure de bois et de gros morceaux de glace, tout ce contenu recouvert de tous côtés par plusieurs doubles de papier; cela suffit amplement. Pour des transports plus longs, il faut user d'appareils protégés pardes épaisseurs de feutre et, au besoin, faire renouveler la glace.

On se sert avantageusement de l'appareil représenté figure 172, bien compliqué cependant, que Fig. 172. — Boite de Miquel pour le transport l’on garnit de glace. d'échantillons d'eau.

On peut plus simple-

ment faire confectionner des boîtes en bois assez fort, à poignée métallique, contenant une caisse rectangulaire en zinc, laissant entre le bois un interstice de 1 centimètre au moins, que l’on remplit d'un feutre épais, recouvrant de tous côtés ; on peut en avoir de dimensions différentes, qui peuvent recevoir de deux à six étuis de flacons ou plus, en laissant assez d'espace encore libre pour pouvoir y mettre de la sciure de bois et une quantité suffisante de glace concassée. Dans de telles boîtes bien conditionnées, la glace peut se conserver plus de vingtquatre heures, surtout si la provision de sciure est à même d’absorber l'eau de fusion, la glace fondant alors moins vite.

Les caisses sont apportées au laboratoire ou y sont adressées par la voie la plus rapide.

S'il n'est pas possible de pratiquer de suite l’'ensemencement d’une eau, on peut mettre les flacons à la glacière où ils se trouvent maintenus aux environs de 0°. Une conservation à plus haute température, surtout au-dessus de 10°, amène rapidement une pullulation des Bactéries, qui est très sensible déjà après vingt-quatre heures et considérable à partir de deux jours; les résultats de numération surtout sont absolument faussés. Toutefois, une telle pullulation se fait principalement dans

les eaux riches en Bactéries ; elle est très réduite avec les eaux pauvres,

Le froid n’est en rien nuisible à la vitalité des germes ; la congélation de l’eau même qui les renferme n'a pas d’effet nuisible sur eux, pourvu qu'elle ne soit pas prolongée. Si l'eau reste longtemps dans des bouteilles bien remplies et hermétiquement fermées, loxygène qu'elle contient est rapidement consommé; les Bactéries aérobies vraies, celles de certaines putréfactions par exemple, ne trouvant plus ce gaz qui leur est absolument nécessaire, tombent en vie latente, donnent des spores lorsqu'elles le peuvent, ou périssent assez vite. C’est une cause de diminution dans le nombre des colonies qui se développent, voire même une cause de disparition complète de certaines espèces très exigeantes en oxygène. On y obvie en ne remplissant pas totalement le vase; il est vrai qu'on risque alors d’introduire quelques germes de l'air, mais la contamination est insignifiante si l’on a soin d'opérer dans une atmosphère calme, n’ayant pas de poussières en suspension.

Même la conservation dans la glace arrive, après un certain temps, à modifier la composition bactérienne d’une eau. C’est surtout une réduction qui se produit, pouvant être notable déjà vers le troisième jour; c'est là une limite qu’il ne faut pas dépasser; au-dessus, on ne peut guère espérer obtenir des résultats de numération précis.

Au point de vue de la spécification, on est moins fixé; il se passe cependant aussi des changements qui peuvent être importants. Certaines espèces, délicates ou exigeantes, peuvent disparaître ; la concurrence des plus fortes peut aussi intervenir.

On doit, en conséquence, prendre comme règle de conduite de pratiquer l'ensemencement aussitôt que possible après le prélèvement, et de maintenir l’eau, jusqu’à cette opération, danses cenditions voulues, aux environs de zéro degré.

Il est des cas où l’on ne peut pas recourir au transport, soit qu’il serait trop prolongé, soit qu'on se trouve dans l'impossibilité de maintenir l’eau à une température assez basse. On peut alors faire les cultures sur plaques au moment du prélèvement, soit en employant la gélatine si l'on peut refroidir assez les cultures pour les transporter, dans une caisse à glace par exemple, soit plutôt en utilisant la gélose qui résiste à d’assez hautes températures et permet souvent seule d'opérer, lorsqu'on se trouve dans des pays chauds par exemple.

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