RECHERCHE DE L'INDICE OPSONIQUE
On suit les indications fournies tome I, page 413.
La détermination de l'indice opsonique peut fournir des éléments précieux pour le diagnostic, le traitement et le pronostic dans la fièvre typhoïde. L'étude de la question a été faite avec soin dans un excellent travail de Milhit (2
Il est avant tout nécessaire de déterminer la valeur opsonique, pour l'émulsion du Bacille d'Eberth dont on doit se servir, du sérum normal employé, car elle peut varier, suivant les sérums, entre 0,80 el 1,40.
(1) Le Sourp, Recherches expérimentales et cliniques sur la présence d'une sensi-
bilisatrice dans le sérum des typhiques. Thèse de Paris, 1902. (2) Mivuir, Les opsonines. Les opsonines dans la fièvre typhoïde. Thèse de
Paris, 19909.
Chez les malades, un indice opsonique pour le Bacille typhique supérieur à 1,70, qui se maintient ou s'accroît les jours suivants, devra assurer le diagnostic de fièvre typhoïde, même en l'absence de réaction de Widal. Par contre, un tel indice inférieur à 1, même à 1,20, doit faire rejeter le diagnostic de fièvre typhoïde.
Toutefois, un indice élevé pour le Bacille typhique ne peut pas suffire à affirmer le diagnostic de fièvre typhoïde si le malade a eu sntaOt rement cette maladie.
Relativement à la thérapeutique, la détermination de cet sas surtout suivie et répétée, la courbe opsonique, permet d'apprécier l'influence de la médication, ordinaire ou spécifique.
Enfin, de telles évaluations permettent d'apprécier la résistance que le malade oppose à l'infection, les variations de cette résistance, l'indice baissant nettement lorsqu'il se produit une complication importante.
On doit cependant se souvenir que la réaction n’a pas une spécificité absolue, ne pouvant conséquemment pas donnerune certitude complète.
DIAGNOSTIC DE LA FIÈVRE TYPHOÏDE PAR EMPLOI DE LA TOXINE. OPHTALMODIAGNOSTIC.
Chantemesse (1) a appliqué à la fièvre tvphoïde la méthode d'oculoréaction employée pour la tuberculose (T, p. 764). Il se sert de toxine typhique obtenue par précipitation à l'alcool absolu, séchée et dissoute dans l’eau en proportion de un cinquante-millième de milligramme par litre. On instille une goutte de cette solution sousla paupière inférieure. Chez les personnes saines, les malades non atteints de fièvre typhoïde, il se produit simplement un peu de rougeur de l'œil et de larmoïiement, qui disparaissent entièrement de quatre à cinq heures. Chez Îles malades atteints de fièvre typhoïde, il se produit une rougeur très nette, du larmoiement el un exsudat séro-fibrineux ; les phénomènes ont leur maximum entre six et douze heures et se prolongent jusqu'au lendemain, souvent même pendant deux à trois jours.
En résumé, les méthodes qui donnent les meilleurs résultats pour le diagnostic clinique de la fièvre typhoïde, et sont à employer d'une facon courante, sont certainement l'hémoculture et l'agglutination. Les autres
sont plutôt à réserver pour des cas spéciaux, comme moyens de conlirmation ou d'indications particulières.
BACILLUS COLI COMMUNIS EscnERIscH.
{Bacterium coli commune, Baciile d'Escherisch, Bacille du côlon, Colibacille.)
ATLAS DE MICROBIOLOGIE, PL, XII
Escherisch (2) à, le premier, isolé cette espèce des selles de nourris-
(1) Caaxreuesse, L'ophtalmodiagnostic de la fièvre typhoïde (Hygiène générale et appliquée, IH, 1907, p. 449).
(2) Escaeriscn, Die Darmbacterien des Saüglings und ihre Beziehung logie der Verdauung (Fortschr. der Med., 1885). — I». Darmbacterien (Münch. med. Wochenschr., 1886, p
zur Physio-
, Beiträge zur Kenntniss der £,
BACILLUS COLI COMMUNIS. 169
sons ou d'enfants nourris de lait. Depuis, elle a ‘été signalée comme une espèce constante de l'intestin de l'homme ou des animaux.
On l’a d’abord considérée comme un saprophyte sans importance el un commensal inoffensif; puis l'attention a été mise en éveil par sa présence constante, son abondance dans certaines manifestations pathologiques de l'appareil intestinal, concordant avec ses effets pathogènes expérimentaux, déjà signalés par Escherisch. Les observations s'accumulant, il a bien fallu se convaincre qu'elle jouait un rôle certain dans la pathogénie de beaucoup d’affections.
Entre temps, on signalait sa présence dans le milieu extérieur, où sa dissémination est très grande. Dès 1888 (1), j'ai attiré l'attention sur sa constatation dans les eaux de boisson, et l'ai donnée comme une indica- Lion d'une contamination d’origine fécaloïde. Les nombreux faits nouveaux accumulés depuis n’ont fait que confirmer ces données el accroître de beaucoup l'importance qui doit être attribuée à cette espèce en pathologie humaine.
Nous avons vu précédemment quels sont les rapports étroits qui l'unissent au Bacille lyphique et combien il peut être parfois difficile de se prononcer entre ces deux espèces. Nous savons que plusieurs expérimentaleurs, Rodet et G. Roux (de Lyon), au premier rang, COncluent même à l'identité spécifique des deux microbes | (p- 61). Cependant, il est encore des caractères qui permettent de les distinguer : ils ont été exposés et discutés en détails précédemment (p.143); nous ne reviendrons plus sur ce sujet et, tout en admettant qu'il existe entre les deux microbes des ressemblances très grandes, nous continuerons, jusqu'à meilleure preuve, à les considérer comme deux types distincts.
Alors que le Bacille typhique présente une constance remarquable dans ses caractères importants, ce qui fait qu'on peut le considérer comme un type spécifique bien nettement différencié, le Colibacille, au contraire, montre une variabilité extrême dans toutes les propriétés que nous lui connaissons. Chacun des caractères considéré isolément peut varier dans de grandes limites, un peu en tous les sens, ou même faire entièrement défaut. Pour établir une diagnose, il devient alors nécessaire de se baser plutôt sur un ensemble de caractères, sur un habitus général, que de choisir une ou plusieurs propriétés qui, dès l'abord, pourraient paraître prédominantes ou que l’on serait même tenté de regarder comme spécifiques. Le Colibacille semble être un centre d'où partent, dans toutes les directions, des types plus ou moins aberrants, qu'une étude isolée peut amener à considérer comme des espèces distinctes, mais qui peuventégalement êtreramenés à leurcentre d'origine par une étude comparative sérieuse, constituant ainsi un groupe qui paraît assez naturel (T, p. 429).
Dans ce groupe, on doit surtout comprendrele Bacillus enteritidis, les Bacilles paralyphiques À et B, le Bacille lyphique, le Bacille de la psittacose, le Bacillus typhi murtum, le Bacille du hog-cholera, le Bacille de la diarrhée verte, le Bacille de la dysentérie, le Bacillus foecalis alcaligenes, le Bacille de la septicémie des veaux, le Bacillus lactis aerogenes, le Bacille de Friedlaender et divers autres Bacilles capsulés. I est encore difficile de préciser les rapports de ces types avec le centre et
(1) Macé, L'analyse bactériologique de l’eau (Ann. d'hyg., 1888).
170 BACTÉRIACÉES.
de dire s'ils en sortent réellement ou ne représentent que des types voisins avec caractères spécifiques différentiels.
Une bonne partie de l’histoire du Colibacille a été faite à propos du Bacille typhique; ces deux espèces sont du reste si voisines qu'il est absolument nécessaire de ne pas les séparer dans l'étude (1).
MORPHOLOGIE
Caractères microscopiques. — Les éléments sont de courts bâtonnets de longueur assez variable, mesurant de 2 y à 3 uw, parfois plus, de longueur, sur 0,4 à 0, 6 y de largeur (fig. 38). Comme pour le Bacille lyphique, la nature du milieu et l’âge des éléments influent sur les dimensions ; les éléments très jeunes sont plus courts: les éléments
Fig. 38. — Colibacille, d'une jeune culture dans le bouillon. 4000/1.
âgés, surtout dans certains milieux, sont plus longs, atteignent 6 & et plus. Les bâtonnets sont isolés, souvent réunis par deux ou plus rarement en petits amas. Ils peuvent présenter la forme en navette, avec vacuole centrale, comme le Bacille lyphique.
Cette forme en bâtonnels, que l'on peut considérer comme normale, est toutefois sujette à des varialions qu'il est important de connaître. Ces variations paraissent dépendre de conditions de milieu. Cultivé dans les milieux additionnés d'antisepliques, surtout dans les milieux phéniqués, comme le Bacille typhique (p. 62), le Colibacille prend la forme de diplocoques. Il en est aussi de même dans (ous les milieux où le microbe vit mal. Adami, Abbott et Nicholson (2) ont obtenu la même
(1) Voy. aussi l’importante monographie d'Escasriscn et PrauNDLER dans : Handbuch der pathogenen Mikroorganismen de Kolle et Wassermann, 6°, 7° et 8° livraisons, p. 335 à 475. Iéna, 1902.
(2) Apami, Assorr et Nicozson, On the diplococcoid form of the colon bacillus (Journ. of exper. Méd., IV, 1899, nes 3 et 4).
BACILLUS COLI COMMUNIS. 171
forme en diplocoques en le cultivant dans les milieux ordinaires à 46°, ou dans les liquides ascitique ou péritonéal, dans la bile du cobaye; après inoculation au lapin, ils retrouvent, très peu de temps après l'inoculation, de cesformes en diplocoques, parfois capsulées, dans l'intérieur des leucocytes du liquide péritonéal, dans les cellules endothéliales du foie. Des cultures montrent souvent des formes filamenteuses très nettes; dans les milieux bien salés, on peut trouver des formes renflées et irrégulières. D'ordinaire, en reportant de tels éléments anormaux (fig. 39) dans les conditions habituelles, la forme normale réapparait plus ou moins vite.
Les bâtonnets sont d'ordinaire nettement mobiles. Les mouvements sont en général plus lents, moins vifs que ceux du Bacille lyphique; é 02 À ce sont le plus souvent des mouve- A ments d'oscillation sur place, ceux de translation directe sont rares. La 9 motilité est due à la présence de cils vibratiles que les méthodes de colo-
ralion spéciales peuvent mettre en 9 évidence. Ces cils, au nombre de 4 à à 6, quelquefois moins, exception- 3. , nellement 8, sont disséminés sur + toute la périphérie de l'élément ou 9 rarement en bouquets aux extrémi- re nan re) ig. 39. — Formes variées du Coliba-
tés; ils sont moins nombreux, unpeu ie. Transformations conduisant plus courts et plus fragiles, jamais des formes ovoïdes aux bâtonnets aussi enchevêtrés que ceux du Ba- (1 et 2) et aux filaments (3) (d'après cille typhique; beaucoup sont cassés Adami, Abbott et Nicholson).
dans les préparations. Certains Ly-
pes de Colibacille n'ont qu'une mobilité très obtuse; on en signale même de tout à fait immobiles.
Les formes anormales en diplocoques ou en filaments, signalées plus haut, sont d'ordinaire immobiles.
Dans certains milieux, les éléments présentent une sorte de capsule.
On trouve mention de prétendues spores qui n'ont pas plus de réalité que celles de l'espèce précédente. Piccoli (1) a décrit de grosses spores ovoïdes dont il n'a pu préciser les conditions de développement.
Coloration. — Les éléments se colorent facilement aux procédés ordinaires ; la fuchsine phéniquée donne de très bons résultats.
Ils se décolorent rapidement par la méthode de Gram. D'après Schmidt (2), quandle Bacille est imprégné de graisse, dans les matières fécales des nourrissons par exemple, il pourrait résister à la décoloration par cette méthode ; Jacobsthal (3), toutefois, n'a pas pu constater cette particularité.
Les cils se colorent plus difficilement que ceux du Bacille typhique;
(1) Piccorr, Sulla sporulazione del Bacterium coli commune (Centralbl. für Bakt., XIX, 1896, p. 30/7).
(2) Scmuor, Wiener klin. Wochenschr., 1892, p. 643.
(3) Jacossrnaz, Färbt dich Baclerium coli commune bei Züchtung auf fettreichen Nährbüden nach der Gram'schen Methode (Hygienische Rundschau, 1897, p. 849).
172 BACTÉRIACÉES.
avec la méthode de Loeffler, il faut augmenter un peu le nombre des gouttes de soude à ajouter au mordant.
Cultures. — Les cultures s'obtiennent très facilement et sont d’ordinaire abondantes sur les milieux habituels.
L'oxygène favorise le développement du Colibacille; mais il vég fort bien en son absence: c'est un anaérobie facultatif.
Il est également peu exigeant au point de vue de la température; il croît déja vers 10°, pullule bien vers 12°, a un optimum vers 35° et végète jusqu'à 46°.
CULTURES SUR PLAQUES DE GÉLATINE. — Les colonies apparaissent très vite à une température d'environ 18° ; au bout de vingt-quatre heures, elles sont déjà très visibles dans épaisseur de la gelée et peuvent même atteindre près d'un millimètre à la surface.
À un faible grossissement, les colonies qui se trouvent dans la gelée apparaissent comme de petits disques granuleux, souvent ovales ou fusiformes, d'un jaune brunâtre, plus opaques et moins bleutés que ceux du Bacille typhique de mêmes dimensions. Elles peuvent présenter un polymorphisme assez marqué, montrer un centre sombre, des anneaux concentriques, présenter des divisions en secteurs irréguliers, former des sortes de rosaces ou même avoir une apparence mûriforme; dans tous les cas, la coloration brunâtre persiste. Si la température est assez élevée pour ramollir la gelée, il peut en partir des prolongements sinueux.
Celles de la surface se sont étalées en forme de petites îles à bords souvent sinueux, découpés ou d’autres fois assez nettement circulaires. Elles peuvent avoir deux aspects assez distincts : souvent opaques, un peu laiteuses, luisantes, à centre plus épais, surélevé, jaunâtre, montrant un noyau sombre, restant de la colonie primitive, elles peuvent revêtir la forme reconnue comme typique pour le Bacille d'Eberth, présenter une transparence assez grande, avoir à la surface de nombreuses ondulations, montrer autour d'un centre légèrement jaunâtre une zone périphérique claire, hyaline, à reflets irisés, donner l'aspect d'une petite montagne de glace déjà cité à propos du précédent microbe. Leurs dimensions sont toujours notablement plus fortes que celles des colonies du Bacille lyphique de même âge ; après six à dix Jours, elles atteignent facilement 4 à 5 millimètres, alors que celles du Bacille typhique ne dépassent guère 3 millimètres, même après un temps plus long. L'origine du Bacille pourrait influer sur l'aspect des colonies; le Colibacille des eaux donne souvent la forme transparente, celui de l'intestin le plus souvent la forme opaque. D'après Laruelle (1), en cullivant la variété opaque dans le lait ou en la faisant passer dans le péritoine de cobaxes, on peut oblenir la variété transparente.
Les cullures sur plaques de Colibacille exhalent souvent une odeur forte, fétide, rappelant l'odeur fécaloïde; cette odeur existe également d'ordinaire dans les autres cultures.
La gélatine n’est Jamais liquéfiée.
CULTURES SUR GÉLATINE. — En piqûre dans un tube de gélatine, il se forme dans le canal une trainée gris jaunâtre ou blanche, formée de
ète
(1) Larueixr, Étude bactériologique sur les péritonites par perforation (La Cellule, V, 1889).
BACILLUS COLI COMMUNIS. 173:
petites colonies rondes ou lenticulaires accolées, et à la surface une couche blanchâtre, muqueuse, opaque ou presque transparente, à bords irréguliers, qui prend plus de dimensions qu'avec le Bacille typhique et peut même recouvrir la plus grande partie de la surface libre.
En strie, il se forme une bande laiteuse, un peu transparente au début, mais bientôt franchement opaque, un peu nacrée, à bords nets ou festonnés ; la culture est généralement assez épaisse.
Il peut, dans ces cultures, se développer des bulles de gaz; le fait parait cependant exceptionnel et dû peut-être à la présence dans le milieu d’une petite quantité de sucre fermentescible.
Sur gélatine à la décoction de malt, le développement est très abondant ; la culture est crémeuse, épaisse.
CULTURES SUR GÉLOSE. — Sur gélose et surtout sur gélose glycérinée, on obtient une culture assez abondante, blanche, crémeuse, opaque. Il s'y développe quelquefois de petites bulles de gaz, surtout à la surface du liquide qui se trouve d'ordinaire au fond du tube. La production gazeuse, toutefois, est loin d’avoir la même intensité qu'avec le Bacillus lactis aerogenes.
CULTURES SUR SÉRUM. --- Sur sérum coagulé, la culture est blanchâtre, assez semblable à celle obtenue sur gélose.
CULTURES SUR POMME DE TERRE. — Le Colibacille s’Y développe abondamment d'ordinaire. En vingt-quatre heures, vers 37°, la culture est déjà assez épaisse, un peu moins à la température ordinaire. Après deux jours, elle s’est élargie en formant un enduit épais, luisant, visqueux, à surface lisse ou mamelonnée, d’une coloration grisâtre ou jaunâtre, purée de pois, enserrant quelquefois de petites bulles de gaz. En vieillissant, elle peut passer au jaune brun. D'après Péré (1), sur les pommes de terre nouvelles, surtout l'espèce dite de Hollande, le Colibacille pourrait donner une culture incolore, peu visible, quelquefois vernissée, rappelant l'aspect donné par Gaffky comme caractérisüque du Bacille typhique ; sur pomme de terre avortlée, la culture serait rapide et d'un brun verdâtre.
CULTURES SUR ARTICHAUT. — Sur les artichauts préparés comme il a été dit I, p. 252, le Colibacille fait apparaitre, en vingt-quatre heures, une coloration verte qui se développe d’abord sur les fleurs, puis envahit la substance charnue les jours suivants. Le liquide en surplus se colore également en vert,
G. Roux (2) attribue cette production de pigment à une oxydase que sécréterait le microbe.
CULTURES DANS LE BOUILLON. — Le développement est très rapide: le trouble peut déjà être très net au bout de six à huit heures à 37°. Il se forme un dépôt floconneux au fond du vase et à la surface un voile pelliculaire, très fragile, qui peut se limiter à la partie voisine des parois. Le liquide ne s’éclaircit que lentement, il reste souvent trouble pendant des semaines. Avec beaucoup de types, la culture exhale une forte odeur souvent fétide, fécaloïde; d'autres sont inodores ou presque. Il se produit parfois contre les parois une couronne de fines bulles
(1) P£RÉ, Contribution à la biologie du Bacterium coli commune et du B. typhique (Ann. de l’Inst. Pasteur, VI, 1892, p. 527).
(2) G. Roux, Sur une oxydase productrice de pigment sécrétée par le Colibacille (C. R. de l’Acad. des sc., 13 mars 1899).
174 BACTÉRIACÉES.
gazeuses ; le fait provient de la présence fréquente d'un peu de matières sucrées provenant de la viande employée.
Dans le bouillon glucosé à 2 p. 100, il se produit une fermentation énergique, se manifestant par un dégagement gazeux abondant.
Dans le bouillon lactosé à 2 p. 100 ‘additionné d'un peu de craie, le développement gazeux est encore plus marqué.
Dans le bouillon saccharosé à 2 p. 100, mème production bone de gaz.
Nous reviendrons plus loin sur les modifications chimiques intéressantes produites par le Colibacille dans ces milieux de cultures.
CULTURES DANS LE LAIT. — Le développement est rapide même à la température de la chambre. Les acides, surtout lactiques, produits par l'attaque du lactose, déterminent en peu de temps la coagulation de la
caséine, en quatre à cinq Jours environ à la température ordinaire, deux à trois à l’étuve. Le lait est transformé en une masse compacte dans laquelle se produisent des gaz; il s’en sépare un sérum transparent, acide. La coagulation peut tarder à se produire; de vieilles cultures ne la montrent parfois qu'après une dizaine de jours.
Etienne (1) a observé un Colibacille qui ne coagulait pas le lait en tubes, mais y arrivait en deux jours en ballons, exposé sur une plus grande surface au contact de l'air.
Certains types peuvent perdre la propriété de coaguler le lait (Paracolibacilles, Bacilles éberthiformes), en ne déterminant plus l'attaque du sucre.
La caséine est attaquée, mais très lentement et en proportion minime.
CULTURES DANS LES MILIEUX CHIMIQUEMENT DÉFINIS. — Le Colibacille pousse dans presque tous les milieux minéraux, même les plus simples, comme les liquides de Naegeli.
D'après Remy et Sugg, le milieu suivant lui convient très bien :
Liquide de Remy et Sugg.
Fais IIIe EEE. 2e Pet ion Men ARRETE VER NP RES .. 100 grammes. Glucose ren EN AE OS LS OT EE NE Die 20 —=.
Nitraterde sodium. .f$r 2 ed ARR LT CRE Re 10 = Phosphate neutre de potassium, #4 tte : 1 gramme. Sulfate de magnésium......... stars enie lee A Na let 2 grammes. Ghlorune de calcium ere D RE RAM ETES 1 gramme,
Il végète très abondamment dans les liquides renfermant de l’asparasine ou de l’urée.
Dans le laclo-sérum artificiel, le Colibacille produit un trouble rapide et d'ordinaire, en moins de douze heures, une abondante coagulation. Ilest cependant des types qui paraissent ne pas agir sur le lactose et ne pas produire ici de coagulation, se comportant comme le Bacille lyphique.
CULTURES DANS LES MILIEUX COLORÉS. — Des détails complets ont été donnés précédemment (p.67 et 146) à propos du Bacille typhique sur les cultures de ce microbe en milieux colorés.
Sur gélose colorée au liquide de Noeggerath ou à la fuchsine, la
(1) Érrenxe, Note sur une modification de Ja coagulation du lait par le Colibacille (Soc. de Biol., 20 janvier 1894).
BACILLUS COLI COMMUNIS. 175
culture de Colibacille décolore le milieu et absorbe la couleur, comme le Bacille typhique, mais elle est moins abondante et ne dépasse guère le trait d'inoculation, alors que celle du dernier microbe est beaucoup plus développée.
Sur gélatine ou gélose lactosée à 2 p. 100 additionnée de teinture bleue de tournesol, le Colibacille développe très vite une nuance rose rouge, due à la production d'acide lactique.
Sur gélose de Drigalski-Conradi, il donne des colonies rondes, opaques, rouges; la plaque prend une teinte rougeâtre.
Sur gélose “de Ramond additionnée de rubine acide et de carbonate de soude pour décolorer (p. 147), le Colibacrlle fait très vite apparaitre la teinte rouge, qui fonce de plus en plus, par suite de la neutralisation de l’alcali par l'acide lactique produit.
Les milieux colorés au bleu de méthylène, de Robin (p. 148) donnent aussi de bons caractères de différencialion.
Milieux au rouge neutre. — L'emploi du rouge neutre (I, p. 373), indiqué par Rothberger (1), peut fournir des éléments de différenciation plus précieux (2). Le Cabas produit une réduction de cette matière colorante et fait virer la coloration rouge-rubis des milieux qui en renferment, en donnant rapidement, en vingt-quatre heures ou moins, une fluorescence verte ou même une coloration jaune-canari avec des reflets fluorescents.
D'après Rothberger et Braun, très peu de microbes déterminent une modification analogue.
Ne modifient en rien le milieu tout en y végétant bien : le Bacille lyphique, les Bacilles paratyphiques des divers types, les Bacilles dysentériques, le Bacille de Friedlaender, le Bacille pyocyanique, le Bacille de la diphlérie, le Vibrion du choléra, le Vibrion de Metschnikoff, le Vibrion de Denecke, les Staphylocoques blanc et doré.
D'après Rothberger, le Vibrion septique et le Bacille du tétanos provoquent la même modification du rouge neutre ; Braun et Guerbet (3) donnent le Bacillus enteritidis et le Bacillus mesentericus comme la déterminant également, mais moins marquée, se bornant à la fluorescence; d’après Sete (4), on l’obtient avec plusieurs microbes des matières fécales paraissant ètre des Paracolibacilles ; Ferrera, Horta et Paredes (5) l'ont constatée avec le Bacillus cloacae, mais seulement tardivement, la fluorescence n'apparaissant qu'après cinq Jours. Toutefois, Rochaix et Dufourt (6) signalent comme donnant la réaction plusieurs espèces rencontrées dans l'urine ou les purins.
(1) RoraserGer, Differentialdiagnostische Untersuchungen mit gefärbten Nährbüden (Centralbl. für Bakt., 1te Abth., XXIV, 1898, p. 513, et XXV, 1899, p. 15 et 69).
(2) Braun, Le rouge neutre et le diagnostic rapide de la souillure des eaux deboisson par le Colibacille (Bull. de l'Inst. Pasteur, IV, 1906).
(3) Guerser, Contribution à l'étude des Bacilles du groupe coli-typhique. Thèse de pharmacie de l'Université de Paris, 1911.
(4) Scnerrzer, Das Neutralroth als Hilfsmittel zur Diagnose des Bacterium coli (Centralbl. für Bakt, 1t Abth., XX VIII, 1900, p. 199).
(5) FERRERA, Horra et Parenes, Recherches sur le Bacillus coli communis de l’intestin de l'homme (Arch..de l’Inst. royal de bact. de Camara Pestana, Il, 1908, p. 153).
(6) Rocxaix et Durourr, Urobactéries et réaction du neutralroth (Soc. méd. dés hôp. de Lyon, 1910).
176 BACTÉRIACÉES.
Donc, pratiquement, on peut reconnaître une grande valeur à la réaction. Elle est très sensible ; il suffit, pour la déterminer, de la présence de très pelites quantités de Colrtbacille.
Comme milieux, on peut utiliser soit la gélose glucosée, additionnée de 1 centimètre cube de solution aqueuse saturée de rouge neutre, puis stérilisée; soit un bouillon additionné de rouge neutre, dans le genre du Bouillon de Savage (1) : à 500 centimètres cubes de bouillon de viande on ajoule :
PépionetDefResne ReerErEe Pense 10 grammes.
Set RE Re ee D CE RP EEE 10 — Flucose MMA TE AS ARTE OS D TE ad 5e 2ur,50
Rousenmentre Ne EP EREMER ONE % grammes.
BARS AU AE RARE Er RO Res ee PR PEN 100 centimètres cubes.
On stérilise à 115°. Le liquide a une belle couleur rouge-rubis.
Les cullures en ces milieux, celles en bouillon surtout, peuvent rendre de grands services pour la recherche du Colibacille dans l’eau, comme il sera exposé à l'étude de l'Analyse baclériologique de l’eau (Quatrième partie).
Cependant, la méthode n'a pas une valeur absolue ; 1lest des types de Colibacille qui ne donnent qu'une faible réaction, décolorant à peine le milieu.
CULTURES DANS D'AUTRES MILIEUX. — Il se développe dans l'urine fraîche, stérilisée à 100°, sans dégager sensiblement de produits ammoniacaux; pas dans les solutions d’urée pure, mal dans les solutions durée peptonisée. Sur bouillie de viande, les cultures dégagent une odeur très fétide.
CULTURES SUR MILIEUX VACCINÉS PAR LE BACILLE TYPHIQUE. — Après avoir enlevé la colonie d'une culture sur gélatine ou gélose du Bacille typhique, comme il a été dit précédemment (p. 69), si l'on ensemence du Colibacille à la même place, ce: microbe pousse souvent assez abondamment. Certains types de Colibacille, toutefois, se comportent comme le Bacille typhique el ne donnent aucune végétalion.
PROPRIÉTÉS BIOLOGIQUES
Des indications sur la composition chimique des corps bacillaires ont été données tome I, page 51.
Vitalité. — 1l présente les mêmes caractères que le Bacille typhique. Il faut signaler toutefois ce fait important que le Colibacrlle est un microbe beaucoup plus robuste, à puissance de végétation bien plus énergique que le premier, de telle sorte que, dans un mélange, il l'emporte rapidement el pourrait même parvenir à étouffer l’autre et le faire disparaître.
Virulence. — Dès le début, Escherisch a très nettement constaté la virulence des cultures, amenant rapidement la mort en injection intra-
(4) Savacr, Neutral-Red in the routine bacteriological examination of water (Journ. of Hyg., 1, 1901, p. 437).
BACILLUS COLI COMMUNIS. 197
veineuse. Cette particularité, toutefois, n'a acquis de l'importance que plus tard, quand on s’est convaincu du rôle que le Colibacille jouait en pathologie.
La virulence est cependant ici une propriété essentiellement continsente, n'apparaissant peut-être que dans des conditions déterminées, pouvant faire complètement défaut à d’autres moments. Certains ont mème été conduits à ne la considérer que comme une véritable propriélé d'exception, pathologique ; le Colibacille normal, pour eux, doit en être dépourvu. Parmi les causes qui agissent le plus sur l'apparition de la virulence, se trouvent en première ligne les modifications pathologiques du canal intestinal où le microbe vit en commensal. La virulence peut du reste s’acquérir expérimentalement, par passage dans le péritoine de cobayes par exemple ; elle s'atténue aussi et disparaît sous l'influence de bien des causes, le simple vieillissement des cultures ou diverses actions défavorables; par contre, elle peut s'exalter par les procédés habituels.
Produits formés dans les cultures. — Bien que le Colibacille puisse végéter abondamment dans la plupart des milieux employés, aux dépens d'une grande quantité de substances diverses, il ne transforme pas ces milieux de façon à les modifier profondément. Les actions qu'il déter-
mine sont plutôt superficielles et n’aboutissent guère à une destruction
moléculaire complète. Il est plutôt de ces microbes qui préparent à des modifications profondes.
Aclion sur les malières azolées.
Matières albuminoïdes. — Pas plus que le Bacille lyphique, 11 n'a d'action bien marquée sur les matières albuminoïdes. La gélatine n’est pas liquéfiée. La caséine est coagulée par aclion de présure ou de l'acide lactique, mais n’est pas modifiée ou à peine. L'albumine de l'œuf reste intacte. Il ne sécrète pas de ferment protéolytique, mais transforme activement ces mêmes substances hydrolysées.
Il attaque surtout les syntonines el les peplones ; la réaction, d'abord acide, devient alcaline, par suite de production d'ammoniaque. Il se produit ensuite, ou peut se produire, suivant les conditions, de lindol, du scatol, du phénol, du mercaptan de méthyle. Rettger (1) signale en outre, dans les milieux contenant de la viande ou de lalbumine d'œuf, du tryptophane, de la leucine, de la tyrosine, de la putrescine et de la cadavérine.
En usant de milieux ne renfermant pas de traces d’ammoniaque libre, on peut constater la production de vapeurs ammoniacales en petite quantité. Parfois, les cultures sur gélatine ou sur pomme de terre dégagent une odeur ammoniacale bien nette.
Aux dépens des peptones, en cultures aérobies, il se forme rapidement de l’indol. En cultures anaérobies, 11 ne se forme que très peu ou pas
. du tout d’indol. La production est surtout abondante avec la peptone
pancréatique, mais s'observe aussi avec les autres peptones. Cette production d'indol est souvent très rapide.
(1) RerrGer, Chemical products of Bacillus coli communis and Bacillus lactis aerogenes (Physiol., VIII, 1903, p. 284).
Macé. — Bactériologie, 6° édit. II. — 12
178 BACTÉRIACÉES.
On peut déjà en constater des traces après une heure ou deux (1) de culture à 37°, mais on le constate plus facilement vers la dixième heure; la réaction est plus nette après un jour ou deux, intense après quatre ou Cinq Jours; le maximum de production est après deux ou trois semaines.
La manière d'opérer a été indiquée à Recherche de l'indol (K. I, p.334).
Péré a montré que la réaction ne se produisait pas, au début du moins, dans les milieux renfermant des sucres; on ne l’oblient que quand le sucre a totalement disparu. La production de lindol semble également entravée par une cullure en couche mince, souvent agitée au contact de l'air, par la présence d’un excès de chlorure de sodium. On lobserve souvent avec les cultures sur pommes de terre. Quand la matière azotée est un sel ammoniacal, de l’asparagine, de la levure, 1l n’y a pas de formation d'indol; on n'en remarque pas non plus en cultures sur gélatine ou gélose ne renfermant pas de peptones. Le moyen le plus sûr d’en obtenir, d’après Péré, serait de cultiver le Bacille à 36° dans une solution de peptone pancréatique pure, additionnée seulement d'un peu de phosphate de potasse.
Toutefois, ilest des types de Colibacilles qui, placés dans les meilleures conditions, ne forment jamais la moindre trace d’indol; le fait, signalé d'abord par Lembke (2), a été souvent vérifié depuis. On en a fait une variélé, Bacillus colt communis var. anindolicus.
Cette recherche de l'indol est un point assez délicat dans la diagnose du Colibacille pour qu'on y apporte des soins particuliers (Voy. 1}, p.334).
Dans les milieux indiqués, on peut constater la présence de traces de phénol (T, p. 340) ou de scalol ; le fait ne serait pas constant.
Enfin, dans tous les milieux peptonisés, il se dégage une odeur forte, souvent très fétide, fécaloïde. On peut constater la présence de mercaplan de méthyle, d'un peu d'hydrogène sulfuré.
Tout ceci montre qu'il y a attaque réelle de la matière albuminoïde, mais seulement sous certaines formes, comme il a été dit. Le Colibacille joue un rôle important, mais de seconde ligne, dans la putréfaction des viandes, comme l’ont montré Tissier et Martelly (3). S'il a dans la putréfaction des cadavres une part aussi importante que celle que lui attribue Malvoz (4), c'est plutôt un rôle de complément d'actions antérieures et de préparateur à des actions ultérieures. Il en est probablement aussi de même du rôle que Gordon (5) lui fait jouer dans les putréfactions végétales, où, d’après lui, il serait l'espèce dominante. Toutefois, il ne se rencontre généralement pas dans les décompositions végétales ordinaires ; c’est un fait dont on doit souvent tenir compte : quand on l'y trouve, c’est qu'il a été apporté par des contaminations étrangères.
Matières azotées autres. — La créaltine est faiblement attaquée.
(1) PorcHer et Paxisser, Sur la rapidité d'apparition de l'indol dans les cultures microbiennes (Soc. de Biol., mars 1911, p. 371).
(2) Lemeke, Bacterium coli anindo licum und Bacterium coli anaëérogenes (Arch. für Hygiene, XXVII, 1896, p. 384).
(3) Tissrer et Marrezzy, Recherches sur la putréfaction de la viande de boucherie (Ann. de l’Inst. Pasteur, XVI, 1902, p. 863).
(4) Marvoz, La putréfaction dans ses applications à la médecine légale (Ann. d'hyg., novembre et décembre 1899).
(5) Gorpox, Ueber Faülnissbakterien in Obst und Gemüse. Thèse d'Erlangen, 1897.
RATE Le
BACILLUS COLI COMMUNIS. 179
L'urée est nettement décomposée par le Colibacille, comme l'ont montré Hallé et Dissard (1). 11 y aurait réellement formation de carbonale d’ammoniaque, mais en pelite quantité. Ces auteurs signalent en outre la production de matière albuminoide indéterminée aux dépens d’une partie de l’urée. L’ammoniaque elle-même serait légèrement attaquée.
Action sur les hydrales de carbone.
Sucres. — Escherisch a signalé l’action fermentative exercée par ce microbe sur les matières sucrées el la production d'acides qui en est la conséquence.
Cest en effet la propriété chimique qui paraît encore aujourd’hui être la plus frappante. Les modifications que le Colibacille produit dans les différents milieux qui contiennent des matières sucrées sont des plus intéressantes et ont été surtoutétudiées par Baginsky (2), Scruel (3), Ide (4), Chantemesse et Widal (5), Péré (6), Van Ermenghem et Van Laer (7), Nenck1, Grimbert (8). Le microbe apparaît comme un agent de transformation énergique des hydrocarbonés solubles.
Le Colibacille attaque énergiquement tous les sucres (9), à lacondition cependant qu'il existe dans le milieu une petite quantité d’azote assimilable. C’est un véritable ferment lactique.
Dans le bouillon additionné de glucose, il végète vigoureusement, aussi bien en présence d’air que sans air. Il se dégage une forte quantité de gaz qui sont surtout de l'hydrogène, les deux tiers presque, de l’acide carbonique pour un autre Liers, el un peu de gaz des marais. Le milieu renferme des acides gras provenant de l'attaque de la molécule sucrée; c'est surtout de l'acide lactique, un peu d'acide acétique et de l'acide formique en faible proportion. La quantité d'acides et leurs rapports entre eux sont à peu près les mêmes à l'air ou en labsence d'oxygène. Ces acides sont attaqués à leur tour ; aux dépens de l'acide lactique, il se forme de l'acide butyrique, de l'acide propionique, de l'acide succinique et de l'alcool éthylique ; à ceux de l'acide formique, de l'acide carbonique, de l’hydrogène et du méthane. D’après Nencki et
(1) Hazxé et Dissarp, Note sur la culture du Bacillus coli dans l’urine. Fermentation colibacillaire (Soc. de Biol., 18 mars 1893).
(2) Bacisxy, Zur Biologie der normalen Milchkothbacterien (Zeitschr. für phys. Chemie, 1889).
(3) Scruer, Contribution à l'étude de la fermentation du Bacille commun de l'intestin (La Cellule, VII, 1891, p. 179).
(4) Ine, Anaérobiose du B. commun de l'intestin et de quelques autres Bactéries (La Cellule, VII, 1891, p. 323).
(5) CHanremesse et Winaz, Différenciation du B. typhique et du Bacterium coli commune (Soc. de Biol., 1891, p. 747).
(6) Péri, Contribution à la biologie du Bacleriam coli commune et du B. typhique (Ann. de l’Inst. Pasteur, VI, 1892, p. 512).
(7) Vax ERMENGHEM et Van Lazr, Contribution à l’étude des propriétés biochimiques du B. d’Eberth et du Bactlerium coli (Bull. de méd. de Gand, 1892).
(8) Grimserr, Action du Colibacille sur le lactose et le saccharose (Soc. de Biol., 27 juillet 1896).
(9) Vourcour, Action de quelques Bactéries sur les hydrates de carbone et le lait tournesolé (Ceñtralbl. für Bakt., 2t Abth., Orig., XLV, 1907, p. 97).
180 BACTÉRIACÉES.
Sieber (1), l'acide lactique formé aux dépens du glucose est de l'acide paralactique dextrogyre ; certaines variétés en donneraient du lév ogyre. D’après Péré (2), le Colibabrile de l'intestin du nourrisson donmeraif de l'acide lactique droit, celui de l'intestin de l'adulte de l'acide lactique gauche ; la différence viendrait de ce que le premier prend son azote sous forme ammoniacale ; avec un même microbe,on peut même constater la présence de l’un ou l’autre de ces acides, selon qu'il prend son azote aux peptones ou à des sels ammoniacaux.
Dans les milieux contenant du saccharose, du lactose, la fermentation se passe comme avec le glucose, mais elle est un peu moins énergique. L'acide lactique produit est l'acide ordinaire de fermentation, inactif. Grimbert (3) a retiré des selles un Colibacille qui donnait de l'acide succinique au lieu d'acide lactique aux dépens du lactose.
Le mallose, la mallo-dextrine, la glycérine fermentent aussi énergiquement, à l’air ou sans air; les produits formés sont semblables, D'après Capaldi et Proskauer (4), la mannite fermente toujours, même avec l’asparagine ou des sels ammoniacaux comme seule source d'azote. Étienne (3) signale la fermentation rapide du glycogène. D’après Meillère (6), l'inosite ne serait pas attaquée dans les cultures largement aérées, audi que le Bacille typhique la ferait fermenter dans les mêmes conditions.
Matières amylacées. — Baginsky, Schlosmann (7), Pfaundler (8) ont observé l’attaque de la matière amylacée, soluble où insoluble ; parmi les produits de décomposition, on trouverait de l'acide acétique, de l'acide propionique, de l’acide succinique, de l’acétone, de l'acide butyrique. D’après Fermi, il y aurait sécrétion d’amylase.
Production de gaz.
Outre l'acide carbonique produit dans la fermentation des sucres, on peut constater dans bien des cultures le dégagement de gaz divers (9). Bouchard et Chabrié (10) ont signalé, en 1893, la présence de l'azote dans des milieux qui ne contenaient ni nitrates ni nitrites. Lepierre(11)
(1) Nexckr et Sixser, Untersuchungen über die chemische Vorgänge im menschlichen Dünndarm (Arch. für exper. Path., XXVIII, 1894).
(2) PÉRÉ, Colibacille du nourrisson et Colibacille de l'adulte (Soc. de Biol. 2 mai 1896).
(3) GrimBerrT, Colibacille produisant de l’acide succinique avec le lactose (Soc. de Biol., 15 février 1896).
(4) Caparor et ProskAuER, Beiträge zur Kenntniss der Saürebildung bei Typhusbacillen und Bacterium coli (Zeitschr. für Hygiene, XXII, 1896, p. 452).
(5) Érrexxe, Action de quelques microbes sur la substance ely cogène (Soc. de Biol., 1894).
(6) Mersrère, Action de quelques Bacilles sur l’inosite, Différenciation du Coli et de l’Eberth (Soc. de Biol., 15 juin 1907, p. 1096).
(7; ScaLosmann, Jahresber. für Kinderheilk., XLVII, 1898.
(8) Praunprer, Ueber das Verhalten des Bacterium coli commune zur gewissen Stickstoffsubstanzen und zu Stärke (Centralbl. für Bakt., XXXI, Orig., 1902, p. 113).
(9) Keyer, The gas production of Bacillus coli (Jotrn. of med. Research, XXI, 1909, p. 671).
(10) Boucaan» et CHaBrié, Soc. de Biol., 27 février 1892.
; (11) Leprerre, Sur les gaz produits par le Colibacille (Soc. de Biol., 17 dééembre 898).
BACILLUS COLI COMMUNIS. 181
a constaté la production assez constante d'hydrogène et d'azote; elle ne parait manquer que chez des types anormaux.
Morris (1) et Orlowsky (2) donnent comme régulière la formation de proportions table d hydrogène sulfuré.
Comme le Bacille typhique, et dans les mêmes conditions (Voy. p. 71), le Colibacille attaque énergiquement les nitrates et un peu moins les nitrites avec dégagement d'azote; c’est un microbe dénitrifiant énergique.
Produils loxiques.
Les cultures virulentes renferment souvent des substances solubles toxiques. Il ne paraît pas y avoir de rapportentre la propriété fermentative d’un Colibacille et la production de substance toxique. Cette substance toxique est très peu connue ; on a surtout étudié les effets que produit sur l'animal le bouillon de ‘culture filtré sur bougie Chamberland qui la renferme; ils seront rapportés plus loin.
Malvoz (3), en précipitant du bouillon de culture par le sulfate d’ammoniaque en excès, a obtenu un précipité relativement peu toxique.
D’après Vaughan (4), la toxine serait fixée dans les corps bacillaires, d’où elle ne diffuserait que très difficilement. On l’obtiendrait en soluton par digestion des corps microbiens à l’aide de pepsine et d’acide chlorhydrique. Ce serait un produit stable, résistant à l’ébullition dans l'eau, donnant les réactions des matières protéiques.
Comme d'ordinaire, on donne le nom de foxine colibacillaire aux bouillons de cultures privés d'éléments vivants, surtout par filtration.
Les effets déterminés par cette toxine seront étudiés plus loin.
Action des conditions de milieu. — Chaleur. — D’après Chantemesse et Widal, le Colibacille est tué en moins d’une minute par la chaleur humide à 80°; à 58° après cinq minutes, dans les mêmes conditons, d’après Malvoz. Il n’est pas tué après une exposition de plusieurs heures à 58° dans une étuve sèche. Sa limite maxima de croissance parait être vers 46°,5. Il résiste très longtemps à la dessiccation.
I semble se comporter comme le Bacille lyphique à l'égard des autres conditions de milieu ; il est peut-être doué d’une résistance un peu plus grande.
Action ‘des antiseptiques. — Leur activité a été peu étudiée. D’ après Dunbar (5), le Colibacille croît encore sur de la gélose additionnée de 0,14 p. 100 d'acide phénique, 0,065 p. 100 d'acide chlorhydrique, 0,054 p. 100 d'acide sulfurique, 0,09 p. 100 d'acide nitrique ; les doses minima de ces substances qui empêchent tout développement sont : pour l'acide phénique 0,166 p. 100, pour l'acide chlorhydrique 0,07 p. 100,
(1) Mornis, Studien über die Produktion von Schwefelwasserstoff, Indol und Merkaptan bei Bakterien (Arch. für Hygiene, XXX, 1897, p. 304).
(2) Orcowsky, Beiträge zur Kenntniss der biologischen und pathogenen Eigenschaften des Bakterium coli commune (Centralbl. für Bakt., XXII, 1897, p. 134).
(3) Mazvoz, Une épidémie de fièvre typhoïde avec présence du microbe pathogène dans l’eau de boisson(Ann. de la Soc. méd.-chir. de Liége, 1891).
(4) VauGHAN, Journ. of Amer. med. Assoc., 23 février 1991. — Amer. med. Philad., 18 mai 1901.
(5) Duxsar, Untersuchungen über den Typhusbacillus und den Bacillus coli communis (Zeilschr. für Hygiene, XII, 1892, p. 485).
182 BACTÉRIACÉES.
pour l'acide sulfurique 0,063 p. 100, pour l'acide nitrique 0,097 p. 100. Nous avons vu précédemment (p. 129) qu’on pouvait utiliser sa propriété. de végéler dans les milieux renfermant une certaine proportion d'acide
phénique pour lisoler facilement.
INOCULATION EXPÉRIMENTALE
Escherisch avait déjà signalé l'action pathogène du Colibacille sur les petits animaux de laboratoire, particulièrement le cobaye, pouvant succomber en vingt-quatre heures aux inoculations intraveineuses de pelites quantités de culture. L'inoculation sous-cutanée ne déterminait qu'un abcès, parfois rien du tout.
Les recherches ultérieures n'ont fait que confirmer et étendre les résultats d'Escherisch et démontrer la virulence réelle du microbe. Il y a cependant des distinctions à établir; il est de nombreux échantillons qui ne montrent aucune virulence. Lesage et Macaigne (1) ont démontré qu'un Colibacille normal, reliré par exemple d’un intestin sain, n élait généralement pas virulent ; mais que, dès que l'intestin souffrait, dès qu'ilexistait de la d'arrhée, la virulence apparaissail ou augmentait, el croissait même progressivement au degré de l'inflammation intes- Unale ; 1l se formait, pour eux, un véritable Colibacille pathologique, ayant un maximum de virulence dans les diarrhées graves, pouvant mème être extrêmement virulent et déterminer chez l'animal des septicémies à marche rapide. On ne peut cependant pas généraliser de telles conclusions : Nobécourt (2) a trouvé fréquemment du Colibacille très virulent chez des nourrissons sains, et le même fait se rencontre chez les adultes.
La virulence, du reste, s’exalte par passages successifs d'animal à animal; en se servant du cobaye ou du lapin, el en faisant surtout des inoculations dans le périloine, il est facile d'obtenir un Colibacille doué d'une forte virulence.
Inoculation au cobaye. — Inoculalion sous-cutanée. — Escherisch a obtenu par ce procédé une mort rapide, avec un Colibacille provenant de l'intestin normal, par conséquent probablement peu virulent, mais en usant de fortes quantités de produits. L'inoculation de doses moyennes, 1 centimètre cube de bouillon de culture, ou d'un Colibacille à virulence peu marquée, ne produit le plus souvent qu'une lésion locale, un abcès à évolution lente d'ordinaire. Le pus, qui renferme le microbe en abondance, est épais, riche en grumeaux. Après guérison, il se forme fréquemment une grosse cicatrice, avec tendance aux chéloïdes, autour de laquelle les poils tombent sans repousser plus tard. Une mème dose de culture lrès virulente tue cependant rapidement avec des symptômes septicémiques, comme l'inoculation dans les veines.
Inoculation intraveineuse. — Elle tue l'animal quelquefois en moins de vingt heures. Quelques heures après l’inoculation, l'animal perd sa
(1) LEsAGE et MacaiGxe, Contribution à l'étude de la virulence du Baclerium coli commune (Arch. de méd. expér., IV, 1892, p. 350). — Macaicxe, Le Bacterium coli commune ; son rôle dans la pathologie, Thèse de Paris, 1892.
(2) Nogécourr, Recherches sur la pathogénie des affections gastro-intestinales des jeunes enfants. Thèse de Paris, 1879.
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vivacilé, son poil se hérisse ; il montre souvent une diarrhée félide, crie lorsqu'on le touche.
On trouve, à l’aulopsie, des lésions de congestion vasculaire, surtout dans l'intestin et le poumon, et dans le péritoine, le péricarde, la plèvre, un exsudat plus ou moins abondant, très riche en Bacilles. On trouve des Bacilles partout, dans le sang, dans les différents organes, dans l'urine.
Inoculation intrapérilonéale. — Une petite dose de culture dans le bouillon d’un Colibacille actif tue souvent le cobaye en vingt-quatre heures, en délerminant une péritonite suppurée et la mort en hypothermie. On trouve les mêmes lésions de congestion, surtout sur l’intestin et le poumon. De fortes doses peuvent luer en huit à dix heures. Une même dose d’un Colibacille provenant d’un intestin normal peut n’occasionner que des troubles légers.
Inoculation intrapleurale. — Les animaux meurent très vite. À lautopsie, on trouve une pleurésie séreuse ou séro-hémorragique, une congestion pulmonaire et intestinale, une tuméfaction de la rate.
Inoculation au lapin. — /noculalion sous-culanée. — On observe les mêmes phénomènes de suppuration locale que chez le cobaye; les cultures à virulence exallée seules peuvent tuer avec des symptômes septicémiques. Les plaques de Peyer sont tuméfiées.
Inoculalion intraveineuse. — Suivant la virulence de la culture et la dose employée, on détermine une septicémie à marche aiguë ou à marche chronique.
Dans la forme aiguë, l'animal peut mourir en vingt heures. On lui trouve les mêmes lésions de congestion, surtout dans l’intestin et le poumon, les mêmes exsudats dans le péritoie, la plèvre et le péricarde, que chez le cobaye. On retrouve des Bacilles partout, jusque dans la moelle.
Dans la forme chronique, l'animal supporte assez bien linoculation, puis est pris de diarrhée, maigrit et montre des Symptômes de paraplégie (1) ; il finit par succomber après un temps plus où moins long. On trouve à l’aulopsie des lésions analogues à celles de la forme aiguë el des lésions médullaires très accentuées. La surface de la moelle est très vascularisée et la moelle peut être en quelques points ramollie ; c’est dans le bulbe et la moelle qu'on rencontre en dernier lieu les Bacilles quand ils ont disparu des autres organes dans une infection à longue échéance (Thoinot et Masselin).
Inoculalion intrapéritonéale. — La mortsurvient vite, en hypothermie, avec des lésions de péritonite souvent suppurée. L'exsudat renferme une grande quantité de Bacilles. Le Bacille s’est généralisé ; tous les
organes en contiennent.
Inoculation par ingestion. — Boix (2) a vu mourir des lapins, qui ingéraient tous les jours 1 à 2 centimètres cubes de cultures, après un temps variant de treize à cinquante- cinq Jours, avec des convulsions el une hypothermie très marquée, la température pouvant tomber à 33°,9.
Inoculation à d'autres animaux.— Escherisch avait donné la souris
(1) Gizserr et Lion, Des paralysies produites par le B. d'Escherisch (Soc. de Biol., 13 février 1892).
(2) Box, De l’action hypothermisante des produits de culture du Bacillus coli communis (Soc. de Biol.,27 mai 1893 et 8 juin 1895).
comme réfractaire. Elle succombe rapidement aux inoculations intrapleurale el intrapéritonéale, mème en injection sous-cutanée de fortes doses de cultures.
Laruelle (1) a obtenu la mort chez le chien, par injection intrapéritonéale de fortes doses de cultures. Avec les cultures pures, les lésions de péritonite élaient rares; elles élaient habituelles, au contraire, lorsque du liquide intestinal stérilisé était ajouté à la culture. C'est donc seulement dans certaines condilions que le Colibacille pourrait ètre considéré comme le véritable agent des péritonites d’origine intesinale ; c'est aussi la conclusion à laquelle est arrivé de Klecki (2) dans ses expériences.
Dans toutes ces inoculations expérimentales, on signale l’exaltation de la virulence du microbe par passages répétés dans l'organisme, surtout en injection intrapéritonéale. La virulence est aussi exaltée par l'action de certaines substances, particulièrement de la toxine typhique, comme l’a montré Sanarelli.
Inoculation de la toxine colibacillaire. — Les bouillons de culture, filtrés sur bougie Chamberland après un assez long temps, possèdent une Loxicité réelle. La substance toxique parail toutefois n'être produite qu'en pe tites quantités; il faut de fortes doses pour amener la mort. D'après Boix, le phénomène le plus apparent serait l'hypothermie, déjà observée après inoculation de cullures. Gilbert (3) distingue trois phases dans l’intoxication du lapin par la toxine du Coltbacille. La première est marquée par de laffaiblissement musculaire, de la somnolence pouvant aboutir au coma. Dans la seconde, à ces symptômes s'ajoutent des secousses convulsives, du nystagmus, de lhyperexcitabilité réflexe de la peau et des organes des sens. À la troisième, 1l se produit une contraction tétanique généralisée qui se prolonge jusqu’à la mort. Le cœur est peu modifié ; il bat encore faiblement après l’ouverture de l’animal. Lorsque l'expérience ne dépasse pas les deux premières phases, l’animal fait une intoxication chronique qui se traduit par de la somnolence, la perte des forces, l'émaciation, la diarrhée et souvent, au bout d’un temps plus où moins long, la mort en hypothermie. À doses insuffisantes pour amener la mort rapide, la toxine a un pouvoir diarrhéigène très marqué; l'intestin est très irrité et présente parfois des ulcérations et des escarres. Avec des doses faibles et répétées, Haushalter et L. Spillmann (4) ont obtenu, chez les jeunes animaux, un élat d'amaigrissement considérable aboutissant à une véritable cachexie avec arrêt de développement manifeste, qu'ils rapprochent de ce qui s'observe dans la cachexie infantile d’origine gastro-intestinale.
Chez la grenouille, Roger (5) observe aussi trois périodes : une période de parésie initiale, une d’hyperexcitabilité, une de paralysie terminale.
) Lanvezze, Étude bactériologique sur les péritoniles par perforation (La Cellule, 1889 perle de 2) De Kreckr, Recherches sur la -pathogénie de la péritonite d'origine intestinale ; étude de la HR dues du Colibacille (Ann. de l’Inst. Pasteur, IX, 1895, p. 710). ne Girserr, Des poisons produits par le B. intestinal d'Escherisch (Soc. de Biol., 5 rier 1893).
4) HausHazrer et L. SriLcmaxx, Infections et intoxications colibacillaires expéri- 1 Rae chez les jeunes animaux (Soc. de méd.de Nancy, 10 mai 1899). (>) RoGer, Toxines du Baclerium coli (Soc. de Biol., 6 mai 1893).
BACILLUS COLI COMMUNIS. 185
Le poison parait agir sur la moelle et, accessoirement, sur les muscles striés et le cœur.
Studzinsky (1) aurait obtenu, par injections intraveineuses el intrapéritonéales de cultures tuées et de bouillons filtrés, des lésions du foie et du rein rentrant dans le type des lésions scléreuses ; rien au contraire par l’ingestion des mêmes produits.
IMMUNITÉ ET SÉROTHÉRAPIE
Cesaris-Demel et Orlandi (2) ont conféré les premiers limmunité aux lapins et aux cobayes par l'injection de liquides fillrés sur bougie Chamberland, de cultures bouillies ou d'extraits glycériques. L'immunité obtenue durerait au moins un mois. Salvati et Gaetano (3), avec un Colibacille bien virulent, ont obtenu une immunité plus marquée et plus durable.
Ces observateurs signalent les propriétés prév entives et curatives, à l'égard des He Ge colibacillaires, du sérum des animaux ainsi vaccinés.
Dans le but d'obtenir un sérum utilisable dans le traitement des infections urinaires fréquemment dues au Colibacille, Albarran et Mosny (4) ontiniecté alternativement des filtrats de macération d'organes d'animaux morts d'infections colibacillaires et des cultures virulentes. Le sérum des animaux ainsi traités immunise le cobaye à la dose de un vingtième de centimètre cube contre la dose mortelle de culture inoculée vingt-quatre heures après. Un cobaye vacciné avec un quart de centimètre cube de ce sérum a résisté à l’inoculation de vingt fois la dose mortelle faite vingt-quatre heures après. Le pouvoir curateur de ce sérum n’est pas moindre : les cobayes infectés avec deux fois la dose de culture mortelle pour les témoins survivaient lorsque, deux heures après l’inoculation infectante, ils recevaient 2 centimètres cubes de sérum.
En raison de l'i impor tance du Colibacille dans la pathologie humaine, ces questions mériteraient d° êtro éludiées.
Cesaris-Demel et Orlandi, Sanarelli ont pu établir la jee réciproque du Colibacille et du Bacille typhique (p. 93); des essais suivis de bons résultats ont même été tentés sur l hémme
HABITAT ET RÔLE ÉTIOLOGIQUE
Le Colibacille est un microbe extrémement répandu.
On le trouve normalement dans le tube digestif de l'homme et de beaucoup d'animaux, depuis la bouche jusqu’à l'anus. Dans l'intestin sain, c'est certainement l'espèce de beaucoup prépondérante : très sou-
(1) Sruvozixsxy, Contribution à l'étude du Colibacille sur l'organisme animal (Soc. de Biol., 18 février 1911, p. 225).
(2) Cesaris-Deurc et Orcanpt, Sur l’équivalence biologique des produits du B. coli et du B. typhi (Arch. ilal. de biol., XX, 1894, p. 219).
(3) Sacvarr et Garrano, Immunisazione alle lesione chirurgiche da Bacterium coli commune e loro cura con tossine e siero antitossico (La Riforma medica, IT, 1895, p. 506).
(4) AzBarrax et Mosxx, Recherches sur la sérothérapie de l'infection urinaire (Acad. des sc., 4 mai 1896).
vent. les cullures du contenu intestinal ou des fèces le donnent en
cullure pure. Il est au moins très fréquent, sinon courant, dans l’intestin des mammifères et des oiseaux (1); il paraît ne pas se trouver chez les vertébrés inférieurs, reptiles et poissons, à moins que l’on opère sur des espèces vivant dans les caux impures qui en introduisent forcément dans l'intestin. On n'en trouverait pas non plus sur les céréales entrant dans l'alimentation de l'homme (2), en lenant compte aussi des contaminations qui peuvent se faire fréquemment.
Le contenu intestinal semble bien réellement être le milieu normal du Colibacille.
Dans le milieu extérieur, c'est un des saprophytes les plus répandus, provenant, à n'en pas douter, des matières fécales largement disséminées partout.
C'est, comme l’a démontré Escherisch, le premier microbe qui se rencontre dans l'intestin de l'enfant nouveau-né quelques heures déjà après la naissance, alors qu'auparavant cet intestin ne renferme aucun germe. Il y est amené par la déglutition, entrainé avec la salive, provenant des poussières extérieures.
Vignal (3) l’a, le premier, trouvé dans la bouche ; Grimbert et Choquet (4) Fy ont constaté 45 fois sur 100 et de préférence sur les amygdales. Il est plutôt rare dans l’estomac normal. On le rencontre toujours dans l'intestin grêle et le gros intestin.
Chez l’homme à l’état normal, il ne paraît avoir aucune signification fâcheuse; il joue le simple rôle de saprophyte, comme les nombreuses autres espèces quil'accompagnent souvent. I ne possède que peu de virulence ou mêmes’en montre complètement dépourvu. Cependant, c’est un commensal plutôt nuisible qu'utile, dégageant dans l'intestin des gaz, des odeurs fétides, y produisant des substances toxiques. Toutefois, Bienstock (5) lui reconnait un réel antagonisme à l'égard des putréfactions intestinales.
Dès que l'intestin souffre, il gagne de la virulence et est alors à craindre ; il peut traverser les parois enflammées et arriver dans la circulalion où élaboreune Loxine qui, n'étant plus détruite par l'activité de l’épithélium intestinal, est résorbée et produit des accidents; c’est alors un véritable microbe pathogène.
Après la mort, il envahit souvent rapidement l'organisme (p. 191). Gilbert et Girode l'ont trouvé dans la bile deux fois sur huit, vingtquatre heures après la mort: d’autres, seulement quelques heures après. Le foie et les organes sont assez rapidement envahis (6), surtout en élé, moins en hiver, d'après Lesage et Macaigne. D’après ces derniers,
(1) FerRrERA, Honra et Parenes, Recherches sur le B. coli des mammifères et des oiseaux (Arch. d, roy. Instiluto bacteriol. Camara Pestana, II, 1908, p- 203).
(2) Berrexcourt et BorGes, Recherches sur le B. coli des vertébrés inférieurs et des céréales (1bid., p. 221).
ve Vicxaz, Recherches sur les microorganismes de la bouche (Arch. de physiel ,
(4) Grimserret Caoquer, Sur la présence du Colibacille dans ia bouche de l'homme sain (Soc. de Biol., 19 octobre 1895).
(5) Biexsrock, Du rôle des Bactéries de l'intestin (Ann. de l’Inst. Pasteur, XIV, 1900, p. 750).
(6) Wurrzet HERMAN, Bacillus coli dans les cadavres (Arch. de méd. expér,, 1891, p. 734). — Acnarn et Paurrix, Envahissement des organes pendant l'agonie et après la mort (Zbid., 1895).
BACILLUS COLI COMMUNIS. 187
cependant, les diarrhées et les ulcérations intestinales seraient une
- condition indispensable de l’envahissement se produisant en moins de
vingt-quatre heures avant la mort.
Disséminé dans le milieu extérieur par les matières fécales, il peut
se rencontrer dans l’eau, où sa présence est d’un mauvais indice, par
elle-même d’abord, signifiant une contamination prochaine ou éloignée par des matières fécales, c’est une véritable indication de souillure, mais aussi, comme nous l'avons vu, parce qu’elle peut masquer celle du Bacille typhique. La présence du Colibacille dans une eau ne veut pas dire que celte eau est typhogène, mais qu'elle est au moins souillée par des matières qui sont susceptibles, à un moment donné, d'y apporter du Bacille typhique ; c’est une remarque qu’il est important de faire. Il peut se rencontrer dans le sol, où il résiste longtemps, dans les poussières, dans certains aliments, le lait principalement, qui en contient toujours après la traite, lorsqu'elle est faile, comme d'ordinaire, sans très grands soins, sans lavage sérieux des mains des personnes et des trayons de l'animal, recevant facilement des gouttes de matières fécales, ou lorsque le lait est exposé aux souillures de l'air ou de vases malpropres; il y pullule abondamment en produisant des substances toxiques. C’est probablement souvent lui qui produit la toxicité de certains laits, crèmes, fromages (p. 190); de même, on peut Jui attribuer quelques formes d’intoxicalions par des viandes (p. 190).
Pour le rechercher dans l’eau, et se faire une idée juste de sa distribution, il est nécessaire de faire l'analyse de suite après le prélèvement, ou tout au moins maintenir les échantillons dans la glace pour éviter la pullulation du microbe, facile aux températures ordinaires, comme le montrent des recherches de Freudenreich (1). Il peut être intéressant, lorsqu'il y est constaté, de rechercher son degré d'activité au moyen de l'injection intrapéritonéale au cobaye, procédé que recommande Blachstein (2). De plus amples détails ont déjà été donnés précédemment à propos du Bacille lyphique (p. 127) et seront encore donnés plus loin, dans la Quatrième partie, au chapitre de l'Analyse bactériologique de l'eau, où la question de la présence et de la recherche du Colibacille dans l’eau sera exposée avec tous les détails que comporte sa grande importance.
Les manifestations pathologiques qu’il peut déterminer sont extrémement nombreuses. [1 n’est guère d'organe ou de système qui soit à l'abri de son action; de même il peut, suivant le cas, occasionner des symptômes extrêmement variés, de telle sorte qu’on doit véritablement le considérer comme propre à tout faire.
Le {ube digestif est natureliement l'organe le plus disposé à être atteint.
On l’a signalé comme cause de certaines amygdalites (3); on le trouve assez fréquemment dans les fausses membranes diphtériques (I, p. 881). Il est toujours présent dans le contenu stomacal, lorsqu'il y a
(1) FrevvexreicH, De la recherche du Bacillus coli dans l'eau (Ann. de micr., VIII
(2) Bzacasreix, Contribution à l'étude microbique de l’eau (Ann. de l’Inst. Pasteur, VII, 1893, p. 689).
(3) Lenmoyez, Hezue et Banprer, Un cas d'amygdalite colibacillaire (Sem. méd., 4894, p. 297).
188 BACTÉRIACÉES.
slase ou altération du suc gastrique; il est abondant dans les cas de cancer de l'organe.
Mais il parait surlout jouer un rôle important dans les maladies de l'intestin, entérites principalement. C’est son action qui domine en pathologie intestinale. Hueppe (1), Gilbert et Girode (2) reconnaissent qu'il est capable de donner naissance au choléra nostras, fait bien confirmé depuis; c’est l'agent le plus fréquent des cholérines graves estivales. Lesage (3), Macé et Simon (4) l'incriminent spécialement dans la production des gastroentérites infantiles; pour Nobécourt (5), 1l faudrait surtout tenir compte ici de lassociation du Colibacille avec le Streplocoque où lEntérocoque. Marfan el Lion (6), Maggiora (7) dans la dysenterie ; Arnaud (8) dans la dysenterie des pays chauds: Veillon et Jayle (9) l’ont trouvé dans le pus d’abcès du foie consécutifs à la dysenterie. De nombreuses observations démontrent qu'il joue un rôle certain dans bien des diarrhées simples, aiguës ou chroniques.
De Klecki (10) montre par ses expériences qu'il a la plus grande part dans la production des accidents de l’étranglement herniaire (choléra hermiaire). 11 joue un rôle certain’ dans la genèse de l’appendicite; de Klecki a démontré expérimentalement que le Colibacille intestinal exaltait notablement sa virulence dans un segment d’anse intestinale, transformé par deux ligatures en une cavité close, processus reproduisant ce qui se passe souvent dans l’appendicite de homme. Toutefois, iln'est pas ici le seul à mettre en cause; d’autres microbes, aérobies ou anaérobies, agissent en même temps. L
Castellani | (11) l'a trouvé en culture pure dans le liquide du sac de hernies étranglées.
Laruelle à nettement démontré son rôle dans les péritonites par perforation. Malvoz a publié des observations de péritonite où ce microbe se rencontrait à l’état pur dans l'exsudat et où l’autopsie ne révélail aucune perforation. Talamon lincrimine dans lappendicite sans perforalion.
De l'intestin, 1l peut remonter dans le foie par le canal cholédoque, ou peut-être, comme pour le Bacille typhique (p. 98), y être amené par la circulation, occasionnant des angiocholites et cholécystites souvent suppurées. Il paraît tenir le premier rang dans létiologie de certains
(4) Huerrs, Berlin. klin. Wochenschr., 1887, p. 32.
(2) Guserr et Giro, Contribution à l'étude clinique et bactériologique du choléra nostras (Sem. med., 1894, p. 48).
(3) LesaGe, Entérites et Bacillus coli (Soc. med. des hôp., janvier 1892).
(4) MAc* et Simon, Diarrhées infectieuses chez les enfants (Revue gén. de clin. et de thérap., 1891, n° 49).
(5) Nosécourt, Sur la pathogénie des affections gastro-intestinales des jeunes enfants (Sem. méd., 1899, n° 22, p. 169, et Thèses de Paris, 1899).
(6) Marrax et no Soc. de Biol 24 octobre 1891.
(7) MaGciorA, Einige mikroscopische und bakteriologische Beobachtungen während einer epidemischen dysenterischen Dickdarmentzündung (Centratbl. für Bakt., XI, 1892, p. 173).
(8) ArxauD, Recherches sur l'étiologie de la dysenterie aiguë des pays chauds (Ann. de l’Inst. Pasteur, VIII, 1892, p. 495).
(9) Veicox et JAxLe, Soc. de Biol., 1892.
(10) De Kzrecxr, Contribution à la pathogénie de l’appendicite (Ann. de l'Inst. Pasteur, XIII, 1899, p. 480).
(11) CasrezLanr, Riforma medica, 1899.
BACILLUS COLI COMMUNIS. 189
ictères, particulièrement l'ictère grave infectieux. On a émis l'opinion qu'il pouvait occasionner certaines formes de la lithiase biliaire
Il peut envahir de la même facon le pancréas et déterminer des pancréatites simples ou suppurées; P. Carnot (1) a reproduit les mêmes lésions expérimentalement, par injection intraglandulaire ou par infection ascendante.
Il peut occasionner, seul ou en association le plus souvent, des pneumonies, bronchopneumonies, pleurésies, comme le démontrent nombre d'observations ; dans ce cas, la félidité des crachats parait caractéristique.
Il en est de mème de certaines formes de méningites, de myélites d'origine infectieuse.
Les organes urinaires sont aussi des plus exposés : le Colibacille est l'agent pathogène qui attaque le plus souvent les reins et la vessie; Bouchard l'a signalé depuis longtemps comme l'agent spécifique de l'infection urinaire. Il provient très probablement directement de lintestin et envahit progressivement le système urinaire en suivant une marche ascendante. Les Bacléries septiques de l'urine de Clado, d’Albarran et Hallé et d’autres, sont ou le Colibacille ou l'espèce voisine, Bacillus lactis aerogenes(Voy. p.222). C'estcertainement l'agent de beaucoup le plus commun des cystites. Pluym et Laag (2), Pezzoli (3) décrivent une urétrite à Colibacilles avec nombreux bâtonnets dans les globules de pus. De l'intestin il passe facilement dans le vagin. On l'a signalé dans les vulvo-vaginites des petites filles; certaines métrites et salpingites semblent être déterminées par lui.
Il a des propriétés pyogènes manifestes; de très nombreuses observations le démontrent. Nous avons vu, du reste, que l'expérience lui faisait souvent reconnaître des propriétés pyogènes ; Lesage et Macaigne en font l’attribut du Colibacrille peu virulent. Il paraît jouer un certain rôle dans l’étiologie des phlegmons gazeux (4).
Lannelongue et Achard (5) l'ont trouvé en culture pure dans un abcès de la marge de l’anus ; beaucoup de suppurations péri-intestinales, à pus fétide, sont sous sa dépendance. On doit du reste lui rapporter le Bacillus pyogenes fœlidus signalé dans les mêmes conditions par Passet (p. 193). Werner (6) l'a rencontré dans des suppurations sinusiennes fétides ; Ménière (7) et Stern (8) dans le pus d’otite moyenne.
Tavel (9) signale plusieurs cas d'infection de plaies par ce microbe, chez des individus souffrant de diarrhée putride.
(1) P. Canxor, Pathogénie des pancréatiles (Presse méd., I, 1898, p. 249) ; et: Thèse de Paris, 1898. (2) Pruym et Laac, Der Bacillus coli communis als Ursache einer Urethritis (Centralbl. für Bakt., XVII, 1895, p. 233).
(3) Pezzou, Zur Histologie des gonorrhoischen Eiters (Arch. für Dermat., 1895). (4) Duxczrw, Ein Fall von Gasphlegmone unter mittebeiligung des Baclerium coli *(Münch. med. Wochenschr., 1893, n° 40). — Buxce, Zur Aetiologie der Gasphlegmone (Fortschr. der Med., 15 juillet 1894).
(5) LANNELONGUE et AcHarp, Abcès de la marge de l'anus par le Colibacille (Bull. "meéd., 1893, p. 75).
(6) Werxer, Congrès des lary ngologistes de l'Allemagne du Sud, 1895. (7) MÉNIÈRE, Manuel d'otologie clinique, 189%. (8) Srern, Arch. of Olology, avril 1896.
(9) Tavrv, Infection des plaies par le Bacterium coli commune (IIIe Assemblée gén. des méd. suisses, 1890).
190 BACTÉRIACÉES.
Enfin, le Colibacrlle, partant d'une lésion quelconque, peut envahir tout l'organisme, déterminer une infection générale avec manifestations multiples et variées. Dans ces infections, on remarque souvent des endocardites, de l’ictère : des cas d’ictère grave sont dus à ces formes d'infection; Étienne (1) a signalé du purpura, des accidents myélopathiques, des méningites.
Eisenhart (2)et Kerr (3) ont décrit des septicémies puerpérales causées par le Colibacille.
On rapporte à ce même microbe certaines into oue alimentaires occasionnées tantôt par du lailage oudes fromages (4), tantôt par de la viande de vache malade après parturilion dans le cas étudié par Ladensdorf (5), par du pâté de foie ou du saucisson de foie dans les cas rapportés par Fischer (6), par du pâté de viande de bœuf et de porc dans le cas étudié par Haiïbe (7). Toutefois, ce sont plus souvent d’autres espèces voisines qui sont à incriminer dans ces conditions, surtout le Bacillus enteritidis (p. 206).
Ces intoxications, rapportées au Colibacille qui a été trouvé seul et très virulent dans les aliments nocifs et chez les malades, ne présentent pas des symptômes spéciaux, différant de ceux qu'offrent celles, bien plus fréquentes, dues à d’autres espèces voisines, surtout au Bacillus enteritidis; il n’y a qu'à se reporter à ce qui sera dit pour celte espèce (p. 206); ce sont des symptômes de gastro-entérite plus ou moins intenses, parfois cholériformes. Seulement, ce qui ressort des observations, c’est que la viande ou le lait incriminés provenaient principalement d'animaux malades antérieurement à labatage, ce qui comporté qu'une inspection sérieuse de l'animal vivant peut beaucoup pour préserver de tels dangers, que peuvent occasionner des animaux atteints surtout d’entérites ou de formes de septicémies colibacillaires. Les viandes travaillées, provenant d'animaux sains et bonnes au début, pourraient également être contaminées postérieurement ; on peut même à la rigueur faire intervenir aussi des porteurs de Bacilles. Mais le fait semble bien plus rare.
Le Colibacille joue un grand rôle dans la pathologie des animaux domestiques, ce qui à grand rapport avec les données précédentes. D'après Jensen (8), il faudrait lui rapporter bien des entérites de la vache, la diarrhée des veaux, des péritonites chez le chien et la vache, les cystites et pyélonéphrites du chien, du porc et des ruminants, certaines mammiles de la vache, bien des pneumonies du chien. San
{1} Érrexne, Les pyosepticémies médicaies. Thèse de Nancy.
(2) ErsevnarT, Puerperale Infektion mit tüdlichem Ausgang, verursacht durch Bacterium coli commune (Arch. für Gynæk., XL VII, 1894).
(3) Kerr, Septicémie puerpérale causée parle Colibacille (The Glascow med. Journ., septembre 1899).
(4) Axez Horsr, Beobachtungen über Käsevergiftungen (Centralbl. für Bakt., XX, 1896, p. 160).
(5) Lavexsporr, Zur Kenntniss der sogenannten Fleischvergiftungen. Thèse de Rostock, 1902.
(6) Fiscuer, Zur Aetiologie der sogenannten Fleischvergiftungen (Zettschr. für Hygiene, XXXIV, 1902.
(7) Harse, Intoxication alimentaire causée par un Colibacille virulent (Acad. royale de méd. de Belgique, 25 mars 1911).
(8) Jensen, Bacterium coli commune som Sydgomsaarsag bo Dyrene (Maanedsskrift für Dyslarger, VIII, 1896, p. 193).
BACILLUS COLI COMMUNIS. 191
Felice (1) le donne comme pouvant causer une maladie infectieuse chez
les pigeons, une vérilable seplicémie des pigeons. Les po paraissent aussi sujettes aux infections cohibacillaires ; Lignières (2) et Martel (3) signalent une seplicémie des poules et une seplicémie des dindes dues au Colibacille. C’est probablement encore au Colibacille qu'est due la seplicémie des faisans observée par Klein (4). Ilest certainement danœereux de consommer les viandes d'animaux ainsi infectés.
Dans cette question de présence et de diffusion du Colibacille dans l'organisme, il est nécessaire de tenir compte des faits, déjà signalés précédemment (I ,p- 123), d’envahissement du C olibacille intestinal se faisant après la mort, pendant la période agonique ou dans certaines conditions pathologiques, envahissement qui peut alors en imposer à l'examen bactériologique pour une infection colibacillaire.
Le passage du Colibacille de l'intestin dans la circulation générale et dans les organes, après la mort, est démontré par les recherches de Wurtz et Herman (5),de Beco (6), d'Achard et Phulpim(7); Menetrier et Macaigne (8), Welch (9) observent toutefois que le phénomène n’est pas aussi constant qu'on le pense et exige, pour s’opérer, des conditions spéciales, surtout une lésion de la muqueuse intestinale, ulcération, inflammation, traumatisme quelconque par exemple, troubles digestifs en général. Beco a même montré que, dans certains cas, l’envahissement de la circulation générale et des organes profonds par les microbes intestinaux, el tout particulièrement le Colibacille, pouvait se faire avant la mort, pendant la période agonique. Il a pu déterminer les mêmes faits en intoxiquant des animaux par des substances qui irritent violemment l'intestin, la cantharidine et lémélique par exemple, lorsque lintoxication n'est pas rapidement mortelle. Wurtz et Hudelo (10) ont remarqué le mème envahissement du Colibacille dans le péritoine et dans le, sang chez des lapins tués en pleine période de coma alcoolique. I est nécessaire d’avoir ces faits présents à l'esprit avant d'émettre une opinion bien ferme.
On peut se rendre compte, par ce très court aperçu, de l'importance pathologique qui est à attribuer au Colibacille. Les accidents qu'il détermine se laissent difficilement réunir en un groupe naturel, à cause de leur multiplicité et de leur diversité. Il apparaît réellement comme
- (1) San Feuice, Ueber einige Infektionskrankheiten der Hausthiere in Sardinien. V. Ein Seuche bei Tauben durch Bacterium coli verursacht (Zeitschr. für Hygiene, XX, 1895, p. 23).
(2) Liaxières, Septicémie à Colibacille chez la poule (Soc. de Biol., 1894, p. 135).
(3) Marrez, Maladie à Colibacille chez la poule et chez la dinde (Soc. de Biol., 1897, p- 500).
(4) Kzeix, On acute infectious disease of young pheasants (Journ. of Path.and Bact., II, 1893, p. 214).
(5) Wurrz et Herman, De la présence fréquente du Colibacille dans les cadavres (Arch. de méd. erpér., 1891).
(6) Beco, Étude sur la pénétration des microbes intestinaux dans la circulation générale pendant la vie (Ann. de l’Inst, Pasteur, IX, 1895, p. 199).
(7) Acaarp et Paurrix, Envahissement des organes pendant l’agonie et après la
‘mort (Arch. de méd. expér., 1895).
(8) MAcaicxe, Le Baclerium coli commune; son rôle dans la pathologie. Thèse de Paris, 1895, p. 25.
(9) Wercn, The medical News, 1891.
(40) Wurrz et Huprzo, Issue des Bactéries intestinales dans le péritoine et dans le sang pendant l’infoxication alcoolique aiguë (Soc. de Biol., 1895, p. 51).
192 BACTÉRIACÉES.
un vérilable microbe à tout faire. On a cependant essayé de faire de leur étude un type spécial de processus infectieux, la Colibacillose. On trouvera de nombreux renseignements et détails à la belle monographie de Gilbert, parue sous ce titre dans le Trailé de médecine de Brouardel, et surtout dans une revue d'Étienne (1). Pour Legrain (2), ce microbe Jouerait un rôle considérable, essentiel même, dans bien des pyrexies des pays chauds.
RECHERCHE ET DIAGNOSTIC
On a vu, par l'exposé des différents caractères, que le Colibacille qu'on peut qualifier de normal était relativement facile à reconnaitre. On arrive au diagnostic surtout en se basant sur la forme des éléments, leur faible motilité, la présence des cils vibratiles, leur nombre et leur disposition, leur décoloralion par la méthode de Gram, la non-liquéfaction de la gélatine, l'aspect de la culture sur pomme de terre, la coagulation du lait, le dégagement de gaz dans les milieux lactosés, la production d'ordinaire abondante d’indol.
La différenciation d'avec le Bacille typhique est un problème plus difficile ; les détails donnés plus haut (p. 143) suffisent pour ne pas y revenir.
La recherche dansles différents milieux se fait par les mêmes procédés que pour ce dernier microbe (p. 127), ou par quelques moyens spéciaux qui ont élé exposés plus haut (p. 174. La prédominance que le Colibacille tend à prendre dans un mélange n'en rend l'isolement que plus facile.
La très grande variabilité du Colibacille fait cependant que souvent le problème se complique. Il faut alors tenir compte de la présence possible de ces Colibacilles anormaux qui peuvent se rencontrer, dans les eaux par exemple, à côté du type tout à fait normal, et ne pas rejeter l'identification parce que Fun ou l'autre des caractères recherchés manque ou est insuffisamment marqué.
Parmi les caractères reconnus classiques au Colibacille, il en est toutefois qui, dans certains types, peuvent se trouver amoindris ou même disparaître. La motilité, dans quelques cas, le pouvoir fermentatif sur les sucres, la coagulation du lait, la production d’indol, sont de ceux-là. L'une quelconque de ces propriétés disparaissant alors que les autres caractères communs subsistent, doit-on en faire des types spécifiquement distincts? En se basant sur ce que nous savons de la contingence de bien des caractères biologiques des microbes, production de pigment, pouvoir fermentalif, etc., il semble bien qu'on puisse donner une réponse négative el considérer ces formes comme de simples variélés chez lesquelles l’un ou l’autre des caractères secondaires se serait progressivement atténué jusqu’à disparaître.
C’est le cas, par exemple, de plusieurs des formes désignées sous le nom de Paracolibacilles par Gilbert et Lion (3). Leur 1° Paracolibacille est immobile; leur 2e Paracolibacille ne produit pas d’indol ; leur 3e Paracolibacille n’a pas d'action sur le lactose ; leur 4° Paracolibacille
(1) Énexwe, Les infections colibacillaires. Paris, Alcan, 1899.
(2) E. LeGrax, Introduction à l'étude des fièvres des pays chauds. Paris, 1899.
(3) Gizserr et Lio, Contribution à l'étude des Bactéries intestinales (Sem. méd., 1893, p. 130).
4 BACILLUS COLI COMMUNIS,. 193
ne produit pas d’indol etne fait pasfermenterle lactose; enfinleur 5° Paracolibacille est immobile, ne produit pas d'indol, ne fait pas fermenter le lactose. On est certainement en présence ou de variétés simples du Colibacille, ou d'espèces voisines différentes ; d’après eux, même, le
Paracolibacille ne pourrait être différencié du Bacillus lactis aerogenes.
Il est un certain nombre d'espèces qui, décrites sous des noms différents, surtout à une époque où l’on ne savait pas la grande dissémination du Colibacille et où lon connaissait moins ses caractères, ne peuvent en être séparées aujourd'hui.
Le Bacillus pyogenes fœlidus, de Passet (1), n'est certainement pas à différencier du Colibacille, qui développe fréquemment, dans les cultures et dans les tissus, l'odeur fétide que Passet considérait comme spéciale.
Passet l’a isolé du pus d’un abcès de la marge de l’anus. Ce pus dégage une odeur putride excessivement pénétrante, qui est, en partie seulement, reproduite dans les cultures de ce Bacille. Il a depuis été retrouvé dans d’autres suppurations.
Ce sont de courts bâtonnets, mesurant 1,45 y de longueur et 0,58 y d'épaisseur, à extrémités arrondies, réunis à deux ou à plusieurs et doués d’un mouvement lent. Ils se cultivent facilement et présentent dans leur intérieur, surtout dans les vieilles cultures, des points brillants que Passet regarde comme des spores.
Sur plaques de gélatine, le développement est rapide; en vingt-quatre heures, on aperçoit dans la gélatine de petits points blanchâtres. Les colonies de la surface grandissent rapidement et donnent des taches grises, arrondies, qui peuvent atteindre 1 centimètre de largeur et confluent souvent avec les voisines; elles sont plus épaisses et d'un blanc opaque au milieu, plus minces et presque transparentes aux bords. Elles ne liquéfient pas la gélatine.
Sur gélatine, en piqûre, il se forme à la surface une couche muqueuse, grisätre, transparente, à bords irréguliers, et dans le canal une mince culture hyaline, formée de petites colonies punctiformes. Dans les vieilles cultures, on voit souvent la partie supérieure de la gélatine devenir trouble.
Sur pomme deterre, la culture est abondante, colorée en brun clair : sur sérum, elle donne une bande grisâtre.
Toutes les cultures dégagent une odeur fétide spéciale.
Les cultures tuent en vingt-quatre heures les cobayes et les souris, en inoculation sous la peau. On trouve à l'examen de nombreux Bacilles dans le sang, mais pas du tout dans les tissus ni au point d’inoculation. Les lapins se montrent réfractaires.
FPien, en somme, ne peut le distinguer d’un Colibacille virulent (2).
-Le Bacillus neapolitanus, d’Emmerich (3), n’est autre que le
(1) Passer, Ueber Mikroorganismen der eitrigen Zellgewebsentzündung des
- Menschen (Fortschr. der Med., 1885), et Untersuchungen über die Aetiologie der
eitrigen Phlezgmone des Menschen. Berlin, 1885.
(2) ABB, Cbuts allo studio del Bacillus coli communis e del Bacillus pyogenes fœtidus (Ann. d’'Igiene sperimentale, 1, 1892).
(3) Euuericx, Ueber die Cholera in Neapel und die in Choleraleichen und Cholerakranken gefundenen Pilze (Arch. für Hygiene, Il, p. 412).
Macé. — Bactériologie, 6° édit. bi = 3;
Colibacille; Emmerich l'a isolé de cadavres de cholériques à Naples, en 1884, et l’a considéré, sans preuve aucune du reste, comme le véritable agent pathogène de cette affection. Il l'avait rencontré dans le contenu intestinal, dans les organes de neuf cholériques, à l’autopsie, etune fois dans le sang pris à une personne atteinte de choléra asphyxique, quelques heures avant la mort. Huit fois sur dix, d’ailleurs, il signale la présence des Bacilles virgules chez les mêmes individus. Voici, du reste, les caractères qu'il lui attribue :
Ce sont des bâtonnets courts et gros, mesurant 1,4 & de long et 0,9 & de large; 1ls sont isolés, ou réunis par deux, rarement par quatre et manifestement immobiles. Ils se colorent bien par les procédés ordi-
naires et se décolorent par la méthode de Gram. On les cultive facilement sur tous les milieux à la température ordinaire ; ils semblent pouvoir se développer sans oxygène.
Sur plaques de gélatine, il se forme dans la gelée des colonies fusiformes, jaunâtres, à contenu granuleux. Celles qui atteignent la surface donnent de petits îlots transparents formés d’une partie centrale jaunâtre, assez épaisse, et d’une zone périphérique plus mince, hyaline, paraissant irisée à la lumière oblique, à bords sinueux, d’où partent parfois des sillons radiaires. Ces colonies ont de la tendance à s'étendre en surface et ne liquéfient pas la gélatine.
Sur gélatine, les cultures sont claires, laiteuses, transparentes, un peu semblables à celles du Bacille Eyphique.
Sur gélose, la couche est plus épaisse, humide, blanchâtre.
Sur pomme de terre, il se produit, le long de la strie d’inoculation, une bande muqueuse, colorée en jaune brun.
L'action pathogène de cet organisme est bien marquée, sans présenter cependant rien de particulier. Des injections de cultures pures faites sous la peau, dans les poumons et la cavité abdominale de cobayes, de chiens, de chats et dé singes, ont déterminé chez ces animaux de fortes irritations intestinales qui, dans certains cas, ont amené la mort en quarante-huit heures. Alautopsie, Emmerich signale une rate normale, des ecchymoses dans le cæcum et le gros Intestin, un gonflement des ganglions du mésentère, et retrouve des Bacilles dans tous les organes, mais aucun symptôme rappelant, même de loin, ceux du choléra. Weisser (1), qui a répété ces expériences, assure même que lorsque la mort survient, ce qui est rare, c’est toujours sans vomissements, sans diarrhée liquide el sans crampes.
C’est évidemment au Colibacille qu'Emmerich a eu affaire.
C’est aussi le Colibacille que Clado (2) décrit comme Bactérie septique de La vessie, Achard et Renault (3) comme Bactérie pyogène de la vessie. Le Colibacille et l'espèce voisine Bacillus lactis -aerogenes semblent jouer le rôle prédominant dans les infections urinaires (Voy. plus loin :
Dacilles des urines pathologiques).
Enfin, d’autres espèces se rapprochent beaucoup du Colibacille sans
qu'il soit possible de les lui rapporter sûrement aujourd'hui. Cest le
) Wasser, Ueber die Emmerich’schen sogenannten Neapler Cholerabacterien (Zaitsekr für Hygiene, 12e/p..1p. 1815).
(2) Czano, Étude sur une Bactérie septique de la vessie. Thèse de Paris, 1887. 3) Acxarp et Renaurr, Sur les différents types de B. urinaires appartenant au groupe du Bacterium coli (Soc. de Biol., 1892, p, 983).