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BACILLES PARATYPHTDUES,. 195
Bacillus laclis aerogenes, le Bacille de la dysenlerie épidémique de Chantemesse et Widal, le Bacillus enteritidis, le Bacille paratyphique B, le Bacillus endocardilis griseus, le Bacille de l’endocardite de Gilbert et Lion, d’autres microbes encore. Les caractères différentiels ne sont pas nombreux ni des plus importants, comme on le verra dans les descriptions qui vont suivre. Malgré cela, il serait téméraire encore de vouloir les confondre; ce sont peut-être des variélés qui se sont différenciées d'un même type spécifique, mais qui aujourd'hui semblent bien distinctes.
On peut néanmoins se convaincre que toutes les espèces actuelles, Bacille lyphique et Colibacille en tête, ont des ressemblances telles qu’elles forment vraiment un groupe naturel bien évident.
AGGLUTINATION ET SÉRODIAGNOSTIC.
Le sérum sanguin de malades atteints d'infections colibacillaires fournit souvent une réaction d’agglutination très nette avec une culture de Colibacille. D’un autre côté, le sérum humain normal montre assez souvent la même réaction, quoique peut-être moins marquée. De plus, il existe ici des différences très grandes tenant à l'existence de nombreux types du même microbe, de telle sorte qu'on peut observer des résultats positifs avec un ou plusieurs types, tandis qu'ils manquent complètement avec d’autres. Le sérum d’un malade donné sera nettement agglutinant pour le microbe occasionnant lui-même l'infection, alors qu'il sera sans effets sur des types autres ou d’une provenance différente.
On peut faire les mêmes remarques avec les sérums d'animaux immunisés expérimentalement. Ces sérums pourront très nettement réagir sur le microbe qui a formé la toxine ayant servi à l’inmunisation et ne rien donner avec des types autres.
On est loin ici de la précision de ces mêmes phénomènes avec le Bacille typhique. M est difficile, dès lors, de les utiliser comme caractère différentiel] général (1).
Les réactions de précipitation et de fixation du complément (2) sont tout aussi limitées et irrégulières que l’agglutination et présentent les mêmes particularités. Elles ne peuvent être employées avec fruit pour un diagnostic.
BACILLES PARATYPHIQUES
Achard et Bensaude (3) ont appliqué les termes de maladies paraty-
(1) Lesace, Contribution à l'étude des entérites infantiles. Sérodiagnostic. Des races de Baclerium coli (Soc. de Biol., 46 octobre 1897). — Winar, De la séroréaction dans les infections colibacillaires (Zbid.) — Winaz et Nosécourr, Séroréaction dans une infection à Paracolibacille (Sem. méd., 4 août 1897, p. 285). — Nosgcourr, De la non-spécificité des infections gastro-intestinales des jeunes enfants (Soc. de Biol., 26 novembre 1898).
(2) Berrencourr et BorGes, Colibacille et fixation du complément (Arch. de l’Inst. bact. Camara Pestana, Lisbonne, IT, 1908, p. 245).
(3) Acnann et BExsaAUDE, Sur les maladies paratyphoïdiques (Soc. méd. des hôp., 27 novembre 1896).
196 BACTÉRIACÉES.
phoïdiques, fièvre paralyphoïde, à des infections pouvant présenter des symptômes rappelant ceux de la fièvre typhoïde vraie, mais déterminées par des microbes paraissant distincts du Bacille d’ Eberth, auxquels on a appliqué la dénomination de Bacilles paralyphiques. Ils avaient pu isoler ces microbes des urines chez une femme atteinte d’un état typhoïde avec hémorragies intestinales et pyélonéphrite, du pus d’une suppuration de l'articulation sterno-claviculaire chez un enfant de quelques mois où le diagnostic hésitait entre broncho-pneumonie et fièvre typhoïde.
Schottmüller (1), en 1901, étudiant les affections paratyphiques, les sépare en deux groupes, d’après les caractères de culture des microbes que l’on y rencontre et la réaction d’agglutination. Brion et Kayser (2), en 1902. donnent aux microbes ainsi isolés les noms de Bacille paratyphique type À ct Bacille paralyphique type B. C'est ainsi que se trouvent malheureusement réunis, sous une même dénomination, deux types microbiens très différents. Comme on s’en rend facilement compte, le Bacille paralyphique A est très voisin du Bacille d’Eberth et se sépare très nettement du Bacille paralyphique B qui se rapproche beaucoup du Colibacille, est à ranger certainement dans le groupe des Paracolibacilles, de Gilbert (p- 192) comme l'ont faitavec raison dès le début Widal et Nobécourt qui avaient isolé d’un kyste suppuré de la rate. -
Mais l’usage a prévalu jusqu'ici et se l’on se trouve obligé de maintenir cette dénomination de Bacilles paratyphiques comprenant deux espèces distinctes, Bacille paratyphique À et Bacille paratyphique B.
À vrai dire, le groupe des Bacilles paralyphiques devrait être compris dans un sens beaucoup plus large. [lrenfermerait des espèces qui se rapprochent d’un côté du Bacille ti lyphique, le Bacillus enteritidis surtout et le Bacille paratyphique A; puis d’autres qui passent au Colibacille, surtout le Bactlle de la psitlacose, le Bacilleparatyphique B, le Bacille du hog-choléra, le Bacillus typhi murium, des Paracolibacilles de Gilbert, et enfin le Colibacille. Tout l’ensemble peut constituer le Groupe du Colibacille, parce que le Colibacille paraît être, dans cette série d'espèces, le type dont les caractères sont les plus affirmés, les plus positifs (I, p. 429).
Les Bacilles paralyphiques se rencontrent chez l'homme dans des affections à caractères et symptômes bien variables. C’est souvent une sorte de fièvre typhoïde, plutôt bénigne mais parfois grave, un embarras gastrique fébrile, un ictère catarrhal. Ou bien, ce sont des affections tout à fait autres, des formes de gastro-entérites ou de véritables intoxicationsalimentaires pouvantreproduire le syndrome que détermine surtout le Bacillus enterilidis (p. 206).
Dans tous les cas, les lésions observées, et les observations d’autopsie sont rares en raison de la bénignité habituelle de l’affection, different nettement de celles de la fièvre typhoïde. Les plaques de Peyer sont
(1) Scaorrmuzzer, Mittheilungen über mehrere das Bild des Typhus bietende Krankheitsfälle hervor gerufen durch typhusähnliche Bacillen (Paratsphus) (Zeitschr. für Hygiene, XXXVI, 1901, p. 368).
(2) Brion et Kayser, Ueber eine Erkrankung mit ‘dem Befund eines typhus- RE Bacteriums im Blute (Paratyphus) (Munch. med. Wochenschr., 1902, n° 15, p. 611).
BACILLES PARATYPHIQUES,. 197
généralement intactes ou seulement très peu modifiées. La rate est hypertrophiée comme dans toutes les infections.
La fréquence est très différente pour les deux types. Le Bacille paratyphique À est donné généralement comme très rare par rapport au Bacille paratyphique B. Netter (1) arrive à des conclusions différentes; sur 81 cas d’affections paratyphiques diverses, il a rencontré
Le Bacille paratyphique A........... 57 fois, Le Bacille paratyphique B.......... 9 — Le Bacillus enterilidis...... SE AH 19 —
Mais il fait lui-même remarquer que, pour sa détermination, il s’est uniquement basé sur l’agglutination, dontles résultats, dans ce but, sont loin de pouvoir être considérés comme absolus (p. 202 et 210). Le seul moyen sûr est l’isolement du microbe par lhémoculture, et alors la constatation de toute la série de caractères pouvant conduire à une détermination exacte. Pour cette raison, jusqu’à preuve complète du contraire, on doit admettrela prédominance très grande du Bacille paratyphique B.
MORPHOLOGIE
Caractères microscopiques. — Ils sont très semblables pour les deux espèces. Ce sont de courts bâtonnets, un peu plus trapus que le Bacille lyphique, très mobiles; le Bacille paratyphique B a même souvent des mouvements notablement plus vifs que ceux du Bacille lyphique ; les méthodes spéciales font reconnaître des cils vibratiles au nombre de quatre à six, parfois deux, quelquefois huit et même douze, disposés tout autour du corps. Les bâtonnets se colorent facilement aux méthodes ordinaires et se décolorent toujours par la méthode de Gram.
Cultures. — Elles s’obliennent facilement sur les milieux habituels, soit en aérobie, soit en anaérobie. Elles montrent des caractères différentiels le plus souvent assez nets.
Plaques de gélatine. — En surface, le Bacille paratyphique A donne des colonies minces, transparentes, bleutées, à à bords sinueux, rappelant les colonies du Bacille lyphique, mais généralement un peu plus opaques et peu ou pas vallonnées; le Bacille paralyphique B donne des colonies plus épaisses, plus opaques, laiteuses, voire même à centre jaunâtre, rappelant les colonies du Colibacille. Le milieu n’est jamais liquéfié
Gélatine én strie. — Le Bacille paralyphique A donne une bande transparente, mince, bleutée; le Bacille paralyphique B une culture épaisse, opaque, même visqueuse, exceplionnellement un peu transparente. La gélatine n'est jamais liquéfiée.
Gélose. — Pour le Bacille paralyphique À, la culture y est d'un blanc crémeux, assez peu abondante. Pourle Bacrille paratyphique B, elle est plus épaisse et plus abondante. Il ne se développe pas de gaz, la gelée ne se brise pas.
Pomme de terre. — Le Bacille paralyphique À forme une culture très mince, peu visible, incolore, rappelant celle du Bacille lyphique; le
(1) Nerrer et Risapeau-Dumas, Communications sur les infections paratyphoïdes {Soc. de Biol., 4,11, 18 et 25 novembre 1905).
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Be ile paratyphique B, une colonie assez épaisse, devenant jaune brunätre, comme la culture du Colibacille.
Artichaut. — Avec le Bacrille paratyphique À la culture esttrès minime, le milieu ne verdit pas ou très tard: avec le Bacille paratyphique B, la culture est bien apparente, le milieu verdit en quarante-huit heures, comme avec le Colibacille, mais un peu moins vite.
Bouillon. — Le Bacille paratyphique A S'y développecomme le Bacille lyphique (p.66); le Bacille paratyphique B, comme le Colibacille (p.173), avec un voile pelliculaire et souvent une odeur fétide, fécaloïde.
Bouillon phéniqué. — Les deux types y poussent bien, dans les conditions de la recherche du Colibacille (p. 130).
Lait. — Le Bacille paratyphique À y végète abondamment sansmodifier l'aspect du milieu. Le Bactille paratyphique B ne change pas non plus l'aspect au début ; mais après dix à quatorze jours, parfois un peu plus tard, le liquide devient graduellement clair, transparent, avec une lègère teinte jaunâtre, sans qu'il se produise de coagulation.
Milieux colorés. — Dans le lait lournesolé, le Bacille paratyphique À fait virer assez rapidement au rouge léger, ‘dû à une légère production d'acide. Le Bacille paratyphique B fait d’abord légèrement virer la couleur au rose violacé; puis, après quatre à six jours ou quelquefois plus, ramène la couleur au bleu, par suite de production d’un peu d’ammo-
niaque. Sur gélose de Drigalski- Conradi (p. 136), les deux types.
donneraient des colonies bleues. Ils végètent également bien sur le milieu d'Endo (p. 137) en donnant des colonies incolores comme le Bacilletyphique. Dans le bouillon au rouge neutre, la réaction paraît se faire irrégulièrement ; tantôt les deux microbes se développent en ne modifiant pas la couleur, d’autres fois ils décolorent le milieu en deux à quatre Jours, surtout avec le Bacille paratyphique B, et produisent une fluorescence jaune verdâtre pâle; la réaction paraît plutôt être d'ordinaire positive. D’après Schottmuller, ils décolorcraient le sulfoindigotate de soude: d’après Buxton (1), le bleu de méthylène; Paladino- Blandini (2) dit que le Bacille paralyphique A décolore la gélose à l’orcéine, que ne modifierait pas le Bacille paratyphique B.
Milieux sucrés. — Les deux types font fermenter énergiquement le: glucose, le lévulose, le maltose et le galactose, avec production de gaz; faiblement, sans production de gaz, la dulcite, la mannite, l’arabinose, la glycérine; l'action exercée par le Bacille paratyphique B° paraît plus énergique. Ils ne font pas fermenter le lactose, le saccharose, le raffinose, l’érythrite.
Milieux métalliques. — Le Bacille paratyphique À noircit tardivement ou pas du tout les géloses additionnées de tartrate de fer et de potasse ou de sous-acétate de plomb, el verdit difficilement ou pas du tout celles additionnées de nitro-prussiate de soude. Le Bacille paralyphique B noircit en trois à six jours, ou verdit en deux à cinq jours, respectivement ces mêmes milieux.
Milieux vaccinés. — Le Bacille paratyphique À ne se développe pas sur les milieux vaccinés contre les PBacilles paratyphiques À et B,le Bacille typhique ou le Colibacille. Le Bacille paratyphique B croît bien sur
(1) Buxrox, A comparative study of the Bacilli intermediate between B. coli
communis und B. typhosus (Journ. of med. Research., 1902). (2) Pazanino-BLaxninr, Annali d'Igiene Sperim., XV, 1905.
BACILLES PARATYPHIQUES. 199
les milieux vaccinés contre le Bacille paralyphique À et le Bacille typhique ; faiblement sur les milieux vaccinés contre le Colibacille; pas du tout sur ceux vaccinés contre son propre type.
Vitalité. — Pour les deux types, les conditions sont en tout semblables à celles que présentent le Bacille typhique et le Colibacille,
Virulence. — Les deux types présentent une virulence marquée, qui peut être facilement exaltée par passages dans l'organisme animal.
Produits formés dans les cultures. — L'action sur les substances azotées est peu marquée; ni l’un, ni l’autre type ne produisent de l’indol aux dépens des peptones.
Sur les matières sucrées, l'action est importante, comme il vient d’être dit, moins forte toutefois que celle du Colibacille. Avec le glucose, les gaz formés, d’après Pottevin (1), sont de l'hydrogène et de l'acide carbonique, plus un peu d'hydrogène sulfuré.
Les cultures en bouillon renferment des produits toxiques solubles ; filtrées sur bougies de porcelaine, elles peuvent tuer les cobayes. Ces toxines, certaines au moins, résistent à la température de lébullition (2).
INOCULATION EXPÉRIMENTALE
Les cultures en bouillon du Bacille paratyphique A tuent le cobaye, en inoculation sous-cutanée, à la dose de 4 à 5 centimètres cubes pour les cultures ordinaires, de un demi-centimètre cube et moins pour les cultures à virulence exallée. Les cultures stérilisées à 60° se montrent pyogènes; celles filtrées sur bougie se montrent encore toxiques.
Le Bacille paratyphique B a une virulence beaucoup plus marquée. De minimes quantités, un quarantième de centimètre cube de culture en bouillon de vingt-quatre heures ou un centième d’üse de culture sur gélose, tue le cobaye en quelques jours, en {noculation sous-cutanée. Il peut ne se former qu’un abcès au point d’inoculation; le plus souvent, il se fait une véritable septicémie avec miérobes en quantité dans le sang, dans tous les organes, même dans le contenu intestinal. En injection intrapérilonéale, des quantités beaucoup plus minimes déterminent les mêmes accidents mortels. L’ingestion peut se montrer nocive; le cobaye présente les lésions intestinales trouvées dans la fièvre paratyphoïde de l’homme, l’'infiltration sous-muqueuse et lintégrité des plaques de Peyer ; ou bien, dans la rate, ct d’autres parenchymes, des nodules à aspect de pseudo-tuberculose. Les souris sont très réceptives; le lapin et le rat blanc sont moins sensibles; la poule et le pigeon paraissent réfractaires. Le Bacille paratyphique B apparaît comme un des microbes pathogènes les plus virulents (Sacquépée) (3). Toutefois, cette virulence s’atténue facilement, parfois même après
(1) Porrevix, Contribution à la bactériologie des gastro-entérites infectieuses (Ann. de l’Inst. Pasteur, XIX, 1905, p. 427).
(2) Drererzen, Arb. aus dem kaiserl. Gesundheitsamtle, XXX, 1901, p. 429.
(3) SacquéréE et Cnevrez, Les Bacilles paratyphiques (Bull. de l'Inst. Pasteur, V, 1907, p. 49 et 97).
200 BACTÉRIACÉES.
quelques semaines; après un an de conservation, elle peut être entièrement perdue.
IMMUNITÉ ET SÉROTHÉRAPIE
En inoculant sous la peau, au cobaye et au rat blanc, de très petites doses de cultures vivantes de l’un ou l’autre type, on parvient à immuniser ces animaux, qui deviennent alors réfractaires à l’inoculation de doses beaucoup plus grandes que la dose mortelle établie. Chez le lapin, on réussit avec le Bacille paratyphique B, pas avec le Bacille paratyphique A.
Les animaux immunisés avec le Bacille paratyphique B se montrent très résistants à l'égard de certaines races de Bacillus enteritidis et à l'égard du Bacillus typhi murium ; résistants aussi, mais à un moindre degré, à l'égard du Bacille d'Eberth.
Les sérums obtenus de tels animaux, dont l’immunisation a été bien poussée, pourraient être immunisants.
[ls renfermentdes substances actives. Ils ontune action bactériolytique marquée el pourraient, d’après Kutscher et Meinicke (1), déterminer une action semblable au phénomène de Pfeiffer pour le choléra. Ils contiennent des agglutinines, probablement une agglutinine spécifique, et des coagglutinines dont les effets peuvent s'étendre aux types voisins. |l existerait, dans ces sérums des deux types, une sensibilisatrice spécifique BOUE Re employée pour l'immunisalion ; d’après Rieux et Sacquépée (2), la sensibilisatrice du type B est fixée à la fois par le Bacille ane el le Bacille paratyphique B, la sensibilisatrice du type À est fixée par le Bacille typhique et le Bacille paralyphique À: par contre, ces Bacilles paratyphiques ne fixent pas la sensibilisatrice typhique, au moins dans les sérums faibles.
Des essais de sérothérapie ont été tentés ; ils n’ont pas encore fourni de résultats pratiques.
HABITAT ET RÔLE ÉTIOLOGIQUE
Le Bacille paratyphique A paraît être très rare. Comme il a été dit page 197,ila été rencontré chez l'homme atteint de certaines formes de fièvre paralyphoïde. Paladino-Blandini (3) l'aurait isolé d'une eau de source soupçonnée d'être typhogène; Morgan (4) l'a trouvé dans les selles ou la muqueuse. intestinale de divers animaux sains, lapin, cobave, porc, mouton, veau.
Le rôle du Bacille paralyphique B est beaucoup plus important. On l'a fréquemment rencontré chez l'homme, malade d’affections à forme typhoïde, où il se comporte comme le fait le Bacille typhique, produit les mèmes symptômes, les mêmes complications, d’autres fois atteint
(1) Kurscaer et Meicke, Vergleichende Untersuchungen über Paratyphus- Enteritis und Mäusetyphusbakterium und ihre immunisatorischen Beziehungen (Zeitschr. für Hygiene, LIT, 1905, p. 301).
(2) Rieux et Sacquérér, Action des sensibilisatrices typhiques et paratyphiques sur les Bacilles correspondants (Soc. de Biol., 1905, p. 532).
(3) PazaniNo-Branpini, Loc. cit., p. 198.
(4) MorGan, Some observations upon the microorganismes of meat poisoning and their allies (Brith med. Journ., 1905, I, p. 1257).
BACILLES PARATYPHIQUES. 201
de gastro-entérites, d’intoxications alimentaires (1): dans ces derniers cas, il est loin d’avoir l'importance du Bacillus enlerilidis et occasionne des symptômes très analogues (p. 206).
L'alimentation joue un rôle prédominant dans sa dissémimation ; d’ailleurs, la contamination par ingestion est prouvée, elle est mème facile pour certains animaux.
Les aliments à incriminer sont surtout les viandes. Le microbe peut provenir soit de maladies de l’animal, entériles surtout el aussi septicémies ou pyémies; mais probablement aussi de contaminations postérieures à la mort, opérées par des individus ou des contacts suspects. Il semble bien que les individus porteurs de germes, dans les mêmes conditions que pour le Bacille typhique (p. 103), aient aussi une grande part dans la dissémination.
L’habitat normal du microbe paraît bien être l'intestin, comme pour le Colibacille ; il est répandu à l'extérieur par les matières fécales. Il arrive à contaminer l’eau où l’a rencontré Gaethgens (2), les aliments, le lait aussi surtout. Il faut également faire intervenir ici lesmèmes conditions qui président à la dissémination du Bacille lyphique; on peut aussi incriminer tout particulièrement la consommation de légumes crus, d’huîtres souillées par les eaux d’égout. On a signalé ce Bacille dans des pâtes cuites, les nouilles, dans des légumes cuits, des pommes de terre, qui peuvent occasionner des accidents que lon a parfois mis sur le compte de la solanine (Kayser). La virulence élevée que peut
avoir le microbe facilite certainement l'infection.
RECHERCHE ET DIAGNOSTIC
On recherche les Bacilles paralyphiques en usant des méthodes qui sont employées pour le Bacille typhique et le Colibacille; les détails voulus ont été donnés lors de leur étude.
Chez l’homme malade, c’est l’hémocullure qui donne les résultats les plus sûrs; les résultats du sérodiagnostic doivent être soumis à une critique des plus sévère et le plus souvent réservés, comme 1l sera dit ci-après. La distinction d’avec le Bacille typhique et le Colibacille se fera à l’aide des caractères des cultures, des réactions en milieux colorés, de l’étude de la fermentation des sucres, de l'absence de production d’indol, de l’action des sérums d’immunisation.
Agglutination et sérodiagnostic.— Les sérumsnormaux sont souvent agglutinants pour les Bacilles paratyphiques à des taux de 1 p. 20, 1 p. 50, même 1 p. 100; un taux d’agglutination peu élevé doit donc toujours comporter des réserves.
Le sérum des malades atteints d’affections dues au Bacille paratyphique A est généralement agglutinant à un taux assez faible, 1 p. 100 ou 200, rarement 300 ou 400 (Netter), exceptionnellement 1000 (Brion et Kayser). Chez les malades atteints d’affections dues au Bacille paralyphique B, le taux d’agglutination s'élève souvent fort,
(4) Kurscuer, Ein Fleischvergiftungsepidemie in Berlin infolge Infektion mit dem Bacterium Paratyphi B (Zeitschr. für Hygiene, LV, 1906, p. 331). — Hresexer, Fleischvergiftungen und Paratyphusinfektionen. Iéna, Fischer, 1910.
(2) Gazrucexs, Ueber das Vorkommen des Paratyphus bazillen (TyphusB)im Wasser (Arb. aus dem kaiserl. Gesundheitsamte, XXX, 1909, p. 610).
202 BACTÉRIACÉES.
1 p. 500, 1 p. 1000, 1 p. 10 000, jusqu'à 1 p. 40 000. Un même sérum montre de très grandes différences suivant la race de Bacilles employée. L'action croisée, celle d’un sérum paratyphique sur le Bacille paratyphique autre que celui qui occasionne l'infection est généralement assez faible ; toutefois, il y a, sur ce point, une très grande variabilité suivant les races des microbes.
Les sérums paratyphiques humains n'agglutinent généralement le Bacille typhique qu'à un taux assez faible, n'atteignant jamais celui de l’agglutination spécifique.
L'action de tels sérums sur les nombreuses races de Colibacille est trop irrégulière pour qu'on puisse en tirer une indication quelconque.
Le sérum typhique agglutine fréquemment les Bacilles paraty- Phiques et à des taux très divers.
Pour ces raisons, dans de tels examens, on doit s’en rapporter à cette règle bien formulée par Sacquépée : Quand un sérum humain agglutine plus le Bacille typhique que les Bacilles paralyphiques, on doit conelure à une infection éberthienne ; quand il agglutine plus un Bacille paralyphique, rien n'autorise à conclure à une infection paratyphique, il peut s’agir d’une fièvre typhoïde. Le fait, d’ailleurs, n’est pas spécial à ces espèces; du sérum lyphique peut se montrer beaucoup plus agglutinant pour le Bacillus enteritidis que pour le Bacrlle typhique.
Les sérums d’immunisation obtenus avec le Bacille paratyphique A agglutinent d’une facon sensiblement égale tous les microbes de ce type. Ceux obtenus avec le Bacille paratyphique B montrent des taux d’agglutination très différents à l'égard des diverses souches B. L'action croisée est ici très variable; peu marquée avec les sérums forts, elle peut arriver à l’équivalence avec les faibles (1).
Le Bacille Zyphique paraît peu sensible aux sérums expérimentaux des types À et B, qui aggl'tinent alors leur type à un taux beaucoup plus élevé et le type autre à un taux moins haut, mais encore plus fort que celui observé avec le Bacille d'Eberth.
Les Bacilles paralyphiques paraissent peu agglutinés par les sérums typhiques expérimentaux; d’où l’aggutination par ces sérums est un excellent moyen pour reconnaitre le Bacille typhique des Bacilles paratyphiques.
Pour le diagnostic des Bacilles paratyphiques, la séroréaction doit être contrôlée par d’autres caractères, surtout l'isolement du microbe.
La réaction de fixation du complément, mise en œuvre comme il a été dit pour le Bacille lyphique (p. 166), permettrait de séparer, d’une facon assez sûre, les deux types de Bacilles paratyphiques ; les résultats seraient bien moins nets à l’égard du Bacille typhique.
BACILLUS ENTERITIDIS (GAERTNER.
(Bacille de Gaertner.)
Gaertner (2) a trouvé celte espèce dans de la viande malade dont
(1) Porcire, Beitrag zur differential-diagnostischen Untersuchung der Typhus und typhusähnlichen Bakterien mit Hilfe der Agglutination (Zeitschr. für Hygiene, L, 4905, p. 215). 1
(2) Garner, Ueber die Fleischvergiftung in Frankenhausen und den Érreger der selben (Correspondenzbl. des allqg. Aertz. Vereinsron Thüringen, 1888).
BACILLUS ENTERITIDIS. 203
lingestion avait été cause d'accidents graves à Frankenhausen.
Cette viande provenait d’une vache qui avait été prise d’une diarrhée muqueuse ; on l'avait abattue dans cetétat. A l'inspection, la rate et le foie n'étaient nullement hypertrophiés : par contre, l'intestin grêle présentait par endroits des taches rougeâtres. La viande avait l'aspect normal, fut déclarée propre à la consommation el livrée deux jours après.
Cinquante-huit personnes mangèrent de cette viande crue, simplement assaisonnée, et furent malades; une seule mourut, un Jeune homme très robuste qui en avait consommé à lui seul 800 grammes. Beaucoup d’autres personnes, qui avaient consommé de cette viande cuite, furent tout à fait indemnes.
Dans le cas fatal, les accidents apparurent deux heures après Pingestion de la viande : ils débutèrent par des vomissements et de la diarrhée. La mort survint après trente-six heures. L’intestin grèle était très irrité ; la muqueuse était fortement injectée par places ; les plaques de Peyer étaient tuméfiées ; la partie supérieure seule renfermait des fèces d’un vert jaune, le reste était vide. Les autres malades présentèrent les mêmes symptômes, mais moins intenses.
Gaertner put isoler un même Bacille de différentes portions de viande qui n’avait pas été consommée et de la rate de l’homme qui avait succombé. Il lui a donné le nom de Bacillus enteritidis.
Les caractères de ce microbe le placent au voisinage du Colibacille et du Bacille typhique, dans le même groupe, plus proche peut-être du Bacille paralyphique A.
Beaucoup de ces caractères ne paraissent du reste pas très constants, mais sujets à de légères variations en plus ou en moins; d’où Pon a été conduit, comme on le verra plus loin, à créer plusieurs types ou races, qui paraissent bien ne pas avoir la valeur d'espèces. Le Bacille de (iaertner se rapproche peut-être plus du Bacille typhique ; d’autres, du Colibacille.
Caractères microscopiques. — Ils sont très voisins de ceux du groupe. Les éléments sont des bâtonnets courts, à extrémités libres arrondies, souvent presque elliptiques, dont la longueur est à peu près le double de la largeur qui atteint 0,2 à 0,4 y; parfois même, dans le bouillon et les vicilles cultures, ce sont de véritables coccobacilles. Ils sont très fréquemment réunis par deux, rarement par trois ou plus.
Ils sont assez mobiles, un peu moins généralement que le Bacrlle lyphique. s présentent surtout un mouvement de rolalion sur euxmêmes ; les chaînes de bâtonnets, ou les filaments ainsi formés, ont un mouvement lent, plutôt onduleux ou vacillant. Les mouvements peuvent cesser, puié reprendre brusquement.
Il n’y a pas de formation de spores.
Coloration. — Ils se colorent aux méthodes ordinaires, souvent difficilement et irrégulièrement, en laissant un espace clair central. Hs se décolorent par la méthode de Gram.
Les méthodes spéciales montrentla présence de longs cils au nombre
\ 204 BACTÉRIACÉES.
de 4 à 8 habituellement, quelquefois 10 à 12, répartis sur toute la périphérie de l'élément. |
Cultures. — Les cultures se développent facilement sur les milieux habituels. | Plaques de gélatine. — Dans la gelée, il se forme de petites colonies
rondes, grisâtres, transparentes, à bords nets, se teignant en jaune au centre à la longue; à un faible grossissement, elles apparaissent brunâtres, granuleuses ou légèrement striées. A la surface, elles sont grisâtres, s’étalent et deviennent un peu transparentes, à bords assez sinueux, à centre plus épais, gris jaunâtre. La gélatine n’est pas liquéfiée.
Gélatine en piqüre. — 11 se forme à la surface une colonie épaisse, d’un blanc grisâätre, qui s’affaisse en peu de temps et donne une pellicule grise fortement ridée. Dans le canal, la culture se limite à la piqûre. Les cultures âgées se colorent souvent en brun dans ia partie inférieure. On n’observe pas de liquéfaction. A l'abri de l'air, la croissance est très minime. En s/rie, on a une bande grisâtre un peu transparente.
Gélose. — La croissance est très rapide vers 37°; en dix-huit heures toute la surface est recouverte d’une culture gris jaunâtre.
Sérum coagulé, — La culture ressemble à celle sur gélose et est plus grise.
Pomme de terre. — La culture gris jaunâtre est humide, brillante, parfois mince et peu visible.
Bouillon. — Le développement est très rapide à 37°. Le liquide se
trouble et forme à la surface une pellicule qui se casse très facilement ; il dégage une odeur fade.
Lait. — Il n'est pas coagulé, mais devient légèrement transparent après huit ou dix jours, prend une coloration jaunâtre et montre une réaction alcaline.
Milieux colorés. — 11 se développe dans le lait tournesolésans changer la coloralion, sans produire d'acide. Sur milieu de Drigalski-Conradi, il forme des colonies bleuâtres, un peu moins transparentes que celles du Bacille typhique. Dans les bouillons au rouge neutre (p. 176), il produirait la fluorescence et le virage en seize à vingt-quatre heures.
Milieux sucrés. — 1] fait toujours fermenter le glucose avec développement de gaz; également, mais d’une facon moins intense, le lactose, le galactose, le maltose et le saccharose. Certains types laisseraient intacts le lactose et le saccharose. D’après Bahr, Raebiger et Grasso, il ne fait “pas fermenter l’arabinose, qu'attaque au contraire le Bacille paralyphique B.
PROPRIÉTÉS BIOLOGIQUES
Vitalité. — Les caractères sont bien voisins de ceux présentés par les précédentes espèces du même groupe.
Virulence. — La virulence est très marquée, pour l’homme et beau-
coup d'animaux.
Produits formés dans les cultures. — L'action sur les substances azotées doit être faible. I] ne se produit jamais d’indol.
Parmi Jes matières sucrées, le glucose fermente avec beaucoup de gaz ; le lactose, galactose, saccharose et maltose également, mais d’une
BACILLUS ENTERITIDIS. 205
façon moins intense. Cependant, certains {ypes n’attaqueraient pas le lactose et le saccharose (1).
Produits toxiques. — Gaertner a bien montré que les cultures renfermaient des produits toxiques dont l’action explique, en partie au moins, les effets observés chez l’homme; il a vu que ces substances présentaient une assez grande résistance à la chaleur, pouvaient résister à l’ébullition. D’après Fischer, les cultures conservent leur toxicité, presque intacte après un chauffage de quarante-cinq minutes à 60°; elle persiste encore, mais bien amoindrie, après quinze minutes à 100°; les bouillons de culture, filtrés sur bougie, sont aussi toxiques et conservent leur activité intacte ou presque pendant dix à trente minutes à 100°, puis la perdent graduellement, en bonne partie au moins.
INOCULATION EXPÉRIMENTALE
Les cultures, en injections sous-cutanées ou intrapéritonéales, sont virulentes pour les souris, les lapins et les cobayes, qu’elles tuent, suivant leur résistance, en quelques jours ou quelques heures. À l’autopsie, les symplômes sont toujours les mêmes : gonflement et rougeur de la muqueuse intestinale, injection des vaisseaux, petites hémorragies dans la muqueuse, plus rarement dans la plèvre ou le péricarde; on n'observe Jamais de gonflement de la rate, n1 d’altéralions des plaques de Peyer. On retrouve de nombreuses Bactéries dans le sang, dans le contenu intestinal, dans les parenchymes où ils simulent parfois la pseudo-tuberculose.
Par absorption intestinale, en mélange avec les aliments, les souris blanches seules périssent avec les mêmes symptômes de gastro-entérite aiguë. Une chèvre prit une forte diarrhée dont elle guérit, puis périt à la suite d’une injection intraveineuse de produit de culture.
Les chiens et les chats résistèrent parfaitement à l’ingestion de fortes proportions de la viande malade.
De trois pigeons qui reçurent chacun deux injections dans les muscles pectoraux, l’un mourut le lendemain; les deux autres furent malades, mais purentse remettre ; l’un d'eux mourut six semaines après. Dans la masse musculaire pectorale se trouvait un gros séquestre qui contenait encore à un endroit des Bacilles vivants. Les poules inoculées de la même manière restèrent tout à fait saines.
L'ingestion ou l’inoculation de cultures tuées par la chaleur, à d'assez fortes doses, est pathogène pour le cobaye ou la souris, chez lesquels elle détermine des symptômes de gastro-entérite et des troubles nerveux, surtout parésies des extrémités inférieures avec mouvements convulsifs.
IMMUNITÉ ET SÉROTHÉRAPIE
On parvient à immuniser des lapins en leur faisant des injections intraveineuses de très petites doses de cultures, d’abord un quart d’üse de culture sur gélose, puis une demie, une entière, et graduellement jusqu’à une culture entière. C’est surtout dans le but d'obtenir des
(1) Fiscuer, Zur Aetiologie der sogenannten Fleischvergiftungen (Zeitschr. ‘für Hygiene, XXXIX, p. 1029).
206 BACTÉRIACÉES.
sérums destinés à servir à la réaction d'agglutination, très employée comme moyen de diagnostic (p- 209).
Des essais de sérothérapie n'ont pas donné de résultats.
L'usage de viande d'animaux malades paraît être la cause de beaucoup la plus importante de l'infection par le Bacillus enteritidis. Ce n'est toutefois pas la seule. Des viandes fraiches, saines en apparence, ont pu être incriminées, ou bien des viandes travaillées, sous forme de pâté, saucisses, hachis, ont été constatées infectieuses alors que la viande fraiche du même animal avait été parfaitement inoffensive: la contamination de l'aliment s'était produite pendant les manipulations. D'autres aliments souillés, du poisson, du lait, des huîtres, des eaux, des légumes, ont pu être accusés. La souillure venait certainement de matières fécales, qui semblent bien être aussi l'habitat de prédilection, ou même lhabitat normal, du microbe. Et ici on doit pouvoir faire intervenir une action des por leurs de germes, tout comme pour les espèces précédentes.
D'un autre côté, les intoxications alimentaires ne sont pas les seules affections où ce microbe intervienne ; il semble pouvoir déterminer des formes de fièvre paratyphoïde tout comme les Bacilles paratyphiques.
Les intoxications alimentaires sont cependant, de beaucoup, les phénomènes d'infection le plus souvent observés. C'est surtout des formes de gastro-entérites simples, ou parfois des formesgraves, ayant l'aspect et les symptômes d’un choléra nostras qui peut même être rapidement mortel.
Depuis l'observation de Gaertner, on a étudié de nombreux faits similaires, où l’on à pu isoler un Bacille identique à celui qu'il a décrit, ou des types microbiens très peu différents à certains points de vue, par exemple coagulant nettement le lait ou ne faisant pas fermenter le lactose; la valeur secondaire de ces différences ne permet guère de les séparer comme espèces distinctes. Il peut en être de même des différences dans l’agglutination, comme il sera dit plus loin (p. 210).
Karlinski (1) a retrouvé le Bacillus enteritidis dans une intoxication grave occasionnée par l’ingestion de viande séchée. Les selles de malades lui donnèrent facilement des cultures. D’ après lui, cette espèce serait largement répandue dans la nature; il l'aurait obtenue du contenu normal du duodénum d’un suicidé et de celui d’une jeune chèvre tout à fait saine.
Gaffky et Paak (2) ont isolé ce même Bacille de saucissons faits avec de la viande ou du foie de cheval, qui avaient occasionné, à Rôhrsdorf et dans les villages environnants, des accidents d'intoxication. Avec ses cultures, ils ont pu reproduire la plupart des symptômes présentés par les malades sur les animaux d'expérience.
Quatre-vingts personnes avaient été plus ou moins malades ; une avait succombé, un homme vigoureux. Toutes étaient des ouvriers de
(1) Karzinskt, Zur Kenntniss des Bacillus enteritidis Gaertner (Centralbl. für Bakt., VI, 1889, p. 269).
(2) Garrkx et Paax, Ein Beitrag zur Frage der sogenannten Wurstund Fleischvergiftungen (Arb. aus dem kaiserl. Gesundheilsamte, IV, 1890, p. 159).
BACILLUS ENTERITIDIS. 207
fabriques, s'étant approvisionnés à la même boucherie chevaline. L’incubation avait été courte, de moins de vingt-quatre heures dans bien des cas. Les symptômes étaient une gastro-entérite violente et une forte fièvre ; pas d’exanthème ni de troubles visuels. L'individu qui est mort a succombé six jours après avoir mangé de la viande en question.
On n’a pu avoir aucun renseignement sur l'animal et décider, par conséquent, si le virus provenait d’une infection dont il était atteint avant l’abatage ou s'était développé dans les tissus après la mort.
Des lapins, des cobayes, des souris ont succombé à la suite d'ngestion de parties des saucissons incriminés ou d'inoculations souscutanées de l’'émulsion obtenue en triturant avec de l’eau des morceaux de ces saucissons. L'examen des organes y a fait découvrir constamment une Bactérie qui a paru spéciale aux expérimentateurs.
Van Ermenghem (1) attribue à une Bactérie à caractères identiques une épidémie d’entérite cholériforme qui a éclaté en 1893 dans le village flamand de Morseele, due, d’après lui, à lingestion de viande de deux veaux atteints d’entérite infectieuse au moment de l’abatage. Cette Bactérie serait la cause de l’entérite infectieuse des veaux et ne différerait que bien peu du Bacillus enterttidis, du microbe de la peste porcine et de celui du hog-choléra.
Quatre-vingts individus furent malades; quatre succombèrent. Les principaux symptômes présentés étaient une forte gastro-entérite, beaucoup de fièvre, des exanthèmes cutanés dans les cas graves, et chez les enfants des crampes et des troubles visuels.
C'est aussi cette même espèce qui a été reconnue par Fischer (2 comme cause des épidémies observées à Rumfleth et à Haustedt, occasionnée par la consommation d’une viande d'animal malade: par de Nobele à Bruges, dans des intoxications provenant de la consommation de viandes travaillées; par Curschmann (3) dans des intoxications causées par de la viande séchée ; par Haibe (4) dans les épidémies de Namur et d’Arlon.
C’est un microbe semblable qui a été reconnu par Kaentsche (5) comme cause d’une intoxication alimentaire observée à Breslau, due à l'ingestion de la viande d’une vache malade. Quatre-vingts personnes tombèrent malades, la plupart vingt-quatre heures après avoir mangé de la viande en question. Les symplômes étaient ceux d’une gastro-entérite violente avec forte fièvre. Personne ne succomba.
Il en est de même des intoxications observées par Holst (6) à l'asile d’aliénés de Gaustand, près Christiania, où quatre-vingt-un individus furent malades et quatre moururent. Les accidents ont été aussi rapportés à l’usage de la viande d’un veau qui avait paru sain au moment de l’abatage, mais avait présenté de la diarrhée quelques jours avant.
(1) Vax EruexGnem, Recherches sur les empoisonnements produits par de la viande de veau à Morseele (Bull. de l'Acad. royale de Belgique, 1892).
(2) Fiscner, Loc. cil., p. 205.
(3) Curscamann, Massenvergiftungen durch Nahrungsmittel (Zeilschr.für Hygiene, ‘ LV, 1906, p. 295).
(4) Haïse et Laseor, Une épidémie par intoxication alimentaire (Arch. méd, belges, janvier 1907).
(5) Kazwrscue, Zur Kenntniss der Krankheitserreger bei Fleischvergiftungen (Zeitschr. für Hygiene, XXII, 1896, p. 53).
(6) Hozsr, Céntralbl. für Bakt., XVII, 1895, p. 717.
208 BACTÉRIACÉES.
Aussi pour les cas étudiés par Herman (1), Barker et Robertson (2), Durham (3), qui rapportent un assez grand nombre d’intoxications dues à la consommation de viandes ou de pâtés fabriqués avec des viandes provenant de bœufs ou de veaux atteints de diarrhée au moment de l'abatage.
De même l'épidémie d’Aertrycke, étudiée par de Nobele (4), causée par la viande d’un veau atteint d’entérite grave au one de son abatage. Les caractères du microbe isolé, ainsi que ceux des microbes observés dans les quatre dernières observations, sont très voisins de ceux du Bacille de Gaertner. Cependant, en tenant compte uniquement des réactions d’agglutination, de Nobele croit devoir en faire un type distinct, le Bacille d'Aertrycke, qui, par ses caractères d’agglutination, se sépare du Bacillus enleritidis pour se rapprocher plus du Bacille du hog-choléra et du Bacillus typhi murium. On a déjà vu, à propos du Colibacille et des Bacilles paralyphiques, combien dans ces groupes d'espèces voisines les résultats de la réaction d’agglutination étaient variables et incertains, tout différents en cela de ceux que l’on observe pour le Bacille typhique; 11 semble bien difficile dès lors d'attribuer à un tel caractère une valeur d’un ordre aussi grand.
Pouchet (5) a observé un certain nombre d’intoxications qu'il a attribuées au Bacille de la pneumo-entérile du porc, qui pourraient bien provenir aussi du même microbe.
Les formes de fièvre paratyphoïde dues au Bacillus enteritidis seraient peut-être assez fréquentes, si l’on s’en rapporte aux observations de Netter et Ribadeau-Dumas (6), d’ Étienne (7 7); elles ne diffèrent pas de celles dues au Bacille paratyphique B. Toutefois jusqu'ici on s’est uniquement basé, pour affirmer leur nature, sur la réaction d'agglutination et, sous ce rapport, il y a lieu de faire des réserves.
Lubarsch (8) a rencontré le Bacillus enteritidis en abondance chez un enfant nouveau-né mort de pneumonie septique; 1l le considère comme la cause de linfection.
Les infections à Bacillus enteritidis paraissent bien dues à l’ingestion d'aliments qui le renferment.
Ce qui doit être surtout incriminé, c'est la viande, et dans le plus grand nombre de cas la viande provenant d'animaux malades. Une telle viande est nocive fraîche ou travaillée. Elle est surtout dangereuse lorsqu'elle est consommée crue ou peu cuite. Une cuisson suffisante peut parvenir à tuer les microbes ; les relations faites mentionnent que les individus qui l’ont consommée cuite ont été indemnes ou presque: les produits toxiques résistent en effet assez longtemps à
(1) Henmaw, L'intoxication carnée de Sérault (Hainaut) (Arch. de méd. expeér., juillet 1899).
(2) Barker et RoBerrsox, Brilish med. Journ., 11 novembre 1899.
(3) Durxau, An adress on the present knowledge of onthreaks due to meat poisonning (Brilish med. Journ., 17 décembre 1898).
(4) DE Nogeze, Ann. de la Soc. de médecine légale de Belgique, 1899.
(5) Poucuer, Bactériologie appliquée à la médecine légale (Ann. d'hygiène, mars 1897, p. 209).
(6) Nerrer et Risaneau-Dumas, Des infections causées par le Bacille de Gaertner (Soc. méd. des hôp., 1er et 25 décembre 1905).
(7: Érienne, Fièvré typhoïde à Bacilles de Gaertner (Revue méd. de l'Est, 1906).
(8) Lusarscu, Ein Fall von septischer Pneumonie beim Neugeborenen, verursachte durch Bacillus enteritidis (Virchow's Archiv, CXXIIT, 1891, p. 470).
BACILLUS ENTERITIDIS. 209
l’ébullition. L’apparence de ces viandes ne peut donner aucune indication sûre; elle est fréquemment belle. Des viandes saines peuvent être souillées par des contacts, comme il a été dit, surtout quand elles ont eu à subir des manipulations compliquées.
Les viandes conservées peuvent aussi être infectantes, comme le montrent certaines observations. Cependant, ici, les accidents observés sont plus souvent du botulisme, et dus à un microbe bien différent, le Bacillus botulinus.
Du poisson, des légumes ont pu véhiculer le contage. Il y a lieu assez fréquemment d’incriminer les huîtres, qui donnent souvent des formes de fièvre paratyphoïde. Il en est de même du lait qui joue un si grand rôle dans la transmission des affections typhoïdes ; d’après Klein (1), il serait assez commun dans le lait de vache de la consommation. À ce propos, il faut faire une mention spéciale des intoxications par gâteaux à la crème ou les fromages, très fréquentes en certains pays; c'est le Bacillus enteritidis ou le Bacille paratyphique B qui doivent être incriminés, comme l'ont déjà montré les recherches de Vaughan et Perkins (2),
Les animaux le plus souvent incriminés sont les bovidés, vache et veau surtout: chez le veau, les maladies à craindre sont l’entérite et les affections pyémiques; chez la vache, l’entérite, toutes les infections purulentes, surtout les puerpérales. Le porc est assez fréquemment en cause ; puis le cheval et la chèvre ; pas le mouton jusqu'ici.
Ces données peuvent puissamment aider pour la prophylaxie. La mesure la plus importante est l'inspection sérieuse des viandes de boucherie et surtout l’examen de l’animal sur pied.
Le Bacillus enteritidis doit se rencontrer ailleurs dans le milieu extérieur. Schern (3) l’a isolé chez des rats, où sévissait une maladie épidémique. Il est probable qu'il peut se rencontrer dans le sol et dans l'eau, de provenance fécale sans conteste.
RECHERCHE ET DIAGNOSTIC
On recherche le Bacillus enteritidis par les moyens que l’on emploie pour le Bacille typhique et le Colibacille. I] pousse dans les milieux phéniqués et donne sur la gélose de Drigalski-Conradi de petites colonies bleues, assez semblables à celles du Bacrlle typhique.
Chez le malade, c’est l'hémoculture qui est le procédé de choix. Sur le microbe isolé, on constate tous les caractères de cultures et la réaction d’agglutination.
Agglutination et sérodiagnostic. — L’agglutination peut se rechercher soit avec un sérum de malade suspecté d'infection du Bacille de Gaertner ; soit avec un sérum expérimental provenant d’un animal immunisé avec du Bacillus enteritidis, pour déterminer l’identité d’un microbe que l’on a isolé.
. (4) Kvex, Ueber Verbreitung des Bacillus enteritidis in der Kuhmilch (Centralbl. für Bakt., 1e Abth., Orig., XXX VIII, 1905, p. 392). (2) VauGnan t Perkins, Ein in Eiscreme und Käse gefundener giftproducierende Bacillus (Arch. für Hygiene, XXVII, 1896, p. 308). - (3) Scaer, Ueber im durch den Bacillus enteritidis hervorgerufene Rattenseuche Arb. (aus dem kaiserl., Gesundheitsamte, XXX, 1909, p. 575).
Macé. — Bactériologie, 6€ édit. II. — 14
9210 BACTÉRIACÉES. |
Avec un sérum de malade, le taux de l’agglutination peut être assez = élevé, 1 p. 500, 1 p. 1000 et plus. Des taux bas doivent faire tenir le résultat en suspicion; dans les maladies typhiques, colibacillaires, paratyphiques, les coagglutinmations sont fréquentes et souvent assez marquées. Le sérum ty phique, en particulier, agglutine fréquemment le Bacille de Gaertner, même à un taux élevé ; on a même vu l’agglutination de ce dernier se montrer à un taux plus élevé que lagglutination du Bacille d'Eberth, bien que l’hémoculture ait démontré la seule présence de ce dernier microbe.
En immunisant des lapins par injections intraveineuses de très petites quantités de cultures d’abord, puis de doses graduellement croissantes, on peut obtenir des sérums agglutinant le Bacillus enteritidis à des taux très élevés.
L’agglutination de cette espèce à un taux élevé, alors que les espèces voisines, Bacille lyphique, Bacilles paralyphiques, Bacille du hogcholéra, Bacillus typhi murium et autres ne sont agglutmées qu’à un taux bien inférieur ou même pas du tout, est une présomption en faveur de la première espèce; toutefois, ce n’est pas une certitude, en raison des très grandes variations que peut présenter lagglutination dans les espèces de ce même groupe, le Bacille typhique excepté.
Nocard avait, en 1892, signalé, dans la moelle osseuse de perruches ou de perroquets morts d’une maladie nettement infectieuse, la présence d’un Bacille qui lui paraissait être la cause de l'infection. Gilbert et Fournier (1) ont retrouvé ce microbe dans les mêmes conditions et ont démontré qu'il était l’agent pathogène d’une affection de l'homme, à lui transmise par les oiseaux atteints, affection qu'ils ont proposé de nommer psiétacose.
D'autres observations, en particulier celles de Sicard (2), de Leichstenstern (3), de Nicolle (4), ont confirmé cette opinion et ont démontré le danger et la dune assez grande de cette transmission de oiseau
à l’homme (5).
Nous avons vu qu'Eberth et Wolff (I, p. 549) avaient décrit, sous le nom de Micrococcus psittaci, un microbe déterminant une affection septicémique des perroquets. Il est possible que ces auteurs se soient mépris sur la vraie forme du microbe et que lamycose qu'ils ont décrite soit bien la psittacose actuelle ; ils ont pu aussi avoir affaire à une septicémie de nature différente.
(1) Girserr et Fourier, De la psittacose (Acad, de méd., 20 octobre 4896).
(2) Sicarn, Épidémie de ‘psittacose. Recherches bactériologiques (Soc de Biol. 31 juillet 4897).
(8) Lecasrensrerx, Ueber infektiüôse Lungenentzündungen und den heutigen Stand der Psittacosis-Frage (Centralbl. ftir allgem. Gesundheitspflege, XVIII, 4899).
(4) Nicozze, Une épidémie de psittacose. Histoire clinique et recherches bactériologiques (Arch. prov. de méd., I, 4899, p. 62).
(5) Dururx, De la psittacose au point de vue bactériologique. Revue générale (Pro grès méd., 1897).
MORPHOLOGIE
Caractères microscopiques et coloration. — Tous les caractères sont assez semblables à ceux du Bacille typhique et du Colibacille.
Le Bacille de la psillacose est une Bactérie courte, assez épaisse, à extrémités arrondies. Les éléments sont très mobiles et munis de huit à douze cils, délicats et fragiles; 1ls ne produisent pas de spores.
La coloration s'obtient facilement avec les procédés habituels. Le microbe se décolore toujours par la méthode de Gram.
Cultures. — On obtient facilement des cultures sur les milieux ordinaires, en présence d’air ou sans air.
Sur gélatine, il se forme une culture d’abord transparente, irisée, puis plus épaisse, blanche, crémeuse. La gelée n’est pas liquéfiée.
Sur gélose, la culture est plus épaisse, blanchâtre, opaque.
Sur pomme de lerre, la culture est assez épaisse, brunâtre, ressemblant beaucoup à celle du Colibacille.
Dans le bouillon, on observe un trouble rapide ; il se forme à la surface un voile délicat et fragile.
Le lait n’est pas coagulé.
Dans les milieux phéniqués, le développement se fait dans les mêmes conditions que pour les autres espèces du groupe.
D'après Guerbet (p. 175), le Bacille de la psittacose donne la réaction du rouge neutre.
PROPRIÉTÉS BIOLOGIQUES
Le Bacille de la psittacose est sans action sur le lactose.
D'après Mae Conkey (1) et Vourloud (2), il ferait fermenter le glucose, le maltose, l’arabinose ct la mannite en donnant beaucoup de gaz, le lévulose avec peu, le saccharose avec des traces, la dextrine irrégulièrement.
I ne produit pas d’indol dans les milieux peptonisés.
INOCULATION EXPÉRIMENTALE
Le microbe se montre pathogène pour le perroquet, la perruche, le pigeon, la poule, la souris, le lapin, le cobaye; ce dernier paraît assez résistant.
L'inoculation sous-cutanée ou intramusculaire donne des résultats inc onslants ; la mortest rapide ou tarde: alors l'animal prend une diarrhée profuse et maigrit beaucoup. L'inoculation intraveineuse, intrapéritonéale ow intratrachéale, tue en moins de quarante-huit heures.
__ Chez les oiseaux, les symplômes produits sont assez semblables à ceux du choléra des poules à forme lente. L'animal se tient en boule, a . les plumes hérissées, les ailes tombantes, les yeux clos; il a une
(4) Mac Coke, Journ. of. Hggiene, V. 1905, p. 333. (2} Vourrou», Loc, cit., p. 179.
DE BACTÉRIACÉES.
diarrhée liquide, parfois sanguinolente; ilne mange plus et reste en
somnolence jusqu'à sa mort. A l’autopsie, on trouve une congestion très
intense des organes abdominaux. Le sang du cœur, la rate, la moelle osseuse, le contenu de l'intestin renferment en abondance le microbe spécial.
HABITAT ET ROLE ÉTIOLOGIQUE
La psittacose est assez fréquente chez les perroquets et les perruches importés. Il faudrait peut-être aussi la tenir pour transmissible à d’autres oiseaux exotiques. D’un autre côté, c’est une affection bien
voisine sinon identique que Tartakowsky (1) a observée chez des petits
oiseaux de nos pays, ne paraissant toutefois pas se transmettre à l’homme.
Toutes les parties de l'organisme des oiseaux atteints sont virulentes; les déjections le sont à un haut point. Nocard a montré qu'il suffisait de déposer des ailes sèches, provenant d'oiseaux atteints, au fond de la cage d’une perruche saine pour la voir périr en moins de vingt jours.
La transmission à l’homme est indéniable. Elle cause une infection grave, souvent mortelle, 34,28 p.100 d’après Dupuy. La maladie peut prendre les allures d’une fièvre typhoïde ou d'une affection paratyphique. Le plus souvent elle revêt la forme pneumonique, pouvant alors présenter beaucoup d’analogies avec l’infection grippale. Il peut se produire des formes légères, où se remarquent surtout des courbatures et de la diarrhée.
La contagion se fait le plus souvent par contact direct avec les oiseaux malades: elle peut se faire aussi par les plumes, par des objets quelconques souillés, surtout par les déjections. Elle se fait facilement d'homme à homme.
Le Bacrille de la psitlacose est-il une espèce pathogène bien réelle, ou un microbe banal de l'intestin des psittacés, gagnant sa virulence spéciale sous certaines influences, comme le veulent Gilbert et Fournier ? La maladie paraît être inconnue dans les pays d’origine de ces oiseaux.
RECHERCHE ET DIAGNOSTIC
Avec les animaux atteints de psittacose, on obtient facilement des cultures du microbe. Chez l’homme, Gilbert et Fournier seuls sont parvenus à l’isoler du sang du cœur.
Les caractères sont voisins de ceux du Bacille typhique, du Colibacille et des autres espèces du même groupe.
On distingue ce microbe du Bacille typhique à l'aide de la culture sur pomme de terre, des cultures raclées de Bacille typhique, où il pousse bien, et de la différence d'agglutination par le sérum typhique, avec que l’agglutination est toujours minime.
D’après Guerbet (2), le Bacille de la psittacose donnerait la réaction du rouge neutre.
(1) Tarrakxowskyx, Sur une maladie infectieuse des Becs courbés et autres oiseaux de volière (Arch. der Veterinäriwissenschaften, mai 4898). (2) Guernser, Loc. cit., p. 175.
BACILLUS TYPHI MURIUM. 213
Le sérum des malades atteints de psittacose ne donne pas des résultats très nets sur lé Bacille de la psittacose ; lagglutimation ne se produit qu’à un taux assez élevé, 1 p. 50 ou moins, alors que Île sérum humain normal est agglutinant à 1 p. 20 et même au-dessous; le séro-diagnostic est donc possible, mais souvent incertain.
BACILLUS TYPHI MURIUM LoErriEr.
Loeffler (1) le donne comme l’agent d’une affection septicémique qui sévit sur bien des rongeurs (Wausetyphus); 1l l'a rencontré dans une épizootie qui a fait périr rapidement, en 1889, toutes les souris blanches (Mus musculus var. alba) conservées dans son laboratoire pour les expériences. C’est le même microbe que Mereschkowsky (2) a rencontré, dans les mêmes conditions, chez des spermophiles (Spermophilus musicus); Laser (3) l'a retrouvé chez la souris des champs (Mus agrarius). Cest encore la même cspèce que Danysz (4) a isolée d’une épizootie spontanée des campagnols (Mus arvicola) et Issatchenko (5) d’une épidémie observée sur des rats blancs (Mus ratlus, var. alba).
On ne peut guère en séparer le microbe décrit par Trautmann (6), qui tuait les rats gris du laboratoire de Dunbar. Celui désigné sous le nom de Ratinbacillus, que Neumann (7) a isolé d’une urine de cystite chez un enfant de deux ans, et qui s’est montré très pathogène pour les rats gris (Mus decumanus), est aussi à identifier avec les précédents.
Le microbe décrit par Grimm:(8) est à identifier avec celui de Danysz.
A l'exemple de Loeffler, on a employé ces différents types à la destruction des diverses espèces de rats ou de souris.
MORPHOLOGIE
Caractères microscopiques et coloration. — Ce sont des Bacilles courts ou presque ovoïdes, très mobiles, qui ressemblent, par leurs
(4) Losrrer, Ueber Epidemien unter den im hygienischen Institute zu Greiswald gehattenen Maüsen und über die Bekampfung der Feldmausplage (Centralbl.fünBakl., X1,1892, p- 129):
(2) Mernescaxowsxx, Zur Frage über die Virulenz des Lôüfflerschen Maüstyphus bacillus (Centralbl. für Bakt., VI, 1894, p. 612, et X VII, 14895, p. 742).
(3) Laser, Ein neuer für Versuchsthiere pathogener Bacillus aus der Gruppe der Frettchen-Schweinseuche (Centralbl. für Bakt., XI, 1892, p. 184,
(4), Daxvsz, Un microbe pathogène pour les rats et son application à la destruction de ces animaux (Ann. de l’Inst. Pasteur, XIV, 1900, p. 193).
(5) Issarcuexxo, Ueber einen neuen für Ratten pathogenen Bacillus (Centralbl. für Bakt., XXIII, 4898, p. 873). — Untersuchungen mit dem für Ratten pathogenen Bacillus (1bid., XXXI, 1902, p. 26).
(6) Traurmanx, Bakterien des Paratyphusgruppe als Rattenschädlinge und Ratten-
vertilger (Zeitschr. für Hygiene, LIV, 1906, p. 104).
(7) Baur, Ueber die zur Vertilgung von Ratten und Maüsen benutzten Bakterien (Centralbl. für Bakt., 4te Abth., Orig., XXXIV, 4905, p. 265).
(8) Grimm, Vergleichende Untersuchungenüber den Bacillus Danysz und über einen neuen für Ratten pathogenen Microben |Centralbl. für Bakt.,1te, Abth., Orig., XXXI, 1902 p.286).
DA BACTÉRIACÉES.
caractères microscopiques, au Bacille typhique et au Colibacille. Hs ne forment jamais de spores.
Ils se colorent assez bien aux couleurs d’aniline et se décolorent par la méthode de Gram.
On peut leur reconnaître de six à douze cils, assez longs, répartis sur toute la surface de élément.
Cultures. — Les cultures s’obtiennent facilement sur les milieux habituels. Elles ont les caractères de celles des espèces précédentes.
Sur plaques de gélatine, les colonies incluses dans la gelée sont rondes, d’abord grisâtres, (transparentes, faiblement granuleuses, puis brun jaunâtre, très granuleuses : celles de la surface sont très granuleuses et présentent des vallonnements un peu semblables à ceux que présentent les colonies du Bacille typhique. La gélatine n’est pas liquéfiée.
Sur gélatine en piqûre, on obtient une culture qui ressemble à celle du Bacille typhique.
Sur gélose, la culture est blanc grisätre, muqueuse ; de même sur sérum coagulé.
Sur pomme de lerre, il se forme une culture blanc grisätre, pas très abondante, autour de laquelle le milieu peut prendre une teinte gris bleuâtre. Les caractères varient un peu avec les différents types.
Dans le bouillon, on obtient un trouble rapide. Le développement est plus abondant dans le bouillon glucosé: des gaz se dégagent et ilse forme à la surface une couche blanche floconneuse.
Le lail ensemencé ne change pas d’aspect, ne se coagule pas, même après un long temps.
Dans les milieux au rouge neutre, le Bacillus typhimurium se comporte comme le Bacillus enteritidis (p. 204).
Sur milieu de Drigalski-Conradi, 11 donne des colonies bleues, arrondies, opaques.
PROPRIÉTÉS BIOLOGIQUES
Ce microbe ne fait pas fermenter le lactose et peut-être le saccharose ; mais décompose le glucose et le maltose avec dégageme nt gazeux. Avec le bouillon glucosé, la réaction de l’iodoforme permet de constater la formation d'alcool éthylique.
Il n'y a jamais production d’indol.
INOCULATION EXPÉRIMENTALE
Les cultures sont virulentes pour un certain nombre d'animaux. Les différentes sortes de rats et de souris sont particulièrement sensibles.
En inoculation sous-culanée, ces animaux succombent en quelques jours ; on leur trouve un peu d'ædème au point d'inoculation et une rate tuméfiée; les organes, Surtout le foie, renferment de très nombreux Bacilles, formant souvent des amas, comme le Bacille lyphique. Chez les rats, on peut n'obtenir parfois qu'une lésion locale.
L'inoculation sous-cutanée produit une petite inflammation locale
AMRACTAP AU E, rx 7
BACILLUS TYPHI MURIUM, 215
«qui s’ulcère et guérit, chez le cobaye, les pigeons, el un petit abcès -chez le lapin.
Par ingestion de cultures mélangées aux aliments, la mort survient, chez les souris et les rats, en dix à quatorze Jours; les lésions sont semblables aux précédentes ; en outre, l'intestin est congestionné, L'ingestion ne détermine généralement aucun effet chez le lapin, le cobaye, les canards, les poules, les pigeons, les chats, les chiens, tous les bestiaux, même l’homme dans plusicurs expériences.
La virulence paraît cependant très variable; elle diminue aisément et peut disparaître. Le meilleur moyen de la maintenir est un passage fréquent par l’organisme.
Danysz {recommande pour cela de faire des cultures successives dans le bouillon, et de les mettre en ampoules bien remplies et scellées. Les cultures en sacs de collodion enfermés dans la cavité péritonéale de rais permettent d'obtenir une très grande virulence pour les rats gris, noirs el blancs. Dans des ampoules fermées, les bouillons gardent leur virulence pendant des mois.
Ce microbe se rencontre surtout chez les animaux malades, rats et ‘souris de toutes sortes. On peut le trouver en dehors de ces espèces; Neumann (1) l'a isolé d'une urine de cystite chez l’homme. Les déjec- Lions des animaux doivent le disséminer dans le milieu extérieur.
La contagion d'animal à animal se fait certainement par ingestion de produits souillés par les déjections, ou par absorption de cadavres d'animaux infectés, ces rongeurs se dévorant facilement entre eux.
Loeffler eut le premier l'idée d'utiliser ce virus pour la destruction -des campagnols des champs ; Danysz a employé, contre les rats, son microbe dont la virulence avait été renforcée à cet effet. Le microbe isolé par Neumann (1) forme la partie active d’un produit utilisé sous le nom de Ratin I pour tuer les souris el les rats; la pâte livrée sous le nom de Ralin [1 n'est pas un produit virulent microbien, mais un toxique chimique probablement à base de scille.
La partie active de ces produits virulents est une culture du microbe, en bouillon ou sur gélose, qui directement pour la première, après émulsion dans l’eau pour la seconde, est répartie sur de petits morceaux de pain qui sont placés dans les endroits fréquentés par les rongeurs. Ceux-ci s'infectent par ingestion; la maladie se propage ensuite facilement autour d'eux. On peut arriver à les voir disparaître complètement.
D'autres fois le résultat est moins appréciable ou nul, ce qui est dû au défaut de virulence du microbe employé. Pour avoir un virus d'activité suffisante, il parait nécessaire d'user d'un microbe qui a passé récemment par un organisme réceptif; il faut même parfois user de plusieurs passages successifs, pour arriver à une virulence assez grande. Le mieux est de se servir, pour ce renforcement, de l'espèce ou de la variété de rongeurs que l'on veut combattre.
Les virus ainsi employés paraissent être tout à fait inoffensifs pour
4) Neumaxx, Loc. cil., p. 213, in (7) Bar.
216 * BACTÉRIACÉES.
les autres animaux domestiques, volailles, lapins, chiens, chats, pores particulièrement.
On les a considérés longtemps comme ne pouvant avoir aucune action sur l’homme. Il est loin d'en être de même aujourd’hui.
Trommsdorf (1) a le premier signalé des cas d'infection, dont un mortel, chez des personnes qui avaient manipulé du virus de Loeffler pour détruire des rats; il avait pu retrouver le microbe dans les selles. Shibayama (2) donne une série d'observations faites au Japon sur des cas d'infection de l'homme par ces virus des rongeurs. Des malades avaient manié des produits virulents pour détruire des souris, ou mangé des aliments préparés dans des vases infectés par du virus et non nettoyés; d’autres, au nombre de quarante-trois, avaient consommé de la viande d'un cheval qui avait été empoisonné avec du virus. Le microbe a pu être isolé des selles des malades et de la viande en question. Fleischanderl (3) a observé six cas similaires chez des personnes qui avaient aussi employé de ces virus pour détruire les campagnols.
Handson et Williams (4) rapportent une épidémie de douze cas non mortels qui s'est produite chez les pensionnaires d'un restaurant où l’on avait usé du virus pour détruire les souris; le virus avait été déposé dans la salle, et sous le plancher on trouva de nombreux cadavres de souris ; le microbe fut, du reste, retrouvé dans les selles des malades.
Les symptômes observés sont ceux de gastro-entérites légères ou graves, très semblables à ceux qui proviennent de l'infection par le Bacillus enteritidis ou les Bacilles paralyphiques. 1 est rationnel de comprendre le Bacillus typhi murium parmi les espèces pouvant occasionner des intoxications alimentaires ou des affections paratyphiques.
On doit donc considérer cette espèce comme dangercuse pour l’homme et exiger que, dans son emploi pour la destruction des rongeurs, de orandes précautions soient prises. Les aliments ne doivent être en aucun cas exposés à être souillés par les produits virulents; les personnes qui les manipulent doivent, aussitôt l'usage, se laver très soigneusement les mains; ne jamais porter les mains à la bouche, fumer, etc., pendant les opérations. Si des rongeurs malades pouvaient avoir contact avec des aliments devant être consommés sans coction ultérieure, il pourrait y avoir du danger; le lait a été incriminé particulièrement.
En somme, au point de vue intoxications alimentaires, le rôle étiologique de ce microbe pourrait bien être comparable à celui du Bacille de Gaertner, des Bacilles paratyphiques et de certains Paracolibacilles. C’est ce qui doit certainement donner à réfléchir au point de vue de son large emploi et de la dissémination qui peut en être la suite.
(4) Trouusporr, Ueber Pathogenität des Lofflerschen Maüsetyphusbacillus beim Menschen (München. med. Wochenschr., L, 1903, p. 2092).
(2) SnimayAma, Ueber Pathogenität des Maüstyphusbacillus für den Menschen (Ibid., LIV, 4907, p. 979).
(3) Freiscnanxperz, Mittheilungen über einige Krankheïtsfälle, hervorgerufen durch Maüsetyphusbacillen (Zbhid., 4909, p. 392).
(5) Haxpsox et Wizzraws, Brilish med. Journ., 48 nov. 1908.
BACILLUS TYPHI MURIUM. 211
Les rapports du Bacillus typhi murium avec le groupe du Colibacille, et tout particulièrement avec le Bacillus enteritidis, les Bacilles paraltyphiques et le Bacille du hog-choléra sont certainement très étroits; des caractères secondaires seuls permettent de les différencier (1). D'ailleurs, ce qui doit encore assurer cette parenté, c’est le fait que ces dernières espèces peuvent toutes parfois infester les rats,
comme on l’a observé à diverses reprises.
RECHERCHE ET DIAGNOSTIC
Chezles animaux malades, on isole facilement le microbe du contenu intestinal; plus difficilement du sang.
Les caractères des cultures ne permettent guère une différenciation avec les espèces voisines citées.
L'inoculation expérimentale aux animaux très récepüfs, rats et souris, donne une orientation précieuse; mais elle ne peut servir de base certaine, en raison des variations importantes de la virulence, soit d’une façon générale, soit à l'égard de l’une ou l'autre des races ou variétés de ces rongeurs, et en raison aussi de la virulence marquée que peuvent présenter pour ces mêmes animaux le Bacillus enterilidis et les autres espèces voisines citées.
On a voulu trouver dans l’agglutination des indications formelles (2). On arrive facilement à préparer des sérums expérimentaux spécifiques, très agglutinants. Malheureusement, on constate ici, malgré tout, les mèmes irrégularités et les mêmes variations qui ont été signalées pour les espèces similaires, le Bacille typhique excepté. Il est difficile, dès lors, d'attribuer à ce caractère une grande confiance.
On peut être amené à isoler ce microbe du milieu extérieur. Il se développe, en effet, dans les milieux que l’on emploie pour isoler le Colibacille et les autres espèces du même groupe, dans les bouillons phéniqués principalement. Mais, dans ces conditions, il serait bien diffieile d'obtenir une différenciation exacte. Il se distingue du Colibacille en ce qu'il ne donne pas d’indol et ne fermente pas le lactose; du Bacille typhique en ce qu'il fermente énergiquement le glucose et donne souvent une culture bien visible sur pomme de terre. La différenciation avec le Bacillus enteritidis et les espèces voisines est plus délicate; ici, les caractères d’agglutination peuvent peut-être servir, mais en faisant les réserves que l’on sait.
Grimm (3) a décrit sous le nom de Bacillus seplicaemiae murium un autre type microbien, bien voisin, isolé dans de semblables conditions. Il pourrait se distinguer du microbe de Danysz par la coloration grisètre des colonies sur plaques de gélatine, tandis que celles du
(1) Baur, Ueber die zur Vertilgung von Ratten und Maüsen benutzten Bakterien (Centralbl. für Bakt., 1te Abth., Orig., XXXIX, 1908, p. 263). — Munzexs, Dax et
uRsT, Untersuchungen über Bakterien der Enteritis-Gruppe (Zhid. XXXVIN, 1908, p. 1).
(2) Xxraxper, Der Ratinbazillus als Rattenvertilgungsmittel (Arb. aus dem kaiserl. Gesundheitsamte, XX VI, 1908, p. 145).
(3) Grimm, Vergleichende Untersuchungen über den Bacillus Danysz und über einen neuen für Ratten pathogenen Mikroben (Centralbl. für Bakl., 1e Abth., Orig., XXXI, 1902, p. 286).
918 k BACTÉRIACÉES.
second seraient jaune brunâtre, et par quelques autres caractères bien secondaires.
BACILLE DE LA DIARRHÉE DES VEAUX Jensen.
Jensen (1) décrit comme agent spécifique de cette affection un microbe très voisin du Colibacille et présentant certains rapports avec la Bactérie ovoiïde des septicémies hémorragiques. Chez d’autres jeunes animaux, on trouve des processus similaires (2).
C’est un petit Bacille ovalaire, à espace clair central, mobile, mesurant de 1 y à 2 u de longueur, isolé ou associé en courtes chaînes. Dans les cultures très jeunes, on trouve surtout des formes courtes, presque rondes ; dans les cultures âgées, des formes plus longues.
Il se colore facilement aux couleurs d’aniline et se décolore par la méthode de Gram.
On le rencontre dans le sang, les centres nerveux, tous les parenchymes, le contenu du tube digestif des veaux atteints.
Sur gélatine, on obtient, en un Jour, de pelites colonies blanches, à bords ondulés. En piqûre, il se développe des bulles de gaz le long du trajet. La gélatine n’est pas hiquéfiée.
Sur gélose et sur sérum, la culture est assez épaisse, d'un blanc grisâtre.
Sur pomme de lerre, il se forme une mince couche blanc rosé.
Le bouillon se trouble vite, puis abandonne un dépôt pulvérulent,
Le lait est coagulé.
Toutes les cultures répandent une odeur fétide caractéristique.
Le microbe est pathogène pour le veau, le cobaye et la souris blanche.
D’après Jensen, le mème Bacille se retrouverait dans l'intestin des veaux sains ; il ne deviendrait pathogène que sous certaines conditions exaltant sa virulence en diminuant la résistance de l’animal. Ile donne en plus comme abondamment répandu dans les étables infectées. Tous ses caractères le rapprochent beaucoup du Colibacille,
La viande, les viscères doivent être rejetés de la consommation. De nombreuses observations prouvent qu'ils déterminent chez l’homme des accidents graves semblables à ceux qui ont été décrits précédemment.
D'après Lesage et Delmer (3), la diarrhée des veaux serait due à un microbe présentant tous les caractères qu’on attribue au groupe des Pasteurella, dont il sera parlé plus loin. Ce serait une pasteurellose due à une infection par la plaie ombilicale,
Des syndromes analogues peuvent être déterminés par d’autres espèces microbiennes, soit très voisines, Paracolibacilles, Bacilles paratyphiques, Bacillus enteritidis, soit bien différentes, Bacille pyocyanique ou Proteus.
(1) Jexsen, Ueber die Kälberruhr und deren Aetiologie (Monatshefte für Thierheïlk., IV,4893, p. 97).
(2) WizzernixG, Die weisse Ruhr der Kälber (Arch. für Thierheilk., XXV, 4899, p. 93).
(3) LesaGe et Decuer, Contribution à l'étude de la diarrhée des jeunes veaux (Ann. de l'Inst. Pasteur, XV,*1901, p. #17).
BACILLUS LACTIS AEROGENES. 9219
BACILLE DE LA SEPTICÉMIE DES VEAUX TuHou\ssENe
Thomassen (1) a rencontré un Bacille très voisin du Bacille typhique et du Colibacille dans une affection septicémique, très meurtrière, sévissant sur les veaux en Hollande.
Le microbé se rencontre en abondance dans le sang, le suc du foie et de la rate, qui donnent facilement des cultures.
C'est un court bâtonnet, à extrémités arrondies, peu mobile, présen- {ant les caractères des deux espèces qui viennent d’être citées.
Il se colore facilement aux couleurs d’aniline et se décolore par la méthode de Gram.
Les cultures sur gélatine el gélose n'ont rien de particulier.
La culture sur pomme de terre est semblable à celle du Bacrlle typhique, une simple surface humide,
Dans le bouillon, il se fait un trouble uniforme, puis la surface se recouvre d’un voile qui s’épaissit vite et devient blanc, visqueux, adhérent au vase.
Le lait n'est pas coagülé, bien qu'on y rencontre, en peu de temps, beaucoup de microbes,
Dans les milieux glucosés, il se produit une légère fermentation avec production d'un peu d'acide, qui rougit le tournesol, si l’on ena ajouté.
Dans les bouillons peptonisés, on constate une faible réaction d'indol.
Le microbe est pathogène pour la souris, le rat, le cobaye, le lapin et le veau. Les animaux inoculés souffrent rapidement, maigrissent, prennent souvent de la diarrhée et meurent avec des symptômes de septicémie.
Le sérum antityphique agglutine nettement le microbe, mais beaucoup moins énergiquement que le Bacrlle typhique.
La viande des veaux atteints de cette affection doit être considérée comme dangereuse pour l’homme, exposant à contracter des intoxications alimentaires ou des affections paratyphoides.
BACILLUS LACTIS AEROGENES Escueriscu.
ATLAS DE MICROBIOLOGIE, PL. XXI
Escherisch (2) l’a rencontré abondamment dans l'intestin de l'homme el des animaux nourris de lait, surtout des nourrissons; il en a également signalé la présence dans l'intestin de l'adulte, à côté de l'espèce précédente. Depuis, il a été retrouvé dans bien des milieux. Considéré longtemps comme un saprophyte, il a été reconnu nettement pathogène, quand Morelle (3) l’a identifié aux Bactéries décrites dans
(1) Taouassex, Une nouvelle septicémie des veaux avec néphrite et urocystite (bactériurie) consécutives (Ann. de l'Inst. Pasteur, XI, 1897, p. 523).
(2) Escuerisc, Die Darmbacterien der Saüglings und ihre Beziehung zur Physiologie der Verdauung (Fortschr. der Med., 4885: et : Beiträge zur Kenntniss der Darmbacterien (Münch. med. Wochenschr., 4886, p. 43).
(3) Moreze, Étude bactériologique sur les cystites(La Cellule, 4892).
220 BACTÉRIACÉES.
l'infection urinaire. Wurtz et Leudet (1), Denys et Martin (2), se basant surtout sur son action sur les animaux, croient qu'il n’est pas à distinguer du Ferment lactique de Pasteur, avec lequel 1l a au moins beaucoup de points de contact. Il présente, en outre, de nombreuses ressemblances avec le Colibacille d'un côté, le Pneumobaeille de l’autre; on peut le considérer comme un type de Paracolibacille.
Les derniers auteurs cités croient même qu'il n'y a pas à séparer spécifiquement ces microbes; Grimbert et Legros (3), se basant sur l'identité des fonctions biologiques, regardent le Pneumobacille et le Bacillus lactlis aerogenes comme appartenant à la même espèce. Tout en reconnaissant les grandes affinités que ces diverses Bactéries ont entre elles et en admettant qu'on doive les rapprocher dans un même groupe naturel, il est difficile d'affirmer leur identité absolue. Il paraît bien préférable de les décrire séparément et d'admettre leur distinction, basée sur des raisons sérieuses, jusqu'à plus ample informé au moins, tout en signalant leurs ressemblances.
MORPHOLOGIE
Caractères microscopiques. — Ce sont des bätonnets courts et épais, à extrémités arrondies, mesurant de 1 & à 2 y de longueur sur une largeur variant de 0,5 w à 1 1. Ils se présentent isolés, réunis par deux ou en petits amas. Ils sont toujours immobiles. Ils ne forment pas de spores.
Les variations de forme sont peut-être encore plus marquées ic qu'avec le Colibacille (4).
Coloration. — Ils se colorent facilement aux procédés ordinaires et se décolorent par la méthode de Gram.
Cultures. — CULTURES SUR PLAQUES DE GÉLATINE. — Les colonies qui
se développent dans l'épaisseur de la gelée sont sphériques, jaunâtres, cranuleuses ; celles de la surface forment de petits disques opaques, d'un blanc de porcelaine ou lactescents, souvent à centre déprimé. D'ordinaire peu transparentes, elles peuvent, en sétalant un peu, prendre un aspect qui rappelle de loin les colonies du Bacrlle Hiver mais cette forme est rare. La gélatine n'est jamais liquéfiée.
CULTURES SUR GÉLATINE. — En piqûre, il se produit une culture en clou, blanche, à tête assez proéminente ou étalée en pellicule; dans le canal, il se développe des colonies rondes, plus ou moins isolées, blanchâtres. Il se dégage des gaz qui fendent assez vite la gelée. En sfrie, on obtient une bande blanche, plus ou moins opaque, à bords ondulés ou dentés.
CULTURES SUR GÉLOSE. — Il se développe rapidement une culture d’un blanc sale, crémeuse ou un peu proéminente. Il se produit très vite des
4) Wurrz et Leuper, Recherches sur l’action pathogène du B. lactique (Arch. de méd. exper., 4891, p. 485).
(2) Denys et Mar, Sur les rapports du Pneumobacille de Friedlaender, du ferment lactique et de quelques autres organismes avec le Bacillus lactis aerogenes et le Bacillus typhosus (La Cellule, IX, 1893).
(3) Grimgerr et Lecros, Identité du Bacille lactique aérogène et du Pneumobacille de Friedlaender (Ann. de l’Inst. Pasteur, XIV, 4900, p. 479).
(4) Scuerrer, Beiträge zur Frage der Differenzierung des Bacillus aerogenes und Bacillus coli communis (Arch. für Hygiene, XXX, 4897, p. 291).
BACILLUS LACTI3 AEROGENES. 221
gaz qui cassent la gelée et peuvent même la projeter hors du tube: de petites bulles peuvent se voir dans la colonie même. La culture peut être fluide et s'amasser d'elle-même dans le fond du tube placé verticalement.
Ce développement de. gaz dans la gélatine et la gélose tient probablement à la présence d'un peu de sucre provenant des peptones ou de la viande employées.
CuLTuREs sur sÉRUM. — C'est une bande blanchâtre, peu caractéristique.
CULTURES SUR POMME DE TERRE. — Îl se forme, à la surface, des colo-
nies d’un blanc sale ou un peu jaunâtres, qui peuvent rester isolées ou confluer en une couche crémeuse, filante, dans laquelle se produisent souvent des bulles de gaz.
CULTURES DANS LE BOUILLON. — Le liquide se trouble vite; 1l dépose un sédiment épais, filant.
CULTURES DANS LE LAir. — Le lait est assez rapidement coagulé : il s’y
produit une forte proportion d'acide lactique, en même temps que des gaz se dégagent ; la caséine n'est pas modifiée.
CULTURES DANS LES MILIEUX SUCRÉS. — Il se dégage des gaz en abondance, avec tous les sucres, et la réaction du Hire devient acide.
PROPRIÉTÉS BIOLOGIQUES
Produits formés dans les cultures. — C'est un agent de fermentation énergique des matières sucrées, ferment lactique très actif. Tous les sucres fermentent, sauf la dulcite. Il se forme, comme produits de transformation, de l'alcool éthylique, des acides, surtout de l’acide lactique normal, un peu d’acide acétique, d'acide suceinique et d'acide formique; il se dégage de l'acide carbonique et de l'hydrogène (1).
Il décompose le formiate de chaux, pas le lactate ou l'acétate, ce qui indique que l'acide formique trouvé ne représente qu'une forme transitoire des produits de la modification des sucres par le microbe.
Il n'attaque que très peu les albuminoïdes, En aucun cas on n'obtient la réaction de l’indol. L’urée n’est pas touchée.
Les nitrates sont réduits en nitrites sans dégagement de gaz.
Dans le bouillon additionné de soufre, on constate la production d'hydrogène sulfuré.
Les cultures n'ont pas d'odeur ou une simple odeur de lait aigre.
Virulence. — Considéré d'abord comme simple saprophyte, les recherches de Morelle, de Denys et Brion (2) ont démontré qu'il possédait une action pathogène manifeste.
Les derniers expérimentateurs ontretiré des cultures une substance toxique, précipitable par l'alcool, ne dialysant pas, étant entrainée par les précipités de phosphate de chaux, qu "ils pensent être une toxalbu- mine. Elle supporte facilement une température de 100° pendant quinze
à vingt minutes sans s’allérer ni perdre son activité.
(1) Macrapyen, Nexcxt et Sis8er, Untersuchungen über die chemischen orgänge m menschlichen Dündarm (Arch. für exp. Path., XXVIIL, 1891).
(2) Denys et Brrox, Étude sur le principe toxique du Bacillus lactis aerogenes (La Cellule, VIII, 14893, p. 305). «
299 BACTÉRIACÉES. *}
INOCULATION EXPÉRIMENTALE
L'injeclion sous-cutanée de 1 centimètre cube de bouillon de culture ne détermine chez le lapin qu'une petite suppuration locale.
L'injection intrapéritonéale, chez le lapm, le cobaye, la souris, occasionne une mort rapide, en vingt-quatre heures ou moins, dans l'hypothermie. Les lésions rencontrées à l’autopsie sont une péritonite souvent suppurée et une forte inflammation intestinale. On trouve de nombreux microbes dans l’exsudat péritonéal, dans le sang et les organes ; ceux de l’exsudat présentent souvent une sorte de capsule.
La toxme a une action énergique sur les centres nerveux. Chez le lapin, la mort peut survenir avec des symptômes paralytiques, où lon observe des phénomènes convulsifs semblables à ceux déterminés par la strychnine, parfois de véritables convulsions tétaniformes.
De faibles doses déterminent un amaigrissement lent qui aboutit à la cachexie.
HABITAT ET ROLE ÉTIOLOGIQUE
C'est une espèce fréquente dans les matières fécales. On l’a trouvée dans l'air, le sol, l'eau. Dans ce dernier miheu, elle paraît avoir une significalion aussi défavorable que le Colibacille; 11 y a de grandes présomplions pour croire à une contamination fécaloïde.
C’est réellement un des agents de la coagulation spontanée du lait, mais, comme importance, il cède le pas au Bacillus laclicus, le ferment lactique de Pasteur (1).
Chez l'homme sain, ce microbe doit contribuer à intervertir le sucre de lait et provoquer son absorption.
Il paraît être un agent fréquent de l'infection urinaire. On doit probablement lui rapporter la Bactérie septique de la vessie de Clado, la Bactérie pyogène d'Albarran et Hallé (Voy. plus loin: Bacrilles des urines pathologiques). C'est très probablement lui qui produit, chez les diabétiques, la fermentation intravésicale des urines déterminant des évacuations gazeuses pendant la miction (2).
I1 peut aussi jouer un rôle dans les inflammations intestinales des nourrissons.
RECHERCHE ET DIAGNOSTIC
Le Bacillus lactis aerogenes pousse facilement dans les bouillons phéniqués employés pour la recherche du Colibacille et du Bacille typhique. On se sert surtout, pour le différencier des précédents et des espèces voisines, de son immobilité, de sa décoloration par le Gram, de la coagulation du lait qu'il détermine, de la non-obtention de la réaction de l'indol.
(4) Lxicamanx, Ueber die Beteiligung des'Bacillus lactis aerogenes an der freiwilligen Säuerung der Milch (Centralbl. für Bakt., 2t Abth., V, 4899, p. 344, 387 et 440).
(2) Gurarn, Études cliniques et expérimentales sur la transformation ammoniacale des urines. Thèse de Paris, 1883,
MPUX,
BACILLUS FRIEDLAENDERI.
LS
BACILLUS FRIEDLAENDERI (Pneumobacille de Friedlaender.)
ATLAS DE MICROBIOBOGIE, PL. XIV
Friedlaender (1) a décrit cette espèce en 1882. Il en faisait l'agent spécifique de la pneumonie fibrineuse, Nous avons vu précédemment (1, p. 469) que les recherches de Sternberg, Talamon et Fraenkel ont permis de rectifier cette opinion en démontrant que l'agent pathogène véritable de cette affection était le Mricrococcus Pasteuri, le Pneumocoque de Talamon-Fraenkel. Considéré assez longtemps comme un simple saprophyte, commensal fréquent de la muqueuse des voies respiratoires, le Bacille de Friedlaender a été reconnu dans ces dernières années comme pouvant produire dans l'organisme des lésions des plus variées, se comportant en vrai microbe à tout faire, commele dit justement Étienne (2). Nous reviendrons plus loin sur son rôle pathologique.
Le Bacille de Friedlaender est très voisin du Colibacille; on a vu
p- 220) que Grimbert et Legros lui identifient le Bacillus lactis aerogenes.
MORPHOLOGIE
Caractères microscopiques. Ses formes sont assez variables. Parfois, les éléments sont ovalaires, presque semblables à des coccus ; de là vient qu'on a souvent classé ce microbe dans les Micrococcus et qu'on lui a donné le nom de Pneumocoque de Friedlaender.
Le plus habituellement, il se présente sous forme de bâtonnets courts et trapus à extrémités arrondies, longs de 1 en moyenne, avec une largeur un peu moindre, isolés ou le plus souvent réunis par deux, parfois en plus grand nombre, formant de courtes chaînettes. On peut rencontrer des articles plus longs, dépassant 3 w (fig. 40). Dans les cultures, la forme ovalaire est assez fréquente.
Les éléments sont toujours immobiles.
Dans l'organisme, dans le sang, dans les crachats, ils présentent une capsule très nette, que l’on distingue comme une auréole. Cette capsule résiste aux acides, mais se dissout rapidement dans les alcalis. Elle disparait, ou presque, dans les cultures ; cependant, avec un peu d'attention et de bons objectifs, on la retrouve tout de même, plus réduite, comme un fin liséré brillant autour des éléments. Elle reparaît très nette lorsqu'on fait repasser le microbe dans l'organisme animal.
Coloration. — Le Pneumobacille se colore très facilement aux solu-
. (4} Frisennaenoer, Ueber die Schizomyceten bei der acuter fibrinôsen Pneumonie (Virchow's Arch., LXXXVI, 1882). — In., Ueber Pneumonie Mikrokokken (Fortschr. der Med., III, 4885, p. 92). — In., Die Mikrokokken der Pneumonie (Fortschr. der Med., I, 1883, p. 215).
(2) Emenxe, Le Pneumobacille de Friedlaender ; son rôle en pathologie (Arch. de. méd. expér., 1895, p. 424).
te
tions colorantes habituelles. La capsule se colore par le procédé de Ribbert (p. 398).
Capsules et microbes se décolorent toujours par la méthode de Gram, ce qui les différencie facilement du Mu
Cultures. — Ce microbe se cultive facilement sur tous les milieux et croît bien à partir de 15°. Il paraît être nettement anaérobie facultatif.
CULTURES SUR PLAQUES DE GÉLATINE. — On observe au bout de deux ou trois jours, dans l'intérieur de la gelée, de petites colonies rondes ou ovalaires, granuleuses, à bords nets, de coloration jaunâtre à la lumière transmise. Celles qui atteignent la surface s'y développent en donnant de petits mamelons hémisphériques blanchâtres, à bords nets, d° aspect
Fig. 40. — Pneumobacilles dans les crachats. 14000/4.
muqueux; à un faible grossissement, elles sont un peu brunâtres, et n'ont de transparence qu'à leur périphérie. La gélatine nest pas liquéfiée
CULTURES SUR GÉLATINE. — En piqüre dans un tube de gélatine, on voit, après un ou deux jours, se former à la surface une petite colonie blanche qui grandit et donne une masse hémisphérique d'un blane grisâtre brillant, d'aspect porcelané. Le long du canal, on observe un amas de petites colonies blanches. C'est l'aspect de la culture dite en clou (fig. 41). |
En série, ilse produit une bande opaque d’un blanc grisâtre, à reflets un peu brillants.
CULTURES SUR GÉLOSE. — Bande muqueuse blanc jaunâtre, ne présentant pas de consistance et souvent des reflets brillants.
CULTURES SUR SÉRUM COAGULÉ. — Comme sur gélose, mais la culture est d'ordinaire moins abondante.
CULTURES SUR POMME DE TERRE. — Le Pneumobacille s'y développe
BACILLUS FRIEDLAENDERI, 295
très bien. Il y donne une culture épaisse, d’un blanc jaunâtre, parfois un peu brunâtre, humide, visqueuse, dans laquelle peuvent se former, surtout en étuve, des bulles de gaz.
CULTURES DANS LE BOUILLON. — Le milieu se trouble rapidement; ilse forme, avec le temps, un dépôt muqueux au fond du vase. |
CuLruREs DANS LE LAIT. — Il produit d'ordinaire une coagulation lente. Cette coagulation peut cependant ne pas s'observer, même après un longtemps. Denys et Martin (1) disent avoir vu tous les Pneumobacilles arriver à coaguler le lait après des séries de cultures successives dans ce milieu. C’est un caractère qui paraît sujet à variations.
CULTURES SUR MILIEUX SANGUINS. — La gélose au sang, le sérum liquide, surtout de lapin, sont d'excellents milieux. Le Pneumobacille s'y montre sous forme de diplobacille avec capsule nette.
CULTURES DANS LES MILIEUX SUCRÉS, — Il se produit toujours une fermentation et une formation d'acides. On observe un dégagement de gaz, surtout avec le glucose etle saccharose, pas avec le lactose ; d'après Vourloud (loc. cit., p. 179), on pourrait n'en pas constater.
Fig. 44. — Bacillus PROPRIÉTÉS BIOLOGIQUES Een eue ture en piqüre sur Vitalité. — Les conditions paraissent semblables Sfhitine. à ce qui s'observe pour le Colibacrlle.
Virulence. — La virulence des cultures a été signalée tout au début
par Friedlaender.
Produits formés dans les cultures. — Le Pneumobacille n'agit pas ou très peu sur les matières albuminoïdes; on ne constate pas de production d’indol dans les différents milieux.
Cest un agent de fermentation énergique des matières sucrées, comme le montrent les recherches de Denys et Martin, de Frankland (2) et surtout de Grimbert (3). Il peut faire fermenter tous les sucres, excepté l'érythrite. Les produits de la fermentation sont un peu d'alcool éthylique, de l'acide acétique, de l’acide lactique gauche, de l'acide succinique.
La nature et les proportions de ces produits varient suivant la nature de la matière sucrée. Le glucose, le galactose, l'arabinose, la mananite et la glycérine donnent de l'acide lactique gauche à l'exclusion d'acide succinique ; le saccharose, le lactose et le maltose donnent à la fois de l’acide succinique et de l'acide lactique gauche: la dulcite, la dextrine et les pommes de terre ne produisent que de l'acide succinique
(4) Dexys et MarTix, Sur les rapports du Pneumobacille de Friedlaender, du ferment lactique et de quelques autres organismes avec le Bacillus laclis aerogenes et le Bacillus typhosus (La Cellule, IX, 1893, p. 264).
(2) Franxzaxp, Srauzey et Frew, Journ. of chemical Sociely, 1891, p. 253.
(3) Grimserr, Recherches sur le Pneumobacille de Friedlaender, 14e et 22 mémoires Ann. de l'Inst. Pasteur, IX, 1895, p. 840, et X, 1896, p. 708),
Macé. — Bactériologie,6e édit, II. — 19
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sans trace d'acide lactique. D’après Étienne, la substance glycogène n'est pas attaquée.
Il existe toutefois d'importantes variantes d’après origine du Pneumobacille étudié; certains n’ont pas d'action sur la glycérine ni sur la mannite.
Les gaz qui sedégagent sont de l'acide carbonique et de l° hydrogène.
Au point de vue de l’action sur les sucres, Grimbert divise les Pneumobacilles en deux elasses. Dans la première, il range ceux qui font fermenter le glucose, l'arabinose, la raffinose, la dextrine, la mannite,le maltose, le saccharose, le galactose, le lactose, la glycérine et la dulcite. Dans la seconde, il place ceux qui font fermenter tous ces sucres, à l'exception de la dulcite. On peut placer dans une troisième le
Pneumobacille étudié par Frankland, qui est sans action à la fois sur
la glycérine et la dulcite.
Le Preumobacille produit une diastase transformant l’amidon de la pomme de terre en amylo-cellulose, donnant de l’amidon soluble par un chauffage à 100° en présence de l’eau.
Les cultures renferment une substance toxique qui, d’après Denys et Martin, serait voisine de celle produite par le Bacillus lactis aerogenes.
INOCULATION EXPÉRIMENTALE
Friedlaender a obtenu des résultats positifs constants chezles souris, par l'injection intrapulmonaire de bouillons de culture ou de produits de cultures délayés dans de l’eau. Trente-deux souris ainsi inoculées sont toutes mortes, après avoir présenté des symplômes pulmonaires évidents. À l’autopsie, il trouve les poumons fortement hépatisés; la cavité pleurale renferme un exsudat louche.
En soumettant les souris à des inhalations d'eau chargée de produits de cultures, tentées au moyen de pulvérisations prolongées, ce même
opérateur a pu obtenir un certain nombre de résultats positifs sem-
blables aux précédents.
La souris est ici l'animal de choix; l’inoculation intrapulmonaire de quelques gouttes de culture la tue en deux ou trois jours, avec des lésions pulmonaires. L'injection sous-cutanée d’une forte dose, 1 centimètre cube de culture, la tue parfois en vingt-quatre heures, d'une véritable septicémie.
Le cobaye résiste plus que la souris ; sur un lot d'animaux, la moitié au moins survit, les autres meurent avec les mêmes symptômes que ceux observés chez ce dernier animal.
Friedlaender avait donné le lapin comme réfractaire. Denys et Martin ont démontré qu'il pouvait succomber au Pneumobacille; ils employaient toutefois des doses considérables de cultures, 10 centimètres cubes par kilegramme d'animal. Roger (1) a prouvé qu'un Pnreumobacille qui tue la souris et le cobaye a aussi, sur le lapin, une action pathogène manifesle à des doses habituelles. L'inoculation intraveineuse, à la dose de un demi à 1 centimètre cube, amène la mort en vingt-quatre à quarante-huit heures, avec une notable hypertrophie de la rate et des Pneumobacilles encapsulés dans le sang et les organes.
(1) Rocer, Action du B. de Friedlaender sur le lapin (Soc. de Biol., 20 janvier 4894).
at
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L'inoculation intrapéritonéale produit les mêmes effets et suscite en outre le développement de fausses membranes fibrineuses agglutinant les intestins et entourant le foie.
Avec des cultures à virulence diminuée, on n’observe plus cette évolution septicémique aiguë, mais une affection à issue plus retardée ou chronique, avec néphrite et albuminurie souvent intense, altération du cœur, symptômes de paralysie.
Le chien est assez peu sensible; dans les expériences de Friedlaender, 1 sur 5 a succombé.
Denys et Martin, en injectant des bouillons de culture stérilisés, ont démontré que ces liquides renfermaient une substance toxique produisant chez le lapin et le chien, en inoculation intrapéritonéale, des symptômes d’abattement et de paralysie, une forte congestion de la muqueuse intestinale, parfois même des hémorragies intestinales, une inflammation du péritoine avec exsudat fibrineux.
A l’état normal, on peut le rencontrer sur la muqueuse des voies respiratoires antérieures. D'après Netter (1), on le trouverait dans la proportion de 4,5 p. 100 dans la bouche d'individus sains. On l’a également signalé dans le mucus nasal et le mucus bronchique de personnes bien portantes. Sa présence, dans ces conditions, ne peut comporter aucune signification.
Les recherches de ces dernières années ont démontré qu'il avait chez l'homme une action pathogène réelle, pouvant déterminer des lésions extrèmement variées, rappelant ou non les lésions obtenues expérimentalement chez les animaux par son inoculation, sans qu'aucune puisse toutefois être considérée à juste titre comme spécifique. Ces manifestations pathogènes peuvent se classer, comme le fait Étienne dans le mémoire précité, en manifestations locales, manifestations par extension et manifestations par généralisation.
Dansles manifestations locales se classentles stomatites, les rhinites, des dacryocystiles, des ulcérations de la cornée, produites par ce microbe. Il peut se trouver comme hôte normal dans ces différentes régions et devenir pathogène sur place à un moment donné. Il peut produire seul des angines à fausses membranes (2) ayant comme caractères cliniques une bénignité relative et une grande ténacité; on le trouve assez souvent associé au Bacille de Loeffler dans les fausses membranes diphtériques.
Dans les manifestations par extension, l’action nocive se porte sur des points où il ne se rencontre pas normalement. Il se produit alors des parotidites, otites, péricardites, et surtout bronchopneumonies el pleurésies à Pneumobacilles. Certaines pneumonies paraissent produites
(4) Nerrer, Du microbe de Friedlaender dans la salive (Soc. de Biol., 1887). — In., Présence du B. en capsule de Friedlaender dans l’exsudat de deux pleurésies purulentes ; considérations générales sur le rôle pathogène de ce microbe (Soc. méd. des hôp., 1890).
(2) Nrcorre et Hégerr, Les angines à B. de Friedlaender (Ann. de l'Inst. Pasteur, XI, 1897, p. 67. — Presse médicale, 31 mai 1902).
par le Pneumobacille; Weïchselbaum (1) la trouvé 9 fois sur 127 cas. La bronchopneumonie paraît être sa manifestation pathologique la plus fréquente.
Dans les manifestations par généralisation, on peut observer des manifestations pyémiques el des manifestations seplicémiques. Dans le premier cas, on constate des phénomènes de suppuration, la production de véritables phlegmons, de la méningite suppurée. Les septicémies peuvent revêlir le caractère aigu, hémorragique, qu'on observe chez l'animal; ou se localiser sur certains organes, produisant, par exemple, de l’endocardite, de l’aortile.
Bianchi (2; l’a signalé dans un cas de leucémie, présent en abondance dans As pleural, la rate, la moelle des os. Leroy des Barres el Weinberg (3) l'ont reconnu comme cause d’une orchi- -épididymite survenue à la . d'une contusion ; le choc aurait permis à un microbe présent d'acquérir une virulence suffisante pour produire un processus inflammatoire suppuré.
Jacquot (4) l'a rencontré dans une forme de septicémie hémorragique du cheval. l
C’est ‘en somme, au point de vue pathologique, une espèce microbienne très répandue et très importante. Beaucoup des microbes décrits comme Bacilles capsulés, Bacillus mucosus capsulalus, doivent lui être rapportés (5).
C’est encore celle espèce qu'a rencontrée Babès (6) dans la maladie de l’homme qu'il a désignée sous le nom de seplicémie muqueuse, où les
vaisseaux sanguins étaient remplis d’une masse muqueuse, blanchâtre, où les globules rouges s'étaient pour ainsi dire fondus, tandis que Les leucocy tes restaient intacts ; il proposail pour le microbe trouvé le nom de Bacillus seplicæmiæ mucogenæ hominis.
En dehors de l'organisme, le Pneumobacille paraît être fréquent dans le milieu extérieur. Emmerich (7) l’a trouvé dans les poussières de l’entrevous des habitations, Jakowsky (8) dans la terre, Uffelmann (9) dans l'air, Mori (10) dans l’eau d’égout, où il le décrit sous le nom de Bacillus capsulatus. D'après Grimbert (11), il se rencontrerait souvent dans l’eau; comme il pousse dans les milieux phéniqués comme le Colibaculle et qu'il présente une assez grande ressemblance dans ses formes
4) Wercasermaun, Ueber die Aetiologie der acuten Lungen und Rippenallent zundungen {Wiener med. Jahrb., 1886, p. 483). (2) Braxcnr, Bactériologie d’un cas de leucémie aiguë (Rifor ma medica, 1899, n°81). (3) Leroy pes Barres et WEINBERG, Orchi-épidymite à diplobacille de Friedzaender (Soc. de Biol., 21 mai 1898).
(4) Jacquor, Recueil de méd. vél., 1897, no 12, p. 288). (5) Frickxe, Ueber den sogenannten Bacillus mucosus capsulatus Zeilschr. für Hygiene, XXII, 1896, p. 380).
(6) Bamks, La septicémie muqueuse (Acad. de med., 16 février 1897). (7) Eumericn, Pneumonie-Kokken in der Zwischen-Deckenfüllung als Ursache einer Pneumonie-Epidemie (Fortschr. der Med., 1884). (8) Jarowskyx, Gazetta lakarska, 1888.
(9) Urrezmaxn, Friedlaenders Pneumoniebacillus gefunden in der Luft einer Kellerraum (Berlin. klin. Wochenschr., 1887, p. 726). (10) Mort, Ueber die pathogenen Bakterien des Kanalisationswassers (Zeitschr. für Hygiene, IV,1888, p. 47).
(14) GRINBERT, de sur le Pneumobacille de Friedlaender, 22° mémoire (Ann. de l’Inst. Pasteur, X, 1896, 708).