BACTÉRIACÉES
fermenter le lactose, le saccharose, le maltose, la mannite; le tournesol ajouté au milieu n’est pas viré. Cependant, pour certains, il y aurait quelquefois fermentation, surtout avec le maltose (1) et le saccharose (2). On a vu plus haut (p. 235) que l’action sur les divers sucres pouvait fournir un élément important de différenciation, comme Hiss (3) l’a d’abord bien fait ressortir. Il ne faut, cependant, attribuer à un tel caractère qu'une contingence relative.
Produits toxiques.— Vaillardet Dopter (4) ont démontré que les cultures tuées par chauffage à 85° pendant trente minutes étaient presque aussi actives que les cultures vivantes, tuant le lapin en le même laps de temps. Il existe une toxine endocellulaire, une endotoxine dysentérique, qui peut quitter les éléments et diffuser dans le milieu.
On peut l'obtenir en solution à l’aide de divers procédés qui usent tous d’une macération plus ou moins complète de produits de culture avec l’eau.
Vaillard et Dopter émulsionnent dans une petite quantité d'eau disüllée stérile du produit de raclage de cultures sur gélose âgées de quarante-huit heures. Ils ajoutent quelques gouttes de chloroforme à l'émulsion, ou la chauffent à 58° pendant une heure. Les microbes sont tués. L'émulsion est répartie en tubes scellés qui sont laissés à 37° pendant vingt à trente jours. Le liquide limpide est décanté ; il tue le lapin, en quatorze à vingt-quatre heures suivant son poids, injecté à la dose de un demi-centimètre cube dans la veine auriculaire.
Neisser et Shiga (5) traitent le produit de culture par de la solution physiologique, chauffent à 60° pendant une heure, laissent autolyser quarante-huit heures à 37, et filtrent sur bougie. Un quart à un demicentimètre cube du liquide, injecté dans la veine auriculaire du lapin, tue l'animal en quarante-huit heures.
Todd (6) et Rosenthal (7) cultivent le microbe en bouillon Martin, laissent trois semaines à l’étuve et filtrent sur bougie Chamberland. Le liquide tue le lapin en quarante-huit heures, à la dose de un centième de centimètre cube en injection intraveineuse. Passé le délai fixé, la toxicité diminue.
D’après Doerr (8), la meilleure condition est de se servir d’un milieu très alcalin, où le microbe se développe bien en formant à la surface une pellicule blanchâtre épaisse.
Besredka (9) obtient son endotoxine pure en opérant comme il a été dit pour l’endotoxine typhique. Il broie à fond au mortier d’agate O:,15 de chlorure de sodium sec avec 0sr,4 de Bacilles dysentériques secs, el ajoute lentement 20 centimètres cubes d’eau. On laisse en repos jusqu'au lendemain, puis on décante, le liquide opalescent recueilli ne renferme
(1) Mac Coxkex, Tu. Laucer, 7 juillet 1900.
(2) Vourcoun, Loc. cit., p. 179.
(3) Hiss, On fermentative and agglutinative characters of Bacilli of dysentery Poe (Journ. of med. Research., XIII, 1904, p. 1). - (4) VarcrarpD et Doprer, Loc. cit., p. 234.
(5) Nrisser et SmiGa, Ueber frei Receptoren von Typhus und Dysenteriebacillen und über das Dysenterietoxin (Deutsche med. Wochenschr., 1903).
(6) Top, On à dysenterytoxin and antitoxin (Journ. of Hygiene, IV, 1904).
(7) Rosexrnar, Das Dysenterietoxin (Deutsche med. Wochenschr., 1904).
(8) Dorrr, Das Dysenterietoxin. Iéna, 1907.
(9) Besrepxa, Loc. cil., p. 75.
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pas de microbes, mais l’endotoxine en solution. Ce liquide tue le lapin en vingt-quatre heures à la dose de un vingtième de centimètre cube en injection intraveineuse, en trois jours avec un quatre-vingtième de centimètre cube; il tue la souris à la dose de un six-centième de cenlimètre cube en injection sous-cutanée et à la dose de trois dix-millièmes de centimètre cube en injection intrapéritonéale.
La toxine dysentérique est peu sensible à la chaleur. Elle supporte facilement un chauffage de 60° à 75° pendant une heure ; elle s’affaiblit à 80° et devient inactive après une heure à 81°; un chauffage à 90°, 100°, pendant une minute, la détruit complètement.
Elle résiste longtemps à la lumière, beaucoup aux acides, même aux minéraux, aux ferments digestifs.
INOCULATION EXPÉRIMENTALE
Le Bacille de Shiga est pathogène pour la plupart des animaux d'expérience. Le cheval, l'âne, la chèvre, le chien, le chat, le lapin, le rat, la souris sont très sensibles ; le cobaye serait moins sensible.
Inoculation sous-culanée. — Elle tue généralement les animaux assez vite. Chez le lapin, le chien, le porcelet, elle produit une véritable dysenterie expérimentale : Yélat général devient rapidement mauvais, il s'établit une diarrhée muqueuse, souvent sanglante, puis des phénomènes de paraplégie ou de paralysie du train postérieur; la mort survient en hypothermie du troisième au sixième jour. À l’autopsie, on trouve la muqueuse intestinale hyperémiée et très gonflée, avec des ulcérations souvent nombreuses et importantes. On rencontre le microbe dans la sérosité du point d'inoculation et dans les ganglions mésentériques ; 1l n'existe pas dans le contenu intestinal, sur les ulcérations, dans le sang, le foie, les centres nerveux. Les lésions intestinales, les. symptômes nerveux sont bien produits par la diffusion de la toxine produite en des points déterminés.
Inoculation intraveineuse. — Elle occasionne rapidement la mort, en moins de vingt-quatre heures même. On trouve des Bacilles dans le sang el les viscères.
Inoculation intrapéritonéale. — Elle détermine une péritonite généralisée rapidement mortelle. On trouve des Bacilles dans le sang. Inoculation par ingestion. — Chantemesse et Widal ont obtenu chez
le cobaye des accidents dysentériformes. Shiga a observé chez un jeune chat une diarrhée muqueuse.
La plupart des observateurs n’ont rien obtenu soit par la voie stomacale, soit par) la voie rectale. Dopter et Repaci (1) auraient réussi chez le lapin avec de grandes quantités de produits de culture.
Chez l’homme, Strong et Musgrave auraient déterminé, en trente-six heures, une dysenterie typique en faisant ingérer des cultures à un condamné à mort. Kruse et Lüdke ont pris une véritable dysenterie
‘après avoir avalé accidentellement des cultures.
Inoculation de toxine. — En inoculation sous-cutanée ou intraveineuse, la toxine produit absolument les symptômes et les lésions observés avec les cultures vivantes, surtout lésions du gros intestin
(1) Dorrer et Reracr, Soc. de Biol., 15 janvier 1910.
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et foyers de ramollissement dans les cornes antérieures de la moelle. Par ingestion, elle n’occasionne rien.
IMMUNITÉ, SÉROTHÉRAPIE, VACCINATION
Shiga, en 1898, a réussi à immuniser de grands animaux, chèvre, âne, cheval, en leur inoculant sous la peau, à doses graduées, des cultures mortes, puis des vivantes
Todd a obtenu, chez le cheval, un sérum uniquement antiloxique en se servant de toxine en inoculation sous-cutanée.
Vaillard et Dopter (1) préparent un sérum beaucoup plus actif en immunisant des chevaux, en leur inoculant, par voie veineuse, de semaine en semaine, des doses alternées et progressives de microbes vivants et de toxine. La toxine employée est obtenue par la culture en bouillon Martin, comme il a été dit précédemment (p. 238). On commence par un quart de centimètre cube de bouillon de culture de vingt-quatre heures, puis progressivement on double à peu près les doses chaque fois; alternativement, on agit de même avec la toxine. La quantité maxima ne doit pas dépasser 50 centimètres cubes.
Chaque fois, l’inoculation détermine une vive réaction, avec température pouvant dépasser 40°.
L'immunisation est lente et difficile; l’accoutumance au produit virulent ne s'obtient pas; on observe souvent de l’amaigrissement, il faut alors suspendre ou diminuer les inoculations.
La saignée est pratiquée de quinze jours à trois semaines après la dernière injection.
Le sérum obtenu est nettement antitoxique et antimicrobien; 1l est fortement agglutinant pour le microbe spécifique et précipitant pour ses liquides “de culture.
Il a des effets préventifs et curatifs très nets dans la dysenterie expérimentale du lapin. Une dose de 0:",25 ou 0e", 125, inoculée sous la peau de l'animal, lui permet de résister à une dose mortelle de culture acüve ou de toxine. De même, si l’on inocule à un animal une dose mortelle de culture et, vingt-quatre heures après, 1 centimètre cube ou 2 centimètres cubes de sérum, il ne présente qu’un léger état morbide et guérit vite; si linoculation du sérum est faite plus tard, le résultat est moins sûr; des effets semblables s’observent après injection préalable de toxine.
Appliqué au traitement de la dysenterie bacillaire humaine, le sérum a donné des résultats excellents, diminuant considérablement la mortalité. Par son emploi, on voit les phénomènes douloureux diminuer très vite, les selles deviennent moins fréquentes, simplement muqueuses d'abord, puis nettement fécaloïdes; c’est l'indice d’une guérison prochaine. L'état général et les symptômes d'intoxication s’amendent rapidement. La guérison est assurée en quelques jours.
Dans les formes ordinaires, 20 centimètres cubes de sérum sont une dose habituellement suffisante ; il peut être indiqué de renouveler lPinjection le lendemain, même parfois de faire une troisième injection.
(4) Varrcanp et DorPrer, Le sérum antidysentérique (Ann. de l’Inst. Pasteur, 1906, p. 321). — La sérothérapie dans le traitement de la dysenterie bacillaire (/bid., 1907, p. 241).
BACILLUS DYSENTERLE. 241
Dans les formes graves, lorsque le malade a de soixante à cent évacuations, même plus, dansles vingt-quatre heures, il faut injecter d'emblée 40 à 60 centimètres cubes de sérum, réitérer le lendemain et continuer le sérum à doses décroissantes jusqu'à ce que les selles tombent à un faible taux. Chez les enfants, les doses ci-dessus doivent être réduites de moilié.
Ce sérum paraît donner également de bons résultats dans les dysenteries dues au Bacille de Flexner. Coyne et Auché (1) préparent un sérum dysentérique polyvalent, en injectant un mélange de cultures de Bacille de Shiga et de Bacille de Flexner; ils en auraient obtenu de bons résultats chez les enfants.
Vaccination antidysentérique.— Shiga (2)a fait des essais de vaccination chez l’homme en se servant d’un mélange de son sérum antidysentérique et de produit de cultures broyé. Les résultats furent peu encourageants.
Ludke (3) a essayé diverses méthodes de vaccination chez les animaux, soit en employant des doses très minimes de produits virulents, soit en faisant intervenir simultanément l’action du sérum, de facon à sensibiliser les microbes. L'application à l’homme reste à établir. Avec Dopter (4), on peut penser que l’emploi des vaccins microbiens demande un trop long temps pour conférer l’immunité et ne conduit qu'à un effet passager, trop court; le sérum ou l'emploi de microbes sensibilisés par le sérum paraissent devoir donner des résultats bien meilleurs et pourraient être conseillés dans le but de préserver une aggloméralion.
HABITAT ET ROLE ÉTIOLOGIQUE
Le Bacille de la dysenterte se trouve chez les malades atteints de cette affection. Il s’y rencontre principalement dans les selles, peut-être aussi dans les ganglions mésentériques, pas ailleurs; il ne se généralise pas; on l’a cependant signalé dans le pus d’abcès du foie, très rares dans la dysenterie bacillaire.
Il peut persister après guérison et continuer plus ou moins longtemps à être éliminé avec les matières fécales. Il disparait souvent des selles après deux à trois semaines, mais peut se retrouver dans un petit nombre de cas après un, deux et même trois mois. Chez de rares sujets où la maladie devient chronique, la persistance serait beaucoup plus longue et pourrait atteindre plusieurs années. Ces porteurs de germes, convalescents ou chroniques, constituent un véritable danger pour la transmission de la maladie (5).
(1) Coyxe et Aucné, Sérum antidysentérique polyvalent (Soc. de Biol., 2 juillet 1906).
(2) SmiGca, Ueber Versuche zur Schutzimpfung gehen die Ruhr (Deutsche med. Wochenschr., 1903).
(3) Luoxe, Untersuchungen über die bacilläre Dysenterie (Centralbl. für Bakt., 2e Abth., Orig., XXX VIII, 1905).
(4) Dorter, Vaccination antidysentérique expérimentale (Soc. de Büiol., 26 oct. 1907). — Vaccination préventive contre la dysenterie bacillaire (Ann. de l'Inst. Pasteur, XXII, 4910, p. 677).
(5) Dorrer, Les porteurs de germes. Bacille dysentérique (Bull. de l'Inst. Pasleur, VII, 4910, p. 521).
Macé. — Bactériologie, 6° édit. 116
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Il paraît même exister des porteurs de germes sains, dont les matières fécales renferment le Bacille de la dysenterie sans qu'ils aient eu la maladie, sous forme apparente au moins; il est en effet des formes frustes bien difficiles ou impossibles à reconnaître sans l'examen bactériologique. Ces porteurs peuvent intervenir activement dans la dissémination du microbe et la transmission de la maladie. Ils semblent se rencontrer surtout, sinon exclusivement, dans l’entourage des dysentériques. Chez eux, l'existence du microbe dans l'intestin doit n’être que passagère; 1l y disparait généralement assez vite. Le danger des porteurs sains parait n'être pas très grand.
En dehors des malades et des porteurs de germes, on n’a jamais rencontré le Bacille de la dysenterie dans le milieu extérieur.
Lorsqu'il y est déversé par les matières fécales de dysentériques, il doit disparaître assez vite en raison de sa faible résistance et surtout de la concurrence des saprophytes, qui l’étouffent rapidement (p. 237). Les microbes de la putréfaction semblent surtout très actifs sur lui, et ils se rencontrent d'habitude abondants avec lui, pullulant dans les matières fécales qui se décomposent.
Il est cependant des conditions dans lesquelles il se conserve actif
pendant longlemps. C'est surtout lorsqu'il est exposé au froid et à l'obscurité; peut-être doit-on trouver là la raison de la fréquence et de la gravité de la dysenterie bacillaire dans les pays froids et tempérés. Dans les pays chauds, la haute température et la lumière arrivent à le faire rapidement disparaitre.
Ce sont donc les matières fécales des dysentériques qui sont à craindre pour la dissémination du contage. Elles peuvent rendre dangereux le sol, l'air, l’eau, où elles sont facilement mélangées dans certaines conditions; mais ordinairement le danger ne persiste pas longtemps à cause de la destruction facile du microbe. La transmission doit être surtout directe ou presque directe pour être active
On a particulièrement incriminé l’eau de boisson comme origine de la dysenterie. Cependant, on n’a jamais pu isoler le Bacille de la dysenlerie des eaux soupçonnées, et de plus on a dû reconnaitre fréquemment la bonne qualité des eaux de boisson de localités affectées de la maladie. D'ailleurs, la plupart des recherches, surtout celles de Pfuhl(1) et de Vincent (2), démontrent que ce microbe vit mal et peu longtemps dans les eaux, disparait même d'autant plus rapidement que les eaux sont souillées et riches en microbes, ce qui se présente d'ordinaire à la suite des contaminations fécaloïdes. Dans les eaux très pures, presque dépourvues de microbes, à une température basse et à l'abri de la lumière, le Bacille de la dysenterie pourrait se conserver quelque temps; mais ces conditions, la premiere surtout, doivent être, en fait, très exceptionnelles,
C'est le contact ou la souillure par les matières fécales fraiches renfermant le microbe qui sont surtout dangereux, et l'intervention directe ou presque directe de l’homme porteur des germes, surtout malade ou
(4) Pruuz, Vergleichende Untersuchungen über die Haltbarkeit der Ruhrbacillen und der Typhusbacillen ausserhalb des menschlichen Kürpers (Zeitschr. für Hygiene, XL, 1902, p. 555).
(2) Vincexr, Rapports du Bacille dysentérique avec les eaux de boisson (Revue d'hygiène, XX VII, 1906, p. 545).
BACILLUS DYSENTERIÆ. 243
convalescent de dysenterie, apparaît comme le facteur essentiel de la contagion. Ce sont là les idées qui doivent guider pour l’application des mesures deprophylaxie.
RECHERCHE ET DIAGNOSTIC
C'est surtout dans les matières fécales qu'on a à rechercher le Bacille de la dysenterie. On peut tenter aussi de lisoler de l’eau.
Recherche dans les matières fécales. — L'examen microscopique des selles, avant ou après coloration, ne peut pas donner de résultats sûrs, mais peut-être cependant de bonnes indications. Ce n’est que dans les selles de dysenterie bacillaire qu’on trouve des lambeaux de muqueuse et surtout une très grande abondance de leucocytes, en majeure partie des mononucléaires ; il faut se rappeler qu’on peut trouver quelques formes amæbiennes banales, assez fréquentes dans le côlon.
La mise en cultures permet d'isoler le microbe.
Les selles sont ensemencées comme il a été dit pour le Bacille Zyphique (p:123). Les mieux colorés au tournesol, surtout la gélose de Chantemesse (p. 123) et la gélose de Conradi-Drigalsky (p. 124), donnent de bons résultats.
On doit prélever dans les selles, de préférence, un des flocons muqueux qui s’y trouvent d'ordinaire en abondance. Lentz conseille de le laver avec un peu de solution physiologique stérilisée et d’ensemencer de petites quantités de cette eau de lavage sur la gélose coulée en boîte de Petri, en étalant le plus possible. Après une vingtaine d'heures à 3%, on examine les colonies qui doivent être obtenues assez espacées ; les unes sont rouges, appartiennent au Colibacille ou à quelques autres espèces; les autres bleues, ce sont celles qui ras attirer l'attention. Parmi ces dernières, 1l en est de transparentes, à aspect de gouttes de rosée, qui peuvent être surtout du Bacille Lyphique, du Bacille paralyphique B, du Bacillus fœcalis alcaligenes où du Bacille dysentérique. L'action agglutinante du sérum antidysentérique fera reconnaître rapidement cette dernière espèce ; la mise en culture et la constatation des divers caractères pourront suivre,
Recherche dans l'eau.—Ilest possible d'employer les mêmes géloses tournesolées, en procédant comme il a été dit pour le Bacille typhique.
Comme le Bacille dysentérique pousse en bouillon phéniqué, on peut l'obtenir par la méthode de Vincent ou les procédés similaires (p.130 et 132). Vincent conseille d'employer plutôt un bouillon faiblement phéniqué (0,35 p. 1000) et une température de 390.
Pour les raisons qui ont été données plus haut (p. 242), cette recherche semble très aléatoire.
Agglutination et sérodiagnostic. —Le Bacille de Shiga est aggluüné par les sérums qui lui correspondent, sérums de malades atteints de dysenterie bacillaire occasionnée par lui, sérums expérimentaux provenant d'animaux immunisés à l'égard de ce microbe.
Cette agglutination est suffisamment spécifique. À part quelques exceptions, en effet, les microbes qui peuvent se rencontrer dans les autres dysenteries bacillaires ne sont pas agglutinés par ces sérums. Comme l’ont bien établi Martini et Lentz, le sérum d’un malade infecté
244 BACTÉRIACÉES.
par le Bacille de Shiga ou le sérum d’un animal immunisé contre ce Bacille agglutinent toujours ce microbe el restent sans effet sur les autres types de dysenterie bacillaire, principalement sur le Bacille de Flexner. Inversement, le sérum d’un malade infecté par des Bacilles d’autres types ou le sérum d’un animal immunisé contre eux, principalement avec le Bacille de Flexner, n’agglutine pas le Bacille de Shiga. D'où un élément de différenciation important; l’agglutination apparaît comme un caractère important, sur lequel il est permis de se baser pour la pratique courante.
À vrai dire, il est des exemples qui vont à l'encontre de l’absolutisme de cette règle. Dopter (1) a constaté que des sérums de malades porteurs de Bacille de Shiga agglutinaient aussi le Bacille de Flexner, parfois même alors qu'ils se montraient sans actien sur le premier. Il explique un tel fait en admettant l’existence d’agglutinines de groupe, se trouvant à côté de l’agglutinine spécifique, pouvant même prendre le pas sur elle. Toutefois, ‘il faut remarquer qu'on a signalé plusieurs fois la présence simultanée du Bacille de Shiga et t du Bacille de Flexner chez le même malade.
La réaction n’en conserve pas moins sa grande importance permettant un véritable sérodiagnostic de la dysenterie. Avec le Bacille typhique, le Colibacille, où en partant du sérum antityphique, l’agglutination est toujours négative.
On peut le pratiquer, soit en recherchant l’agglutination macroscopique, procédant comme il a été dit pour le Bacrlle lyphique, soit, de préférence, en ayant recours à l’agglutination microscopique.
On procède alors de la facon habituelle, en commencant par un taux d'agglutinalion de 1 p. 20. Positive, la réaction permet l'affirmation ; négative, elle ne donne qu'une présomption, pour les mêmes raisons qui ont été exposées à propos du Bacille typhique.
Précipitation. — D'après Dopter (2), la réaclion de précipitation donnerait aussi des résultats concluants, les sérums expérimentaux antidysentériques contenant des précipitimes spécifiques, Elle se pratique comme il a été dit à propos du PBacille typhique (p. 166).
Fixation du complément. — La réaction de fixation du complément pratiquée avec le sérum d’un animal immunisé contre le Bacille de Shiga est loujours positive, l’hémolyse ne se fait pas, loutefois non seulement avec ce microbe, mais aussi, régulièrement, avec les autres types des Bacilles dysentériques, Bacille de Flexner, Bacille de Hiss, Bacille de Strong, négative par contre avec le Bacille d’Eberth. Il existe donc, dans ce sérum, une sensibilisatrice commune pour tous les types de Bacilles de la dysenterie (3). Le même fait s’observe pour les sérums de malades atteints de dysenterie bacillaire, quel que soit le type de Bacille présent. Cette réaction ne peut donc pas servir pour différencier les types les uns des autres, et 1l faut reconnaître qu’elle plaide en faveur de leur unité d’origine.
(4) Dorrer, Loc. cit., p.230.
(2) Dorrer, Précipitines dans le sérum d'animaux vaccinés contre le Bacille dysentérique (Soc, de Biol., 15 juillet 4905).
(3) Dorrer, Sensibilisatrice spécifique dysentérique dans le sérum des animaux vaccinés et des malades (Ann. de l'Inst. Pasteur, XIX, 1905, p. 753).
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