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Fig. 27. — Bacille typhique dans Fig. 28. — Bacille typhique d’une culture sur les cultures. pomme de terre,

Dans de très jeunes cultures, les bâtonnets sont très courts, à peine plus longs que larges. Dans les cultures en bouillons phéniqués, la longueur n'excède guère la largeur; c’est presque une forme de coccus.

Les bâtonnets sont généralement très mobiles ; ils présentent un mouvement latéral d'oscillation etun mouvement rapide de déplacement longitudinal ; ils traversent souvent avec rapidité le champ du microscope. Les filaments ne présentent guère qu'une sorte de reptation. La motilité peut s’atténuer chez certains types, parfois même disparaître dans certaines conditions.

La motilité est due à la présence de cils vibratiles, longs et ondulés, de 6 à 8 x ou beaucoup plus, que les méthodes de coloration spéciales montrent exister au nombre de huit à quatorze, quelquefois plus, d’ordinaire dix ou douze, sur les côtés et aux extrémités des bâtonnets (fig. 29) (1), tantôt répartis uniformément sur toute la surface

Fig. 29. nee FL Li avec cils des bâtonnets, tantôt plus rare- TRE ment groupés en bouquets aux extrémités.

Gaffky, Chantemesse et Widal ont décrit une formation de spores dans des cultures sur pommes de terre laissées pendant quatre ou cinq jours à une température de 38° à 40°. Sphériques ou légèrement ovoïdes, elles se formeraient aux extrémités des bâtonnets (fig. 30). Il est prouvé aujourd’hui que ce sont des formes de dégénérescence qui

(1) Reuy et Succ, Recherches sur le Bacille d'Eberth-Gaffky (Travaux du laboratoire d'hygiène et de bactériologie de l'Université de Gand, 1893).

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n'ont rien de commun avec de vraies spores. Dans le cas particulier, elles sont dues à l'acidité du milieu ; il suffit d'user de pommes de terre alcalines pour ne plus observer cet aspect. De tels éléments ne montrent pas, du reste, de plus grande résistance à la chaleur.

. Coloration. — Le Bacille typhique, bien que se colorant par les procédés ordinaires, n'absorbe pas d'une façon très intense les couleurs

d’aniline. Pour l'avoir bien coloré, il ne faut pas ( laver à grande eau les préparations colorées, mais PRE enlever l'excès de colorant avec un morceau de a = Q - ” Ed

papier buvard. Les plus belles colorations s’ob- Vis 5 tiennent avec la fuchsine phéniquée de Ziehl. On % = — peut renforcer l’action du colorant par un léger RAT ET chauffage. = ee TRE

Il se décolore constamment et facilement par es # la méthode de Gram. 5

Cultures. — Le Bacille typhique se cultive Fig. 30. — Bacille typhiaisément sur tous les milieux habituels. Le dé- He LE Sn veloppement se fait bien à assez basse tempéra- ete et Widal).

ture ; d’après Seitz (1), il serait déjà sensible à 4°. L’optimum de température serait, d'après Chantemesse et Widal, entre 256 et 35°. La végétation ne s'arrête qu'à 46°.

Cette espèce est loin d'être exigeante au point de vue de l'oxygène ; c'est un anaérobie facultatif. On obtient des cultures dans le vide ou en l’absence d'oxygène ; elles sont toutefois peu abondantes et ne progressent que lentement.

La semence destinée à donner des cultures peutse prendre à l’autopsie dans un organe atteint ou sur le typhique vivant.

Dans le premier cas, il est à recommander de choisir la rate, où le microbe pathogène se trouve d'ordinaire en abondance et souvent seul quand le moment de la mort n'est pas trop éloigné. On ne peut que recommander de suivre à la lettre les indications données à ce sujet par Gaffky. L'organe, recueilli le plus tôt possible après la mort, est lavé à la surface avec une solution de sublimé à 1 p. 1000. Une première coupe est faite perpendiculairement à la surface avec un scalpel brûlant ; elle doit intéresser presque toute l'épaisseur de l'organe. A l’aide d’un autre scalpel refroidi, on fait, sur la coupe ainsi obtenue, une seconde section perpendiculaire à la première ; une troisième coupe, faite avec un nouvel instrument, meêt à découvert des couches plus profondes dans lesquelles on recueille, avec des fils de platine stérilisés, du suc destiné à être ensemencé.

Sur le vivant, la ponction de la rate est la seule méthode qui puisse fournir de quoi ensemencer assez sûrement des milieux. Bien que très préconisée par quelques-uns, c’est un procédé quin'’est à appliquer qu’avec prudence et minutie, parce qu'il peut n'être pas sans danger pour le malade. On trouvera tome I, page 315, la marche à suivre en pareil cas.

La matière d'ensemencement obtenue, on prépare des cultures sur les différents milieux par les méthodes habituelles.

Les cultures n’exhalent Jamais aucune odeur.

CULTURES SUR PLAQUES DE GÉLATINE. — Avec de la gélatine habituelle

(1) Serrz, Bakteriologische Studien zur Typhusaetiologie. Leipzig, 1886.

64 BACTÉRIACÉES, à 6 p. 100 au moins, les colonies apparaissent en vingt-quatre à quarantehuit heures, à une température d'environ 18°, comme de petils disques arrondis, transparents, de teinte légèrement jaunâtre à un faible grossissement, à bords nets, À un grossissement un peu plus fort, 40 diamètres par exemple, on leur reconnaît souvent des sillons bien marqués et assez réguliers, fragmentant la surface, de la périphérie vers le centre, en secteurs inégaux; cette particularité n’a rien de spécial; on la retrouve chez beaucoup d’autres espèces. Les colonies qui se trouvent dans les couches profondes de la gelée gardent ces caractères ; elles grossissent peu et ont une forme ronde ou ovalaire. Celles Fig. 31. — Aspect d’une co- Qui arrivent à la surface changent très vite lonie de Bacille typhique, d'aspect ; elles s’y étalent en petits amas irréobtenue du sang de la rate ouliers à bords sinueux ou découpés comme d'un typhique, en culture je Côtes d'uneile, minces, bleuâtres, irisés sur plaques après cinq jours =2 ) ; NE

(d'après une photographie). transparents, qu'on ne peut mieux décrire

60/1. qu'en les comparant à de petites montagnes

de glace surbaissées (fig. 31 et 32). Leur surface tourmentée rappelle assez bien la surface externe d’une coquille d'huître. La surface peut être comme vermiculée, semblable aux circonvolutions d’un intestin grêle réuni en paquet. D’autres fois, ces colonies sont plus épaisses, opaques, à bords moins sinueux ou même presque régulièrement circulaires.

La dimension des colonies varie; du troisième au cinquième jour, à une température de 15° environ, elles atteignent de 3 à 4 muilhmètres de diamètre; plus tard, les dimensions n’aug-.

mentent guère, les colonies restent stationnaires. La gélatine n’est jamais liquéfiée.

En usant de milieux dont la teneur en gélatine est beaucoup plus faible que Fig. 32. — Culture sur plaques de gélatine du celle sur est employée ha-

Bacille typhique. Colonie en forme demontagne bituellement, les résultats

de glace âgée de six jours (d'après une photo- que l'on obtient au point

graphie). 60/1. de vue de l’aspect des colonies sont notablement dif-

férents. Dans des gelées contenant 2,5 à 3,3 p. 100 de gélatine, en faisant les cultures à la température ordinaire, vers 15°, les colonies n’ont plus l'aspect qui vient d’être décrit, mais, comme l'ont montré Rosenthal (1)

(1) W. RosexraL, Beobachtungen über die Variabilität der Bakterienverbände und

BACILLUS TYPHOSUS. 65

et Klie (1), deviennent bosselées, perdent leur transparence et prennent unaspect filamenteux, puis émettent dans diverssens des prolongements plus ou moins ténus, souvent longs et sinueux, contournés, rappelant un peu l'aspect des colonies de Proteus. D'autres fois, la masse centrale s’entoure d’une simple auréole laiteuse. Ces phénomènes s'expliquent très bien par le peu de résistance que la gelée offre aux Bacilles mobiles, qui peuvent ainsi fuser dans divers sens. C’est la seule interprétation qu'on doive leur donner. Ce qui vient corroborer cette opinion, c'est qu'on obtient ces résultats d'autant plus marqués qu'on met les cultures à des températures plus élevées, c'est-à-dire qu'on rend la gelée moins consistante. On peut, du reste, remarquer des faits analogues avec des gelées plus fortes, même à 10 p. 100, en les exposant à une température voisine de leur point de liquéfaction; ils sont toujours dus au déplacement facile des éléments mobiles ; le microbe s'y comporte un peu comme dans un milieu liquide.

CULTURES SUR GÉLATINE. — En piqüre, dans un tube de gélatine, il se forme dans le canal de petites colonies d'un blanc jaunâtre, accolées les unes aux autres, età la surface une pellicule mince, transparente ou un peu opaque. à bords sinueux, rappelant l'aspect des colonies sur plaques, qui peut s'étendre jusqu'aux parois du tube, ou, plus souvent, reste localisée aux environs de la piqûre. Les couches supérieures de la gelée peuvent se colorer en brun; on voit parfois de petits amas de cristaux se former le long de la piqüre. En s{rie, les caractères sont encore moins constants. C’est tantôt une mince couche homogène, bleuâtre, presque transparente, un peu laiteuse, à reflets nacrés, à bords sinueux, ne s'étendant que peu de chaque côté de la strie d'inoculation; tantôt une culture d’un blanc sale, plus épaisse. Ces colonies se détachent facilement de la surface de la gelée ; lorsqu'on enlève complètement une culture, à l’aide d'une petite spatule de platine, et qu'on ensemence à la même place à nouveau, avec la même espèce microbienne, on n'observe plus aucun développement ; la gelée est comme vaccinée, disent Chantemesse et Widal. Les cultures sur gélatine ne dégagent aucune odeur et la gelée n’est jamais liquéfiée.

CULTURES SUR GÉLATINE A LA DÉCOCTION DE MALT. — La culture est peu abondante; ce n’est le plus souvent qu'un mince trait: blanchâtre sur la strie d’inoculation.

CULTURES SUR GÉLOSE. — Sur gélose, et surtout sur gélose glycérinée, la végétation est beaucoup plus abondante; on obtient au bout de quelques jours, vers 37°, une culture blanche, homogène, d'aspect crémeux, parfois un peu nacrée.

CULTURES SUR SÉRUM. — Sur sérum coagulé, il se forme sur la strie une bande blanche à reflets d'un gris un peu bleuâtre s'étendant peu de chaque côté.

CULTURES SUR POMME DE TERRE. — Les cultures sur pomme de terre sont souvent plus caractéristiques. Elles doivent être, pour celteraison, un complément indispensable de toute recherche du Bacille typhique.

der Colonieformen unter verschiedenen physikalischen Bedingungen (Deulsches Arch. für klin. Med., LV, 1895).

(1) Ki, Untersuchungen dos Wachstums von Bacillus typhi abdominalis und Bacillus coli communis in Nährbôden mit verschiedenen Procentgehalt an Gelatine bei verschiedenen Temperaturen (Centralbl. für Bakt., XX, 1896, p. 49).

Macé, — Bactériologie, 6° édit. II. — 5

66 BACTÉRIACÉES.

L'inoculation peut s’y faire en strie ou en étendant sur la surface de læ tranche la matière d'inoculation à l’aide du plat d’un scalpel stérilisé ou d’une petite spatule de platine. Au bout d’un à deux jours, à l’éluve, il ne s’est pas produit de cullure apparente; la surface de la pomme de terre, vue de côté, paraît humide, brillante, comme vernissée. En raclant la couche supérieure, on enlève une sorte de glaire muqueues englobant des parcelles du tubercule, qui, examinée au microscope, laisse voir une quantité de Bactéries. Après un temps, plus long, il se forme une mince couche un peu jaunâtre, parfois difficile à voir; on peut même observer une sorte de glaçure légèrement proéminente. Gaffky donne aussi comme caractéristique la sensation spéciale qu'offre au toucher la surface de la pomme de terre qui ne montre pas de culture apparente ; elle se comporte sous le doigt comme si elle était recouverte d'une membrane assez résistante, parcheminée. Les caractères de ces cultures sur pomme de lerre sont loin d’être aussi constants qu'on l’a voulu pendant longtemps; ils peuvent varier suivant la nature et la réaction de la pomme de terre; les meilleures sont celles dites grasses. Fréquemment, au bout de quelques jours la culture devient nettement visible, prend une teinte bistre et une épaisseur plus grande. J'ai signalé ce fait depuis longtemps; on l’observe aussi bien avec du Bacille retiré de la rate de typhiques qu'avec celui isolé de milieux naturels. Vaillard pense que ces colonies colorées viennent d’un Bacille typhique qui a souffert, provenant par exemple de typhiques dont la maladie a été longue. Büchner dit qu'on oblient toujours cette forme de culture avec les pommes de terre rendues alcalines par trempage dans une eau additionnée d’un peu de carbonate de soude; les pommes de terre naturellement alcalines donnent le même résultat.

Sur ce milieu, les Bacilles sont un peu plus larges et donnent facilement des filaments (fig. 28, p. 62). On observe aussi souvent des éléments à vacuoles dont il a été parlé précédemment.

CULTURES DANS LE BOUILLON. — Dansle bouillon, le développement est rapide de 30° à 35°; en un jour, et parfois moins, le liquide est complé-. tement troublé. En agitant le tube et en regardant par transparence, on voit se former dans le liquide des ondulations qui lui donnent un aspect moiré bien évident. Il se dépose un sédiment blanc, léger, et quelquefois des flocons d'un blanc noirâtre. Il ne se forme jamais de voile. Le liquide brunit un peu et ne s'éclaircil qu'après un temps assez long.

Dans le bouillon glucosé à 2 p. 100, on peut observer une minimefermentation décelée par la production de quelques fines de bulles gaz; le glucose est un peu attaqué et donne une petite quantité d’acide lactique (Dubief) (Voy. p. 70).

Dans le bouillon lactosé à 2 p. 100, additionné d'un peu de craie, il n'y a pas de fermentation de la matière sucrée; les bulles de gaz font toujours défaut. Malvoz dit cependant avoir observé plusieurs fois la production de très fines bulles de gaz, indiquant l'existence d’une fermentation lactique. Tous les autres expérimentateurs affirment le contraire : ce dernier aurait peut-être employé du sucre de lait contenant un peu glucose; certains sucres de lait donnent facilement un peu de glucose lorsqu'on les chauffe à 1002 et plus.

Dans le bouillon saccharosé à 2 p. 100, il ne se produit aucune modification spéciale.

BACILLUS TYPHOSUS. 67

CULTURES DANS LE LAIT. — Le lait est un très bon terrain de culture pour le Bacille typhique; il ÿ pullule abondamment à une température convenable, sans apporter aucun changement visible au milieu. Le lait n’est pas coagulé, même après plusieurs mois; il y aurait cependant production de traces d'acide lactique, d’après Dubief (1).

Dansle lacto-sérum artificiel de Bordas et Joulin (t. I, p.228), la culture se fait très bien; le liquide se trouble uniformément, mais on n'observe aucun indice de coagulation.

CULTURES SUR ARTICHAUT. — Sur les artichauts préparés comme il aété dit tomel, page 252, le Bacille lyphique ne donne pasde culture apparente et surtout ne modifie en rien la nuance du milieu ; il ne donne jamais la coloration verte qui s’observe si souvent très marquée avec la plupart des types de Colibacilles. C’est un très bon élément de diagnostic.

CULTURES DANS LES MILIEUX COLORÉS. — Lorsqu'on cultive cette espèce sur des milieux colorés avec des couleurs d’aniline, on voit le développement se faire comme sur ces milieux simples et la culture se colorer peu à peu en absorbant la couleur du milieu, qui se décolore partiellement ou en totalité.

D'Abundo (2) remarqua le premier qu'une culture faite dans un bouillon teinté avec un peu de fuchsine, de bleu de méthylène ou de brun de Bismarck, décolorait le liquide en peu de jours et que les microbes prenaient la matière colorante.

Noeggerath (3) a cherché à appliquer cette particularité au diagnostic du Bacille typhique et surtout à sa distinction d'espèces morphologiquement très voisines qui se rencontrent fréquemment dans les milieux où l’on recherche ce microbe, le Colibacille particulièrement. Il préconise le mélange colorant dont la composition a été donnée tomelT, page 309.

On ajoute de sept à dix gouttes de ce liquide à un tube contenant une dizaine de centimètres cubes de gélatine fondue; on coule cette gélatine sur plaques ou en larges tubes que l’on incline, et l’on fait à sa surface, lorsqu'elle est solidifiée, des ensemencements en strie. La culture, en se développant, fixe la couleur qu'elle prend à la gelée ambiante qu’elle décolore. Les cultures du Bacille typhique, dans ces conditions, doivent prendre une teinte violet-évêque.

D'après Gasser (4), ce procédé donnerait des résultats incertains. Il est de beaucoup préférable, selon lui, d'user de gélose fuchsinée (gélose ordinaireadditionnée avantstérilisation de quelquesgouttes de fuchsine), à la surface de laquelle on fait des ensemencements en strie. Dans de telles préparations, à 39°, au bout de vingt-quatre heures la culture est déjà très apparente et la gélose commence à se décolorer autour d'elle. En deux jours, la culture a pris une teinte rouge bien accentuée, en même temps que la coloration gagne du terrain. Six ou huit Jours après, toute la gélose est décolorée, la culture est fortement colorée.

(1) Dusrer, Sur la biologie comparée du Bacille typhique et du Bacillus coli communis (Soc. de Biol., 17 octobre 1891, p. 675).

(2) D'Asunpo, La Riforma medica, décembre 1887. (3) NorcGeraTx, Ueber eine neue Methode der Bakterienzüchtung auf gefärbten Nährmedien zu diagnostischen Zwecken (Fortschr. der Med., VI, 1888, p. 1).

(4) Gasser, Études bactériologiques sur l’étiologie de la fièvre typhoïde. Thèse de Paris, 1899 ; et : Culture du Bacille typhique sur milieux nutritifs colorés (Arch. de méd. expér., II, 1890, p. 750).

Malheureusement, les résultats ne sont pas toujours bien constants; la nature, très variable, de la fuchsine employée est pour beaucoup dans ces différences.

Sur la gélose ou la gélaline lactosées à 2 p. 100 et Zournesolées, le Bacille typhique se développe sans modifier la coloration de la surface du milieu, parce qu'il n'occasionne pas de fermentation lactique du sucre de lait. C’est un excellent moyen de distinguer ce microbe d'espèces voisines, surtout du Colibacille qui, produisant rapidement de l'acide lactique dans ces conditions, fait virer la teinte au rouge (Würtz) (1). On observe les mêmes phénomènes avec le bouillon lactosé, additionné de quelques gouttes de teinture bleue de tournesol.

Sur milieude Drigalski-Conradr, le Bacille typhique donne des colonies bleues, arrondies, translucides, avec une teinte vert bleuâtre de la plaque (Voy. p. 124).

La phénolphtaléine et la rubine acide de Ramond (Voy. p. 147) donneraient de meilleurs résultats.

Dans les milieux additionnés de rouge neutre, le Bacille typhique ne modifie pas la teinte rouge-rubis, que le Colibacille, au contraire, modifie profondément par réduction et fait passer au jaune verdâtre fluorescent (2) (Voy. p. 175).

Ces caractères de culture en milieux colorés divers sont parfois d’un grand secours pour la diagnose du Bacille typhique et d'autres espèces voisines. Il en est qui sont en particulier d’une très grande utilité pour la différenciation avec le Colibacille; ils seront étudiés en détails plus loin (p. 146) et à propos de ce dernier microbe (p. 174).

CULTURES DANS LES MILIEUX CHIMIQUEMENT DÉFINIS. — Les milieux minéraux ne paraissent pas être des milieux de culture bien favorables pour le Bacille typhique. Les liquides de Cohn et de Naegeli, exclusivement minéraux, ne montrent pour ainsi dire pas de développement. L'addition de glucose rend la végétation possible; il en est de même en ajoutant certains corps amidés, asparagine, leucine, urée (3), comme dans les milieux cités tome I, page 227. Le trouble est plus ou moins abondant suivant le cas.

CULTURES DANS LES MILIEUX MÉTALLIQUES. — Orlowski (4) a observé quele Bacille typhique et les espèces voisines pouvaient se comporter d’une facon différente sur les milieux additionnés de certains sels métalliques.

Dans la gélatine additionnée de 4 à 5 p. 100 de tartrate double de fer et de potasse et dans la gélose additionnée de 3,5 p. 100 de sous-acétate de plomb, le Bacille typhique détermine une coloration noire du milieu; le Colibacille ne la produit pas; le Bacille paratyphique B agit tout à fait comme le Bacille typhique, le Bacille paratyphique À comme le Colibacille.

(4) Wurrz, Note sur deux caractères différentiels entre le Bacille d'Eberth et le Bacterium coli commune (Arch. de méd. expér., IV, 1892, p. 85).

(2) RorxeerGEr, Differentialdiagnostische Untersuchungen mit gefärbten Nährbôden (Centralbl. für Bakt., XXIV, 1898, p. 513, et XXV, 1899, p. 15 et 69).

(3) Remy et Sue, Recherches sur le Bacille d'Eberth-Gaffky. Du diagnostic du Bacille d'Eberth-Gaffky et des caractères qui le distinguent des microorganismes pseudo-typhiques (Travaux du laboratoire d'hyg. et de bactér. de l'Université de Gand, I, 1893).

(4) OrRLowskr, Beitrag zur Kenntniss der biologischen und pathogenen Eigenschaften des Bacterium coli commune. Thèse de Saint-Pétersbourg, 1897.

BACILLUS TYPHOSUS. 69

Sur gélose contenant 1,5 p. 100 de nitroprussiate de soude, le Bacille & typhique ne modifie pas l'aspect du milieu; le Colibacille y développe une coloration verte en deux à quatre jours ; de même le Bacille paratyphique B,tandis quele Bacille paratyphique À ne verditque beaucoup plus tardivement ou même pas du tout.

CULTURES EN MILIEUX VACCINÉS. — Après avoir enlevé, avec un fil de platine recourbé, toute une culture de Bacille typhique qui s’est développée sur un tube incliné de gélatine ou de gélose, si l’on vient à ensemencer cette surface avec du Bacille typhique, aucune nouvelle culture ne se produira sur un tel milieu vacciné par le développement antérieur. Le Colibacille et d’autres espèces voisines poussent au contraire bien dans les mêmes conditions. C’est un caractère très utilisable pour la diagnose. Il en est de même du réensemencement dans du bouillon de culture filtré à la bougie; Emery (1) propose d’en user comme de moyen de différenciation.

Freudenreich (2), dans un intéressant travail, a étudié la façon dont le Bacille typhique se comporte lorsqu'on l’ensemence dans des bouillons de cultures d’autres Bactéries, filtrés sur bougie Chamberland pour les débarrasser de tout microbe. Il a observé qu'il ne se développe pas du tout dans les bouillons des Staphulococcus pyogenes albus, Staphylococcus pyogenes fœtidus, Bacillus pyocyaneus, Bacillus phosphorescens. Il pousse très faiblement dans les bouillons où ont vécu les Staphylococcus pyogenes aureus, Bacille du choléra des poules, Pneumobacille de Friedlaender, Spirille de Miller, le Bacille typhique luimême ; faiblement dans ceux du Spirille du choléra et du Spirille de Denecke. 1 végète normalement dans le bouillon du Spirillede Finckler.

CULTURES DANS D'AUTRES MILIEUX. — L’urine stérilisée, la bouillie de viande stérilisée donnent de bons résultats pour les cultures, sans toutefois montrer aucun caractère spécial ; les cultures sur viande ne développent pas d’odeur.

PROPRIÉTÉS BIOLOGIQUES

Vitalité. — Dans les conditions ordinaires, le Bacrlle fyphique paraît assez résistant. Il pourrait rester vivant assez longtemps dans le milieu extérieur, l’eau et le sol surtout, comme il sera dit plus loin. Il résiste longtemps à la congélation de l’eau dans laquelle il se trouve; les alternatives de congélation et de liquéfaction le font vite périr ; le fait est peut-être dû à une végétation qui se produit dans les périodes de dégel.

L'action d’autres conditions de milieu sur la vitalité sera étudiée plus loin (p. 76).

Virulence.— Elle est incontestable. Les produits typhiques recueillis dans la rate des cadavres ou sur les malades de fièvre typhoïde ne peuvent être utilisés à ce point de vue que s'ils sont suffisamment purs. Dans ce cas, ils ne sont que peu virulents pour les animaux d'expérience. En inoculation sous-cutanée, ils se montrent très peu actifs; ils sont

(1) Euery, Soc. de Biol., 1901, n° 35, p. 979. (2) Freupenreicu, De l’antagonisme des Bactéries et de l’immunité qu'il confère aux milieux de culture (Ann. de l'Inst. Pasteur, II, 1888, p. 200).

plus virulents en inoculation intrapéritonéale. Les cultures des laboraioires deviennent très facilement inoffensives. Il est cependant possible d’exalter cette virulence, lorsqu'elle existe. Cette question sera étudiée avec détails en parlant de l’inoculation expérimentale (p. 80).

Produits formés dans les cultures. — Les modifications que le Bacille typhique peut faire subir aux divers milieux de cultures dans lequels il croit sont en général peu marquées. Ce microbe ne paraît pas produire de diastases bien actives: comme conséquence, la transformation des divers principes nutritifsest minime ou nes'opère pas.

Action sur les sucres. — D'une façon générale, les sucres sont peu attaqués. Le pouvoir fermentatif que possède à leur égard le Bacille typhique varieavecleurnature. Onpeutle mettreen évidence en cultivant lemicrobe dans des tubesde bouillon additionné d'une petite quantité, 1 à 2 p.100, du sucre choisi, auquel on a ajouté, avant la stérilisation des tubes, une petite quantité de carbonate de chaux en poudre. La fermentation du sucre produit de l'acide qui agit sur le carbonate de chaux, en dégage de l'acide carbonique sous forme de petites bulles plus ou moins abondantes. d

Le glucose entre nettement en fermentation, comme le montrent les recherches de Dubief (1) et de Péré (2) principalement. Il se dégage de petites bulles gazeuses qui sont de l'acide carbonique et il se forme de l'acide lactique lévogyre ou de l'acide lactique inactif.

Le saccharose n'est pas attaqué.

Le lactose ne subit aucun changement. Certains auteurs prétendent qu'il se forme à ses dépens un peu d'acide lactique, mais il semble que ce soit à tort ; il est probable que souvent, dans la stérilisation à la chaleur, un peu de lactose se transforme en glucose.

D'après Cappaldi et Proskauer (3), la mannite pourrait fermenter et donner de l'acide lactique dans les milieux où elle se trouve avec une substance azotée assimilable par le microbe, comme la peptone de Witte, et pas dans ceux qui ne renferment qu'une substance azotée inutilisable pour lui, comme l'asparagine.

Meillère (4) dit que l’inosite est attaquée, si l'on a soin d'aérer largement les cultures. à

Pour Hellstrom (5), tous les monosaccharides, glucose, galactose et fructose, seraient attaqués directement ; les disaccharides, saccharose, lactose et maltose, seraient transformés également, mais seulement après leur inversion, qui pourrait être lente à s'opérer el ne se faire que dans certaines conditions, en milieu acide pour le lactose par exemple.

Action sur les matières azotées. — Les matières albuminoïdes ne paraissent pas subir detransformation appréciable; la gélatine n'est

(1) Dumer, Bäcille typhique et Bacillus coli communis ; biologie comparée {Soc. de Biol., 1891, p. 675).

(2) PÉ£RÉ, Contribution à la biologie du Bacterium coli commune et du Bacille typhique (Ann. de l’Inst. Pasteur, VI, 1892, p. 512).

(3) Cappaznr et ProskauEr, Beiträge zur Kenntniss der Saürebildung bei Typhusbacillus und Bacillus coli (Zeilschr. für Hygiene, XXIII, 1896, p. 452).

(4) Merère, Action de quelques Bacilles sur l'inosite. Différenciation du Coli et de l'Eberth (Soc. de Biol., 15 juin 1997).

(5) Herrsrrou, Ueber die Reactionsveranderungen und Vitalitätsverhaltnisse des Bacillus typhi abdominalis und Bacterium coli commune in Bouillon mit einigen mono und disacchariden. Helsingfors, 1897.

BACILLUS TYPHOSUS. 71

pas modifiée, ce qui indique l'absence de production de ferments spéciaux, pepsine et trypsine surtout.

L'urée n'est pas attaquée, comme l'ont observé Gorini (1) et Kashida (2).

Hugounencq et Doyon (3) ont montré que le Bacille typhique pouvait déterminer la fermentation des nitrates avec dégagement d'azote gazeux. En renversant sur la cuve à mercure un tube plein de bouillon additionné de 1,5 p. 100 de nitrate de potasse, ensemencé avec le microbe, on peut oblenir en peu de temps plusieurs centimètres cubes d'azote. C’est donc un microbe nettement dénitrifiant, comme le Colibacille, du reste, qui présente la même propriété. Grimbert (4) a observé que le dégagement d'azote ne se faisait pas lorsqu'on employait une solution de peptone à 1 p. 100 additionnée de nitrate de potasse à 1 p. 100; de plus, dans le bouillon nitraté, le volume d'azote dégagé est au moins le double de celui qui correspond à l'azotate détruit ; ce qui démontre que l'azote dégagé ne provient pas exclusivement des nitrates. Cette action dénitrifiante serait corrélalive de la présence de substances amidées ; elle semble résulter de l’action secondaire exercée sur ces substances par l'acide nitreux provenant de l'attaque du nitrate par le microbe. D'après ce dernier auteur, ce dégagement d'azote s'observe tout aussi bien, eLmême d'une façon plus intense, avec les nitrites.

D’après Morris (t.1I, p. 335) et Orlowski (5), on pourrait constater dans les cultures une production rapide d'hydrogène sulfuré, fait nié par d’autres auteurs.

Les cultures, même très âgées, ne donnent jamais la réaction de l'indol; c'est Ià un caractère important pour la diagnose.

On n'y constate pas de production de phénol ou de scatol.

Elles ne développent jamais d’'odeur et ne montrent pas d'autre formation de pigment que cette teinte brunâtre qui se produit quelquefois dans des cultures sur gélatine.

Produits toxiques. — Les produits de beaucoup les plus intéressants de ceux qui se forment dans les cultures sont ceux qui sont doués d’une certaine activité sur l'organisme et peuvent jouer un rôle dans l'infection typhique. Il existe bien certainement un poison typhique qui doit se rapprocher par sa nature des poisons télanique et diphtérique ; on ne peut encore aujourd'hui qu'en soupconner l'existence.

Brieger (6) a extrait de vieilles cultures de Bacille typhique une pto-

(1) Gorixr, Sopra un nuovo criterio diagnostico del Bacillo del Tifo (Giorn, della Real. Soc. ital. d'Igiene, 1894, n° 7).

(2) KasminA, Differenzierung der Typhusbacillen vom Bacterium coli commune durch die Ammoniakreaktion (Centralbl. für Bakt., XXI, 1897, p. 802).

(3) Hucouxexce et Doyox, Nouvelle fonction chimique commune au Bacillus coli et au Bacille d'Eberth (Soc. de Biol., 20 février 1897). — In., Action du Bacille d'Eberth sur les nitrates (Jbid., 11 juin 1898).

(4) GrimBert, A propos de l'action du B. d'Eberth et du B. coli sur les nitrates {Soc. de Biol., 18 juin 1898). — In., Action du B. coli et du B. d'Eberth sur les nitrates (Zbid., 10 décembre 1898). — Iv., Action du B. coli et du B. d'Eberth sur les nitrates (Ann. de l'Inst. Pasteur, XII, 1899, p. 67).

(5) OnLowskr, Beitrag zur Kenntniss der biologischen und pathogenen Eigenschaften des Bacterium coli commune (Centralbl. für Bakt., XXII, 1897, p. 134).

(6) BrwGer, Weitere Untersuchungen über Ptomaïne, Berlin, 1885. Traduit in

BrirGer, Microbes, ptomaïnes et maladies (traduction par Roussx et Winter. Paris Doin, 1887).

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maïne, n'existant qu'en proportion très faible dans les milieux, qui lui a paru posséder une action toxique très marquée. Il l'a appelée typholoxine et lui a attribué la formule : CTH!7AzO?. Les principaux symptômes déterminés chez les cobayes par son inoculation à doses minimes étaient une faiblesse excessive, une diminution progressive de la respiration et des battements du cœur, une diarrhée séreuse très abondante : la mort survient de douze à quarante-huit heures. Luff (1) dit avoir pu isoler cette même substance et déterminer ses caractères. D’après lui, cette typhotoxine pure est une poudre blanche cristalline. Son chlorhydrate, en solution, précipite en blanc par l’acide phosphomolybdique, en jaune avec l’acide picrique et le chlorure d’or, en brun foncé avec une solution d'iode, en jaune foncé avec le tannin ; il ne se produit pas de réaction avec l'acide phospho-tungstique. Des recherches nouvelles paraissent prouver que cette typhotoxine, comme d’autres ptomaïnes de Brieger, ne préexistent pas telles quelles dans le produit sur lequel on opère, mais proviennent de décompositions secondaires de matières albuminoïdes existant dans ce produit, peptonesoualbumines microbiennes.

Brieger et Fraenkel (2) ont plus tard isolé une toxalbumine des bouillons de cultures. Ces bouillons, concentrés au tiers dans le vide à 30°, sont traités par dix fois leur volume d’alcool à 95° et quelques gouttes d'acide acétique. Le précipité produit est dissous dans l’eau ; on ajoute du sulfate d’° ammoniaque à saturation et l'on soumet à la dialyse. La partie dialysée s’est montrée sans action sur les animaux; celle restée dans le dialyseur donne les réactions des matières albuminoïdes et possède un pouvoir toxique assez faible pour les cobayes, plus marqué pour les lapins, qui meurent en quelques jours.

C'est tout ce qu'on sait actuellement sur la nature exacte du poison typhique.

L'extraction de principes actifs définis n’a donné que des résultats très incomplets, en raison certainement des grandes difficultés en présence desquelles on se trouve pour les obtenir.

Les recherches ultérieures ont porté sur des produits complexes, filrats de cultures ou extraits de corps microbiens, produits que l’on désigne d'ordinaire sous le nom très général de toxine typhique. Les uns sont obtenus par la diffusion dans les milieux de culture de produits fabriqués par le microbe pendant sa vie, toxines diffusibles si l’on veut. Les autres sont unis aux corps microbiens qui les retiennent énergiquement, appartiennent aux produits désignés par Pfeiffer sous le nom d’endotoxines, ne pouvant être mis en liberté que par la désagrégation complète des corps microbiens, par conséquent la mort des éléments. Malgré d'intéressants travaux sur ce sujet, il reste encore beaucoup d'obscurité. D'ordinaire, la production de produits toxiques diffusibles par le Bacille typhique est peu marquée. Les bouillons ordinaires, filtrés sur bougie, constituant ainsi la /oxine typhique, sont très peu toxiques pour les animaux d'expérience. On arrive cependant à obtenir des produits de toxicité plus grande en usant de milieux de cultures spéciaux et surtout en ensemençant avec un Bacille le plus virulent pos-

(1) Lurr, British med. Journ., 27 juillet 1889. (2) BrieGer et FRrAENKEL, Untersuchungen über Bacteriengifte (Berlin. klin. Wohenschr., 1890).

LE

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