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sible, à virulence exaltée ; il y a, en effet, un rapport certain entre la virulence du microbe el la toxicité du produit obtenu.
Méthode de Sanarelli, — Sanarelli (1) obtient une toxine assez active en opérant de la façon suivante : Il ensemence du bouillon glycériné à 2 p. 100 avec quelques gouttes de l’exsudat péritonéal d'un cobaye qui a succombé à l’inoculation d'un virus très actif, exalté par des passages successifs dans le péritoine de cobayes, comme il sera indiqué plus loin (p. 81). Les ballons de culture sont placés à 37° pendant un mois, stérilisés à l’autoclave et laissés en repos pendant huit mois à la température de la chambre ; puis ils sont hermétiquement clos et mis à macérer pendant quelques jours à 60°. Le liquide clair est soigneusement décanté pour le séparer du dépôt formé des Bacilles morts. Il contient évidemment à la fois les produits diffusibles formés par les microbes pendant leur vie et des produits adhérents aux corps microbiens, des endotoxines, que la macération sur les microbes morts a pu extraire. Ce qui le prouve bien, c’est que la toxicité augmente avec la durée du contact du liquide avec les microbes. Cette toxine est assez aclive sur le cobaye, qu'elle tue en injection sous-cutanée à la dose de 2 à3centimètres cubes par 100 grammes du poids du corps; le lapin et la souris blanche sont moins sensibles. Les effets qu’elle détermine chez le cobaye seront exposés plus loin (p. 85).
Méthode de Chantemesse. — Chantemesse (2) obtient une toxine brute plus active que celle de Sanarelli en cultivant un Bacille très virulent dans des liquides contenant de la peptone de rate.
Il se sert d'un Bacille à virulence exaltée par de nombreux passages sur l'animal. Il le cullivait au début dans une macération à froid de rate et de moelle osseuse, additionnée d'un peu de sang humain défibriné. En trente-six heures le Bacille donne un voile sur ce milieu; vers le quatrième ou cinquième jour, la production de toxine est à son maximum ; elle diminue ensuite, puis cesse complètement vers le quinzième jour.
Il obtient d'aussi bons résultats avec un bouillon préparé en faisant digérer une rate, dans de l’eau acidulée à l'acide chlorhydrique, par la pepsine d'un estomac de porc, neutralisant et stérilisant. Le liquide est disposé dans des vases à large surface, en contact avec beaucoup d'air, puis ensemencé avec un Bacille très virulent, sortant du corps d'un animal, Après six jours, la sécrétion de toxine est à son maximum, on peut filtrer; elle diminue ensuite. On chauffe à 55° et on centrifuge. Par décantation, on obtient la toxine.
Cette toximetue en douze à vingt-quatreheureslecobaye de 500grammes à la dose de 6 centimètres cubes en injection intrapérilonéale. Elle est facilement altérable; elle ne peut se conserver qu'en tubes scellés bien remplis et placés à l'abri de la lumière; un chauffage à 58° pendant une heure ne modifie pas l'activité du liquide, mais une température de 100° maintenue quelques minutes l’affaiblit beaucoup. Ce caractère de fragilité la distingue de celle de Sanarelli, plus complexe en raison de
(1) Saxarezur, Études sur la fièvre typhoïde expérimentale, 2° mémoire (Ann. de l’Inst. Pasteur, VIII, 1894, p. 193).
(2) CHANTEMESSE, Sur la toxine typhoïde soluble (Soc. de Biol., 23 et 30 janvier 1897). — Toxine typhoïde soluble et sérum antitoxique de la fièvre typhoïde (Congrès d'hygiène de Madrid, 1898).
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la longue macération des corps bacillaires. L'acidification par l'acide tartrique fait disparaître complètement l'activité qui reparaît, mais en partie seulement, par neutralisation à la soude. Le noir animal retient très énergiquement la substance active.
Méthode de Conradi. — Conradi (1) fait macérer, à 37° pendant vingtquatre à quarante-huit heures, dans un peu de solution physiologique stérilisée, du produit de raclage de cultures sur gélose âgées de vingt heures; il se produit une certaine autolyse. Il décante la couche supérieure, l'additionne de cinq fois son volume de solution physiologique et filtre sur bougie Berkefeld. Le filtrat est évaporé à 35° jusqu'au cinquantième de son volume. La dose de G‘°,2 lue, en vingt-quatre heures par injection intrapéritonéale, un cobaye de 300 grammes.
Méthode de Moreschi. — Moreschi (2) cultive un Bacille virulent dans le bouillon suivant : Il fait macérer pendant un jour, à la température ordinaire, dans 1 litre d'eau, 1 kilogramme de viande de cheval et 1 kilogramme de rate de bœuf hachée, fait bouillir, décante et filtre; ajoute : peptone de Witte 2 p. 100, plasmon 1 p.100, sel 0,5 p. 100, sang de bœuf 8 p. 100; chauffe à l’autoclave à 120° pendant vingt minutes, alcalinise avec une solution de soude à 0,15 p. 100, et chauffe de nouveau vingt minutes à 120°, puis filtre et répartit en ballons qui sont de même stérilisés.
Le Bacille se développe très bien dans ce milieu; dans les premières cultures, il le trouble comme le bouillon ordinaire; après plusieurs passages, il y forme un voile d'abord mince, puis de plus en plus épais et blanchâtre, alors que le liquide reste clair. Le voile atteint son maximum au cinquième ou sixième jour, reste stationnaire et tombe du huitième au dixième jour. Il ne faut se servir que d'un Bacille entrainé pour bien donner cette culture en voile, et dont on s’est assuré du pouvoir toxique sur le cobaye ; tous ne sont en effet pas toxigènes. Pour préparer une toxine active, on prend des cultures âgées de cinq jours et on les filtre sur bougie; le produit tue le cobaye de 250 grammes, à la dose de ûcc,2 en injection intrapéritonéale.
Méthode de Macfadyen et Rowland. — Macfadyen et Rowland (3) obtiennent une sorte de suc microbien en broyant pendant deux heures, dans une atmosphère d'air liquide, des corps microbiens congelés à — 90°; on dilue dans un peu de solution physiologique, puis centrifuge. On sépare un liquide opalescent, ne contenant pas un seul Bacille vivant, que l’on dilue à 10 p. 100 dans de la solution physiologique. La dilution tue un cobaye en quarante heures à la dose de 0cc,02 en injection intrapéritonéale.
Méthode de Balthazard. — Balthazard (4) ensemence en grande surface sur gélose un Bacille à virulence très exaltée par cultures en sac de collodion dans le péritoine de cobayes. Les cultures sontraclées après quarante-huit heures à l'étuve, puis délayées dans un peu de solution
(1) Coxranr, Ueber lüsliche, durch aseptische Autolyse erhaltene Giftshoffe von Rubhr und Typhusbacillen (Deutsche med. Wochenschr., 1903, ne 2, p. 26).
(2) Morescui, Sulla produzione di una tossina tifica solubile (Archivio per le scienze mediche, XXIX, 1905, no 19).
(3) Macranyen et RowLaxp, Upon the intracellular constituents of the typhoidbacillus (Centralbl. für Bakt., 1te Abth., Orig., XXXIV, 1903).
(4) Barraazanp, Toxine et antitoxine typhiques. Thèse de Paris, 1903.
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physiologique, centrifugées; de nouveau additionnées d'un peu de la même solution et centrifugées. Le dépôt, ainsi lavé, est délayé dans une solution d’urée à 2 p. 100 ou de chlorhydrate d'ammoniaque à 1 p. 100; les Bacilles y gonflent, éclatent et laissent diffuser leurs produits. L'émulsion est répartie en tubes scellés que l'on soumet chaque jour, pendant huit jours, à une congélation de — 21°, à l’aide de chlorure de méthyle, pendant deux heures, et le reste du temps à une chaleur de 58°. On centrifuge ensuite pendant vingt-quatre heures. On obtient un liquide clair et incolore, qui, én injection sous-cutanée, tue un cobaye de 500 grammes à la dose de 2 centimètres cubes, un lapin de 2 kilogrammes à la dose de 3 centimètres cubes.
Méthode de Besredka. — Besredka (1) prépare ce qu'il appelle endodoæine typhique, de la façon suivante : le produit de cultures sur gélose, âgées de seize à dix-huit heures, est délayé dans de la solution physiologique, chauffé à 60° pendant une heure, puis desséché dans le vide. On mélange un poids de ces microbes secs avec du chlorure de sodium en proportion de 08,30 à 08,45 par gramme de microbes, puis triture dans un mortier en agate jusqu’à ce que l’on obtienne une poudre impalpable, ce qui demande environ une heure. On ajoute alors goutte à goutte 1 à 2 centimètres cubes d'eau distillée en continuant de triturer, puis de l’eau distillée jusqu'à obtention de la teneur de la solution physiologique. On laisse déposer jusqu'au lendemain. Le mélange est alors chauffé pendant deux heures au bain-marie à 600-62° et laissé en repos une dizaine d'heures; le liquide, nettement opalescent, est décanté. En partant de 1 gramme de Bacilles secs, 0s',30 de chlorure de sodium et 30 centimètres cubes d'eau, on obtient un liquide qui, à la dose de 1 centimètre cube, tue le cobaye en trois heures en injection intrapéritonéale.
Cette endotoxine résiste bien à la chaleur. Elle devient tout à fait limpide par un chauffage d’une heure à deux à 60°, très vite à 100°, mieux encore à 127°; la toxicité est alors plutôt accrue que diminuée.
On se rend facilement compte que la formation de produits toxiques par le Bacille d'Eberth, dans les milieux de culture, est plutôt peu marquée, et que l’activité des produits obtenus est loin d'être aussi grande qu'avec le Bacille du télanos et même le Bacille de la diphtérie. Les substances actives paraissent être plutôt adhérentes aux corps bacillaires, être plutôt de la nature des endotoxines vraies ; il y a, entre elles, une distinction à faire, qui est encore peu nettement établie Loutefois, la plupart des toxines obtenues par les méthodes précédentes pouvant contenir à la fois des produits diffusibles et des endotoxines.
D'après Rodet (2), cependant, les corps bacillaires, tués par la chaleur, ne seraient presque pas toxiques. De plus, les effets qu'ils déterminent sont différents de ceux occasionnés par les produits solubles des bouillons de culture; ils sont nettement pyogènes, alors que les produits solubles sont pyrétogènes, vaso-dilatateurs et phlogogènes.
E. et P. Lévy (3) ont signalé la présence dans les cultures d’une hémo-
(1) Besrenxa, Des endotoxines solubles, typhique, pesteuse et dysentérique {Ann. de l’Inst. Pasteur, XX, 1906, p. 304).
(2) Roper, Sur les propriétés toxiques des B. d'Eberth et coli ; toxicité comparée des produits solubles et des corps bacillaires. — In., Sur les propriétés favorisantes des produits solubles du B. d'Eberth et du B. coli (Soc. de Biol., 9 juillet 1898).
(3) E. et P. Lévy, Ueber das Haemolysin des Typhusbacillus (Centralbl. für Bakl., 1te Abth., XXX, 1901, p. 405).
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lysine soluble, qui se forme au mieux dâns les bouillons très faiblement alcalins. Elle est surtout active contre les globules rouges de chien et paraît nettement thermolabile.
Il est facile de se rendre compte que, dans les milieux de cultures, le Bacille lyphique ne produit que lentement de très pelites quantités de substances toxiques, alors que dans l'organisme humain infecté la sécrétion du poison paraît bien être rapide et abondante, comme le démontrent les graves symptômes produits qui peuvent être rapportés à une intoxication vraie. On peut penser qu'il se forme dans l’organisme un poison différent de celui des milieux artificiels; c'est ce qui expliquerait les difficultés que l’on rencontre dans la production d’antitoxine typhique.
Action des conditions de milieu. — Le Bacille typhique est relativement peu résistant à la chaleur (Voy. t. I, p. 99). D'après Pfuhl (1), les cultures sont toujours tuées lorsqu'on les expose pendant vingt minutes à une température humide de 60°; dix minutes ne suffiraient pas pour amener la stérilisation; une exposition d’une heure à 50° n’influe en rien sur la vitalité. Une température de 58° maintenue pendant une heure tue sûrement tous les Bacilles des cultures, tandis qu’elle semble tout à fait sans action sur les produits toxiques que peut contenir le milieu.
Remlinger (2) signale la diminution bien nette de virulence des cultures faites à 37°, plongées chaque jour à cinq ou six reprises pendant dix minutes dans un bain d'eau à 22°-23°.
Le froid est beaucoup moins actif. De nombreuses expériences démontrent que le Bacille typhique résiste longtemps à des gelées intenses et prolongées. Mitchel(3)l'a vu supporter une congélation de centtroisjours de durée. Prudden (4) a constaté qu'ilrestaitvivantpendantdelongs mois dans la glace maintenue entre — 1° et — 11°: il a remarqué, par contre, que les alternatives de gel et de dégel lui étaient rapidement funestes.
La lumière solaire directe exerce sur lui son action destructive habituelle. Janowski (5) ne l'a vu résister que six à huit heures à l’insolation. La lumière diffuse agit aussi, mais d'une façon bien moins intense. Ce sont les rayons chimiqués qui lui paraissent agir.
Les recherches de Vincent (6) donnent des renseignements beaucoup plus complets et confirment la grande sensibilité du Bacille typhique à la lumière. Elles montrent que dans l’eau, en présence d'air, si le milieu est transparent, exposé aux rayons du soleil, le microbe est tué au bout de quatre heures et demie à cinq heures, et seulement après huit ou neuf heures si le milieu est trouble. Dans un liquide peu nutritif, il se comporte comme dans l’eau; dans un liquide très nutritif, au contraire, il ne paraît en rien influencé. Dans le vide, ilse comporte à peu près comme dans l'air. Les rayons bleus, violets et ultra-violets ont
(1) Pruur, Zur Sporenbildung der Typhusbacillen (Centralbl. für Bakt., II, 1888, p. 769).
(2) ReuuGer, Sur la sensibilité du Bacille d'Eberth aux variations de température (Soc. de Biol., 3 juillet 1897).
(3) Mironez, The med. Record, 1887.
(4) Prunpen, On Bacteria in ice (The med. Record, XXXI, 26 mars 1887).
(5) Jaxowswr, Zur Biologie der Typhusbacillen (Centralbl. für Bakt., VIII, 1890).
(6) Vixcexr, Influence de la lumière solaire sur le Bacille de la fièvre typhoïde (Revue d'hygiène, 1898, p. 230).
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une action bactéricide beaucoup plus intense que les rayons rouges et infra-rouges. À la surface de terre desséchée, le microbe est tué en cinq heures au minimum, huit heures au maximum; dans la même terre humide, l’action du soleil est beaucoup plus lente et moins intense; l’action est beaucoup plus rapide dans les sols poreux, sableux surtout, que dans les sols compacts. Sur des morceaux de toile de coton ou de lin, le microbe est tué par les rayons solaires après un temps de neuf à vingt-six heures d'exposition, variable avec l'épaisseur du tissu. Ce sont là des données qui peuvent être utilisées dans la pratique.
La dessiccation ne le fait périr qu'après un assez long temps, un ou deux mois d’après les recherches d'Uffelmann (1) faites sur la terre de jardin, le sable, les poussières de maisons ou de rues, diverses étoffes, de la sciure de bois. Pfuhl (2) l'a vu résister vingt-huit jours dans le sable sec, quatre-vingt-dix-sept jours sur de la toile sèche ; il l’a retrouvé vivant quatre-vingt-huit jours dans de la terre humide, vingt et un jours seulement dans de la tourbe humide. Heim également l'a trouvé très résistant (t. I, p. 103).
Dans toutes ces expériences, cependant, il n'a été recherché que la vitalité du microbe, la limite de la puissance de végétation. Les modifications de la virulence ont été complètement délaissées ; comme c’est une propriété bien plus délicate que la végétabilité, on peut penser avec raison qu'elle est plus influencée que cette dernière.
Action des antiseptiques. — La résistance du Bacille typhique aux antiseptiques paraît être assez faible. Les solutions antiseptiques que l’on emploie ordinairement le font périr assez vite. Le sublimé à 1 p. 1 000 le tue en moins d'une heure, l'acide phénique et tous les similaires en moins de temps si le taux de la solution dépasse 2 p. 100. L'acide chlorhydrique de 0,1 à 0,3 p. 100 le tue rapidement ; le fait a son importance à cause de l'effet du suc gastrique. Le brome à 08r,06 p. 100 aurait une action très énergique (3). D'après Kôühler (4), l'acide citrique, l'acide tartrique, l'acide nitrique, l’alun empêcheraient tout développement à 4 p. 100; l'acide tartrique à 3 p. 100; l'acide chlorhydrique à 2,5 p. 100; l'acide acétique à 2 p. 109; l'acide phénique à 1,5 p. 100; l'acide sulfurique à 0,5 p. 100. D'après Podgorny, l'iode le tue à 1 p.600; d’après Kérassotis, moins de 1 p. 15000 (€. I, p. 89). L'aldéhyde formique à la dose de 5 centigrammes par litre, 1 p. 5000, empêche tout développement. (Voy. aussi les données citées tome I, pages 86 et suivantes.)
INOCULATION EXPÉRIMENTALE
Pour apporter la preuve absolue des rapports directs de causalité qui existent entre une Bactérie et l'affection où on l’a observée, il faut, nous
(1) Urrecmaxx, Versuche über die Widerstandfähigkeit der Typhusbacillen gegen Trocknung (Centralbl. für Bakt., XV, 1894, p. 133). . (2) Pruaz, Vergleichende Untersuchungen über die Haltbarkeit der Ruhrbacillen und der Typhusbacillen ausserhalb des menschlichen Kürpers (Zeitschr. für Hygiene, XL, 1902, p. 555).
(3) ScxumsurG, Ein neues Verfahren zur Herstellung keimfreien Trinkwassers (Deutsche med. Wochenschr., 1897, n° 10).
(4) Kourer, Ueber das Verhalten des Typhusbacillus gegenüber verschiedenen chemischen Agentien, inbesondere Saüren, Alkaline und Anilinfärbstoffen (Zeilschr. für Hygiene, XIII, 1892, p. 54).
78 BACTÉRIACÉES.
le savons, reproduire la maladie primitive par l'inoculation de cultures. pures. Il se présente ici une réelle difficulté : aucune des espèces animales qui servent dans les laboratoires et sur lesquelles on a l'occasion d’expérimenter ne contracte la fièvre typhoïde; aucune affection connue des vétérinaires n'offre les lésions intestinales caractéristiques.
La fièvre typhoïde du cheval n'a de commun que le nom avec la maladie humaine ; de nombreuses recherches n’ont pu y faire déceler le Bacille d'Eberth, mais des microbes tout autres (1); il semble que c'est une affection du groupe des pasteurelloses.
Bien avant la connaissance du Bacille typhique, des expérimentateurs ont essayé d’inoculer à des animaux des produits virulents recueillis. sur des typhiques. Inoculant du sang plus ou moins aseptiquement recueilli, du suc ou des morceaux d'organes, même des matières fécales, ils produisaient souvent de véritables septicémies, accompagnées, comme d'ordinaire, d'un gonflement plus ou moins prononcé des plaques de Peyer, mais dues incontestablement à des microbes autres que le Bacille d'Eberth.
Gaffky (2) a, le premier, fait usage de cultures pures ; dans de nombreuses expériences, Lentées sur des espèces animales très variées, il n’a obtenu que des résultats négatifs. Fraenkel et Simmonds(3), parcontre, ont déterminé chez des lapins, des cobayes et des souris de maison, à la suite d'injections intraveineuses ou intrapéritonéales de cultures. pures, une hypertrophie de la rate et des ganglions mésentériques, du gonflement des plaques de Peyer; les cultures démontrèrent la présence de Bacilles typhiques dans ces organes. Seitz (4) détermina des symptômes analogues aux précédents, en injectant des déjections de typhiques et des cultures pures dans l'intestin de cobayes préparés d’après la méthode de Koch pour l'infection cholérique, auxquels on avait injecté dans l'estomac une faible dose de teinture d’opium et une solution de carbonate de soude.
Sirotinin (5), Beumer et Peiper (6), Kitasato et Wassermann (7), devant les résultats donnés par les inoculations, disent que l’état et les. lésions produits ne sont pas la conséquence directe de la végétation du Bacille typhique dans l'organisme, mais sont l'effet d'une intoxication par une substance toxique contenue dans le produit injecté. Beumer et Peiper vont même jusqu'à dire qu'il serait possible d'arriver aux mêmes résultats en injectant de grandes quantités de microbes saprophytes.
D'après Kilcher (8), il faut faire la part de l’action de la substance toxique, qu'il croit être la typhotoxine de Brieger, et de celle de la Bac-
(1) Licnières, Étiologie de la fièvre typhoïde du cheval ‘(Bull. de la Soc. centr. de méd. vét., 1897, p. 437).
(2) Garrkx, Loc. cil., p. 60.
(3) Fraewkez et Simmons, Zur Aetiologie des Abdominaltyphus (Centralbl, für inn. Med., 1885, p. 737).
(4) Serrz, Bacteriologische Studien zur Typhusaetiologie. Munich, 1886.
(5) Sinormnix, Die Uebertragung von Typhusbacillen auf Versuchsthiere (Zeitschr. für Hygiene, I, 3° p., 1886).
(6) Beumer et Petrer, Bacteriologische Studien über die aetiologische Bedeutung der Typhusbacillus (Zhid.).
(7) Kirasaro et WasserMmanx, Ueber Immunität und Giftfestigung (Zeitschr. für Hygiene, 1892, p. 137).
(8) Kircuer, Archives bohémes de médecine, décembre 1887 ; in Sem. méd., 15 février 1888.
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térie pathogène. La ptomaïne peut agir très vite et amener la mort avant que les lésions caractéristiques causées uniquement par les Bacilles aient pu apparaître. Il est évident que dans le premier cas on ne retrouve souvent point de Bacilles typhiques.
Pour Chantemesse et Widal (1), il y a une infection véritable, mais produisant des symptômes différents de ceux observés chez l’homme, rappelant plutôt ceux de certaines septicémies. Les souris blanches sont sensibles aux inoculations intrapéritonéales de 1 centimètre cube de bouillon de culture et succombent rapidement, en trente-six heures environ, avec une rate gonflée, les plaques de Peyer tuméfiées et une diarrhée liquide. Elles sont sensibles aux seuls produits solubles sécrétés par les Bactéries, que contiennent les cultures stérilisées ; mais il en faut de très fortes doses pour amener la mort, landis qu'une quantité minime de culture la donne. C’est ce qui prouve bien que le Bacille typhique vit dans le corps des souris et sécrète son poison; cela suffit pour dire qu’il y a infection véritable.
Enfin, une conclusion des plus importante, annoncée par les derniers auteurs cités, est que les souris qui ont été inoculées d'avance avec des bouillons de culture préalablement stérilisés, et qui ont résisté, deviennent réfractaires aux inoculations les plus virulentes. La substance toxique, sécrétée par la Bactérie, confère donc l’immunité.
Walter Cygnaeus (2) a vu succomber des souris, des lapins, des chiens, à la suite d’injections intraveineuses, intrapéritonéales, intraintestinales de cultures de Bacille typhique. A l’autopsie, les animaux présentaient de la rougeur et du gonflement de la muqueuse intestinale, des plaques de Peyer et des follicules clos, de la rate et des ganglions mésentériques. Tous ces organes contenaient des Bacilles typhiques.
Gilbert et Girode (3) ont pu déterminer chez le cobaye, à la suite d’inoculations sous-cutanées de cultures pures, une affection très voisine dela fièvre typhoïde humaine par son évolution et les lésions produites. Les ulcérations des plaques de Peyer, en particulier, peuvent être rencontrées avec leur aspect typique. Le suc des organes et le liquide de l'intestin donnent des cultures pures du Bacille
d'Eberth.
Des recherches très complètes de Sanarelli (4) et un travail de Chantemesse et Widal (5), paru en même temps que le premier mémoire du savant ilalien, ont démontré la réalité de l'infection typhique chez l'animal, mis en lumière les conditions les plus propices à la producon de l'infection typhique expérimentale et fait pressentir les importants résultats qu'il sera possible d’en tirer.
Les expériences des savants qui viennent d'être cités montrent que,
(1) CHaxreuesse et Wipar, De l'immunité contre la fièvre typhoïde, conférée par des substances solubles (Ann. de l'Inst. Pasteur, 1888, n° 2).
(2) Wazrer Cyevazus, Studien über den Typhusbacillus (Ziegler's Beitr. zur Anal. und allqem. Path., VII, 1890, 3 p.).
(3) Gizserr et Girops, Fièvre typhoïde expérimentale (Soc. de Biol., 2 mai 1891).
(4) Saxarezur, Études sur la fièvre typhoïde expérimentale, 1°", 2e et 32 mémoires (Ann. de l’Inst. Pasteur, VI, 1892, p. 721; VIII, 1894, p. 193 et 353).
(5) CHanremesse et Wipar, Étude expérimentale sur l’exaltation, l’immunisation et la thérapeutique de l'infection typhique (Ann. de l'Inst. Pasteur, VI, 1892, p. 755).
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pour réussir sûrement linoculation expérimentale, il faut prendre non pas un virus ordinaire, même fraîchement sorti de l'organisme humain, qui ne donne que des résultats incerlains, souvent n’a aucun effet, ni à plus forte raison un virus de cultures de laboratoire, qui s’affaiblit très vite, mais un virus exalté par des passages successifs dans l’organisme animal. Ù
Ils ont fait connaître divers procédés à l’aide desquels il leur a été possible d'augmenter considérablement activité d’un virus donné très peu actif ou même de redonner une activité très marquée à des cultures de laboratoire paraissant entièrement dépourvues de virulence.
Chantemesse et Widal indiquent deux manières de faire. En injectant sous la peau d’un cobaye une forte dose, 4 à 6 centimètres cubes, d’une culture fraîchement relirée de l'organisme humain, l'animal succombe souvent de vingt-quatre à quarante-huit heures.
La cavité péritonéale contient un abondant exsudat, très riche en Bacilles ; 2 à 3 centimètres cubes de cette sérosité sont mélangés à 10 centimètres cubes de bouillon et placés, pendant quelques heures, à l’étuve à 37°. On en inocule 4 à 5 centimètres cubes sous la peau d'un cobaye ; l'animal meurt déjà plus rapidement que le premier. On continue ainsi de cobaye à cobaye pendant quelques passages. On s'aperçoit vite qu'on peut diminuer la dose de virus, prendre successivement 3 centimètres cubes, 2 centimètres cubes, 1 centimètre cube. A un moment donné, trois quarts de centimètre cube arrivent à tuer le cobaye en vingt-quatre heures en inoculation sous-cutanée ; ce même virus tue à la dose de huit à dix gouttes en injection intrapéritonéale. Deux centimètres cubes de ce virus en injection intrapéritonéale, ou 4 centimètres cubes en injection intraveineuse, tuent le lapin en vingtquatre à trente-six heures, avec généralisation du Bacille dans tous les organes; cependant, la virulence du Bacille typhique, même ainsi exaltée, est inconstante pour le lapin.
On obtient les mêmes résultate, d’après eux, en faisant à un cobaye une injection sous-cutanée de 4 centimètres cubes d'une culture très peu virulente, voire même paraissant inactive, et en inoculant en même temps dans son péritoine de 8 à 10 centimètres cubes d’une culture en bouillon de S{replocoque pyogène stérilisée par une heure de chauffage à 60°. L'animal succombe généralement en moins de vingtquatre heures avec généralisation du Bacille dans le sang, les organes et la séreuse péritonéale. Une seconde inoculation de 4 centimètres cubes d’une culture provenant du premier animal et de 5 centimètres cubes de bouillon de Streptocoque, faite dans les mêmes conditions à un autre cobaye, le tue aussi rapidement. En continuant les passages, on voit la virulence s’accroître. Le Bacille détermine bientôt l'infection sans l'intervention des produits solubles du Streptocoque ; puis tue l'animal à des doses de moins en moins considérables. Parti d’une culture tout à fait inactive, on arrive à obtenir un virus qui tue le cobaye à la dose de 3 centimètres cubes en injection sous-cutanée, ou à la dose de 4 à 5 gouttes en injection intrapéritonéale.
Les procédés indiqués et mis en œuvre par Sanarelli conduisent à des résultats semblables. Partant de cette idée que les animaux fortement déprimés par certaines influences météorologiques, au premier rang desquelles se trouvent une température élevée et l'humidité, et pré-
ve rite. 2. St
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sentant de graves désordres intestinaux sont devenus manifestement plus sensibles aux infections, ila inoculé des cobayes ainsi déprimés avec des virus très atténués, sans effet sur des cobayes normaux; les premiers ont succombé. L'affaiblissement devant provenir d'une intoxication d'origine intestinale, à cause de l'énorme multiplication concomitante des microbes intestinaux, représentés dans ces cas presque exclusivement par le Bacillus coli communis, il a pensé que les mêmes résultats pourraient être obtenus avec les produits solubles de ce dernier microbe ; l'expérience lui a donné raison. Il part d'une culture de laboratoire, tout à fait inactive à doses massives; 0,5 de la culture de vingt-quatre heures sont inoculés dans le tissu sous-cutané dorsal à un cobaye, auquel on introduit en même temps, dans la cavité péritonéale, de 10 à 12 centimètres cubes d’une vieille culture en bouillon stérilisée de Colibacille. Le cobaye succombe toujours en douze ou quatorze heures. On trouve des Bacilles en abondance dans l’exsudat du périloine, peu ou pas dans le sang, la rate ou les autres organes. Il est fait une culture dans le bouillon avec la sérosité péritonéale. De cette culture, on injecte 0‘°,5 sous la peau d’un second cobaye auquel on injecte en même temps dans le péritoine 7 à 8 centimètres cubes de la culture stérilisée de Colibacille. La mort survient avec généralisation comme chez le premier animal, On continue ainsi les passages en diminuant progressivement la dose de toxine colibacillaire. On arrive vite à obtenir une infection typhique générale après l’inoculation seule de 0cc,5 de culture de Bacille ltyphique, sans l’aide de toxine colibacillaire. Le virus typhique est déjà si actif qu'il peut tuer seul le cobaye à petites doses; quelques gouttes dans le péritoine, de 3 à 4 cenümètres cubes sous la peau, tuent régulièrement les cobayes et les lapins avec tous les caractères d’une infection véritable.
Il est possible de remplacer, dans ces expériences, les cultures stérilisées du Bacillus coli communis par celle du Proteus vulgaris, par des selles filtrées, additionnées d’eau et stérilisées. On obtient, aussi, les mêmes résultats par l’ingestion de petites quantités de macération de viande vieille d’un mois, stérilisée à 120°. Tous ces liquides doivent nettement donner la réaction de l’indol pour être aptes à produire l’exaltation cherchée.
D'après Sanarelli, on peut arriver à une même exaltation en partant d’un virus capable, à fortes doses, de tuer le cobaye, en le faisant passer à travers le péritoine d'une série d'animaux. Dans ce cas, au début, il faut alors souvent un peu remonter la virulence en injectant à la fois le virus et de la culture stérilisée de Colibacille.
Après une trentaine de passages de péritoine à péritoine, le virus paraît avoir acquis son maximum de virulence; une goutte de la sérosité péritonéale suffit pour tuer un cobaye en injection intrapéritonéale en douze à quatorze heures.
On peut cultiver de tels virus dans le bouillon; les cultures de vingtquatre heures sont très actives. Quelques gouttes dans le péritoine tuent
. les animaux sensibles. Il faut des doses plus fortes, en inoculation sous-
cutanée de 3 à 4 centimètres cubes pour les lapins etles cobayes, un demicentimètre cube pour les souris. Ces cultures ne se conservent pas longtemps actives hors de l'organisme ; la virulence diminue vite et graduellement.
Macé. — Bactériologie, 6° édit. II — 6
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Une telle inoculation intrapéritonéale détermine chez le cobaye une infection à évolution rapide, offrant presque toujours les mêmes caractères. La plupart des animaux succombent, quelques-uns résistent, présentant une sorte d’immunité naturelle. La durée moyenne de l'infection est de quinze à dix-huit heures. L'inoculation sous-cutanée est un peu plus inconstante; elle peut ne déterminer qu’un processus subaigu, qui n’amène la mort de l'animal qu'après quelques jours. Cependant, avec un virus très actif, tout se passe comme dans le premier cas, mais nous avons vu qu'il faut beaucoup plus de virus.
Pendant les premières heures, l'aspect de l’animal change peu. Le premier symplôme marqué est l'apparition de la fièvre : la température monte à 38°, 39°, même 40°. L'accès fébrile se produit vers la deuxième ou la troisième heure, puis se termine vers la quatrième ou la cinquième; pendant toute sa durée, l'animal est triste, ne mange plus. De la sixième à la douzième heure, la température continue à baisser à 37°, 36°,-304 34° et même 32°. Le cobaye se tient pelotonné dans un coin de sa cage, le poil hérissé; l'abdomen météorisé est très sensible, l'animal crie à la moindre pression. La mortsurvient dans une sorte de collapsus. Il s'est produit, pendant cette courte période, un amaigrissement rapide; l'animal a pu perdre un cinquième de son poids.
A l’autopsie, dès qu'on ouvre la cavilé de l'abdomen, on constate une congestion intense des viscères et du péRtene dans la cavité péritonéale, on trouve une quantité variable, de 2 à 8 centimètres cubes, d’une sérosité louche, montrant de très nombreux Bacilles. L'intestin est toujours l'organe le plus atteint; il est congestionné, rempli de liquide et montre les plaques, de Peyer etles ganglions mésentériques tuméfiés. Le contenu est tout à fait diarrhéique; le liquide renferme une quantité énorme de cellules épithéliales de la muqueuse et des globules sanguins, démontrant l'existence d’une entérite desquamative aiguë. Le Bacrlle typhique se trouve dans les organes, l'exsudat péritonéal, le sang et souvent les matières fécales; il semble, dans les cas aigus au moins, avoir un lieu d'élection sur les surfaces séreuses, séreuses péritonéale et pleurale principalement.
En inoculant des doses moindres‘ou du virus faible, on peut obtenir une affection à marche chronique, souvent guérissable, ou simplement, dans les'cas d’inoculation sous-cutanée, des symptômes locaux.
Dans les cas chroniques, le Bacille peut disparaître complètement de cinq à vingt-cinq jours après l’inoculalion.
La lésion locale que l’on obtient est une lésion avec suppuration, souvent un véritable abcès. G. Roux (1), en inoculant 2 centimètres cubes de bouillon de culture sous la peau d’un lapin, a obtenu un abceès contenantdu pus séreux donnant des cultures pures de Bacille typhique ; Gasser (2), en opérant de même, a eu plusieurs fois des résultats semblables; Sanarelli, Chantemesse et Widal ont observé la production de mêmes lésions suppuratives locales. Il semble donc bien acquis que le Bacille typhique puisse être expérimentalement pyogène.
Si les foyers de suppuration sont peu étendus, ils diminuent et gué-
rissent peu à peu. Sanarelli a remarqué qu'en injectant dans le péritoine
(1) G. Roux, Soc. des sc. med. de Lyon, avril 1888. (2) Gasser, Loc. cil., p. 67.
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des toxines de Colibacille ou de Proleus vulgaris à des cobayes ne présentant que des lésions locales minimes où même paraissant complètement rélablis, on déterminait toujours une infection générale de l’organisme par les microbes des foyers anciens et l’on reproduisait le tableau de l'infection expérimentale aiguë. Chez les cobayes qui ont présenté une infection à marche chronique et qui sont en voie de guérison, il est possible de cette façon de provoquer une véritable rechute, analogue à celles que l’on observe dans la maladie humaine. Les effets observés varient naturellement avec le mode d'obtention du liquide complexe auquel on donne le nom de {oxine typhique.
Toutes ces expériences démontrent qu'avec le Bacille d'Eberth on peut obtenir, par inoculation dans le péritoine principalement, une véritable infection, caractérisée surtout par le développement d’une péritonite spéciale. Mais la maladie produite n’est en rien comparable à la fièvre typhoïde de l'homme et ne peut absolument pas recevoir le nom de fièvre typhoïde expérimentale; aussi est-ce à dessein que nous l'avons désignée plus haut comme infection typhique expérimentale. Elle n’a aucun des symptômes proprement dits de la fièvre typhoïde ; elle n’a ni sa marche cyclique, ni son évolution habituelle; elle ne présente pas ses lésions caractéristiques. Elle offre la marche, les symptômes, les lésions d’une septicémie quelconque. Ces données sont toutefois loin d'être dépourvues d'intérêt ; elles contiennent de précieux renseignements et des indications dont il est possible de‘tirer profit.
Pour essayer d'obtenir une solution, il faut déterminer, chez l'animal, la contamination par ingestion, comme cela doit se passer chez l'homme, dans la maladie naturelle. Des résullats positifs semblent bien avoir été obtenus.
Remlinger (1) a pu contaminer des lapins et des rats blancs par la voie intestinale en leur donnant à manger des légumes largement souillés de cultures virulentes, après les avoir mis à la diète pendant deux ou trois jours. Cette alimentation était continuée jusqu'aux premiers symptômes de l'infection, et dans aucun cas plus de dix jours. Une partie des animaux en expérience n'ont rien présenté; leur sérum n'a montré aucun pouvoir agglutinant; leurs matières fécales renfermaient cependant de nombreux Bacilles typhiques tant que dura l'usage de nourriture
infectée. D'autres ont présenté des symptômes et des lésions rappelant beaucoup plus la fièvretyphoïde humaine que ceux observés à la suite des inoculations sous-cutanées ou intrapéritonéales. Après une période d’incubation de cinq à dix jours, l'animal devient nettement malade, sa température s'élève au-dessus de 40°, il fait une véritable fièvre typhoïde à laquelle il peut succomber. À l’autopsie, on trouve les lésions caractéristiques; les plaques de Peyer sont tuméfiées et ulcérées; la muqueuse intestinale est souvent ulcérée; les ganglions mésentériques sont tuméfiés, la rate est augmentée de volume, molle et diffluente. L’ensemencement de la pulpe de la rate donne des cultures de Bacille typhique. W paraît bien que ce soit là une véritable fièvre typhoïde expérimentale.
(1) RemuinGer, Fièvre typhoïde expérimentale par contamination alimentaire (Soc. de Biol., 10 juillet 1897, et Ann. de l'Inst. Pasteur, XI, 1897, p. 829.)
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Chantemesse et Ramond (1) ont oblenu des résultats similaires avec le singe macaque, le lapin, le cobaye et le rat blanc.
Le singe est soumis à l’antisepsie intestinale par le régime lacté exclusif continué pendant quinze jours. On lui fait ingérer le raclage d’un tube de culture sur gélose mélangé à de la Coins Deux ou trois jours après, l'animal est pris de fièvre, son appétit diminue, de la diarrhée peut survenir; la fièvre s’accentue, l’état général devient mauvais, l'animal succombe du huitième au douzième jour. A l’autopsie, les lésions sont tout à fait caractéristiques.
Chez le lapin, pour réussir, il vaut mieux diminuer la résistance inteslinale, en injectant dansla cavité péritonéale cinquante gouttes de laudanum mélangées à 10 centimètres cubes de bouillon stérile. Après un quart d'heure, on fait ingérer, à l’aide d'une sonde, 5 centimètres cubes d’une culture âgée de vingt-quatre à quarante-huit heures ; il est bon de répéter l'opération pendant quatre ou cinq jours. On obliendrait de meilleurs résultats en préparant au préalable les animaux par des injections sous-cutanées de sérum humain ou d'urine humaine pratiquées tous les jours pendant trois semaines, déterminant pour les expérimentateurs une sorte d’humanisation de l'animal. La marche de l’affection produite, les symptômes observés, rappellent de très près la maladie humaine; on peut observer les mêmes différences d'évolulion, les mêmes complications, la bronchopneumonie surtout, des rechutes très neltes, la guérison ou la mort. Le séro-diagnostic est positif.
A l'autopsie, on trouve les lésions caractéristiques de la dothiénentérie. On isole facilement le Bacille des organes; on peut même observer des associations avec le Colibacille, le Proteus, des Staphylocoques, comme dans la maladie humaine. La marche, les lésions rappellent surtout la fièvre typhoïde de l'enfant.
Lépine et Lyonnet (2) ont réussi à infecter le chien en injectant quelques centimètres cubes de culture virulente dans une anse intestinale, isolée par le procédé de Thiry, ou, plus simplement, dans l'épaisseur des parois de l'intestin. Les lésions observées étaient aussi celles de la fièvre typhoïde humaine.
Grünbaum (3) avait annoncé, en 1904, que l'on pouvait, à la suite d'ingestion de cultures, obtenir chez le chimpanzé une bonne partie des symptômes cliniques principaux de la fièvre typhoïde, et certaines des lésions observées, le gonflement des plaques de Peyer, des ganglions mésentériques et de la rate; il retrouvait, en outre, toujours du Bacille typhique dans la rate, mais la séro-réaction était irrégulière. Il faisait d'ailleurs remarquer que tous les chimpanzés n'étaient pas sensibles à l'infection.
D’après les observations plus complètes de Metschnikoff et Besredka (4), les singes anthropoïdes, en l'espèce les chimpanzés et
(1) CaaxTeuesse et Ramoxp, Fièvre typhoïde expérimentale (Soc. de Biol., 17 juillet 1897). — Ramoxp, Étude sur la fièvre typhoïde expérimentale. Thèse de Paris, 1898.
(2) Lérixe et Lxoxner, Étude sur quelques effets de la toxine typhique chez le chien (Revue de méd., 1897, p. 905). — In., Sur l'infection typhique expérimentale chez le chien (C. R. de l'Acad. des sc., 13 février 1899).
) GRuNBAUM, Some experiments on enterica, scarlet fever and measles in the
chimpanze (British med. Journ., 1904).
(4) Merscunikorr et BEsrepxa, Recherches sur la fièvre typhoïde expérimentale Ann. de l'Inst. Pasteur, XX, 1911; p.193): :
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les gibbons, peuvent réellement prendre une véritable fièvre typhoïde eæpérimentale par ingestion de fortes doses de cultures actives de Bacille typhique. La maladie est plus ou moins typique, presque Loujours bénigne ; ils ont observé quelques décès, mais semblant provenir plutôt d’affections secondaires greffées, bronchopneumonies ou entérocolites. Pour eux, les animaux autres que ces singes inférieurs, lapins, cobayes, même singes supérieurs, ne sont pas réceptifs ou ne présentent qu'exceptionnellement certains symptômes d'infection.
On voit que l’on peut croire à la possibilité de l’inoculation à l'animal de la fièvre typhoïde de l’homme. C'est un gros appoint pour l'étude de la thérapeutique et de la prophylaxie de cette affection, malgré les difficultés d'expérimenter sur les singes supérieurs.
Inoculation de toxine. — Bien des symptômes de la fièvre {yphoïde étant nettement des symptômes d'intoxication par des produits formés par le développement du microbe dans l'organisme, il est intéressant de rechercher ce que peuvent déterminer, chez les animaux, les toxines obtenues par les diverses méthodes exposées page 71 el suiv.
Toxine de Sanarelli. — La toxine de Sanareili (p. 73) est assez active sur le cobaye, qui est son meilleur réactif ; le lapin et la souris blanche ysontmoins sensibles etdonnentsouventdesrésultatsinconstants.
Pour le cobaye, la dose mortelle minima de toxine s’est montrée de 1 centimètre cube et demi pour 100 grammes du poids du corps en inoculation sous-cutanée. L'inoculation intrapéritonéale est moins sûre ; une dose de toxine capable de tuer infailliblement l'animal par voie sous-cutanée peut ne rien déterminer si on l’injecte dans le péritoine. A la dose indiquée, 122,5 p. 100, la mort de l'animal survienten dix à seize heures. L'injection de toxine détermine immédiatement de l'hypothermie; la température baisse progressivement jusqu'au moment de la mort, sans interruption ou en offrant de petits arrêts. Une heure environ après l'inoculation, ilse produit une forte météorisation abdominale, avec sensibilité douloureuse extrême: l'animal se tient immobile, courbe le dos, étale ses pattes, cherche à éviter tout contact. Cet état dure de quatre à cinq heures, puis est suivi d'une période de calme relatif: l'animal est tremblant; par le rectum sort une mucosité jaunâtre el sanguinolente. Il devient inerte, la météorisation disparaît, les parois du ventre deviennent molles et moins sensibles, la paralysie envahit les muscles respiratoires, la mort survient dans l’asphyxie.
À l’autopsie, on trouve dans le péritoine une quantité plus ou moins grande d’un exsudat riche en leucocytes, trouble, rempli de flocons fibrino-purulents. La rate est congestionnée, friable. Tout l'intestin est fortement congestionné et hémorragique ; son contenu est diarrhéique et sanguinolent; les plaques lymphatiques sont infiltrées et hyperé miées. Les reins ne sont pas modifiés; les capsules surrénales sont congestionnées. L'utérus est fortement congestionné.
11 est évident que le poison typhique, outre son action sur les centres nerveux, montre une influence considérable, on pourrait dire élective, sur toutes les muqueuses en général et sur celle de l'intestin en particulier.
Les symptômes observés dans l’inoculation de cultures actives et l'inoculation de toxine sont en somme très semblables, les altérations produites bien voisines. De ce côté, l'infection typhique, et sa modalité
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chez l'homme, la fièvre lyphoïde, apparait nettement surtout comme un processus d'intoxication.
La différence la plus marquée, dans les deux processus, est l'absence dans le second de l’hyperthermie initiale, constante dans le premier. Sanarelli obtient cette hyperthermie en inoculant de petites doses, non mortelles, de toxine ; il en conclut que, dans l'infection typhique, l'hyperthermie représente le pouvoir de résistance de l'organisme dans sa lutte contre la maladie. Cette lutte ne peut s’élablir que lorsque le poison ne se produit qu'en proportions insuffisantes pour vaincre immédiatement la résistance de l'organisme qui est sidéré, pour ainsi dire, par une dose rapidement mortelle de poison comme celle introduite par une grande quantité de toxine active.
En examinant le contenu liquide de l'intestin des animaux qui ont succombé à l'infection ou à l’intoxicalion typhiques, on y constate la présence d'une quantité considérable de microbes, infiniment plus que ce que l’on peut rencontrer dans un intestin sain. Pendant le processus morbide, les microbes intestinaux doivent donc beaucoup augmenter de nombre. L'expérience démontre qu'on ne rencontre alors presque exclusivement que le Colibacille: qui a pullulé d'une façon extraordinaire et, fait important, qui a acquis une virulence qu'il n’a pas d'habitude dans l'intestin. C'est probablement la raison des infections secondaires dues au Colibacille, si fréquemment observées dans la fièvre typhoïde de l’homme; l'épithélium intestinal se desquamant sous l’action de la toxine typhique, le Colibacille peut traverser l'intestin, envahir le péritoine, la rate, quelquefois même le sang.
Toxtne de Chantemesse (1). — La toxine préparée suivant la méthode de Chantemesse (p. 73) paraît plus active que celle de Sanarelli; on n’a que très peu de détails sur les effets qu’elle détermine. Elle tue le cobaye en douze à vingt-quatre heures, à la dose de 1 gramme pour 80 grammes de poids, en injection intrapéritonéale.
Les souris sonttrès sensibles ; le cheval également ; le lapin et le mouton sont un peu plus résistants que le cobaye.
Endotoxine de Besredka. — Le produit, obtenu comme il a été dit page 75, esllrès nettement toxique pour le cheval, le lapin, le cobaye, le rat, la souris ; très actif en injection intrapéritonéale, il l’est beaucoup moins en injection sous-cutanée.
Avec le liquide obtenu en partant de 1 gramme de microbes secs, la toxicité pour le cobaye de 250 grammes, en injection intrapéritonéale, varie entre un huitième et un quart de centimètre cube ; 1 centimètre cube cause la mort en trois heures. De 1 centimètre cube à 1,5 dans le péritoine ou dans les veines tue un lapin de 1800 grammes. Un rat de 50 grammes succombe avec un huitième de centimètre cube dans le péritoine, une souris de 15 grammes avec 0,05.
Toxines diverses. — Lépine et Lyonnet (2) ont montré que le chien était très sensible à l’action de la toxine typhique en injection intraveineuse. Leur toxine provenait de cultures en bouillon ordinaire, vieilles de quatre à huit jours, stérilisées par un chauffage de une heure à deux heures à 58°.
(1) CHanTEMEssE, Loc. cil., p. 73.
(2). épixe et Lyxonxer, Étude sur quelques effets de la toxine typhique chez le chien (Revue de méd., 1897 p. 905).
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Les principaux effets des toxines obtenues par les procédés de Conradi, de Moreschi, de Macfadyen et Rowland, de Balthazard, ont été exposés page 74.
Les symptômes et les altérations observés par Vincent (1) à la suite d'inoculations dans le cerveau de cultures, au mieux âgées de quinze à vingt jours, ou de bouillons privés de microbes par filtration, sont uniquement dus à la toxine contenue dans ces produits. Des doses de un dixième à un vingtième de centimètre cube injectées en plein lobe cérébral de cobayes, de lapins, de chiens, en contact direct par conséquent avec les neurones centraux, déterminent les mêmes symptômes alaxo-adynamiques que l’on constate chez l'homme atteint de fièvre typhoïde : stupeur, agitation, carphologie, délire ; on peut aussi observer des symptômes abdominaux habituels, météorisme, diarrhée séreuse.
Tout ceci tend encore à confirmer l'importance de l’intoxication dans l'infection éberthienne.