BACILLE DE LA PASTEURELLOSE DU LAPIN
Smith (1) a décrit ce microbe en 1887 comme cause d'une septicémie spontanée qui a sévi sur les lapins de son laboratoire. Thoinot et Masselin (2) ont étudié la même maladie en 1888, sévissant sur les lapins de l'École d’Alfort. C’est sans doute la même affection que Gaffky (3) avait déterminée chez le lapin à la suite de l’inoculation d’eau infecte de la Panke.
Le microbe possède bien les caractères attribués aux Pasteurella ; la maladie peut être désignée sous le nom de Pasteurellose du lapin.
Le lapin atteint est fatigué, paresseux; il s’isole dans un coin de la niche et reste pelotonné, le poil hérissé, les oreilles tombantes. L’appétit disparait, il survient une diarrhée liquide, l'animal est dans une torpeur profonde à laquelle succède un véritable coma; il meurt souvent sans faire de mouvements. La maladie peut évoluer en vingtquatre heures ou moins, ou se prolonger quelques jours; l'issue est toujours fatale.
A l’autopsie, on constate des lésions de septicémie. La face interne de la peau est fortement congestionnée, rougeâtre: les muscles sont foncés, friables; la cavité péritonéale renferme un exsudat tantôt louche, purulent ou sanguinolent, tantôt limpide, jaune. Les intestins sont très congestionnés. La rate et le foie sont peu modifiés ; les poumons
(1) Th. Suira, À contribution to the study of the microbe of Rabbit septicæmia (The Journ. of comp. med. and Surg., VIII, 1887, p. 24).
(2) Taoror et Masse, Précis de microbie, 3e éd., p. 355.
(3) Garrkx, Experimentelle erzeugte Septicaemie mit Rücksicht auf progressive ‘Virulenz und accomodative Züchtung (Mitth. aus dem kaiserl. Gesundheitsamte, |, 1881, p. 80).
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BACILLE DE LA PASTEURELLOSE DU LAPIN. 17 sont rouges, congestionnés; l'urine renferme beaucoup d’albumine. Toutes ces parties sont virulentes et renferment, en plus ou moins grand nombre, les microbes particuliers. On en trouve d'ordinaire assez facilement dans le sang.
Ce sont de petits Bacilles ovoïdes, très semblables à ceux du choléra des poules, pouvant parfois presque simuler des coccus ou des diplocoques (fig. 54). Dans le sang, ils sont isolés ou réunis par deux ; dans la rate ou le foie, ils forment souvent des chainettes de trois à six éléments. Ils sont n2ttement mobiles.
Ils se colorent aisément aux couleurs d’aniline etsouvent seulement aux deux pôles, laissant un espace clair médian, comme le Bacille du choléra des poules. Ils se décolorent par la méthode de Gram.
Ce microbe se cultive aisément sur les mieux habituels; il est aérobie ou facultativement anaérobie. Les éléments des cultures sont souvent des diplocoques.
Sur gélatine, en piqûre, il se forme à la surface une petite À, dans le sang du moineau ; B, dans le raclage du foie
(d’après Thoinot et Masselin).
Fig. 54. — Bacille de la septicémie spontanée du lapin.
tache blanche, visqueuse, et dans le canal une série de petites colonies rondes en strie, une trainée blanche, à bords dentelés. La gélatine n’est pas liquéfiée.
Sur gélose, l'aspect est semblable au précédent.
Sur pomme de terre, il ne se ferait pas de développement. Le lait n'est pas coagulé.
Dans le bouillon, à 37° le trouble apparait très rapidement en douze heures ; le liquide s’éclaircit peu à peu, en laissant déposer un sédiment blanchâtre. Dans le vide, le trouble ne devient sensible qu'après deux ou trois Jours. Le lait devient acide et se coagule. Les cultures donnent la réaction de l’indol.
Les cultures fraîches sont virulentes pour le lapin, le cobaye, la souris, la poule, le pigeon et les autres oiseaux. Laissées au contact de l'air, elles s’affaiblissent graduellement; au bout de vingt jours, elles ne tuent plus les animaux sensibles. Conservées en tubes scellés, la virulence reste intacte pendant plusieurs mois. La virulence se perd par une exposition à 58° pendant un quart d'heure.
Les lapins inoculés sous la peau présentent les mêmes symplômes que ceux observés dans l'infection spontanée. Ils meurent en vingt-quatre
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heures ou deux ou trois jours; on observe parfois une marche plus lente, chronique, qui se termine quand même par la mort.
A l’autopsie, le sang est noir, les intestins et les poumons fortement congeslionnés ; les cavités pleurale et péricardique contiennent une sérosité plus ou moins abondante, souvent rougeâtre ; le foie et la rate sont peu altérés.
L'inoculation intraveineuse ou intrapéritonéale, l’ingestion déterminent les mêmes accidents.
La réceptivité du cobaye et de la poule semble varier suivant la provenance du microbe.
La différence de virulence remarquée dans les observations, d’un autre côté l’extrème sensibilité du lapin à l'égard des autres pasteurelloses, pasteurellose aviaire, porcine et ovine surtout, devraient faire rejeter, pour Lignières, l'existence spéciale de la pasteurellose du lapin. Suivant le cas, on aurait affaire à l’un ou l’autre des trois types cités.
On connaît des septicémies des lapins qui sont produites par des microbes autres que ceux du groupe des Pasteurella.Eberth et Mandry(1) en décrivent une déterminée par un court Bacille mobile, donnant sur pomme de terre une culture assez abondante, coagulant le lait en le rendant acide et produisant de l’indol, tous caractères qui le diftérencient nettement des précédentes espèces.
Lucet (2) a observé, en 1892, une septicémie du lapin due aussi à un Bacille mobile qui n’est pas du type Pasleurelia. Antérieurement (3), il avait décrit une forme septicémique différente, due à un microbe ne poussant qu'à 18° ou 20°, qui paraît bien être une pasteurellose (Voy. (05969)!
La septicémie étudiée par Koch et Davaine paraît aussi due à un microbe d’un autre type (1, p. 564 et 565).