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BACILLE DE LA SEPTICÉMIE DES FURETS

Eberth et Schimmelbusch (2) le décrivent comme l’agent d’une affection épizootique sévissant sur les furets et les lapins sauvages.

Les animaux atteints sont déprimés, ont une diarrhée sanguinolente, maigrissent et meurent la plupart du temps. À lautopsie, on trouve des lésions congestives de l'intestin et des poumons, une rate grosse et friable.

Le sang et les viscères renferment en abondance des Bacilles ovoïdes mobiles, se décolorant par la méthode de Gram. Les cultures s’obtiennent facilement. La gélatine n’est pas liquéfiée.

La culture sur pommede terre est abondante, gris jaunâtre, muqueuse. Le lait devient acide et se coagule. Les cultures dans le bouillon donnent la réaction de l’indol. Ce sont là des caractères qui différencient ce microbe des Pasleurella.

L'inoculation de cultures fraiches tue rapidement le moineau, Le pigeon ne meurt pas sûrement. Chez le lapin, l’inoculation sous-cutanée ne donne qu'une lésion érysipélateuse locale. Le cobaye ne présente qu'une inflammation locale. La poule est tout à fait réfractaire.

BACILLE DE LA PASTEURELLOSE DU COBAYE.

Weaver (3) a isolé un Bacille un peu semblable à celui du choléra des poules, ne liquéfiant pas la gélatine, ne coagulant pas le lait, ne donnant pas d’indol, mais produisant du gaz sur gélose glucosée et poussant abondamment sur pomme de terre. Il doit être différencié des Pasteurella. La maladie étudiée par Phisalix (4) est par contre une véritable pasteurellose.

BACILLUS SUIPESTIFIER (Bacille du hog-cholera, Bacille de la pneumo-entérile du porc.)

ATLAS DE MICROBIOLOGIE, PL. XXV

Les porcs sont sujets à plusieurs maladies infectieuses qui présente nt comme symptômes communs la grande contagiosité et le caractère épizootique, l’apparition à la peau de plaques rouges plus ou moins ce dues et la gravité de la maladie qui cause souvent bien des pertes. Elles

(1) Lieniëres, Sur la maladie des chiens et le microbe filtrant de Carré (Bull. de la Soc. centr. de méd. véet., 15 nov. 1906).

(2) Eserru et Scnimuezsusca, Der Bacillus der Frettchenseuche (Fortschr.der Med., VI, 1888, p. 805). — In., Ein weiterer Beitrag zur Kenntniss der Frettchenseuche (Virchow’s Archiv, CXVI, 1889, p. 327).

(3) Wgaver, Spontaneous haemorrhagic septicaemia in a guinea-pig caused by a Bacillus (Bull. of the John Hopkin's hosp., IX, 1898).

(4) Paisauix, Sur une septicémie du cobaye (Bull. du Muséum d'hisl. nat., IV, 1898, p. 279):

ont été longtemps confondues sous le nom de rouget du porc, à cause surtout de la prédominance en Europe de l’une de ces formes. Plus tard, on a reconnu que l’on confondait sous la même dénomination des types bien distincts. L’un de ces types morbides est celui auquel on a conservé la dénomination de rougel du porc, dû à l'infection par une espèce microbienne spéciale qui sera étudiée plus loin (p. 291). Les autres types présentent entre eux des ressemblances beaucoup plus grandes, à tel point que, pour les distinguer, il faut se baser sur des caractères plutôt secondaires, de telle sorte que l’on peut penser que les différences sont peut-être dues à la grande variabilité que l’on peut constater dans l'agent virulent qui les détermine ou à des conditions de terrain particulières. Pour certains, comme on le verra plus loin, 1l n'y a pas lieu d'établir de distinctions fondamentales; ces affections appartiendraient à un seul et même type pathologique. Pour d’autres, et c’est l'opinion qui paraît la bonne, 1l y a lieu de distinguer au moins deux Lypes différents, dans chacun desquels viennent se grouper des formes morbides qui peuvent avoir recu des noms différents suivant les régions où on les a observées. L'un de ces types comprend l'affection connue en Angleterre et en Amérique sous les noms de cholera-hog ou hog-cholera, où swine-fever, siwine-pest. En France, dans ces derniers temps, on l’a décrite sous les noms de pneumo-entérile, choléra du porc, pneumonie contagieuse où pneumonie infectieuse, sans la distinguer toutefois très nettement du second type, qui est une véritable pasteurellose, la pasteurellose du porc, décrite précédemment (p. 273). Ces deux types peuvent cependant être associés et occasionner une infection mixte. Les individus atteints succombent la plupart du temps à une pneumonie fibrineuse, d’autres fois, c’est l’intestin qui est surtout atteint ; la mort survient à la suite de complications intestinales rappelant souvent celles de la fièvre typhoïde de l’homme; c’est la raison des dénominations usitées.

Cette maladie a été étudiée par Schütz (1) et Karlinski (2) en Allemagne sous le nom de Schweinepest, Klein (3) en Angleterre sous le nom de Fowl-cholera où Fowl-enterite, Salmon (4) en Amérique sous le nom de hog-cholera. Cornil et Chantemesse (5), Sélander (6), Silberschmidt (7), Smith et Moore (8), Preisz (9) en ont fait l'objet de

(1) Scuurz, Ueber die Schweineseuche (Arb. aus dem kaiserl. Gesundheitsamte, 1, p. 376).

(2) Karzinskr, Experimentelle Untersuchungen über Schweinepest und Schweineseuche (Zeilschr. für Hygiene, XX VIII, 1898, p. 373).

(3) Kzex, Die Bacterien der Schweineseuche (Virchow’s Archiv, XCV, 1884).

(4) Sazmow, Report of the commissionner of agricultur for 1886, p. 659.

(5) Corniz et CHANTEMESSE, La pneumo-entérite des porcs (Journ. de l'anat., XXIV, 1888, p. 18) ; et : Propriétés biologiques et atténuation du virus de la pneumo-entérite du porc (C. À. de l'Acad. des sc., 19 décembre 1887 et 27 février 1888).

(6) Sézanper, Contribution à l'étude de la maladie infectieuse des porcs connue sous les noms de hog-cholera, swine-pest, pneumo-entérile infeclieuse (Ann. de l’Inst. Pasteur, 1890, p. 545).

(7) Sizserscamipr, Contribution à l'étude de la swine-plague, du hog-cholera et de la pneumo-entérite des porcs (Ann. de l’Inst. Pasteur, IX, 1895, p. 65).

(8) Surrx et Moore, Nouvelles recherches sur les maladies infectieuses du porc (Bureau of animal Industry, 1894, analysé in Ann. de l’Inst. Pasteur, IX, 1895, p- 671).

(9) Preisz, Aetiologische Studien über Schweinpest und Schweinseptikämie. Budapesth, 1897.

BACILLUS SUIPESTIFER. 287

recherches plus complètes. Lignières, dans le travail précité, en donne une très bonne étude; il en fait un type distinct de septicémies hémorragiques sous le nom de Sa/monellose {p. 265).

L’affection, presque toujours mortelle, dure dix à trente jours; dans les cas très graves, elle peut se terminer beaucoup plus vite et emporter l'animal en peu d'heures. Elle débute par une grande fatigue, une diminution de l'appétit etun amaigrissement rapide. Puis la fièvre se déclare, et la toux apparaît; les animaux sont souvent pris d’une diarrhée muqueuse, fétide, qui peut être remplacée par de la constipation, lorsque l'affection se porte principalement sur le res La peau peut présenter des plaques rouges, surtout aux oreilles et aux pattes : c’est ce qui faisail songer à une variété du rouget. La forme pulmonaire est d'habitude mortelle : la forme intestinale laisserait plus d'espoir; d’après les expériences de Rietsch, Jobert et Martinaud (1), administration de sousnitrate de bismuth donnerait alors de bons tite

A l’autopsie, la rate, le foie, les reins sont d'ordinaire sains; les lésions affectent surtout les poumons et l’intestin. Les poumons sont le siège d’une pneumonie fibrineuse ; l'intestin est fortement injecté, les plaques de Pevyer sont très tuméfiées; 1l existe souvent de nombreuses ulcérations.

MORPHOLOGIE

Le sang, l’exsudat du poumon, le suc du foie et de la rate renferment, souvent en abondance, le microbe regardé comme spécifique.

Caractères microscopiques. — Ce sont des Bactéries courtes, de forme nettement bacillaire et seulement parfois ovoïdes, à extrémités : arrondies, mesurant de 1 à à 1,5 w de long sur 0,3 & à 0,6 y de large (fig. 60). Immobiles dans les liquides organiques, elles montrent des mouvements très évidents dans les cultures en bouillons; Ferrier (2) leur décritde 4 à 7 cils très longs, de 35 à 50 y, disposés tout autour des éléments. Elles ne paraissent pas former de spores.

Coloration. — Elles se colorent facilement aux couleurs d’aniline, surtout aux deux pôles, et se décolorent par la méthode de Gram. Cultures. — Les cultures s’obtiennent facilement avec le suc des

organes malades et sont assez abondantes. Ce Bacille est aérobie, mais peut se développer quand même en l'absence d'oxygène, en anaérobie facultatif.

CULTURES SUR GÉLATINE. — En piqüre sur gélatine, il se forme dans le canal de petites colonies blanchâtres, et à la surface une mince couche brillante, parfois une culture en clou transparente, bleuâtre ; la gélatine n'est pas liquéfiée. En strie, il se développe à la surface une tache transparente plus ou moins épaisse ; lorsque les colonies sont clairsemées, on obtient des cercles concentriques reliés entre eux par de fins tractus découpés en dentelle, formant une plaquette finement ciselée. Sur plaques, les colonies sont transparentes, bleuâtres. Toutes

(4) Risrsca, Joserr et MarrTiNauD, Sur l'épidémie des porcs à Marseille en 1887 (Soc. de Biol., 21 janvier 1888).

(2) Ferrer, Cils vibratiles et mouvements du microbe de la pneumo-entérite infectieuse du porc ou hog-cholera (Lyon méd., 1894, p.179).

288 BACTÉRIACÉES

ces formes de culture rappellent assez bien celles du Bacille typhique.

CULTURES SUR GÉLOSE. — Il se produit une couche laiteuse bordée d'une sorte de dentelle, ;

CULTURES SUR POMME DE TERRE, — La végétation est assez abondante; elle donne une couche gris jaunâtre ou brunâtre assez épaisse.

CULTURES DANS LE BOUILLON. — Les cultures se font très bien dans le bouillon, sans présenter de caractères particuliers. Le liquide se trouble, et se recouvre parfois d’un mince voile très fragile. Elles se développent bien dans du bouillon contenant 7,5 p. 100 de sel marin; la salaison n’a donc pas d'action sur le virus., La réaction du milieu ne change pas.

CULTURES DANS LE LAIT. — Le milieu n’est pas modifié ou peu pendant les six à huit premiers Jours etaune réaction nettement alcaline , après, 1ldevient grisâätre et fortement alcalin. Il peut même y avoir une légère pré- Fig. 60. — Bacille de la pneumo-entérite du porc. Ganglion cipitation de caséine,

mésentérique d'un porc. 1200/1. qui se redissout bien-

tôt. D’après Boycott{1),

au début il se produirait une très légère acidité, l'alcalinité faisant suite seulementaprès un ou deux jours.

Les cultüres ne donnent pas la réaction de l’indol.

Avec certains types, il ne se produit pas de fermentation aux dépens des sucres; d’autres, le Bacille de Salmon par exemple, en font fermenter quelques-uns. Ce caractère ne paraît pas avoir l'importance que lui attribuent Voges et Proskauer (2).

D’après tous ces caractères, on voitque ce microbe se rapproche plus du groupe du Colibacille que celui du choléra des poules.

PROPRIÉTÉS BIOLOGIQUES

Vitalité et virulence. — Les cultures sont virulentes, au début au moins. La vitalité et la virulence du microbe se conservent pendant assez longtemps en milieux artificiels.

4) Boycorr, Observations of paratyphoid fever (Journ., of Hygiene, VI, 1996, 40).

(2) Voces et ProskAuer, Beitrag zur Ernährungsphysiologie und zur Differenzial-

diagnose der Bakterien der hämorrhagischen Septicämie (Zeitschr. für Hygiene, XX VIII, 1898, p. 20).

BACILLUS SUIPESTIFER. 289

Le microbe est tué par une chaleur de 54°, maintenue au moins quarante minutes; une température de 57° est plus rapidement mortelle.

La virulence s’atténue par un séjour à 43° en présence d'air. Elle s’exalle par passages successifs dans les animaux.

Action sur les malières azolées. — Elle est peu marquée; il n’y a pas de production d'indol.

Action sur les sucres. — Avec beaucoup de matières sucrées, le

microbe produit de l'acide, particulièrement avec le glucose, le lévulose, le maltose, la mannite, la dulcite (Ducamp) (Ur: il ne modifie pas le lactose, le saccharose, la dextrine (Vourloud) (2

D'après Vourloud, il ne produit de gaz avec aucun sucre, Certains types semblent cependant en donner avec le glucose et le maltose.

Produits toxiques. — Sélander (3) a démontré que le Bacille du hogcholera produit une toxine active. Elle se trouve surtout formée dans le sang des animaux inoculés, qui se montre toxique pour le lapin à des doses de 4 à 8 centimètres cubes après son chauffage d’une heure à 58° pour détruire sûrement les microbes. La toxine n’est produite qu’en faible quantité dans les bouillons de cultures, même avec du sérum. Cette toxine est relativement thermostabile ; elle conserve son activité entière après chauffage à 58° pendant une heure, mais s’altère déjà à 60° et est détruite à 100°.

INOCULATION EXPÉRIMENTALE

Les cultures sont virulentes. L'injection dans le poumon détermine chez le porc une affection rappelant la maladie primitive, causant la mort comme celle-ci, avec symptômes pulmonaires ou intestinaux. Les mêmes cultures tuent en peu de jours les lapins, les cobayes etles souris ; les pigeons sont plus résistants. Le veau et la poule seraient réfractaires. La contamination peut se faire en mélangeant du produit de culture aux aliments; la durée de l’incubation paraît alors être plus longue.

Les symptômes observés sont ceux d’une septicémie tantôt à marche aiguë, véritable septicémie hémorragique, tuant l'animal en peu de jours, tantôt chronique, à échéance plus longue.

Le microbe paraît agir par l'intermédiaire des toxines qu'il sécrète.

La virulence toutefois est très variable el paraît s'atténuer facilement.

IMMUNITÉ ET SÉROTHÉRAPIE

Les animaux qui ne succombent pas à une première atteinte de la maladie offrent une véritable immunité; aussi a-t-on songé tout de suite à recourir à la vaccination. Le procédé de vaccination pastorienne, contre le rouget, appliqué au début, lorsqu'on croyait à l'identité des affections, n’a pas réussi; cela se conçoit, vu la différence des deux affections. La virulence augmente par passage dans l’organisme. Cornil

(1) Ducawr, Contribution à l'étude de la différenciation du Colibacille et du Bacille typhique ; action des Bacilles du groupe coli-tÿpho-dysentérique sur les hydrates de carbone. Thèse de Lille, 14907.

(2) VourLou», Loc. cit., p. 179.

(3) SÉLanDer, Loc. cit., p. 286.

Macé. — Bactériologie, 6° édit. II. — 19

290 BACTÉRIACÉES.

et Chantemesse annoncent avoir réussi à obtenir des virus atténués pouvant conférer l’immunité nécessaire en faisant agir simultanément l'air et la chaleur, un chauffage à 43° pendant quatre-vingt-dix jours. Sélander obtient l'immunité chez le lapin et le pigeon en imoculant du sang stérilisé par son exposition, pendant une demi-heure à une heure à une température de 55°. Cet effet serait dû à la toxine sécrétée dans le sang par le microbe.

Metschnikoff (1) a réussi à immuniser des lapins par injection de doses faibles de virus ; il a observé que le sérum de ces lapins vaccinés était immunisant pour le lapin.

Schweinitz (2) dit avoir pu immuniser des porcs et obtenu un sérum nettement préventif et curalif.

Citron (3) a obtenu limmunisation avec des extraits de bouillons de cullure.

Les sérums d’immunisation sont nettement bactéricides. Ils ont des propriétés agglutinantes très fortes à l'égard du microbe qui a servi à les obtenir, mais très marquées aussi à l'égard de beaucoup d’autres espèces du même groupe.

HABITAT ET ROLE ÉTIOLOGIQUE

Le pore est à peu près seul'affecté. On signale, mais sans preuves suffisantes, la transmission au mouton et au bœuf. Quelques observations paraissent démontrer la nocuité pour l’homme de la viande de pores atteints de cette affection. Pouchet (4) attribue au microbe de cette affection une épidémie d'intoxication alimentaire par de la viande de porc. Certaines races peuvent être virulentes pour l’homme et produire des affections à ranger parmi les maladies paratyphoïdes.

D’après Rietsch (5), cette même espèce causerait, chez les poules, une maladie épidémique très grave, dont les symplômes seraient une congestion où une hépatisation des poumons et une forte inflammation de la muqueuse intestinale.

Enfin, suivant Galtier, le hog-cholera pourrait être transmis du porc au mouton el à la chèvre et occasionner dans les tréupeaux des épidémies meurtrières, plus graves même que celles que l’on observe sur les pores. Les principaux symptômes sont des rougeurs qui apparaissent sur les régions fines de la peau, des signes de pneumonie et d’entérile.

Les chiens de berger seraient également réceplifs.

Ce même auteur aurait même transmis expérimentalement cette pneumo-entérite aux bovidés et au cheval.

(1) Merscanixorr, Immunité des lapins vaccinés contre le microbe du hog-cholera (Ann. de l'Inst. Pasteur, VI, 1892, p. 289).

(2) Scaweixrrz, The production de imurunity to hoz-cholera (Centralbl. für Bakt., XX, 1896, p. 573).

(3) Crrron, Immunisierung gegen hog-cholera mit Bakterien extralen (Zeilschr. für Hygiene, LIT, 1906, p. 515).

(4) LONCREr Bactériologie appliquée à la médecine légale (Ann, d'hygiène, mars

1897) È (5) Rierscx, Sur une épidémie des poules (Soc. de Biol., 10 mars 1888).

Pour quelques-uns, certaines épidémies qui sévissent sur le gibier (Wildseuche) seraient également occasionnées par le même microbe (1).

RECHERCHE ET DIAGNOSTIC

Rencontré chez le porc malade, le microbe peut facilement être reconnu et caractérisé. Ailleurs, le diagnostic est plus difficile.

Par les caractères morphologiques et les cultures, on le classera aisément dans le groupe général des Colibacilles ; la non-coagulation du lait, l'absence de formation d'indol, l'absence d'agglutination par le sérum typhique le rapprocheront du Bacillus enteritidis dont on pourra le distinguer par l’action sur les matières sucrées.

Si la virulence existe, elle pourra donner des indications.

L'agglutination à un très haut degré par les sérums hog-cholera fournira des présomptions; mais ces sérums agglutinent fortement aussi, bien moins cependant, les espèces du même groupe. Le sang de pore normal peut être agglutinant pour le microbe jusqu'à 1 p. 300.

ATLAS DE MICROBIOLOGIE, PL. XXIV

On a longtemps confondu sous les noms de rougel, mal rouge, rougeole du porc, érysipèledu porc (Rothlauf en allemand), plusieurs affections contagieuses du porc présentant des symptômes voisins, en particulier l'apparition sur la peau de taches rouges plus ou moinsétendues, souventconfluentes. On estparvenu à distinguer au moins trois maladies infectieuses bien distinctes occasionnées par le développement dans l'organisme de Bactéries pathogènes nettement différentes; ce sont le rouget vrai du porc, la pneumo-entérite infectieuse du porc où pasteurellose du porc, le choléra du porc. Les microbes des deux dernières infections ont été étudiés plus haut (p. 273 et 285).

Le rouget vrai est caractérisé par l’apparition sur la peau de taches rouges irrégulières, surtout aux oréilles, sur la poitrine, sur le ventre, sur la face interne des cuisses, et par une vive irritation intestinale. Les complications sur les grandes séreuses sont fréquentes. La mort survient soixante-dix fois sur cent environ, tantôt quelques heures seulement après l'apparition des premiers symptômes, le plus souvent après quelques Jours, deux à cinq. Les porcelets résistent mieux que les adultes. A l’autopsie, on trouve une rate volumineuse, gorgée de sang, diffluente ; le foie, tous les organes lymphoïdes congestionnés : le sang est noir; la peau présente de nombreuses taches rouges ou violacées, parfois noirâtres. Le sang et le suc des organes renferment de nombreuses Bactéries.

Pasteur et Thuillier (2) ont signalé, dans le sang et les exsudations pathologiques de cette maladie du porc, des Bactéries arrondies, en

(1) Dorser, Bozrox et Mac Brype, The etiology of hog-cholera {Bureau of animal Industry, Bulletin 72, 1905). — Mac Cunrocxk, BoxMeyer et Sirrer, Studies on hogcholera (Journ. of infectious diseases, I1, 1905,p. 351).

(2) Pasreur et Tauizuier, Sur le rouget ou mal rouge du porc (C. R. de l’Acad. des sc., XCV, 1883, et Bull. de l'Acad. de méd., 1883, n° 48).

299 BACTÉRIACÉES.

forme de 8 de chiffre, qu'ils ont pu cultiver et dont ils sont arrivés à atténuer la virulence de manière à pouvoir obtenir un vaccin. La longueur augmentait dans les cultures. On ne peut guère nier, d’après ces caractères, que ces observateurs aient vu le véritable organisme pathogène. Cornevin (1) décrit dans le rouget des bâtonnets courts, qui ne sont autres peutêtre que les formes en 8 de Pasteur et Thuillier.

C’est Loeffler (2) qui a fixé d’une manière certaine les caractères du Bacille du rouget du pore, qu'il est parvenu à isoler et à cultiver sur milieux solides.

MORPHOLOGIE

Caractères microscopiques. — Ces Bactéries s'observent dans le sang; elles sont très abondantes dans les vaisseaux de la peau; cepen- Fig. 61. — Bacille du rouget du porc. Sang de pigeon. dant on doit surtout les

800,1. rechercher dans le suc

de la rate, du foie ou de

la moelle”des os; le sang n’en contient relativement qu'un petit

nombre. Ce sont de très fins bâtonnets immobiles, mesurant 0,6 w à

1,8 y de long sur 0,3 y environ de large (fig. 61), isolés ou réunis par

deux ou en petits amas entre les globules du sang. Les globules blancs

en renferment souvent un très grand nombre. La forme ressemble

beaucoup à celle du Bacillus murisepticus : les dimensions sont identi-

ques, sauf une largeur un peu plus grande. Les cultures ont aussi le même aspect. Ces deux espèces semblent devoir être identifiées.

Il ne semble pas former de spores.

Kitt (3) dit avoir observé très nettement la production de filaments ramifiés, en tout semblables à ceux des Streplothrix où Cladothrix, en cultivant le Bacille du rouget dans un mélange à parties égales de bouillon et de sérum liquide. Le microbe y forme alors de petites masses sphériques, blanchâtres. Il pense, toutefois, à une contamination accidentelle par un de ces microbes ramifiés. Cependant, dans les vieilles cultures, on trouve souvent des filaments.

Coloration. — Ce Bacille se colore très bien aux couleurs d’aniline et reste coloré par la méthode de Gram ou les similaires. Les méthodes de coloration spéciales ne décèlent pas de cils.

(4) CorxEvix, Première étude sur le rouget du porc. Paris, 1885.

(2, LorrLer, Experimentelle Untersuchungen über Schweine-Rothlauf (Arb. aus dem kaiserl. Gesundheitsamle, I, p. 46).

(3) Krrr, Die Streptothrixform des Rothlaufbacillus (Centralbl. für Bakt., XXII, 1897, p- 726 ; XXIII, 18C8, p. 601).

“tas,

Cultures. — Les cultures sont faciles à obtenir dans les milieux ordinaires, à l'air ou sans air, de + 15° à + 40°. Cette Bactérie est un anaérobie facultatif, Elle pousse bien à la température ordinaire

CULTURES SUR PLAQUES DE GÉLATINE. — Le Bacille du rouget Y donne, au bout de deux à trois jours, au-dessous de la surface, de petites colonies floconneuses, ressemblant à du fin duvet inclus de la gelée, avec un centre un peu jaunâtre. Ces colonies sont constituées par de minces filaments ramifiés et anastomosés entre eux, parfois renflés en nœuds. La gélatine n'est pas liquéfiée.

CULTURES SUR GÉLATINE. — En piqüre dans un tube de gélatine ordinaire, à 8 ou 10 p. 100 (fig. 62), la culture prend un aspect assez caractéristique, semblable à celui que donne dans les mêmes conditions le Bacillus muriseplicus. Du canal blanchâtre partent de nombreux filaments sinueux ramifiés, qui s’'irradient dans la gélatine ambiante, en entourant le sillon central d’une masse nuageuse semi-transparente. On compare heureusement l’aspect à celui d'une brosse à bouteilles. La partie centrale de la colonie, au bout d’un certain temps, s'enfonce dans la gelée qui se creuse; mais 1l ne se produit jamais de liquéfaction vraie. A la surface de la gelée, il ne se forme rién ou presque rien.

D’après Schütz (1), dans les cultures très âgées, on pourrait voir un commencement de liquéfaction.

Avec des gelées très consistantes, 12 à 20 p. 100, cet aspect filamenteux, duveté, est peu prononcé ou même manque complètement; le long de la piqüre, 1l se forme de petites colonies rondes.

En s/{rie sur gélatine, on peut obtenir de très minimes colonies superficielles qui donnent dans la profondeur de petits prolongements floconneux en forme de pinceau.

CULTURES SUR GÉLOSE ET SUR SÉRUM. — Il se forme, le long de la strie d'inoculation, de petites colonies blanchâtres qui peuvent confluer en un mince revêtement; Re RE mais le développement est toujours très minime. nue dre la géla-

CULTURES SUR BOUILLON: — Le bouillon, neutre où tine en piqüre. alcalin, ensemencé avec du sang ou du produit de cultures pures, se trouble rapidement vers 370, puis laisse déposer un faible sédiment blanchâtre, très léger, mais ne montre jamais de voile.

D’après Schottelius (2),les Bactéries croissantdans le bouillon seraient légèrement mobiles; les cultures maintenues à 40° renfermeraient de petites spores rondes, brillantes, qui sont probablement des formes involutives. Ces données n’ont pas été confirmées.

CULTURES SUR POMME DE TERRE. — À l'air, on n'observe aucun développement; sans air, on obtient une minime culture

CULTURES DANS LE LAIT. — Il ne se produit pas de coagulation ; la réaction ne change pas ou devient un peu plus nettement alcaline.

Fig. 62. — Bacille

(1) Scaurz, Ueber den Rothlauf der Schweine und die Impfung desselben (Arb. aus dem kaiserl. Gesundheitsamte, 1, 1886, p. 57). (2) Scaorreuvus, Der Rothlauf der Schweine. Wiesbaden, 1885.

294 BACTÉRIACÉES.

Les modifications produites dans les divers milieux paraissent peu profondes. Les cultures ne donnent pas la réaction de l’indol, quelquefois faiblement pour certaines.

La vitalité se perd vite au contact de l'air; elle se conserve longtemps à l'abri de l'air ; les cultures anaérobies se conservent des mois.

Dans l’eau, le Bacille peut rester plus d'un mois vivant et virulent. Dans le sol humide, il peut vivreplus longtemps; Lüsener(1) l'a retrouvé vivant dans des cadavres de pores enfouis, après deux cent trentequatre jours ; dans la terre.et le fumier, Gaertner (2) a observé des survies beaucoup moins longues.

La chaleur a une action destructive très marquée; à 45°, le virus est rapidementalténué; tout est détruit en quelques minutes à 55°. D’autres fois, un chauffage d'un quart d'heure à 70° n'a pas tué les microbes.

L'action des antiseptiques est très peu connue. La viande salée pourrait encore conserver des microbes vivants plus d'un mois, le jambon fumé plusieurs mois avec leur virulence intacte.

INOCULATION EXPÉRIMENTALE

Les cullures conservent leur virulence même après une longue série de générations. Elles tuent rapidement les souris et les pigeons. Les lapins peuvent mourir en cinq ou six jours, ou ne présenter que des accidents locaux. Les cobayes et les poules sont réfractaires. L’inoculation a pu déterminer un rouget mortel chez des jeunes porcs, mais elle échoue souvent; il est des races rustiques, plus résistantes que les espèces élevées d'ordinaire pour la consommation: les races anglaises paraissent particulièrement sensibles.

Les cultures faites à l'abri de l'oxygène restent plus longtemps virulentes.

L'infection naturelle du porc semble devoir se faire par la voie intestinale, en absorbant des aliments souillés par les déjections, toujours virulentes, de porcs déjà malades.

L’infection expérimentale du porc, à Faide de cultures virulentes, ne donne souvent pas de résultats, surtout lorsqu'on procède par inoculation sous-cutanée; elle réussit mieux par voie digestive.

Le lapin, la souris, le pigeon sont très sensibles et succombent généralement dans un espace de temps de trois à six Jours. La lésion la plus importante est le gonflement de la rate.

Le cheval, la vache, le mouton, l'âne, le mulet, le chien, le chat, le cobaye, la poule, l’oie, le canard, sont tout à fait réfractaires.

Par inoculations en séries chez le lapin, la virulence augmente pour cet animal, mais s'affaiblit pour le porc. En passant par le pigeon, au contraire, la virulence augmente aussi pour le porc; un virus de troisième ou quatrième passage chez les pigeons tue sûrement le porc

(1) Lüsexer, Ueber das Verhalten von pathogenen Bacterien in beerdigten Kadavern (Arb. aus dem kaiserl. Gesundheitsamte, XII, 1895, p. 448).

(2) Gazrrxer, Ueber das Absterben von Krankheïitserregern im Mist und Compost (Zeitschr. für Hygiene, XXVIN, 1898, p. 1 }.

Vaccination. — Pasteur et Thuillier sont parvenus à établir une méthode de vaccination contre le rouget en se basant sur certaines particularités du développement de la Bactérie dans l'organisme animal. Lorsqu'on fait passer du virus par l'organisme d’un pigeon, sa virulence augmente de telle sorte qu'après deux ou trois passages il présente une puissance d'infection notablement plus marquée que celle du virus naturel le plus fort, pris sur un pore qui vient de succomber à l'affection. En se servant du lapin comme organisme de transition pour inoculer ensuite le porc, c’est le contraire que l’on observe. La virulence diminue sensiblement, de telle sorte qu'après plusieurs passages, du sang pris sur le dernier lapin ne délermine chez le porc qu'une affection légère, qui guérit facilement et confère une immunité relative. Cette virulence ne diminue pas cependant vis-à-vis du lapin; tout au contraire elle augmente, et les lapins inoculés en séries périssent de plus en plus vite.

En culüivaut le sang du lapin, Pasteur prépare deux vaccins de force différente qui, inoculés successivement aux jeunes pores, leur donnent une immunité durant un an, suffisante pour ce cas spécial, le temps accordé étant assez long pour l'engraissage.

Schütz (1) et Kitt (2) ont répété les expériences de Pasteur sur la vaccination et sont arrivés à des conclusions peu différentes.

Emmerich, Masthbaum et Tsuboï (3) ont préconisé comme vaccin le suc, filtré sur bougie Chamberland, retiré des organes, des muscles, du sang de lapins et de porcs tués par des cultures très virulentes.

Lorenz | (4) a conseillé la vaccination à l'aide de cultures en bouillon stérilisées.

Enfin, on a préconisé en Allemagne, sous le nom de Porcosan, un: produit qui paraît être un extrait glycériné de bouillon de culture, analogue à la tuberculine, ne paraissant pas pouvoir donner les résultats qui sont commercialement annoncés (5).

Sérothérapie. — Lorenz (6) a montré que les pores vaccinés à l'aide de virus atténués et ceux qui ont résisté à la maladie donnent un sérum immunisant pour les virus forts. Toutefois, ce sérum n’est pas curalif. :

Leclainche (7) a obtenu avec le lapin un sérum fortement immunisant, préventif el curatif pour le lapin el la souris. Il a immunisé des

(1) Scuurz, Ueber den Rothlauf der Schweine und die Impfung desselben (Arb. aus dem kaiserl. Gesundheitsamte, I, p. 57).

(2) Kirr, Untersuchungen über den Stäbchenrothlauf der Schweine und dessen Schutzimpfung (Centralbl. für Bakt., IL. 1887, p. 693).

(3) Eumericx et Masrsaum, Die Ursache der Immunität, die Heilung von Infectionskrankheiten, speciell des Rothlaufs der Schweine und ein neues Schutzimpfungs verfahren gegen diese Krankheit (Arch. für Hygiene, XIX, 1890). — Eumericn et Tsusor, Nat der Immunisierung von Schweinen gegen Rothlauf (Deutsche thierarztl. Wochenschr., 1893, n° 13).

(4) Lorenz, Ein Schutzimpfungsverfahren gegen Schweinrothlauf (Centralbl. für Bakt., XIII, 1893, p. 357).

(5) Voces et Scaurz, Ueber Impfungen zum Schutze gegen den Rothlauf der Schweine und zur Kenntniss des Rothlaufbacillus (Zeitschr. für Hygiene, XXVIII,

(6) Lorenz, Schutzimpfung gegen den Rothlauf der Schweine (Deutsche thierärztl. Wochenschr., 1897, p. 91).

(7) Leccaincur, Sur la sérothérapie du rouget du porc (Soc. de Biol., 1897 et 4899).

296 BACTÉRIACÉES,

chevaux en leur faisant des injections intraveineuses de bouillons de culture. Le sérum obtenu estnettement préventif pour le pigeon. Ilest possible de faire au porc une séro-vaccination en inoculant d'abord un mélange de 5 à 10 centimètres cubes de sérum actif et un demi-centüimètre cube de culture virulente ; puis, douze jours après, la même dose de culture sans addition de sérum. Les résultats obtenus dans les élevages seraient des plus avantageux.

D’après Mesnil (1), le sérum n'agirait qu'en activant la phagocytose.

HABITAT ET ROLE ÉTIOLOGIQUE

Le porc semble être seul exposé à la contagion; la maladie fait de grands ravages dans tous les pays. On a observé la contamination de lapins et de pigeons en contact avec les porcs malades.

L'usage de la viande de porcs tués au début de l'affection ne semble guère pouvoir nuire, On connaît cependant quelques cas de transmission à l'homme. Wetzel (2) a observé, chez un vétérinaire qui s'était inoculé au pouce du produit de culture par mégarde, une tuméfaction érysipélateuse ; Roemer (3) une sorte de phlegmon de la main à la suite d'inoculation accidentelle lors du découpage d'un porc atteint de rouget. Entout cas, si l'on veut consommer de telle viande, il faut le faire avant qu'elle n'ait pris les caractères de viande fiévreuse. A se rappeler cependant que les viandes peuvent servir à la transmission de la maladie dans des endroits indemnes.

Si l'identification avecle Bacillus murisepticus est admise, le microbe se trouverail dans les eaux et dans le sol.

RECHERCHE ET DIAGNOSTIC

L'examen du sang et, mieux, de la pulpe de la rate, des ganglions lymphatiques, de la moelle des os, montre nettement, après coloration, les Bactéries spéciales.

L'inoculation expérimentale fournira d'excellents éléments de diagnostic. Le virus du rouget tue le pigeon en trois à cinq Jours et est sans effet sur le cobaye.

Les cullures, surtout celles sur gélatine, pourront aussi renseigner.

BACILLUS MURISEPTICUS Kocu.

(Bacille de la septicémie de la souris.)

ATLAS DE MICROBIOLOGIE, PL. XXIV

Koch (4) a déterminé, chez les souris de maison, une septicémie particulière, en leur inoculant sous la peau des liquides de putréfaction.

(4) Mesniz, Sur le mode d'action du sérum préventif contre le rouget des pores (Ann. de l’Inst. Pasteur. XII, 1898, p. 484).

(2) Werzez, Ein Fall von Schweinerothlauf beim Menschen (WMünch. med. Wochenschr., 14907, n° 50).

(3) Rosmer, Eine Uebertragung von Rothlauf der Schweine auf den Menschen (Mitth. des Vereins badische Thierarztle, 14908, n° 3, p. 33).

(4) Kocs, Ueber die Aetiologie der Wundinfectionskrankheiten, 1878.

BACILLUS MURISEPTICUS. 297

Il a pu produire la même affection en se servant d'eau de la Panke, rivière bourbeuse charriant toute sortes de détritus. Gaffky (1) a repris depuis l'étude de cette maladie.

Les Bacilles, que l’on rencontre abondamment dans le sang, sont très délicats et mesurent de 0,8 x à 1 « de longueur, sur une largeur minime de 0,1 x à 0,2 y, semblables à ceux du rouget du porc. Hs:sont immobiles et souvent unis par deux; ceux des cultures atteignent 2 y à 4 y de long. Ils ressemblent, à s’y méprendre à Re vue, dit Koch, à de fines aiguilles cristallines, mais on les distingue facilement en les colorant. IIS restent colorés après traitement par la méthode de Gram.

Sur plaques de gélatine, ils forment, dans l'épaisseur de la gelée, de petites colonies floconneuses, blanchâtres, et rien à la surface. La gelée n’est pas liquéfiée.

Sur gélatine, en piqûre, on aperçoit, au‘bout de quelques jours, de nombreux filaments très déliés partir de la piqûre et s'irradier dans la masse environnante. La piqûre est entourée, lorsque le développement s’est fait assez longtemps, d'un nuage blanc, qui peut envahir la plus grande partie du tube (fig. 63). Cette culture ressemble beaucoup à celle du Bacille du rouget du porc. Les deux microbes doivent, du reste, être identifiés.

Sur gélose, il se développe, le long de la strie d'inoculalion, des colonies rondes, es. d’une colora- Uüon blanc jaunâtre. On n'observe rien sur sérum.

Le bouillon ne se trouble que faiblementet se couvre d'un voile très fin.

Le lait n'est pas coagulé. d Pie

DA , : ‘: e la septicémie

On n'observe pas la réaction de l'indol. des So CHE

Le sang des souris mortes est d'une virulence ex- ture sur gélatrème : la moindre portion inoculée à de nouveaux tine. animaux les tue rapidement. Les cultures le sont moins ; il en faut une proportion plus forte pour déterminer les mêmes accidents. Les souris inoculées meurent de quarante à soixante heures. Elles présentent d'abord un grand abattement; les paupières tombent, les yeux deviennent très larmoyants. Le poil se hérisse, le dos se courbe et l’animal meurt recroquevillé sur lui-même.

A l’autopsie, on trouve un léger œdème au point d'inoculation, la rate est tuméfiée. Il existe de nombreux Bacilles dans la partie œdématiée, dans le sang de la circulation générale et dans celui des capillaires des organes. Koch en a signalé la présence fréquente dans les globules blancs : ils semblent s S'y multiplier, envahir complètement la

cellule et la faire disparaitre ; on peut retrouver toute la série de différents stades de ce processus.

Les souris de champ sont complètement réfractaires aux inoculations les plus virulentes. Les pigeons et les moineaux contractent l'affection et en meurent vite. Les lapins peuvent succomber à des

Fig.63.— Bacille

(1) Garrky, Experimentelle erzeugte Septicaemie mit Rücksicht auf progressive Virulenz und accomodative Züchtung (Mitth. aus dem kaiserl. Gesundheilsamte, I, 1881, p. 80).

298 BACTÉRIACÉES.

doses fortes, mais souvent ils résistent et ne présentent que des phénomènes locaux, de simples rougeurs érysipélateuses au point d’inoculation. D'après Loeffler, ces lapins seraient devenus réfractaires à des inoculations des plus virulentes.

Le microbe doit se rencontrer bien probablement dans les matières animales en décomposition, dansle sol, dansles eaux souillées.

Karlinski (1) a donné le nom de Bacillus murisepticus pleomorphus à une Bactérie bien différente de la précédente, qu'il a rencontrée dans le pus d'un phlegmon de la cuisse et dans celui de collections purulentes de l'utérus chez une accouchée morte de septicémie puerpérale. Ce sont de courts bâtonnets à extrémités arrondies se colorant facilement, mais perdant très vite leur couleur par lavage à l'alcool ou par traitement par la méthode de Gram. Dans certaines conditions, on observe de très longs batonnets et même des formes spirillaires. Toutes ces formes sont très mobiles.

Sur plaques de gélatine, les colonies sont déjà visibles en dix heures comme de petites masses ovales ou allongées, blanches ou jaunâtres. Dix heures plus tard, la colonie s’est entourée d'une série d'anneaux concentriques, fins et réguliers. Puis, des bords ondulés partent des expansions sinueuses légèrement jaunâtres, qui rayonnent dans la gélatine ambiante. La gélatine se liquéfie alors et dégage une odeur butyrique.

Sur gélaline, en piqûre, il se forme très rapidement un entonnoir de liquéfaction.

Sur gélose à 35°, la culture est très abondante et blanche.

Sur pomme de lerre, on obtient une couche homogène, muqueuse, d'un blanc grisâtre, qui recouvre vite toute la surface.

Dans le bouillon, il se forme en quelques jours un dépôt blanc épais; le liquide prend une réaction fortement alcaline et développe une forte odeur. C'est surtout dans le dépôt des vieilles cultures dans le bouillon qu'on trouve de longues formes spirillaires.

En inoculant à des souris blanches une faible quantité de produit de culture, on les tue en vingt-deux à vingt-quatre heures avec les symptômes ordinaires des affections septicémiques. Les souris grises sont résistantes et ne périssent pas d'une façon constante. Les rats blancs sont tout à fait réfractaires ou ne présentent qu'un peu de suppuration. Les cobayes ne montrent rien en inoculalion sous-cutanée ; l'injection intraveineuse les tue en quelques jours. Les lapins réagissent beaucoup plus; l'infection peut rester localisée ou se généraliser.

BACILLE DE LA PESTE Yersin (2).

ATLAS DE MICROBIOLOGIE, PL. XXV

La peste, qui a, à diverses reprises, ravagé l'Europe, semble, depuis environ deux siècles, s'être à peu près cantonnée surtout dans certaines

(4) Kanzinskr, Ein neuer pathogener Spaltpilz (Centralbl. für Bakt., V, 1889, p. 193).

(2) Yersix, La peste bubonique à Hong-Kong (Ann. de l'Inst. Pasteur, VII, 4894, p. 662). — In., La peste bubonique ; sérothérapie (/bid., X1,1897, p. 81).

régions d'Asie (1); en Afrique, Koch a signalé un foyer d’endémie dans l'Ouganda. La dernière épidémie dont la France ait eu à souffrir est la célébre épidémie de Marseille, en 1720; toutefois, l épidémie d'Oporto (2), en 1898, montre bien que l'Europe est toujours exposée au fléau. Chaque année, de mars à juillet, elle se réveille dans ses foyers privilégiés, la province chinoise du Yunnam, quelques localités de la Perse, et fait de nombreuses victimes. L'extension à l'Inde et à la Chine, qui s'observe actuellement, montre qu’elle peut encore s'étendre et menacer nos pays d’une pandémie semblable à celles que lon observait autrefois; la preuve en est dans la grande épidémie qui a sévi en Mandchourie en 1910-1911 (3).

Dans ces derniers temps, l'Europe n’est pas cependant restée absolument indemne; il y a eu, en 1878, une petite épidémie qui a sévi dans la province d’Astrakan, à Wetlianka et dans quelques localités environnantes, élouffée sur place grâce aux mesures draconiennes prises par le gouvernement russe, cordon sanitaire complet et destruction par le feu des maisons et objets des pestiférés ; en outre de petites épidémies de laboratoires dont il sera question plus loin (p. 316), on a observé quelques cas à Londres, à Glascow, à Odessa, à Moscou, à Brème, à Naples, à Marseille et à Constantinople, Grâce aux mesures énergiques prises, surtout à un rigoureux isolement, la maladie a été facilement localisée.

Chez homme, la peste peut se présenter sous deux formes bien différentes comme symptomatologie, la peste bubonique et la peste pneumonique. La forme décrite sous le nom de seplicémie pesleuse où peste seplicémique ne parait pas être spéciale, mais seulement un symptôme, un mode d'évolution qui peut être commun aux modalités bubonique ou pneumonique.

La peste est éminemment contagieuse. La malpropreté, l'insalubrité sont des causes adjuvantes d'une haute puissance; aussi, {ous reconnaissent la prédilection du fléau pour la population misérable.

Au point de vue de la contagiosité, 1l y a de grandes différences suivant la forme qu'affecte la maladie, La peste bubonique ne semble pas directement contagieuse d'homme à homme, à moins de l'existence d’une pneumonie secondaire; la peste pneumonique, elle, est éminemment contagieuse. Toutes les conditions de contagion et de transmission seront exposées plus loin (p. 31#).

Les symptômes de la maladie diffèrent notablement suivant la forme qu'elle affecte.

Pour la peste bubonique, l’incubation parait être de quatre jours et demi à six jours. Le début est brusque; l'individu atteint est accablé, prostré, pris d’une forte fièvre. Dès le premier jour, apparaît la lésion caractéristique, le bubon; généralement unique, il siège soixante-quinze fois sur cent à l’aine, dix fois sur cent à l’aisselle, rarement à la nuque ou ailleurs. Ce bubon atteint vite la grosseur d’un œuf de poule; même très petit, il est fort douloureux. La mort arrive en quarante-huit heures,

(1) Nerrer, La peste et son microbe. Carré el Naud, 1000.

(2) Cazmerre et SazimBent, La peste bubonique. de de l'épidémie d'Oporto en 1898. Sérothérapie (Ann. de l'Inst. Pasteur, XIII, 1899, p. 865).

(3) Simon, L'épidémie de Mandchourie en 1910-1911 bre d'hygiène, XXXIII, 1941, p. 646).

300 BACTÉRIACÉES.

fréquemment même plus tôt. D’autres fois, la vie se prolonge cinq à six jours, le bubon se ramollit, donne issue au pus ; le pronostic est plus favorable. Parfois, le bubon n’a pas le temps de se former; on n’observe que des hémorragies des muqueuses ou des taches pétéchiales surla peau, qui peuventêtre très développées comme dans la forme décrite autrefois sous le nom de peste noire. La mortalité est très forte, 95 p. 100 dans les hôpitaux chinois (Yersin); elle varie suivant les conditions de vie, surtout d'hygiène; Patrick Manson, à Hong-Kong, donne 93,4 p. 100 chez les Chinois malpropres el miséreux, 77 p. 100 chez les Indiens, 60 p. 100 chez les Japonais, et seulement 18,2 p. 100 chez les Européens.

Dans la peste pneumonique, la localisation pulmonaire est primitive, comme l’a démontré Childe (1), à Bombay, en 1896. La maladie évolue à la fois comme une pneumonie et comme une fièvre typhoïde. Après un frisson initial, la température monte rapidement et l’état général devient grave. Il survient de la toux et de la dyspnée; les malades expectorent des crachats aqueux, noirâtres, sanguinolents. A l'auscultation, on constate des signes de pneumonie. La mort est de règle, au quatrième ou cinquième Jour; les cas de guérison sont exceptionnels, alors que dans les cas dè pneumonie pesteuse secondaire survenant au cours d’une forme bubonique la guérison est assez fréquente.

Dans les deux formes, on peut observer des cas à marche foudroyante, où ce sont alors les symptômes septicémiques qui donunent, les symptômes spéciaux n'ayant pas eu le temps de s'installer bien reconnaissables. Ou bien on rencontre des formes atténuées, larvées, ambulatoires même, où les symptômes sont très réduits, généralement peu dangereuses pour les malades, mais particulièrement à craindre pour lapropagation.

Yersin, en étudiant la peste bubonique, est parvenu à isoler le microbe qui cause celte affection; Kitasato (2) y est arrivé en même temps et d’une façon tout à fait indépendante. Toutefois, Kitasato lui-même pense que le Bacille isolé par lui diffère de celui de Yersin. Le Bacille de Kitasato est légèrement mobile, reste coloré par la méthode de Gram, trouble uniformément le bouillon et coagule le lait; alors que celui de Yersin est immobile, se décolore par la méthode de Gram, se développe dans le bouillon en formant de petits grumeaux et laisse le Hiquide clair, ne coagule pas le lait. Ce Bacille de Kitasato ressemble pas mal au Pneumocoque et est à considérer comme un microbe d’infecion secondaire. Il n’a, du reste, pas été retrouvé par d’autres observateurs. C’est le Bacille de Yersin que la très grande majorité des expérimentateurs a rencontré dans les cas de peste.

De nombreux travaux sont venus confirmer ces données premières; il faut citer en première ligne ceux de la Commission allemande envoyée aux Indes, sous la direction de R. Koch; le rapport qu'elle a fait contient l’histoire complète de la question (3). Les travaux publiés par la

(4) Cine, Remarks on the occurrence of plague pneumonia (British med. Journal, 1897, p. 1215).

(2) Kirasaro, The Bacillus of the bubonic plague (The Lancet, II, 4894, p. 428).

(3) GArFFKY, PFEIFFER, STICKER et Dieuponxé, Bericht über die Thätigkeit der zur Erforschung der Pest im Jahre 14897 nach Indien entstanden Kommission (Arb. aus dem kaiserl. Gesundheitsamte, XVI, 1899).

Commission anglaise des Indes (/ndtan plague commission) (1), nommée en 1905, contiennent aussi de très nombreux documents d'un haut intérêt, surtout pour les questions d’étiologie, de prophylaxie et de vaccination.

On rencontre toujours le Bacille de la peste en quantités considérables dans la pulpe des bubons pesteux, plus rarement dans lé sang, dans les cas très graves. Il a été signalé dans les crachats et dans les selles.

Dans la peste pulmonaire, on l’a isolé des crachats et du sang; l'identité étiologique des deux formes est ainsi démontrée. On le rencontre aussi chez diverses espèces animales qu'il peut infecter, particulièrement les rats, comme il sera dit plus loin.

MORPHOLOGIE

Caractères microscopiques. — Les éléments, tels qu'on les trouve dans le pus des bubons ou le sang des animaux atteints de peste, sont de courts bâtonnets ovoïdes. à

extrémités. arrondies, Fig €4. — Bacille de la peste. Pus de bubon inguina mesurant environ Î (d'après Yersin). 1000/1.

de large, et dont la lon-

gueur est un peu variable (fig. 64, 65, 66). Ils peuvent être à peine plus longs que larges, ce qui fait qu'on leur applique souvent la dénomination de Coccobacilles : ou avoir une longueur égale à deux fois, rarement trois fois la largeur. D'ordinaire, la longueur ne dépasse guère 2 y. [ls sont la plupart du temps isolés, parfois réunis par deux en diplobacilles.

Ils sont nettement immobiles ; Kitasato les donne comme mobiles, mais le microbe qu'il a décrit n’est pas le Bacille de la peste type. On leur a décrit des cils (2), qui paraissent n'être que des accidents de préparation.

Ils montrent parfois, surtout dans les liquides organiques visqueux, une petite auréole transparente, sorte de capsule (fig. 67), qui peut se colorer plus ou moins par les méthodes de coloration des capsules.

(4) Les travaux de l'Indian plague commission ont été publiés dans le Journal of Hygiene, VI, n° 4, 4906, VII, n° 3 et no 6, 1907, VIII, n° 2, 4908. Un résumé a paru sous le titre : The etiology and epidemiology of plague. Calcutta, Superintendent of governmeut printing India 1908.

(2) Gorpox, Note on flagella of Micrococcus melitensis and Bacillus pestis (The Lancet, 1898, n°10, p. 688).

302 BACTÉRIACÉES.

Ils ne donnent jamais de spores.

Dans les cultures, les bâtonnets sont le plus souvent courts et, dans les milieux liquides, associés en chainettes assez longues (fig. 68).

On observe souvent, surtout dans les cultures sur gélose, des éléments filamenteux, des formes d’involution (fig. 69), des éléments renflés irrégulièrement, rappelant parfois des formes de Levures, de vésicules, de gourdes, ou des éléments très grèles; ces formes se colorent bien, ou prennent très peu la couleur si elles sont grosses. On en rencontre facilement sur la gélose salée à 3 p. 100 (Hankin).

D'après Cacace (1), l'addition de bichromate de potasse, d'alcool, d'acide phénique, permettrait d'obtenir des formes rondes ou filamenteuses.

Fix. 65. — Bacille de la peste. Sang de rat inoculé. 1000/1.

Fig. 66. — Peste du rat. Pulpe de la rate. Fig. 67. — Bacille de la peste avec 70)/1. capsules. 120)/1.

Coloration. — Dans le sang, le pus ou les cultures, ils se colorent bien en général aux méthodes ordinaires et se décolorent par la méthode

(4) CAcAcE, Sulle variazionimorphologiche del Bacillo della pesta in rapporto ad agenti chimici(Giorn. dell’Assoc. Napol. dei Medici e Naluralisli, XEY, 1902).

de Gram. D’après Kitasato, les bâtonnets qui se trouvent dans le sang resteraient souvent colorés par cette dernière méthode.

Souvent, surtout dans le pus, la coloration des bâtonnets est plus intense aux deux pôles, bipolaire faisant un espace central clair, comme avec le Bacille du choléra des poules (fig. 65 et 66).

Dans les coupes, leur colorationréussitmoins bien; on peut avantageusement se servir du bleu polychrome d'Unna, ou de la méthode de coloration de xomanowsky , après fixation à l’alcoo!l ou à l’alcool-sublimé.

Cultures. — Ce mi-

crobe se cultive bien Fig. 68. — Bacille de la peste. Culture bouillon

sur les milieux habituels. Il faut que la

(d'après Yersin). 1000/1.

réaction soit légèrement alcaline ; une réaction acide ou beaucoup d’alcali sont nuisibles, C’est un aérobie exclusif. La végétation se fait

à basse température, vers 4° à 5°, mais très lentement et très bien vers 20°, même bien mieux qu'à 38°, d'après Lignières (1). On peut tirer parti, pour l'isolement et le diagnostic du microbe, de cette facilité avec laquelle il se cultive à de basses températures.

On ensemence du suc d’un bubon,au mieux avantla période de suppuration, ou du sang pris sur un rat ou un cobaye infecté.

CULTURES SUR PLAQUES DE GÉ- LATINE. — À 220, le développement est bien visible en deux ou trois jours. Dans la gelée, on voit de petites colonies rondes, oranuleuses, jaunâtres, réfrin-

Fig. 69. — Bacille de la peste. Formes d’involution de cultures sur gélose salée.

gentes, à demi transparentes. Celles de la surface ont’le même aspect, mais s’accroissent plus vite. Elles deviennent plus bombées, plus som-

(1) Liexières, Contribution à l'étu le et à la classification des septicémies hémorra-

giques. Buenos-Ayres, 1900.

304 BACTÉRIACÉES.

bres et s’entourent souvent d’une zone transparente, à bords déchiquetés, sorte de collerette à bords irrégulièrement sinués (Hig. 70). Il ne se produit jamais de liquéfaction. Les colonies profondes ne prennent pas cette collerette et gardent, engrandissant peu, leur aspect primitif.

CULTURES SUR GÉLATINE. — En piqüre, il se forme à la surface une petite culture blanc jaunâtre, transparente, et dans le canal une traînée blanchâtre, filamenteuse. La gelée n'est pas liquéfiée.

CULTURES SUR GÉLOSE. — Il se forme en deux Jours une colonie blanchâtre, un peu transparente, à bords irisés. La gélose glycérinée convient mieux. D'après Lignières, la culture se ferait. mieux à 1809-20 qu'à 38, Elle se sépare facilement de la gelée.

Sur gélose en plaques,inoculée en frottis, on trouve, après trente ou quarante heures, de petites colonies apla- Lies, transparentes, semblables à des gouttes de rosée, à centre un peu plus épais et jaunâtre, à bords dentelés, n'alleignant jamais de crandes dimensions

Avec la gélose addiüonnée de glucose ou Fig. 70. — Peste. Cultures sur plaques de gélatine de lactose, il ne se pro-

(d’après le rapport de la Commission allemande). duit jamais de dégage-

ment gazeux.

CULTURES SUR SÉRUM COAGULÉ. — Mêmes caractères que sur gélose.

CULTURES DANS LE BOUILLON. — D'après Yersin, le développement ressemblerait à celui du Sfreptocoque; il se formerait des grumeaux le long des parois et, au fond du tube, le liquide resterait clair. D après la Commission allemande, le bouillon se troublerait lentement et montrerait après quelques jours un petit dépôt blanchâtre, floconneux; peu à peu il se forme à la surface un anneau blanchâtre, adhérent au verre, puis un léger voile; le liquide ne s’éclaircit qu'après longtemps. La moindre agitation fait tomber la culture de la surface, sous forme de stalactites blanches, aspect signalé comme caractéristique par Haffkine. Les stalactites sont beaucoup plus abondantes quand on fait nager à la surface du bouillon quelques gouttes de beurre ou d'huile; ces stalactites sont très fragiles et tombent au moindre mouvement. D’autres espèces microbiennes peuvent présenter cette apparence, qui doit toutefois être regardée comme un bon caractère permettant de distinguer le Bacille de la peste des espèces qui lui ressemblent (1).

(4) Zarzocororr, Zur Morphologie und Biologie des Mikroben der Buboennpest und des Pseudotuberkulosebacillus der Nagetiere (Centralbl. für Bakt.,1te Abth., Orig., XXXVII, 1904, p. 345).

Dans les bouillons additionnés de sucres, surtout glucose et lévulose, le développement est plus abondant. Il ne se forme jamais de gaz, ni dans le bouillon simple, ni dans les bouillons sucrés. Les cultures ont une odeur qui rappelle celle de la vieille gélatine.

CuLTURES DANS LE LAIT, — Le développement est peu abondant;.1l ne se fait pas de coagulation, rarement un très léger précipité de caséine, qui se redissout peu à peu.

CULTURES SUR POMME DE TERRE. — Le développement est très lent, et se fait mieux à 20° qu’à 38°; 1l se forme sur la strie d’inoculation une bande blanchâtre ou un peu jaunâtre très mince; ou bien une série de petites colonies proéminentes, donnant à la culture laspect perlé (Lignières). D’autres fois, on n’observe rien.

CULTURES SUR RIZ CUIT.— Le développementest modéréetse fait sous forme de taches grisâtres,

CULTURES SUR MILIEUX TOUR- NESOLÉS. — La couleur bleue vire au rouge, par production d’un peu d'acide. D’après Lignières, la gélose lactosée au tournesol ne virerait jamais, le Fig. 71, — Colonies de quarante-huit heures, Bacille ne faisant pas fermenter après frottis sur gélose. 40/1. le lactose.

Les caractères morphologiques sont, en somme, peu spéciaux et ne peuvent guère permettre de faire un diagnostic assuré. La forme et l'aspect des éléments rappellent les Pasteurella, le Bacillus typhi murium et d’autres espèces similaires,

PROPRIÉTÉS BIOLOGIQUES

Vitalité.— La vitalité du microbe paraît être assez marquée (1). Elle peut se manifester longtemps dans les produits pathologiques, dans les cultures et même dans le milieu extérieur, si toutefois le microbe est soustrait aux causes de destruction. Parmi celles-ci, la concurrence des saprophytes paraît largement intervenir, D’après Yokoté (2), dans les cadavres d’animaux morts de la peste et enterrés, la durée de la persistance de la vie du Bacille pesteux est assez courte. Il disparaît au plus tard après vingt à trente jours et souvent beaucoup plus tôt. Une température chaude et le degré de putréfaction du cadavre sont les conditions qui sont les plus actives. Dans les cadavres humains inhumés, 1l pourrait se conserver vivant et virulent pendant un an. Dans la terre et dans l’eau, le microbe peut disparaître vite, ou se retrouver

(1) Rosexau, Viability of the Bacillus pestis (Bull. n° 4 of the hygienic laboratory, Washington, 1901).

(2) Yoxoré, Ueber die Lebensdauer der Pestbacillen in der beerdigten Thierleiche (Centralbl. für Bakt., XXIIT, 1908, p. 1030).

MaAcÉ. — Bactériologie, 6e édit. II. -— 20

306 BACTÉRIACÉES.

vivant après deux et trois mois. Dans les cultures, la vitalité pourrait |

se conserver pendant sept années, d’après Schouroupoy (1). Virulence. — Les produits pathologiques frais qui renferment le microbe sont très virulents et gardent longtemps leur activité, si on les maintient dans de bonnes conditions, à l'abri de l’air et au froid par exemple. Yersin a montré que le pus des bubons suppurés est notablement moins actif que celui du bubon non ouvert. Les premières cultures peuvent être aussi virulentes que la pulpe fraîche du bubon. Mais, dans les diverses colonies obtenues, il y en a qui sont très virulentes : ce sont souvent les plus vigoureuses; d’autres qui le sont peu. Dans les

cultures successives, la virulence s’atténue souvent et peut même dis-

paraître. Il est possible, par certains procédés d’inoculation, de faire revenir cette virulence à son degré primitif; ce qui prouve le danger de la présence dans le milieu extérieur du microbe, même à l'état de saprophyte, se montrant peu actif ou même dépourvu de virulence.

Résistance aux conditions de milieu. — Les particularités de résistance du Bacille de la peste à l'égard des agents extérieurs ont une grande importance pour établir la prophylaxie de l’affection (2).

La dessiccation n’agit que faiblement et lentement. Toutefois, les expériences donnent des résultats contradictoires ; dans certaines d’entre elles, les microbes étaient morts après quatre à huit jours, tandis que dans d’autres on en retrouvait de vivants encore après deux mois. L'effet nocif de la dessiccation se remarque d’autant plus que la température est plus haute; il est assez rapide lorsque la température atteint 30° à 35°; au-dessous de 19°, le Bacille résiste assez longtemps.

L’humidité est favorable à sa vie.

La lumière solaire, vers 22°, détruit toute vitalité en trois heures à trois heures et demie; toutefois, cette action rapide est toute superficielle; en épaisseur, l'effet est très lent à se manifester.

Le Bacille pesteux est assez peu résistant à la chaleur. D’après Wilm (3), une température de 58° le tue après une heure, 80° en vingt minutes, 100° en dix minutes. D’après Abel (4), dans la vapeur d’eau la mort des cultures se constaterait à 100° après une minute, à 90° après cinq minutes, à 70° après dix minutes, à 60° après plus de dix minutes, à 50° après plus de soixante minutes, Les cultures de faible volume sont constamment stérilisées lorsqu'elles ont été exposées dans la vapeur à 100° pendant cinq minutes. Les expériences de Toptschief (5) montrent encore une résistance moindre. Les froids de l'hiver sont sans effet (6).

Résistance aux antiseptiques. — Le microbe parait très sensible

(4) Sanourourov, Vitalité du Bacille pesteux dans les cadavres humains (Roussky Vratch, juillet 4941).

(2) Graxa et Gasro, Ricerche sul bacillo della peste bubonica in rapporto alla profilassi (Ann. d'Igiene sper., VII, 1896, p. 261).

(3) Wim, Ueber die Pestepidemie in Hong-Kong im dJahre 1896 (Hygienische Rundschau, 4897, nos 5 et 6).

(4) Age, Zur Kenntniss des Pestbacillus (Centralbl. für Bakt., XXI, 1897, p. 497).

(5) Torrsomer, Beiträge zur Einfluss der Temperatur auf die Mikroben der Bubonenpest (Centralbl. für Bakt., XXIII, 1898, p. 730).

(6) Kasansky, Die Einwirkung der Winterhälte auf die Pest-und Diphteriebacillen (Centralbl, für Bakt., XXIII, 1899, p. 122).

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à à la plupart des antiseptiques couramment employés (1). Voici les résultats qui semblent les mieux établis.

L’acide phénique à 1 p. 100 a une action très lente; après six heures de contact, les microbes sont encore vivants, pas toujours complètement tués après vingt- -quatre heures, toujours après deux jours, Le mélange à parties égales d'acide phénique et d’acide sulfurique est plus actif; à 1 p. 100, il stérilise les cultures en dix minutes, à 0,2 p. 100 en trente minutes. D’après Rocha (2), le phénol à 1 p. 100 tuerait le Bacille en une minute,

Le lysol à 1 p. 100 stérilise en dix minutes ; d’après Rocha, à 0,5 p. 100 le Bacille serait tué en une minute.

Le tricréol, d’après le même, le détruirait en une minute, même à 1 p. 1000.

Avec le sublimé à 1 p. 1000, le pus bubonique étendu en couche mince sur une lamelle de verre est stérilisé en deux minutes, des cultures sur gélose en dix minutes. A 1 p. 5000, les cultures sur gélose sont tuées en une heure. Dans le bouillon, le Bacille ne présente aucun développement avec 1 p. 50000 de sublimé, mais végète avec 1 p. 100000.

Le chlorure de chaux à 1 p. 100 stérilise en cinq minutes du pus étalé en couche mince, et en trente minutes une culture sur gélose.

Le lait de chaux au cinquième (chaux vive 1, eau 4) stérilise en dix minutes le pus virulent. En mélange à parties égales avec les matières fécales, on ne retrouve plus le microbe après une heure de contact,

L’acide chlorhydrique à 1 p. 100 stérilise les cultures après trois heures de contact.

L’aldéhyde formique a une action lente et superficielle. Dans les parties superficielles, les Bacilles ne sont morts qu'après cinq heures de contact; plus profondément seulement après vingt-quatre heures. Ce corps et l’acide sulfureux détruiraient sûrement le Bacille de la peste dans les conditions où on les emploie comme désinfectants.

Tout ceci démontre que les procédés habituels de désinfection ont des effets certains sur le microbe.

Produits formés dans les cultures. — Action sur les malières azotées. — L'action est peu marquée.

Le Bacille de la peste ne forme jamais d'indol aux dépens des peptones.

D'après Bannerman (3), 1l y a production d’un peu d'alcali, très probablement de l ammoniaque, dans les bouillons ordinaires ; l’alcalinité produite équivaut de 1,5 à 2,5 p. 100 de soude normale. Elle arrète alors la croissance du microbe, qui peut reprendre après neutralisation.

Les cultures n’ont aucune odeur; elles ne donnent jamais la réaction de l'hydrogène sulfuré.

Action sur les matières sucrées. — Beaucoup de sucres sont légè-

(1) Scauzrz, Ueber die Einwirkung der Antiseptica auf dem Bac. pestis hominis und die Desinfektion von gegenständen und geschlossenen Raümen bei Bubonenpest

* (Centralbl. für Bakt., XXIII, 4898, p. 594).

(2) Roca, De l’action de quelques agents chimiques et physiques sur le Bacille de la peste (Arch. de l’Institut de bactériologie Camara Pestana, I, 1906, p. 61).

(3) BANNERMAN, The production of alcali in liquid media by the Bacillus pestis (Se. mem. Sanilary departm. Gov. of India, n° 43, 1908).

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rement attaqués avec production d’un peu d’acide qui paraît être de l'acide lactique, le glucose, le maltose, la mannite, la dextrine, d’après Mac Conkey (); même avec le saccharose et le lactose, d’après Vourloud (2). Il n'y a jamais de production de gaz.

Produits toxiques. — Les produits les plus intéressants des cultures sont certainement les produits toxiques constituant par leur réunion ce que l’on nomme la loxine pesteuse. C’est à la diffusion de ces produits dans les organismes infectés que sont dus bon nombre des symptômes observés, entre autres la grande prostration, les suffusions sanguines dans les organes.

Les substances toxiques diffusent peu dans le milieu de culture; elles sont surtout adhérentes aux corps microbiens, appartenant aux produits nommés endoloæines. Yersin, Calmette et Borrel (3) ont reconnu il y a longtemps le peu d'activité des bouillons de cultures filtrés; Markl (4) les dit contenues dans les corps bacillaires. Pour obtenir ure toxine active pour les petits animaux, il faut user de bouillons de cultures âgés de plusieurs semaines, où la quantité de principe toxique soluble a pu augmenter par contact; de telles toxines n’ont encore que peu d'effets sur les animaux de plus grande taille que la souris. Cette toxine ne se formerait qu'à basse température, audessous de 2%; elle se détruit rapidement sous linfluence de la chaleur, de l'oxygène et de la lumière.

Lustig et Galeotti (5) disent que l’on obtient un liquide plus actif

en traitant les cultures sur gélose par une lessive de potasse à 1 p. 100 et filtrant sur bougie; l'addition d’acide acétique précipite des flocons blancs qui constitueraient la substance active devant être une nucléoprotéine.

Cette substance est toxique pour les animaux d’expérience, mais à des degrés divers. En l’injectant à des doses non mortelles, on peut arriver à les rendre réfractaires à des inoculations virulentes qui font périr les témoins. Elle est peu active pour l’homme; à la suite d’une injection d’une quantité de 5 milligrammes, dissoute dans 1 centimètre cube d’eau, on n’a observé, après quarante-huit heures, qu'un léger malaise, un peu de chaleur et un petit œdème au point d'inoculation : la température est restée presque normale.

Besredka (6) prépare son endotoxine pesteuse de la façon suivante : 1l mélange 1 gramme de Bacilles secs (produit de raclage de cultures sur gélose de quarante- -huit heures, chauffé pendant une heure à 60°, puis desséché dans le vide) avec 05°,45 de chlorure de sodium sec et broiïe pendant une heure dans un mortier d’agate; il verse ensuite goutte à goutte, en trilturant, 1 à 2 centimètres cubes d’eau distillée et

(4) Mac Conxeyx, Loc. cit., p. 238. ‘

(2) Vourou», Loc. cit., p. 179.

(3) YersiN, CALMETTE et Borrez, La peste bubonique (Ann. de l’Inst. Pasteur, IX, 1895, p. 989).

4) Markz, Beitrag zur Kenntniss der Pestoxine (Centralbl. für Bakt., XXIV, p. 641 et 728).

(5) Lusrie et Gazeornr, Versuche mit Pestschutzimpfungen bei Thieren. Schutzimpfungen gegen Beulenpest (Deutsche med. Wochenschr., 1897, n°* 45 et 49)

(6) Besrenxa, Études sur le Bacille typhique et le Bacille de la peste (Ann. de l’Inst. Pasteur, XIX, 1905, p. 477). — Des endotoxines solubles, typhique, pesteuse et dysenérique (/bid., XX, 1906, p. 304).

laisse déposer jusqu’au lendemain, chauffe un peu au bain-marie à 60° et centrifuge. Le liquide clair est séparé, c'est l’endotoxine; le dépôt est constitué par les Bacilles qui sont dépourvus de toute action toxique, le produit toxique ayant diffusé dans le liquide. Ro

Cette endotoxine est un liquide clair, très toxique pour la souris; elle conserve pendant des mois son activité à la glacière; elle est thermostabile, restant intacte à55° pendant une heure et ne s’atténuant que faiblement à 65° après une heure, plus vite à 70°, Le sérum antipesteux la neutralise entièrement.

Elle tue une souris de 15 grammes à la dose de 1/50 à 1/80 de centimètre cube, en injection sous-cutanée; en injection intrapéritonéale, à 1/150 de centimètre cube environ.

INOCULATION EXPÉRIMENTALE

La plupart des animaux d'expérience se montrent réceptifs à l'égard du virus pesteux, mais tous les rongeurs en particulier. Au premier rang se trouve le rat, qui est extrêmement sensible et prend facilement la peste spontanée qu’il dissémine bien souvent. Le singe est presque aussi sensible, surtout le singe gris commun. La souris et le cobaye sont également très réceptifs, le lapin moins que ces derniers. D’autres espèces de rongeurs sont également très réceptives et peuvent prendre naturellement la peste, la transmettre à l’homme comme les rats. Le chien et le chat sont assez peu sensibles. Le cheval, le bœuf, le mouton, la chèvre sont assez résistants et supportent, avec plus ou moins de peine cependant, les inoculations virulentes. Certaines races de porcs résistent au virus, d’autres sont assez sensibles; le porc pourrait, probablement, présenter la peste spontanée et servir à sa propagation. D’après Bannerman, le porc et le veau seraient réfractaires.

Les poules, les pigeons, les oies paraissent tout à fait réfractaires; on a bien signalé, pendant des épidémies de peste, des cas de grande mortalitésur les volailles, mais ils paraissent être dus à autre chose, surtout au choléra des poules.

L’inoculation peut réussir de différentes manières. Avec les animaux très réceptifs, le rat, le cobaye et le singe surtout, il peut suffire de mettre un peu de virus pesteux au contact d’une petite excoriation cutanée minime.

Chez les souris, les rats, les cobayes, les lapins, les singes, il suffit de déposer sur la muqueuse nasale, sans lexcorier, un peu de virus pesteux, pour leur communiquer à coup sûr la maladie sous sa forme pneumonique (1). Les cultures très atténuées, se montrant même dépourvues de virulence en inoculation sous-cutanée, réussissent à faire périr la souris et le cobaye avec ce mode d’inoculation, surtout si l’on fait intervenir une association favorisante comme celle du Streptocoque et, fait important, regagnent de la virulence, pouvant, après plusieurs passages, récupérer la virulence primitive. Toutes les muqueuses accessibles se prêtent bien à la pénétration du virus pesteux, mais à un degré moindre que la muqueuse nasale.

(4) Roux, in Smmoxp, La propagation de la peste (Ann. de l’Inst. Pasteur, XI 1898, p. 665). — Barzarorr, La pneumonie pesteuse expérimentale (/bid., XIIT, 4899, p. 385).

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Weichselbaum, Albrecht et Ghon (1) ont montré qu'on infectait facilement le cobaye en déposant du virus sur la peau rasée; dans ce cas, la mort tarde un peu plus. C’est un excellent moyen pour mettre en évidence le Bacille de la peste quand 1l peut se trouver en mélange, dans des produits suspects en décomposition par exemple.

Par inhalation, on détermine facilement chez le rat une pneumonie pesteuse primaire,

Les rats, les cobayes, les souris, prennent facilement la peste par le tube digestif, en se nourrissant d’aliments chargés de produits virulents.

Chez le cobaye, en inoculation sous-cutanée, avec un produit très virulent, on perçoit de l’œdème quelques heures après l’inoculation; les ganglions voisins se gonflent et se sentent au toucher. Au bout de vingt-quatre heures, le poil se hérisse, l’animal tombe sur le côté et est pris de crises convulsives de plus en plus rapprochées jusqu’à la mort, qui survient plus ou moins tôt suivant l’activité du virus.

A l’autopsie, on trouve un œædème rosé au point d’inoculation; le ganglion voisin est volumineux; tous les organes sont congestionnés; on trouve des hémorragies de la paroi abdominale, l’intestin souvent hyperémié, les capsules surrénales et les reins congestionnés, le foie gros, la rate très tuméfiée, présentant fréquemment une sorte d’éruption de petits tubercules miliaires, un peu de sérosité dans la plèvre et le péritoine,

Le foie, la rate, les ganglions Iymphatiques gonflés, sont très riches en microbes; le sang, les sérosités pleurale et péritonéale en contiennent moins,

L’injection intraveineuse tue le cobaye en trois à cinq jours; linjection intrapéritonéale souvent en deux jours.

Chez le rat, les résultats sont tout aussi nets. Toutes les espèces de rats peuvent servir, même les rats blancs, et paraissent aussi sensibles.

L’inoculation sous-cutanée occasionne la morten deux à quatre jours. Au point d’inoculation, on trouve un œdème sanglant dont la sérosité renferme un grandnombre de Bacilles de la peste. Les ganglions voisins sont rouges et gonflés; la rate est très grosse, foncée et contient une quantité de microbes,

L’inoculation sur la muqueuse nasale saine donne à coup sûr une peste pneumonique, La température monte vite vers 41°, la respiration s'accélère, devient pénible, l'animal tousse et rejette un liquide spumeux, rougeâtre; la mort survient au troisième ou quatrième jour, avec une dyspnée énorme et de l’hypothermie, A l’autopsie, on trouve les poumons très congestionnés, hépatisés par places, trèsædémateux; le suc montre de nombreux Bacilles; la rate est piquetée, très riche en Bacilles; le foie est gros, granuleux; les reins et les capsules surrénales congestionnés; le sang renferme beaucoup de Bacilles.

À la suite d'infection par ingestion, on peut obtenir une pneumonie pesteuse à dénouement rapide, lorsque probablement 1l y a eu pénétration par la voie pulmonaire, ou une évolution plus lente, où l’on trouve tousles ganglionslymphatiques, surtout ceux du cou ou dumésen-

(4) WEIcnsELBAUM, ALBRECHT et Gnox, Ueber Pest (Wiener klin. Wochenschr., 1899).

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