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IMMUNITÉ, VACCINATION ET SÉROTHERAPIE

Immunité. —Beumerel Peiperontannoncé les premiers, en 1886,avoir pu conférer l'immunité contre le virus typhique à des souris auxquelles ils avaient injecté des doses très minimes d’abord, puis graduellement croissantes, de cultures de Bacille typhique. Chantemesse et Widal, en 1888, sont arrivés beaucoup plus facilement et plus sûrement aux mêmes résultats en injectant, dans le péritoine de souris blanches, de petites doses, 1/4 à 1/2 centimètre cube, de cultures virulentes âgées de trois jours, stérilisées à 1200 à l’autoclave pendant dix minutes. Brieger, Kilasato et Wassermann (2) ont également réussi sur la souris, pas sur le cobaye, à l’aide d'inoculations de cultures faites dans du bouillon de thymus et chauffées ensuite à 60°. C’est aussi aux produits solubles qu'ont eu recours Sanarelli (3), Chantemesse et Widal (4), qui ont facilement obtenu l'immunisation de cobayes et de lapins ; Beumer et Peiper (5) ont réussi à immuniser des moutons en leur inoculant sous la peau, à diverses reprises, des cultures virulentes préalablement chauffées pendant une heure à 60°.

Funck (6) a employé des cultures d'un mois, en bouillon, d'un Bacille très virulent, stérilisées par addition de 1/2 p. 100 d'acide phénique, pour obtenir l'immunisation de la chèvre et du cheval. Chantemesse (7) a réussi à immuniser le cobaye, le lapin et, plus difficilement, le cheval par l'emploi de doses progressivement croissantes de sa toxine très active (p. 73).

(1) Vixcexr, Sur les résultats de l'inoculation intracranienne du Bacille d'Eberth ou de sa toxine (Soc. de Biol. 24 octobre 1903).

(2) Brigcer, KirasarTo et WassErmann, Ueber Immunität und Giftfestigung (Zeitschr. für Hygiene, 1892, p. 137).

DH RE Fièvre typhoïde expérimentale (Ann. de l’Inst. Pasteur, 1892, p. 721).

(4) Cnaxreuesse et Wipar, Études expérimentales sur l’exaltation, l'immunisation

et la thérapeutique de l'infection typhique (Ann. de L'Inst. Pasteur, 1892, p. 755).

(5) Beuxer et Priper, Ueber dieimmunisièrende und heilende Wirkung antitoxischen Iammelserum gegen der Typhusgift (Zeitschr. für klin. Med., XX VIII, 1895).

(6) Fuxcx, La sérothérapie de la fièvre typhoïde. Bruxelles, 1896.

(7) Cnanrewessse, Toxine typhoïde soluble et sérum antitoxique dela fièvre typhoïde (Congrès d’hyg. de Madrid, 1898).

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Ilestbeaucoup plus chanceux de recourir aux cultures vivantes, comme l'ont fait principalement Pfeiffer et Kolle (1). Le virus vivant même très atténué, inoculé sous la peau, provoque en effet toujours des indurations longues à disparaître, très souvent des suppurations de longue durée, aboutissant à des pertes de substance souvent étendues. De plus, dans ce cas, d'après ce que nous avons vu, une simple résorption accidentelle de toxines intestinales peut déterminer une infection générale.

Sanarelli conseille de se servir de bouillons de cultures ensemencés avec du virus très actif, exalté comme il a été dit, et laissés huit à dix jours à 37°. Ces cultures sont ensuite stérilisées à 120°. En injectant sous la peau de cobayes, pesant environ 400 grammes, de 16 à 19 centimètres cubes de ces cultures stérilisées, à doses réparties pendant une période de cinq jours, on obtient sans exception l'immunité à partir du quatrième Jour après la fin du traitement préventif ; le cobaye peut, du reste, supporter des doses plus fortes, 35 à 40 centimètres cubes. Les lapins sont plus sensibles ; il faut agir avec beaucoup de prudence, avec des doses initiales plus faibles et moins rapprochées; encore, ils mâigrissent beaucoup et succombent facilement.

Chantemesse a réussi sur le cheval avec la {oxine préparée suivant sa méthode, mais l’accoutumance est très longue et très pénible, à cause surtout des arrêts nécessités par les réactions occasionnées par le poison typhique sur cet animal qui y est si sensible. La toxine est introduite sous la peau ou dans les veines ; il lui a fallu plusieurs années de traitement pour obtenir un degré d’immunisation assez solide. Le sérum qu'il obtient est nettement antitoxique et jouit de propriétés préventives manifestes contre l'infection typhique expérimentale chez le cobaye et le lapin.

Vaccination antityphique.— Ces résultats d'immunisation, obtenus chez les animaux, la constatation des propriétés bactéricides et agglutünantes apparues dans leur sang, ont conduit à l'idée d’appliquer les mêmes procédés à l'homme pour obtenir chez lui une immunisation active, une véritable vaccination.

Méthode de Pfeiffer et Kolle.— Pfeiffer et Kolle (2), en 1896, ont fait les premiers essais sur deux hommes qui se sont prêlés aux inoculations de cultures stérilisées.

Ils se sont servis de cullures sur gélose bien virulentes, provenant d'ensemencement de pulpe de la rate d’un typhique, émulsionnées dans du bouillon stérilisé, de telle sorte qu'un centimètre cube contienne 2 milligrammes de culture, dose susceptible de tuer un lapin de 300 grammes en inoculation intrapéritonéale. L'émulsion est stérilisée par un chauffage de plusieurs heures à 56°; mise en cultures, elle ne doit donner aucun développement.

En inoculant à l’homme, sous la peau, 1 centimètre cube du produit, on observe une réaction très évidente. Les premiers symptômes apparaissent après deux à trois heures ; c'est du frissonnement, des vertiges,

(1) Preirrer et Kozrr, Ueber die specifische Immunitätsreaction der Typhusbacillus (Zeitschr. für Hygiene, XXI, 1896, p. 203). — In., Zur Differenzialdiagnose der Typhusbacillus vermittelst Serums der gegen Typhus immunisirten Thiere (Deutsche med. Wochenschr., 1896, n° 12).

(2) Prerrrer et Kozce, Experimentelle Untersuchungen zur Frage der Schutzimpfung

des Menschen gegen Typhus abdominalis (Deutsche med. Wochenschr., n° 46, novembre 1896, p. 468).

[he!

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un malaise vague, des sensations douloureuses dans la région injectée. Le soir, la température monte à 38°,5; il y a un peu d'agitation. Le lendemain matin, on trouve encore un peu d’hyperthermie, puis tout disparaît. A l’aide de ventouses scarifiées ou de piqûres aux doigts, on prélève du sang où l’on peut facilement constater le développement des propriétés bactérioly tique et agglutinante. Au boul de six jours, l’action immunisante du sérum pour le lapin est au moins égale à celle que possède le sérum de convalescents de fièvre lyphoïde.

Plus tard, Pfeiffer et Kolle ont un peu modifié leur manière de faire. Ils préparent leur vaccin de la façon suivante : 200 milligrammes d'une culture sur gélose de vingt-quatre heures, à 37°, sont émulsionnés dans 45 centimètres cubes de solution physiologique stérilisée. On passe sur une gaze stérile pour enlever de petits morceaux du substrat s'il en existait, On chauffe à 60° pendant une heure et demie à deux heures pour tuer les microbes ; la stérilisation est vérifiée par des ensemencements sur gélose et en bouillon. Pour assurer la conservation, on ajoute 5 centimètres cubes de solution d'acide phénique à 3 p. 100.

On fait une première injection sous-cutanée de Occ, 5, soit 2 milligrammes de culture ; une seconde de 1 centimètre cube, soit 4 milligrammes de culture ; une troisième de 1%,5, soit 6 milligrammes de eulture.

Méthode de Wright.— Wright (1), se basant sur ces données, fit le premier l’application en grand d’une vaccination antityphique sur des militaires anglais envoyés dans l'Inde ou au Transvaal, dans des endroits où sévissait la fièvre typhoïde.

Il use, comme vaccin, de cultures en bouillon peptonisé faiblement alcalin, laissées quarante-huit heures à 37° et tuées par un chauffage de deux heures à 60°. La stérilité est vérifiée par mises en cultures. Du reste, il suffit même d'une température inférieure; Leishmann n'emploie aujourd'hui qu'une température de 53° maintenue pendant une heure, donnant une stérilisation sûre el pouvant respecter mieux des corps actifs.

On vérifie alors la dose vaccinale du produit en injectant dans le péritoine de cobayes de 250 grammes desdoses variant de 0,5 à 3 centimètres cubes. On détermine ainsi la dose qui est mortelle pour 100 grammes de cobaye ; cette dose est prise comme dose de début pour l'homme ; elle est généralement de 1°°,5

On additionne enfin la culture stérilisée d’une solution de lysol à 5 p. 100, à raison de 1 centimètre cube pour 10 centimètres cubes de culture.

On fait une première injection à l’homme avec 1°,5 de produit, et, quelques jours après, une seconde avec 3 centimètres cubes.

Pour apprécier aussi l’activité d’un vaccin, Wright compte la quantité de Bacilles contenus dans 1 centimètre cube de bouillon.

Ce nombre varie entre 1000 et 2000 millions par centimètre cube. En première inoculation à l’homme, on injecte 1000 millions ; on en fait une seconde, huit jours après, de 1500 à 2000 millions (2).

L’ inoculation de ces vaccins de Pfeiffer et Kolle et de Wright déter-

(1) Waricar, À short treatise on antityphoid inoculation, 1904. (2) Lame et Forster, On the standardisation of antityphoid vaccine (Scien{. memoirs of the Govern. of India, 1906, n° 21).

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mine l'apparition dans le sang de substances qui doivent jouer un rêle dans l'immunisation, bactériolysines, agglutinines, opsonines et peutêtre antitoxines. Les bactlériolysines paraissent surtout importantes, puisque des sérums trèsagglutinants peuvent n’avoir que des propriétés immunisantes faibles ou nulles. D’après Wassermann ( l), ces substances n'apparaissent dans le sang du suiet trailé qu'au cinquième jour ; Pfeiffer et Kolle ont constaté que leur taux s'élevait très fort après la deuxième injection de vaccin.

Il est nécessaire de choisir la cullure qui doil servir aux ensemencements, un Bacille (rès virulent pouvant, comme l’a signalé Wassermann, susciler l'apparition, dans le sérum d'animaux inoculés, de propriélés bactéricides moins marquées que celles que l’on obtiendrait avec un Bacille moins virulent. On doit se renseigner sur ce point important par des expériences préalables. Pfeiffer et Kolle ont pris un Bacille lyphique qui tue un cobaye de 250 grammes à la dose d'un huilième d'üse de cullure sur gélose âgée de vingt-quatre heures, en injection intrapérilonéale.

Mais l'usage de ces vaccins amène presque loujours des réactions assez fortes et souvent pénibles, de la douleur au point d'inoculation, parfois de l'adénopathie régionale, une réaction fébrile assez intense, des frissons, des douleurs lombaires, de la céphalée, de l'abattement, qui rendent l'opération assez pénible à supporter. On a pensé que ces symptômes devaient provenir de l'introduction des corps microbiens ; aussi a-t-on cherché à substituer à ces deux sortes de vaccins d’autres produits totalement privés de corps IDR ce, comme en fournissent les procédés exposés ci-après.

Les stalisliques anglaises ou rate porlant sur des troupes envoyées dans desrégions où la fièvre Lyphoïde sévissait, concordent bien pour établir les avantages de la vaccination antlilyphique. La morbidité el la mortalilé ressorlissent comme nellement inférieures, chez les vaccinés, de moitié au moins. Les résullals des dernières statistiques anglaises seraient encore meilleurs (2). La préservation n’est pas absolue, ils’en faut ; on n’en connaît pas les raisons.

Chez les sujets vaccinés, l'immunisation demande un certain lemps pour s’élablir. Le pouvoir bactéricide du sang ne se montre guère que versle seplième jour, augmente progressivement el paraît persister assez longtemps, plusieurs mois, une année même; Wright ne l’a plus conslalé après dix-huit mois; Ward (3) l’a encore reconnu après plus de quatre ans.

Au début de la vaccination, pendant la première semaine, le sujet est donc encore réceplif ; Wright croit même à une susceptibilité plus grande, une hypersensibilité au contage pendant cette période qu'il considère comme une vraie phase négative, due probablement à la fixation par le vaccin des anticorps existant naturellement et déterminant la résistance. Il y a lieu de tenir compte de ce fait dans les apprécialions.

On peut penser que les effets des inoculations se prolongent plusieurs

(1) WasserMANN, Experimentelle Beiträge zur Frage der aktiven Immunisierung des Menschen (Festschr. =. 60 Geburlstag von Robert Koch, p. 527, 1903-1904).

(2) Leisaman, Journ. of the royal Arm. medic. Corps, 1909.

(3) Wano, 1bid., 1906.

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