DIAGNOSE AVEC DES ESPÈCES SIMILAIRES
Le Bacille de la peste a des affinités certaines avec les microbes des septicémies hémorragiques ; la peste est même considérée une véritable septicémie hémorragique. On peut avoir à le distinguer surtout du Bacillus typhi murium ou des espèces voisines très pathogènes pour les rats, occasionnant sur eux des épizooties. Le Bacille de la pseudo-luberculose des rongeurs (1, p. 795) présente avec lui de grandes ressemblances. Les caractères des cultures sur les différents milieux, les effets des inoculations sur les animaux d'expérience et surtout les résultats obtenus avec le sérum antipesteux permettent d'établir aisément la distinction.
Le sérum antipesteux protège sûrement les animaux contre l’inoculation du Bacille de la peste et n’agit pas du tout avec les autres espèces. Son pouvoir agglutinant peut aussi fournir de précieuses indications, moins absolues cependant.
Pour rechercher l’agglulination, on use de cultures sur gélose bien émulsionnées dans un peu de solution physiologique.
Avec le Bacille de la peste, Vagglutination est manifeste, mais à un taux souvent peu élevé, inférieur à 1 p. 25, 1 p. 50, rarement supérieur à 1 p. 100, exceptionnellement atteignant 1 p. 500.
C’est un moyen d'établir aisément un diagnostic différentiel avec d’autres espèces bactériennes qui ne sont pas influencées dans ces conditions ; certaines espèces, toutefois, sont également agglutinées, le Bacille de la pseudo-tuberculose des rongeurs d’après Zlatogoroff (2).
D’après Mac Conkey (3), ce dernier microbe se distinguerait facilement du Bacille de la peste parce qu'il colore en bleu le pelit-lait
(4) Zzarocororr, Ueber die bakteriologische Diagnose der Pest in Kadavern (Centralbl. für Bakt., 1te Abth., Orig., XXXVI, 1904, p. 559).
(2) ZraArocororr, Loc. cit.
(3) Mac Conxey, On the relationship between B. pestis and B. pseudotuberculosis rodentium (Journ.of Hygiene, VIII, 1908, p. 335).
318 | BACTÉRIACÉES,
| tournesolé et que les cultures pesteuses sur gélose sont beaucoup plus muqueuses et filantes.
Dans la maladie, le pouvoir agglutinant du sang du malade n° apparaît que vers le neuvième jour, persiste pendant plusieurs mois, souvent après la convalescence ; il ne s’élève jamais bien haut, ne dépasse guère 1 pour 20.
La réaction de précipitation pourrait aussi donner quelques résultats.
BACILLE HÉMOPHILE (Bacille de l'influenza de Pfeiffer, Coccobacille hémophile de Rosenthal.)
ATLAS DE MICROBIOLOGIE, PL. XXV
Dans les crachats de personnes atteintes de grippe, on a signalé, depuis long temps, la présence de divers microbes qui pouvaient être supposés jouer un rôle quelconque dans la maladie. C'a été d'abord le Pneumocoque, le Streptocoque, le Fe Staphylocoque D HARMANSAE doré, le Pneumo- Fig. 72. — Crachats dans l'influenza. La plupart des Bacilles bacille, puis plus sont libres ; en a, bet c, quelques Bacilles sont inclus dans les tard le Micrococcellules (Netter). cus catarrhalis, l’'Entérocoque, les Télragènes. Devant une telle diversité, on était naturellement amené à penser que c'étaient simplement des agents d'infection secondaire.
Pfeiffer (1) a décrit, dès 1890, sous le nom de Bacille de l'influenza, un microbe spécial qu’il rencontrait en abondance dans l’expectoration des grippés. Il avait réussi à l’isoler seulement en ensemençant des crachats hémoptoïques, d’où l’idée lui était venue d'utiliser des milieux additionnés de sang, qui permettent en effet son développement. L’énorme quantité des éléments de ce microbe qu’il constatait dans les sécrétions catarrhales, si abondantes dans la grippe, l’a certainement incité à le considérer comme l’agent spécifique de cette affection.
Après lui, de nombreux expérimentateurs en ont constaté la présence dans les mêmes conditions.
Toutefois, Pfeiffer lui-même avoue plus tard qu'il n’est pas parvenu à le mettre en évidence dans tous les cas de grippe. Beaucoup d’autres constatent aussi son absence dans la grippe vraie ou le trouvent alors dans des affections pulmonaires autres, dans le catarrhe des tubercu-
4) R. Prerrer, Die Aetiologie der Influenza (Zeitschr. für Hygiene, XIII, 1893, p- 357).
BACILLE HÉMOPHILE. 319
leux, dans l’expectoration des pneumoniques, dans des bronchopneumonies observées en dehors de toute épidémie grippale, parmi les microbes nombreux du contenu des cavernes pulmonaires, ou même en dehors de toute manifestation pathologique. On peut certainement penser, avec Rosenthal(1), que le Bacille de Pfeiffer n’est pasle microbe spécifique de la grippe, mais un microbe ordinaire de la flore pulmonaire.
On trouve ce microbe parfois en quantité dans les crachats visqueux, d'un gris verdâtre, souvent très abondants dans l’influenza, qu'il faut examiner récents et le plus possible venant directement des poumons, libres des sécrétions du larynx et de a ee d'ordinaire très riches en microbes saprophytes (fig. 72). Les préparations sont colorées au bleu de Læffler ou à la solution de Ziehl étendue d’eau : sil faut les laisser au moins une dizaine de minutes dans le bain colorant.
MORPHOLOGIE
Caractères microscopiques et coloration. — Les Bacilles de l’influenza sont de très petits bâtonnets de 0,2 & à 0,5 u de large et d’une longueur deux à trois fois plus grande (fig. 73). [ls sont immobiles, souvent réunis par deux, parfois plus. Ils ne paraissent pas former de spores. Ils ne montrent jamais de capsules.
Grassberger (2) signale dans certaines cultures la présence d’éléments anormaux, longs filaments simples ou ramifiés, parfois terminés en massue, d’autres fois moniliformes; d’autres renflés en sphère, en poire, en fuseau, en cœur. Ce sont là des formes d’involution. Fig. 73. — Bacilles de l'influenza
Ils se colorent assez difficilement aux Res Ra ue couleurs d’aniline, au mieux peut-être de sang de pigeon (Netter). avec la solution de Ziehl, présentent souvent la coloration bipolaire et se décolorent toujours par la méthode de Gram.
Cultures. — Les tentatives de culture sur milieux ordinaires ne donnent pas de résultat. Au contraire, la réussite est facile sur tous les milieux additionnés de sang. Le développement se fait très bien sur gélose au sang (I, p. 249). Sur la surface libre de la gélose, il suffit d’étaler une ou quelques gouttes de sang recueilli aseptiquement. L'expérience montra à Pfeiffer que c'était spécialement les globules rouges et uniquement leur hémoglobine qui rendaient le terrain propice au microbe. Le sang de l’homme ou de divers animaux convient très bien; celui de pigeon a paru devoir être préféré.
Les cultures ne se font qu’en présence de l'air, le microbe est un
(4) Rosenrxaz, Recherches bactériologiques etcliniques sur quelques cas de broncho-
pneumonie aiguë. Thèse de Paris, 1900. (2) GRAssBErGER, Zur Frage der Scheinfädenbildung in Influenzakulturen (Centralbl.
für Bakt., XVIII, 1898, p. 353).
320 BACTÉRIACÉES.
aérobie strict; elles ne se font pas au-desso us de 26°, ont leur optimum à 37° et cessent à 43°.
Pour obtenir des cultures, Pfeiffer recommande le procédé suivant : Une petite quantité de crachats est diluée dans 1 ou 2 centimètres cubes de bouillon. On ensemence une petite quantité du mélange à la surface de la gélose au sang. Après vingt-quatre heures à 37° ou un
peu plus, la surface du milieu montre à la loupe surtout de nombreuses
petites colonies bombées ayant l'aspect de petites gouttelettes très transparentes, incolores, tout à fait homogènes. Avec l’âge, le centre de ces colonies devient opalescent, un peu jaunâtre ou brunâtre. Ces colonies, comme l’a fait remarquer Kitasato, ne confluent jamais entre elles. Quand elles sont nombreuses, elles restent très petites; plus isolées, elles atteignent 1 millimètre de diamètre. On les reporte facilement sur de la gélose ou du sérum à la surface desquels on a étalé quelques gouttes de sang stérile. On peut en obtenir de nombreuses générations, en ayant soin de les réensemencer tous les quatre jours. La vitalité des cultures ne se maintient guère qu'une quinzaine de jours.
Dans les milieux liquides additionnés de sang, le microbe se développe en donnant de petits flocons blancs, sans troubler le liquide. Le bouillon additionné de sang donne de moins belles cultures que le sérum resté au contact du caillot et avant dissous de l’hémoglobine (Rosenthal).
Voges (1), Delius et Kolle (2), Grassberger (3) recommandent comme très bon milieu de la gélose mélangée à du sang défibriné. Le sang défibriné est mélangé à “la gélose fondue et maintenue à à 45°; on fait solidifier rapidement en refroidissant. Czaplewsky (4 4) recommande d’ ajouter à la gélose au sang du milieu de Heyden, qui donne des cultures beaucoup plus abondantes.
Huber (5) dit obtenir d'excellents résultats en ajoutant à la gélose des préparations d’hémoglobine du commerce. Il s’est servi du produit connu sous le nom d’hémoglobine du D' Hommels. C’est un liquide trouble, rouge foncé, de réaction neutre. Pour le stériliser, Huber le chauffe à 100, A cette température, il se coagule, prend une couleur brune, devient compact et opaque. En ajoutant de la potasse jusqu’à réaction très alcaline, on empêche la coagulation, et en filtrant aprèsun chauffage on sépare les albuminoïdes précipitables à la température employée. On ajoute une petite quantité du liquide à la gélose refroidie vers 50°-60°, Le Bacille de l’influenza pousse bien sur ce milieu, moins abondamment toutefois que sur la gélose au sang de Pfeiffer ; les colonies n'apparaissent que plus tard, vers le troisième ou quatrième jour. Elles y restent vivantes plus longtemps, une trentaine de jours au moins. Le bouillonadditionné de cette même hémoglobine convient également bien.
D’après Pfeiffer, c’est le fer de l hémoglobine qui serait la substance favorable de ces milieux.
4) Voces, Beobachtungen und Untersuchungen über Influenza und der Erreger dieser Erkrankung (Berlin. klin. Wochenschr., 1894, n° 38, p. 868).
(2) Deus et Kozze, Untersuchungen über Influenzaimmunität (Zeitschr. für Hygiene, XXIV, 1897, p. 327).
(3) GrassserGer, Beiträg zur Bakteriologie der Influenza (Zeitschr. für Hygiene, XXV, 1897, p. 453).
(4) Czaprewsxy, Beiträg zur Züchtung des Influenzabacillus (Centralbl. für Bakt., XXXII, Originale, 1902, p. 667).
(5) Huser, Ueber den Influenzabacillus (Zeitschr. für Hygiene, XIII, 1893, p. 357.)
BACILLE HÉMOPHILE. Ai!
Nasstiukoff (1) remplace l’hémoglobine par le jaune d'œuf. Le jaune d'œuf est mélangé à une solution de chlorure de sodium: à 10 p. 100 et une petite quantité du mélange est additionnée à la gélose maintenue liquide au-dessous de 50°. Les caractères des colonies sont semblables à ceux observés sur les milieux au sang.
D’après Cantani (2), on obtiendrait des cultures sur milieux dépourvus d’hémoglobine, mais additionnés de sperme, de sérum sanguin, de sérosité d’ascite, de bile humaine, même de globuline, de sérine, de leucine, d’albumoses. Ces données ont été controuvées par Ghon et Preyss (3).
Le développement se fait bien dans le bouillon additionné de sang; le liquide se trouble, puis s’éclaireit vite en montrant un petit dépôt.
La même culture s'obtient avec du sérum liquide ayant dissous une petite quantité d’hémoglobine.
Meunier (4), Grassberger, Rosenthal signalent comme particularité très intéressante l’action favorable qu'exercent les colonies du S4aphylocoque doré et du Staphylocoque blanc sur le développement des
colonies du Bacille de l'influenza sur les géloses au sang. En ensemençant les deux microbes sur un même milieu, faisant par exemple quelques piqûres avec de la semence de Staphylocoque, on voit les colonies du Bacille de l'influenza apparaître plus vite et prendre des dimensions plus fortes autour des colonies de Staphylocoque doré que dans les parties éloignées de ces dernières, ou dans une culture témoin ne renfermant que le premier de ces microbes, faite dans des conditions absolument identiques. C’est un exemple bien net de salellitisme dans le développement. D'autres microbes, Colibacille, Bacille lyphique, Bacille diphtérique, Bacillus prodigiosus, Sarcines, exercent aussi la même action favorable, mais d’une manière beaucoup moins évidente. Ce sont surtout ces colonies satellites qui présentent les formes d’involution signalées plus haut.
PROPRIÉTÉS BIOLOGIQUES
Les cultures conservent leur vitalité pendant deux à trois semaines, pendant trois à quatre mois en cultures mixtes, à l’étuve; moins longtemps à la température ordinaire. Le microbe resterait vivant aussi longtemps dans les crachats humides. En ensemencçant des milieux où il ne se développe pas, comme la gélose ordinaire, on ne peut plus obtenir de végétation ultérieure sur milieux favorables après quarantehuit heures à l’étuve, ce qui prouve sa faible résistance. La dessiccation rapide le tue en deux heures, lente en dix à vingt heures. A 60°, il périt en dix minutes; à 100°, en une minute, Le sublimé à 1 p. 1000 le fait périr en dix minutes; l'acide phénique à 1 p. 100 en trente minutes. Dans l’eau, le microbe meurt très vite, avant deux jours.
(1)Nassriuxorr, Mémoire en russe analysé in Centralbl. für Bakl., XIX,1896, p. 474.
(2) CanTANI, Debee aas Wachsturn der Influenzabacillen auf hämoglobinfreien Nährbüden (Zeitschr. für Hygiene, XXXVI, 1902, p. 215). — Zur Biologie der Influenzabacillen (Centralbl. für Bakl., XXXII, Originale, 1902, p. 692).
(3) Gxox et Preyss, Studien zur Biologie des Influenzabacillus (Centralbl. für Bakl., 1e Abth., Originale, XXXII, 1902, p. 90).
. (4) MEUNIER, Satellitisme des colonies du Bacille de Pfeiffer dans les cultures mixtes (Soc. de Biol., 11 juin 1898). N
Macé. — Bactériologie, 6e édit. II. — 21
322 BACTÉRIACÉES,
INOCULATION EXPÉRIMENTALE
D'après les recherches de Pfeiffer et de Grassberger, les animaux d'expérience paraissent généralement peu sensibles aux inoculations. Chez les animaux vigoureux, on ne constate, avec des doses moyennes, qu'une réaction minime, un peu de fièvre. De très fortes doses tuent les lapins, en injection intraveineuse; l’inoculation intratrachéale détermine la mort, avec des symptômes et des lésions pulmonaires. Les animaux affaiblis sont plus sensibles. L'inoculation sous-cutanée détermine fréquemment des abcès.
Cantani (1) dit avoir éu des résultats très positifs en inoculant les cultures directement dans le cerveau du lapin ; il faut alors des doses bien moins élevées de cultures.
Pour Meunier, l’action pathogène pour le lapin est manifeste. Habituellement, l’inoculation de cultures ne détermine chez lui qu'une maladie passagère, caractérisée par une hyperthermie intense, de l’anorexie et de l’abattement, symptômes à attribuer plutôt à une intoxication qu'à une véritable infection, que l’on peut du reste également observer après injection de cultures stérilisées. Exceptionnellement, on observe une infection réelle; le microbe envahit le sang et crée dans les organes, poumons et reins surtout, des lésions anatomiques plus ou moins graves.
Le pigeon, la souris, le cobaye, le chien, la grenouille n’ont rien montré
Pour Rosenthal, on n'obtient pas de résultats constants avec les cultures pures; l’injection intraveineuse chez le lapin est inoffensive. Les inoculations mixtes, de plusieurs espèces en symbiose, donnent au contraire des résultats très nets; avec le Méningocoque, le Pneumocoque, l’'Entérocoque, les Staphylocoques, on détermine des accidents de seplicémie graves et souvent mortels. Le microbe, incapable d’agir seul, favorise l'infection par le microbe ajouté, dont l'organisme triompherait s’il était seul.
HABITAT ET ROLE ÉTIOLOGIQUE
Chez l’homme atteint d'influenza, le Bacille de Pfeiffer se trouve particulièrement dans les sécrétions des voies respiratoires. On n’en rencontrerait jamais dans le sang, d’après Pfeiffer et Huber, contrairement à ce qu'avancent Canon (2), Klein (3), Meunier (4), Rosenthal, Isambert (5) et Ghedini(6). Ces Bacilles se retrouvent dans les lésions pulmonaires, dans l’exsudat de la plèvre; on les trouve libres ou inclus souvent en grand nombre dans les éléments cellulaires
On trouve fréquemment d’autres microbes pathogènes en association
(4) Canrani, Zeitschr. für Hygiene, XXII.
(2) Cawow, Deutsche med. Wochenschr., 1892, p. 28 et 48.
(3) Ke, Report on influenza (Local Government Board, 1893, p. 85).
(4 3) Meunier, Dix cas de bronchopneumonie infantile dus au Bacille de Pfeiffer. Études bactériologique, clinique et pathogénique (Arch. gén. de méd., 1897).
(5) Isamserr, Hémococco-bacillémie et septicémie grippale. Thèse de Nancy, 1901.
(6) GHeninr, Nachweiss des Pfeiffer'schen Bacillus im Blute und in der Milz bei Influenza (Centralbl. für Bakt., 1t® Abth., Orig., XLIII, 1907, p.407).
BACILLE HÉMOPHILE. 323
avec lui; les plus fréquents, de beaucoup, sont le Pneumocoque et le Streplocoque pyogène.
On le rencontre aussi en dehors de toute influenza, dans d’autres affections ; Rosenthal (1) l’a trouvé dans la bronchopneumonie : Licebscher (2) le signale dans les sécrétions nasales de malades atteints de rougeole et de scarlatine, en l’absence complète de grippe; Pick ‘et Jochmann (3) l’ont rencontrée dans la coqueluche; Scheller (4), Klieneberger (3) le signalent dans l'urine, dans des cas de cystite ou d'hématurie.
Il est même loin d'être constant dans l’influenza ; Sacquépée (6) l’a trouvé très rare dans une forte épidémie à Rennes; Kretz (7) à Vienne, Sternberg en Amérique, Bezançon et de Jong (8) à Paris, fe rencontrent moins souvent que d’autres microbes, Preumocoque et Streptocoque surtout.
D'un autre côté, dans de nombreux cas de grippe infectieuse avérée, on constate la présence de plusieursautres espèces microbiennes, le Pneumocoque, le Streplocoque, le Micrococcus catarrhalis, très fréquemment aussi l’£ntérocoque, certaines variétés de Tétragènes (9), en même temps que celle du Bacille de Pfeiffer, mais souvent aussi en l’absence totale de ce dernier.
Le Bacille de Pfeiffer ne doit donc pas être regardé commele microbe spécifique de linfluenza, apparaissant bien comme un état infectieux pouvant être déterminé par plusieurs espèces microbiennes, qui, présentes à l’état normal, gagnent, à un moment donné, une virulence spéciale, sous l'influence de conditions d’exaltation encore peu connues. Ce Bacille peut donner l’influenza, comme cela a été dans les grandes épidémies de 1889 et de 1893; mais il peut ne pas intervenir, ou seulement très peu, comme dans l'épidémie de 1905, laissant la place aux autres microbes signalés.
Il paraît devoir être considéré comme un simple saprophyte des voies respiratoires, pouvant devenir virulent sous certaines influences.
Pfeiffer a décrit sous le nom de Pseudo-influenzabacillus un microbe qu'il a observé dans trois cas de bronchopneumonie en dehors d’épidémie de grippe, à l’autopsie. Il présente des caractères d'aspect et de cultures semblables à ceux du Bacille de l'influenza; il n’en est pas à distinguer.
Le seul caractère distinctif donné Ci la formation d'éléments filamenteux dans les cultures ; or, Grassberger a démontré qu'on obtenait
(4) Rosenraaz, Loc. cil., p. 319.
(2) Liesscner, Ueber Influenza bacillenbefunde bei Masern-und Scharlacherkrankungen (Prag. med. Wochenschr., XXVII, 1905, p. 85).
(3) Jocamann, Beitrag zur Kenntniss der Influenza und Influenzabacillen (Deutsche Arch. für klin. Med., LXXXIV, 14905, p. 470).
(4) ScHELLER, Ueber die Verbreitunz der Influenzabazillen (Centralbl. für Bakt.,
4 e Abth., Orig., L, 1906, p. 503).
(5) K LIENEGERGER, Ueber hämophile Bacillen (Deutsche med. Wochenschr., 1905, no 151):
(6) Sacquérér, Évolution bactériologique d’une épidémie de grippe (Arch. de méd, expér., 1901, p. 562).
(7) Krerz, Wiener klin. Wochenschr., 1905, p. 177.
(8) Bezaxçon et pe Jonc, Soc. m°d. des hôp., 24 février, 140 mars et 13 oct. 1905.
(9) Bezançon et DE JonG, Loc. cit. — BEnxam, Bacteriology of common colds (Brit. med. Journ., 5 mai et 6 novembre 1909).
324 BACTÉRIACÉES.
facilement des filaments en cullivant le Bacille de Pfeiffer sur du sérum de cheval coagulé. Jochmann les donne comme fréquents dans les vieilles cultures sur la plupart des milieux. :
Le microbe décrit par Elmassian (1) serait aussi identique à celui de Pfeiffer.
Kraus (2) décrit une seplicémie du lapin occasionnée par un petit Bacille qui présente de très grandes analogies avec celui de l’influenza de l’homme.
G. Roux, Teissier et Pilion (3) ont rencontré chez les malades atteints de grippe une Bactérie assez polymorphe, qu'ils n’ont retrouvée dans aucune autre affection. Elle se trouverait, assez inégalement toutefois, dans le sang pendant la période d'invasion fébrile et très constamment dans l’urine, en cultures pures, le jour de la défervescence.
Dans l’urine, c’est un petit diplobacille, mobile, présentant une mince capsule, et se colorant bien à la solution de Ziehl. Dans le sang, les éléments forment des chaînettes plus ou moins longues, lentement mobiles.
Il se cultive facilement sur les milieux ordinaires.
Sur plaques de gélatine, les colonies transparentes, irisées, ont les bords très découpés et le centre obscur; elles rappellent l'aspect des colonies du Bacille fyphique. La gélatine n’est pas liquéfiée.
Sur gélose, sa culture pousse très vite, sous forme d’une bande blan châtre opaline, à contour sinueux.
Sur pomme de terre, la culture est typique; elle est très peu apparente, semblable à un fin glacis un peu humide, rappelant celle du Bacille lyphique.
Le bouillon ne se trouble qu'après trente-six heures à 37°. Le trouble est très homogène; on n'observe ni flocons, ni voile. Les microbes de ces cultures en bouillon sont plus courts; ils ressemblent à des diplocoques.
Les cultures sont nettement pathogènes pour le lapin. Les troubles morbides déterminés auraient une certaine ressemblance avec la grippe humaine : accidents nerveux, vertiges, paraplégies, convulsions parfois; troubles intestinaux, lésions pulmonaires ou péricardiques, néphrite congestive; évolution fébrile cyclique. Ces effets semblent résulter de l’action de toxines sécrétées par les microbes.
Jarron (4) donne également comme agent de l’influenza un gros diplobacille polymorphe qu'il dit trouver dans les crachats, l'urine, le sang, l’exsudat pleurétique, et qui est pathogène pour le lapin.
(4) Ezmassran, Note sur un Bacille des voies respiratoires et ses rapports avec le Bacille de Pfeiffer (Ann. de l’Inst. Pasleur, XIII, 1899, p. E21).
(2) Kraus, Ueber den Erreger einer influenzaartigen Kaninchenseuche (Zeitschr.für Hygiene, XXIV, 1897, p. 396).
(3) G. Roux, Teisster et Prriox, Nouvelles recherches bactériologiques et expérimenie relatives à la pathogénie de la grippe (Arch. de med. expér., IV, 1892).
(4) JArRoN, Étude bactériologique de la grippe. Thèse de Bordeaux, 1894.
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