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longueur, la partie liquéfiée est très trouble : au fond on trouve un épais sédiment rouge foncé ; à la surface nagent souvent des flocons de même couleur. Le liquide est coloré en rosé rouge, dans sa partie supérieure au moins.
Sur gélose, en strie, on obtient de larges bandes muqueuses, rosées, qui deviennent rouge-sang en vieillissant et offrent souvent des reflets métalliques. Si la gelée se dessèche, l'espèce semble se développer moins abondamment ; elle ne forme pas d'ordinaire de membrane plissée, mais une couche glaireuse épaisse dont les parties supérieures, en contact immédiat avec l'air, sont seules fortement colorées.
Sur pomme de terre, la végétation est abondante ; elle donne, en vingt-quatre heures, une couche blanc rosé qui grandit et forme en peu de temps une pellicule muqueuse, épaisse, colorée en rouge-sang, dont la surface se fonce considérablement par l’âge et peut même montrer en certains endroits des reflets d’un vert métallique ressemblant à ceux de la fuchsine.
Le sérum coagulé est liquéfié peu à peu ; avant, la culture prend les caractères de celle sur gélose.
Le bouillon se trouble rapidement et prend une coloration rosée qui n'est souvent marquée que dans la partie supérieure, formant un petit liséré superficiel. Les cultures âgées sont un peu visqueuses.
Dans le lait, il produit la coagulation de la caséine, sans amener de
changements plus profonds, même après un long temps ; le coagulum
pourrait se dissoudre, d'après Hüppe. Dans la nature, le lait où se développe ce microbe peut se colorer en rouge par taches, surtout sur la couche de crème qui se forme par le repos. D’après Gorini (1), la coagulation du lait serait également déterminée parles cultures filtrées, due par conséquent à un ferment dissous.
PROPRIÉTÉS BIOLOGIQUES
La plupart des cultures, surtout les cultures sur pomme de terre, dégagent de l’ammoniaque et une forte odeur de triméthylamine, produite, d'après Ackermann et Schütze (2), aux dépens de lécithine et de choline formées.
Ce microbe produirait des traces d’indol, pas d'hydrogène sulfuré.
Il sécrète des diastases protéolytiques assez actives.
Dans les milieux sucrés, il formerait une quantité très minime d'alcool et parfois dégagerait des gaz, surtout en cultures anaérobies, d’après Liborius (3), pas du tout d’après Ritter (4).
C’est un ferment peu énergique de l’urée.
Il résiste peu à la chaleur ; une température de 60° à 80° tue tous les éléments ; il supporte cependant sans périr une longue dessiccation.
Pigment. — La particularité la plus intéressante du Bacillus prodigtosus est sans contredit la production de la matière colorante. D'après
(1) Goom, Studi sperimentali sull latte. Rome, 1892.
(2) Ackermanx et Scuurze, Ueber Art und Herkuntt der flüchtigen Basen von Kulturen des Bacterium prodigiosum (Arch. für Hygiene, LXXIII, 1911, p. 145).
(3) Lisorius, Zeitschr. für Hygiene, 1, 1886, p. 115.
.(4) Rirrer, Zur Physiologie des Bacillus prodigiosus (Centralbl. für Bakt., 2 Abth., VI, 1900, p. 206).
Macé. — Bactériologie, 6° édit. II. — 28
Schottelius (1), la matière colorante se trouve exclusivement dans l'intérieur des cellules dont elle imprègne uniformément le protoplasma. Après la mort, elle diffuse autour de la cellule et vient former des granulations plus ou moins grosses. Cependant, dans un grand nombre de cultures, j'ai observé, entre les cellules bien évidemment vivantes, des amas de granulations de taille variable, tantôt plus petiles, tantôt beaucoup plus grosses que les coccus, de forme ronde ou irrégulière, et colorées en rouge-rubis très brillant. Ce sont peut-être des formes de dégénérescence, peu vivantes ou mortes, qui s'imprègnent de pigment. Le pigment ne se forme qu'en présence d'oxygène ; les colonies développées dans les couches profondes de la gélatine ou sous une couche, d'huile restent blanches.
D'après Samkow (2), la présence de sels de magnésium, surtout sulfate et chlorure, serait nécessaire pour la production du pigment.
La matière colorante est insoluble dans l’eau et légèrement soluble dans l'alcool et l’éther en donnant une liqueur rouge légèrement jaunâtre. La solution montre au spectroscope deux bandes caractéristiques, une forte dans le vert et une plus faible dans le bleu. Les acides la font passer au carmin, puis au violet ; les alcalis la rendent jaunâtre. Avec le zinc el l’acide chlorhydrique, les solutions se décolorent complètement. L'addition d'acide fait reparaître la couleur. La lumière décolore très vite les solutions alcooliques qui, maintenues à l'obscurité, conservent pendant des années leur puissance colorante. On n'a jamais obtenu le pigment à l'état cristallin (3).
D'après Rosenberg (4), on pourrait séparer deux pigments différents, l'un jaune, l’autre rouge ; le premier, chauffé en présence d’eau, donnerait le second.
Dans une suite de cultures, la production du pigment diminue de telle sorte qu'après un certain nombre de générations on n'obtient plus que des cultures rosées ou brunâtres, puis tout à fait blanches. La propriélé de produire du pigment peut même se perdre complètement sous des influences défavorables ; on obtient de véritables races achromogènes. D'après Kuntze (5), le pigment aurait besoin pour se produire de petites quantités de soufre et de magnésium pour former du sulfate de magnésie.
Cette Bactérie ne semble pas avoir de propriétés pathogènes; d'après Marx (6), on pourrait faire périr des grenouilles et des souris à la suite d’injections sous-cutanées de cultures.
Les cultures contiennent cependant des toxines actives ; mais il faut de très fortes doses pour tuer les animaux d'expérience. Ces produits de
(1) Scorreuus, Biologische Untersuchungen über den Micrococcus prodigiosus. Leipzig, 1887.
(2) Samkow, Zur Physiologie des Bacillus prodigiosus (Centralbl. für Bakt., 2te Abth., XI, 1903, p. 305).
(3) KrarT, Beiträge zur Biologie des Bacterium prodigiosum und zum chemischen Verhalten seines Pigmentes. Thèse de Wurtzbourg, 1902.
(4) RosexserG, Beiträge zur Kenntniss der Bacterienfarbstoffe, in besondere der Gruppe des B. prodigiosus. Thèse de Wurtzbourg, 1899.
(5) Kuxrze, Ein Beitrag zur Kenntniss der Bedingungen der Farbstoffbildung des Bacillus prodigiosus (Zeitschr. für Hygiene, XXXIV, 1900, p. 169).
(6) Marx, Bakteriologische Mittheilungen, Pathogenität des Bacillus prodigiosus (Arch. für klin. Chir., LXIT, 1900, p. 346).
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sécrétion peuvent cependant affaiblir l'organisme et le prédisposer à une infection ; ainsi, Roger (1) a observé que l'injection de produits solubles de cette espèce rendait possible, chez le lapin, l'infection par le charbon symptomatique, auquel il est réfractaire dans les conditions ordinaires.
Rettger (2) signale un véritable antagonisme entre le Bacillus prodigiosus et le Bacille du charbon, dû probablement à la production par le premier d’une substance bactériolytique de la nature de la pyocyanase (I, p. 665, et II, p. 339).
HABITAT ET ROLE DANS LA NATURE
L'espèce vient fréquemment contaminer les substances alimentaires. Elle se développe très bien sur le pain, où elle forme de larges taches diffuses d’un rouge de sang ; on l’a vue envahir des boulangeries entières : à Paris, en 1843, de grandes provisions de pain provenant des boulangeries militaires ont présenté des taches rouges dues à cette cause. On lui attribue aussi le phénomène ancien des hoslies saignantes. Prillieux (3) a signalé une altération des grains de blé due à une Bactérie qui est probablement le Bacillus prodigiosus. Ce parasite arrive à détruire la plus grande partie du grain ; l'attaque commence parles grains d’amidon ; la matière azotée et la cellulose sont consommées en dernier lieu. La cellulose se gélifie avant d’être absorbée. On l’a vu envahir des viandes cuites. C’est une espèce commune dans l'eau ; sa présence ne paraît pas avoir une bonne signification.
La coloration rouge de certaines sécrétions doit, dans plusieurs cas, être attribuée au développement de ce microbe. Il faut probablement lui rapporter une partie des phénomènes de sueurs rouges, de salive rouge, de lait rouge, encore trop peu étudiés (4). Le Micrococcus hæmatodes (I p. 547) est peut-être à rapprocher de cette espèce.
Bacilles rouges pathogènes.
Il faut rapprocher du Bacillus prodigiosus une série de microbes sécrétant un pigment de même nature, souvent identique, qui paraissent toutefois s’en distinguer plus ou moins surtout par des propriétés pathogènes plus marquées.
On doit en rapprocher d’abord le Bacillus indicus trouvé par Koch dans l'estomac d'un singe (II, p. 354).
C'est ensuite le Microbe rouge de la sardine, trouvé par Dubois Saint-Sévrin (5) sur des sardines altérées dont la manipulation avait donné aux ouvriers des panaris à pus rougeñtre, contenant le microbe. Il ne parait guère se différencier du Bacillus prodigiosus que par la solubilité du pigment dans l’eau et la viscosité plus grande des cultures.
(1) Rocer, Sur l'inoculation du charbon symptomatique au lapin (Soc. de Biol., 1889).
(2) RerrGer (VIe réunion annuelle de la Société des bactériologistes américains, (3) Prizueux, Corrosion de grains de blé colorés en rose par des Bactéries (Bull,
de la Soc. bot., 1874, po):
(4) Tromsporrr, Die Bakteriologie der Chromhydrosis (Münch. med. Wochenschr., LI, 1904, p. 1285),
(5) Dusois Sainr-Sévrin, Panaris des pêcheurs et microbe rouge de la sardine (Ann. de l'Inst. Pasteur, VIII, 1894, p. 152).
436 BACTÉRIACÉES.
Santori (1) a décrit, sous le nom de Coccobacille rouge, une Bactérie rouge qui occasionnait une affection septicémique des volailles très meurtrière, rappelant le choléra des poules.
Les éléments sont ovalaires ou en forme de courts Bacilles ; ils ont des mouvements bien nets.
Les cultures ressemblent beaucoup à celles du Bacillus prodigiosus. Elles ne s’en distinguent guère que par leur pouvoir pathogène plus marqué. L'inoculation sous-cutanée lue assez vite le rat blanc, le cobaye, le lapinet le poulet. La virulence se conserve assez longtemps.
À rapprocher aussi le Bacille rouge pathogène trouvé dans du pus retiré par ponction de la région hépatique par Thévenin (2), qui tue les cobayes, les lapins, les rats et les souris, mais se montre dépourvu de virulence pour les poules et les pigeons.
Le Bacille décrit par Fortineau (3) sous le nom d'Erythrobacillus pyosepticus, nom qui doit devenir Bacillus erythrogenes pyosepticus, paraît assez nettement différent du Bacillus prodigiosus.
Il a été isolé d'un linge lavé à l’eau de la Loire non filtrée. Un morceau ayant été mis dans du bouillon, a donné, en vingt-quatre heures à 370, une culture qui, mise en plaques de gélose, a montré quelques colonies rouges. Ce même bouillon, inoculé sous la peau à des cobayes, les a tués en quelques heures; chez l’un d'eux, le tissu cellulaire, surtout au point d'inoculation, était envahi par un œdème rouge dont la sérosité, ainsi que le sang du cœur, donnèrent le même microbe que celui des colonies rouges précédentes.
C'est un Bacille de 2,5 & de long sur 0,3 y de large, à éléments isolés ou réunis par deux, rarement plus, bien mobile, surtout lorsqu'il provient de cultures en milieux liquides. Il ne forme pas de spores, se colore
facilement aux méthodesordinaireset se décolore par laméthodede Gram.
En cultures sur milieux habituels, ce microbe se développe bien; il peut vivre avec très peu d'oxygène, pas dans le vide absolu. Les cultures sont abondantes à 37°; pour observer une bonne production de pigment, il vaut mieux les faire de 19° à 25°. Elles ressemblent beaucoup aux cultures du Bacillus prodigtosus.
Sur plaques de gélatine, à 22°, il se développe, en seize heures, de petites colonies rondes, granuleuses, légèrement jaunâtres, qui, en trente heures, s'entourent d'une auréole de liquéfaction et sont devenues rosées. En quarante-huit heures, la plaque est toute liquéfiée ; leliquide devient de plus en plus rouge.
On n'observe que de légères différences d'aspect des cultures; la nuance est un peu plus rouge-vermillon, surtout sur pomme de terre.
On obtient facilement des cultures en gélose profonde, d’après la méthode de Liborius.
Le microbe résiste longtemps en cultures. 11 peut déjà se développer sensiblement vers zéro degré et végète Jusque vers 40°. Une température de 50° le tue en dix minutes, de 60° en cinq minutes.
(1) Santo, Su di una nuova forma di setticemia sin supportasi di alcuni pollai di Roma causata da una cocco-batterio chromogeno (Ann. d'Igiene sperim., VI, 1896, p.159).
(2) THévenin, Contribution à l'étude des Bactéries chromogènes. Recherches sur un Bacille rouge pathogène. Thèse de Toulouse, 1898.
(3) ForTiNeau. L'Erythrobacillus pyosepticus etles Bactéries rouges. Paris, Jouve, 1904: