BACILLE TYPHIQUE DANS L'ORGANISME MALADE
Le processus de l'infection naturelle par le Bacille typhique est assez spécial. L'infection typhoïde proprement dite commence par le tube digestif, où ont pénétré des microbes actifs. Ces derniers, après s'être multipliés dans l'intestin, le traversent assez vite et passent dans la circulation.
Le microbe n'envahit pas forcément tout le système sanguin, comme dans les véritables affections septicémiques ; il ne reste pas non plus cantonné localement, comme on l'observe pour les virus de la diphtérie et du télanos ; il se rassemble plutôt, au contraire, sur un certain nombre de points de l'organisme, pour lesquels 1l manifeste une sorte de prédilection. Il ne semble pas être un parasile constant du sang où il ne se trouve que lemporairement, mais bien plutôt, el surlout au début, un parasite du système lymphatique ; c’est en effel par énormes quantités qu'on en rencontre dans bien des dépendances de ce système, surtout les ganglions lymphaliques, les espaces lymphaliques. On en peut conclure que la fièvre typhoïde est surtout une infection du système lymphatique.
De là vient que certains organes sont particulièrement atteints et que
c'est chez eux qu'il y a le plus de chance de rencontrer le microbe (1).
Ces organes sont bien probablement alors le siège d’une prolifération icrebienne intense. Il en part des toxines qui sont versées dans la circulation, vont agir sur des points spéciaux, sur les centres nerveux particulièrement, déterminant ces symptômes variés d'intoxication que l’on observe dans la maladie, et dont plusieurs sont caractéristiques. [Len part aussi des microbes qui se répandent dans le sang. Puis il semble se faire une élimination microbienne graduelle, plus ou moins fongue suivant l'intensité de la production. Les urines et les matières lécales, le foie peut-être principalement, semblent être les véritables voies d'élimination.
Les ganglions mésentériques, les follicules clos de l'intestin sont envahis au début.
Vient ensuite la rate, envahie très tôt aussi, plus ou moins complètement, et alors plus ou moins modifiée d'aspect, tantôt peu hypertrophiée, n'ayant presque pas changé d'aspect et ne contenant que relativement peu de microbes, tantôt tuméfiée, molle, noirâtre, pouvant alors renfermer des quantités de Bacilles. La ponction de la rate et l'ensemencement du suc recueilli peuvent donner de précieux renseignements pour le diagnostic.
Après la rate, se classent, par ordre de fréquence, le rein, les
capsules surrénales, le foie, les poumons, la moelle des os. C PAR
(1) Burpacx, Der Nachweis von Typhusbacillen aus Menschen (Zeilschr. für Hygiene, XLI, 1902, p. 305). — His, Studies in the bacteriology of typhoid Fever, with special reference to its pathology, diagnosis and hygiene (The medical News, 11 mai 1901).
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et Widal signalent aussi le microbe dans le muscle cardiaque, dans les méninges (4 fois sur 8), dans le testicule (1 fois sur 1).
Sanarelli a établi qu'il avait une prédilection réelle pour les séreuses, surtout la séreuse péritonéale, où on le retrouve toujours quel qu'ait été son lieu de pénétration ; on a vu que, introduit expérimentalement dans le péritoine, il y déterminait une inflammation assez intense, se traduisant par la production d'un exsudat plus ou moins abondant qui fourmille de Bacilles. c
On a cru longtemps que le Bacille typhique ne se trouvait qu'irrégulièrement et temporairement dans le sang. Les ensemencements de quantités très faibles de sang sont presque toujours négatifs, aussi bien sur le vivant qu'à l’autopsie. L’ensemencement de grandes quanütés de sang, 20 à 40 gouttes et plus, dans un assez grand volume de bouillon, 200 à 300 centimètres cubes, pour diluer beaucoup le sang et empêcher son action bactéricide de s'exercer, donne au contraire très facilement des résultats positifs.
Cette méthode d’hémocullure donne d'excellents résultats, comme l'ont montré Castellani (1) d’abord, puis J. Courmont et Lesieur (2): c'est un procédé rapide et pratique pour arriver à un diagnostic précoce de la fièvre typhoïde.
On arrive encore plus facilement au but, en employant des méthodes qui provoquent l'enrichissement du sang en Bacilles typhiques, par exemple l’addition de bile en maintenant vingt heures au plus à 37° avant l'ensemencement, comme l'ont proposé Conradi et Kayser (3).
On peut aussi réussir en ensemençant le sang eur plusieurs des milieux qui seront signalés plus loin comme particulièrement favorables au développement du Bacille typhique.
Le sang est pris dans la circulation générale, par piqüre du doigt ou mieux par la ponction d’une veine du pli du coude faite avec une seringue stérilisée.
Neuhauss (4) dit avoir obtenu des cultures neuf fois sur quinze avec du sang des taches rosées qu'il regarde comme produites par des embolies bacillaires ; dans les mêmes conditions, Neufeld (5) a obtenu treize fois des résultats positifs sur quatorze recherches.
Chantemesse et Widal ont reconnu la présence du Bacrlle lyphique dans le sang du placenta dans un cas d’avortement au quatrième mois de la grossesse; Neuhauss, dans le foie et la rate d'un fœtus dans les mêmes circonstances; Hildebrandt (6) et Ernst (7) ont obtenu également des résultats semblables; Chantemesse et Widal ne sont jamais parvenus, malgré des tentatives répétées, à l'isoler du sang d’un cadavre; Fraenkel et Simmonds y sont arrivés une fois.
(1) Casrezzaxr, La sellimana medica, 1899, n° 3.
(2) J. Couruoxr et Lesieur, Le Bacille d’Eberth dans le sang des typhiques. Applications au diagnostic précoce de la fièvre typhoïde (Journ. de physiol., V, 1903, p. 331).
(3). Kayser, Zur Technik der-Blutanreicherung vermittels der Typhusgallerühre (Münch. med. Wochenschr., 1907, p. 1078).
(4) Neuxauss, Nachweiss der Typhusbacillus am Lebenden (Berl. klin. Wochenschr., 1886, nos 6 et 24).
(5) Neurecv, Ueber die Züchtung der Typhusbacillen aus Roseolaflecken nebst Bemerkungen über die Technik bakteriologischer Blutuntersuchungen (Zeilschr. für Hygiene, XXX, 1899, p. 498).
6) IlizpepraxpTr, Forlschr. der Med., VII, no 22.
(7) Erxsr, Berlin. klin. Wochenschr., 1889, p. 994.
, \ BACILLUS TYPHOSUS. 97
Le Bacille typhique peut se constater dans le sang très tôt après le début de la maladie; Schottmüller (1) dit l'avoir rencontré au deuxième jour, même après vingt-quatre heures dans des cas de récidive. La plupart des observateurs le signalent au quatrième jour. L'hémoculture donne certainement au début des résultats positifs, alors que le sérodiagnostic est encore négatif; généralement, à partir du quatrième jour, dans la première semaine les résultats sont toujours positifs. Après, les résullats positifs vont diminuant très nettement; Kayser (2) donne pour la deuxième semaine 56,5 p. 100 de résultats positifs, pour la troisième 43 p. 100, pour la quatrième et la cinquième 31 p. 100. La diminution semble être en rapport avec le développement du pouvoir agglulinant.
Grâce à l’expérimentalion sur le lapin, 1l est possible, d’après Ramond (3), de suivre pas à pas les différentes élapes de l'infection typhique réalisée par la voie intestinale, devant représenter, à ce qu'il semble, ce qui se passe dans la fièvre typhoïde de l'homme.
Le Bacille ingéré se localise d’abord dans la paroi de l'intestin; on le rencontre dans les follicules clos, les plaques de Pevyer. De là, il envahit la sous-muqueuse et serend dans leslymphatiques de la couche connec- Uve sous-séreuse ; il gagne les ganglions mésentériques, les franchit, arrive dans le canal thoracique, d'où il est déversé dans le courant sanguin. Cette phase de début, de localisation dans le système lymphaüique intestinal, correspondrait à la phase d’incubation de l'affection.
Le Bacille arrive alors dans le cœur droit, traverse le poumon, revient dans le cœur gauche et est envoyé dans la circulation générale. Mais différents parenchymes, la rate principalement, le foie, le rein, l'arrètent en filtrant pour ainsi dire le sang.
Le microbe se développe dans les lissus, y produit son poison qui diffuse dans l'organisme en déterminant les symptômes spéciaux. C'est la période d'état.
Par suite des différences qui existent dans le degré de virulence du microbe, dans les conditions spéciales des organes, il se produit les modalités diverses observées dans l'affection.
Comme suite et conséquence de la présence dans le sang, se produit le passage du microbe dans des excrétions et sécrélions diverses.
Tout d’abord le passage par le rein et l'élimination par les urines.
Bouchard a signalé le premier sa présence dans les urines de typhiques, mais seulement dans les cas où l'urine renfermait de l’albumine rétractile, indice d'une lésion rénale qui avait permis aux Bactéries de passer dans l'urine. Le fait a élé confirmé par Besson. Il a été retrouvé ensuite plusieurs fois dans l'urine par Neumann (4), par Karlinski (5) vingt et une fois sur quarante-quatre malades de fièvre typhoïde, par Wright et Semple (6) six fois sur sept,
(1) Scnorrmurrer, Zur Pathogenese des Typhus abdominalis (Münch. med. Wochenschr., 1902, n° 38).
(2) Kawser, Zur Technik der Blutanreicherung vermittels der Typhusgallerühre (Ibid, 1907, p. 1078).
(3) Ramoxp, Etude surla fièvre typhoïde expérimentale. Thèse de Paris, 1898.
(4) Neumanx, Ueber Typhusbacillen im Urin (Berlin. klin. Wochenschr., 1890, n°6).
(5) Karuiwskr, Untersuchungen über des Vorkommen der Typhusbacillen in Harn (Prager med. Wochenschr., 1890, nos 35-36).
(6) Wrieur et Sempze, On the presence of typhoïde bacille in the urine of patients suffiring from typhoid fever (The Lancet, 1895).
Macé. — Baclériologie, 6° édit. IT: —.7
par Burdach (1) dix-huit fois sur vingt-cimq. Vincent (2) en a rencontré dans 20 p. 100 des cas environ; Pfister (3) Jusque dans 50 p. 100. Petruschky (4) a constaté trois fois sur cinquante malades examinés l'élimination en masse de Bacilles typhiques par l'urine; dans un cas, il n'y avait pas trace d’albumine; chez un des malades, cette élimination bacillaire dura plus de deux mois, se poursuivant pendant la convalescence. Cette bactériurie est due probablement à l’élimination de petits foyers rénaux. Elle semble cependant pouvoir se produire en l'absence de toute lésion de l'organe, chez des individus qui ne présentent aucun signe d'une modification inflammatoire quelconque du rein. Elle peut se produire sans troubles vésicaux apparents ou être accompagnée d'une véritable cystite (5); d'après Vincent, il y aurait alors une véritable culture du Bacille dans la vessie. Elle se présente plus ou moins tôt dans la maladie, parfois dans les quelques jours du début, mais d'ordinaire plus tard. Elle peut s'observer pendant toute la période terminale, parfois encore pendant la convalescence et même au delà chez des individus entièrement guéris, voire même depuis longtemps, comme on le verra plus loin; dans ces derniers cas, elle est rarement continue, mais plutôt intermittente, se produisant sous la forme de véritables décharges microbiennes. L'urine joue certainement un rôle important dans la dissémination du microbe; il y a lieu d'y veiller.
Le foie semble être un des organes où le Bacille lyphique se rend de préférence; il passe rapidement dans la bile qui paraît bien sa voie d'élimination la plus importante.
La présence du microbe dans la vésicule biliaire a été signalée depuis longtemps. En 1893, Dupré, Gilbert et Girode (6) ont fait observer la fréquence des cholécystites dans le cours de la fièvre typhoïde ; ces derniers trouvent dans le contenu purulent de la vésicule et dans ses parois des Bacilles typhiques très nombreux formant une véritable culture pure. De nombreux observateurs en isolent de la bile de la vésicule, soit en présence de complications hépatiques, cholécystites ou angiocholites, fréquentes dans cette maladie, dans son cours comme localisations aiguës, ou tardivement comme lee alisations chroniques, soit en l'absence de telles manifestations, avec un état habituel des voies biliaires. Chiari (7), en 1894, donne déjà la présence du Bacille typhique dans la bile de la vésicule comme la règle lors des autopsies des typhiques. Cushing (8) dit qu'on l'y retrouve 50 fois
(1) Burpacx, Loc. cil., p. 95.
(2) Vixcewr, Sur la présence du Bacille d'Eberth dans l'urine des typhoïdiques pendant et après leur maladie (Soc.de Biol., 1903).
(3) Prisrer, Sitsungsber. der Natur., Ver. Heidelberg., 1905.
(4) Perruscaky, Ueber Massenauscheidung von Typhusbacillen durch den Urin von Typhus-Rekonvalescenten und die epidemiologische Bedeutung dieser Thatsache (Centralbl. für Bakt., XXII, 1898, p. 577),
(5) Vixcewr, Soc. de Biol., 9 mars 1901.
(6) Girwerr et Girone, Cholécystite typhique purulente (Soc. de Biol., 28 décembre 1893).
(7) Cnrari, Ueber das Vorkommen von Typhusbacillen in der Gallenblase bei Typhus abdominalis (Centralbl. für Bakt., XV, 189,4, p. 648). — Ueber Typhus abdominalis und Paratyphus in ihren Beziehungen zu den Gallenwegen (Verh. der Deutschen Patholog. Gesells. Dresde, 1907).
(8) CusixG, Bull. of the John Hopken’s Hosp. Baltimore, 1898. x
BACILLUS TYPHOSUS. 99
sur 100. Forster et Kayser (1) l'isolent 8 fois sur 7. D'autres observa- Lions confirment ces données. Il semble donc que ce microbe présente réellement une véritable affinité pour les voies biliaires.
Il est du reste démontré que la bile est un excellent milieu de culture pour le Bacille lyphique qui y prolifère rapidement et abondamment: à tel point que l’on utilise cette propriété pour obtenir une multiplication du Bacille et faciliter sa recherche lorsqu'il existe en faible quantité dans un milieu, comme on le verra plus loin.
Au début, on avait pensé que cel envahissement des voies biliaires par le microbe avait une origine ascendante, provenait de l'intestin en remontant le canal cholédoque. Il parait actuellement bien établi que la marche se fail en sens inverse, est réellement descendante, les Bacilles contenus dans le sang s'amassant dans le foie et passant dans la bile où ils se multiplient ; la bile les déverse alors en grande quantité dans l'intestin.
La preuve expérimentale de ce fait a été donnée à plusieurs reprises. Blachstein (2) en inoculant, dans la veine auriculaire de lapins, du Bacille typhique où du Colibacille, retrouve Loujours du microbe dans la bile. Lemierre et Abrami (3), en répélant ces expériences, retrouvent, dans presque tous les cas, le microbe dans la bile après un temps variant entre six heures et six jours. Au bout d'une, deux semaines ou plus, on peut n'en plus retrouver; toutefois, Blachstein en a encore retrouvé après 108 jours, Doerr (4) après 120.
Ces microbes arrivent dans la vésicule, soit, comme le pense Doerr, avec la bile, après avoir traversé le foie, soit plutôt, comme paraissent le démontrer les expériences de Chiarolanza (5), directement par les vaisseaux sanguins de la paroi, surtout les capillaires de la sous-muqueuse et des plis de la muqueuse.
Il y a même plus; on observe des angiocholites et des cholécystites primitives se manifestant le plus souvent sous forme d'ictères infectieux, surtout bénins, en dehors de toute fièvre typhoïde, actuelle ou antérieure, bien dus à l'invasion du foie par le Bacille d'Eberth, comme le démontrent surtout les séroréactions positives à un taux très élevé, 1 p. 1000 au moins, et l'isolement du Bacille du sang ou de la bile. Toutefois, d'après les observations de Netter et Ribadeau-Dumas (6), ce sont principalement les Bacilles paralyphiques qui seraient en cause 1C1.
Enfin, la lithiase biliaire d'origine. éberthienne est certaine. Le Bacille typhique, comme du reste le Colibacille et les Bacilles paraty-
Phiques, précipite la cholestérine et peut ainsi former des noyaux de
(1) Forsrer et Kayser, Ueber das Vorkommen von Typhusbacillen in der Galle von Typhuskranken und Typhusbacillenträgern (Münch. med. Wochenschr., 1905, p. 147).
(2) Bzacasreix, Intravenous inoculation of Rabbits with Bacillus coli communis and Bacillus typhi abdominalis (Bull. of the John Ilopkin's Hosp. Baltimore, II, 1891, no 14).
(3) LemierRe et Agraur, Fièvre typhoïde et infection descendante des voies biliaires (Presse médicale, 1907, ne 88).
(4) Dosrx, Experimentelle Untersuchungen über das Fortwuchern von Typhusbacillen in der Gallenblase (Centralbl. für Bakt., 1te Abth., Orig., XXXIX, 1905, p. 624).
(5) Curarozanza, Experimentelle Untersuchungen über die Beziehungen der Typhusbacillen zu der Gallenblase und den Gallenwegen(Zeitschr. für Hyg., LXII, 1908).
(6) Nerrer et Risaprau-Dumas, Communications sur les infections paratyphoïdes (Soc. de Biol., 4, 11, 18 et 25 novembre 1905).
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calculs. On a constaté, à diverses reprises, la présence du Bacille lyphique à l'intérieur de calculs biliaires (1).
Cette localisation du Bacille lyphique dans les voies biliaires paraît un fait bien établi; on verra qu'elle a une portée pratique très grande.
L'élimination qui en est la suite peut s'établir très tôt après la phase d'invasion du sang ou tarder quelque peu. Elle dure un temps variable, disparait souvent pendant la convalescence, mais dans certains cas peut persister après la guérison. Le microbe s’est alors installé dans les voies biliaires, la vésicule surtout, où 1l occasionne des lésions chroniques, et peut s'y retrouver pendant un temps très long, des années après. On verra que ce fait a une très grande importance pour la prophylaxie.
On a isolé le Bacilletyphique d'autres produits de sécrétion où il est également apporté par les capillaires sanguins.
Sudakoff (2) l'a isolé deux fois de la sueur de malades. Wigura (3) le signale sur la peau de malades el d'infirmiers, pouvant, dans ces condi- Lions, provenir de contamination extérieure.
Chantemesse et Widal n'ont rien obtenu du lait de deux nourrices alteintes de fièvre typhoïde ; rien également de sudamina étendus, ni des crachats de malades atteints de bronchite intense.
Le Bacille peut passer de à mère au fœtus et occasionner un processus typhique congénital (4
La question de la présence du lie lyphique dans le contenu intestinal et dans les selles des typhiques a été très discutée. Il y existe certainement tout au début, puisqu'on admet que l'infection se fait par ingestion; mais à ce moment il y disparaît vite pour n'y reparailre que plus tard, quand l'apport de bile infectée et les lésions intestinales permettent son déversement el son expulsion. Gaffky n'était pas parvenu à l'y déceler et attribuait son échec à la présence d'un trop crand nombre de saprophytes qui ne permettaient pas de l'isoler facilement. Beaucoup de ces espèces, liquéfiant très vite la gélatine, détruisent en effet trop tôt les cultures sur plaques. Chantemesse et Widal, en usant de gélatine additionnée d'acide phénique, sont parvenus à l'isoler. La proportion d antiseptique employée suffit pour arrêter ou ralentir la croissance des espèces liquéfiantes, tout en ne nuisant pas à celle de quelques autres, particulièrement le Bacille fyphique el aussi le Colibacille, Is ont admis qu'on ne pouvait guère rencontrer le microbe cherché avant la période des ulcérations intestinales, ce qui cadrait avec l'opinion émise par Wyssokowitsch que le parasite ne devait apparaitre dans les matières fécales que lorsque l'ulcération des plaques de Peyer lui permet le passage dans la cavité intestinale. D'après Chantemesse et Widal, c'est à partir du dixième jour, et surtout du quatorzième au dix-septième, quand les escarres sont tombées, qu'on en trouve un grand nombre dans les selles; souvent, à partir du vingt-
(1) Hawor, Bulletin médical, 1896. — Forsrer, Ueber die Beziehungen zwischen Typhus und Paratyphus zu den Gallenwegen (Mänch. med. Woch., 1908, no 1).
(2) SUDAKOFF, Ueber ee Heidi mit den Schweisse bei einigen Infektionskrankheiten (Wratch, 1898, no 25).
(3) WiGura, Ueber Quanttät und Qualität der Mikrobien auf der menschlichen Haut (Wratch, 1895, n° 14).
(4) Bzuuer, Hemorrhagic infection in an infant due to the typhoid bacillus (Annual meeting of the Americ. med. Assoc., juin 1900).
BACILLUS TYPHOSUS. 101
deuxième jour on n’en rencontre plus, mais ils reparaissent aux rechutes.
Karlinski (1), dans des recherches portant sur vingt et un malades, a observé qu'on ne rencontrait pasle Bacille lyphique dans les selles avant le neuvième jour de la maladie et que c'était d'ordinaire du douzième au quatorzième jour qu'on en rencontrait le plus.
Sanarelli, dans de nombreux examens faits sur le contenu intes- ‘tinal des animaux inoculés, dit n'avoir jamais rencontré, en cultures sur plaques, que des € olonies de Colibacille à l'exclusion du Bacille typhique ; il en conclut que les Bacilles typhiques ne pénètrent pas en quantité appréciable dans l'intestin, même dans le cas d'inoculation intrapéritonéale, mais que le Colibacille tend à se multiplier et à rester seul dans l'intestin.
Wathelet (2), sur six cents colonies recueillies dans des selles typhiques, et ayant les caractères extérieurs communs au Bacille lyphique et au Colibacille, n'a rencontré le premier que dix fois ; il n'a pas pu le constater chez plusieurs malades.
On sait aujourd'hui qu'à l’aide de méthodes spéciales, qui seront décrites plus loin (p. 122), on peut arriver, dans la grande majorité des cas, à isoler le Bacille typhique des selles de dothiénentériques. Une telle constatation à une importance très grande au point de vue du diagnostic.
D'après Rémy, le PBacille typhique, en nombre restreint au début, augmenterait considérablement au second septénaire, puis diminuerait progressivement pour disparaître après la quatrième semaine, Il pourrait se rencontrer dans les selles dès le troisième jour de la maladie, et même, dans plusieurs cas, il a pu être isolé des selles alors que les signes de la fièvre typhoïde, y compris la séro-réaction, faisaient encore défaut, tout au début de l'infection, par conséquent. Dans les selles de personnes atteintes d'affections autres que la fièvre typhoïde, 1l n'a jamais pu isoler de Bacille lyphique authentique,
s’agglutinant par le sérum antityphique. Higley (3) considère aussi la FéC herche du Bacille lyphique dans les selles comme un moyen préférable même au séro-diagnostic.
On pense aujourd'hui que c'est la bile quiapporte surtout dans l'intestin le Bacille typhique qui se mulliplie si vite et si facilement dans la vésicule biliaire, comme on l’a vu plus haut. Sa répartilion dans l'intestin paraît bien en rapport avec l'écoulement de bile; d'après les recherches de Forster et Kayser, faites lors d'autopsies de typhiques, on le trouverait presque constamment dans le jéjunum, moins souvent dans le cæcum, assez rarement dans le côlon descendant, très rarement dans le rectum.
Sa présence dans les selles, dans le cours de la maladie, dépendrait surtout de son développement dans la vésicule, qui est sujet à de grandes variations, comme on l'a vu. Il abonde d'ordinaire vers la fin de
(1) Karumwswr, Przeglad Lekarski, 1889.
(2) Waruezer, Recherches bactériologiques sur les déjections dans la fièvre typhoïde (Ann. de l’Inst. Pasteur, IX, 1895, p. 252).
(3) Hicrex, The detection of typhoid bacill in the feces as a diagnostic test of typhoiïd fever, and a comparaison of this test with the Widal reaction (The medical News, 29 mars 1902).
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la deuxième semaine ; le plus souvent il diminue dès la troisième, à teF point qu'à la quatrième on peut n'en plus rencontrer. D'autres fois, consécutivement à ce qui se passe alors dans la vésicule biliaire, il peut se retrouver après un temps très long dans les selles, des mois, des années après la maladie.
Toutefois, des recherches de Ribadeau-Dumas et Harvier (1), sur des. lapins auxquels ils ont injecté du Bacille lyphique dans les veines de l'oreille après leur avoir lié le canal cholédoque, montrent que le Bacille peut passer directement du sang à travers la paroi intestinale et êlre déversé dans l'intestin autrement que par la bile, qui resterait quand même une voie d'éliminalion importante.
Il est cependant opportun d'insister ici sur la très grande difficulté, l'impossibilité même pour quelques-uns (2), de parvenir à isoler le Bacille typhique lorsqu'il se trouve mélangé au Colibacille. L'antagonisme réel du Colibacille et du Bactille typhique peut encore être invoqué 1ci. Cet anlagonisme se démontre très clairement en ensemencçant du Colibacille dans une culture de Bacille lyphique en pleine végélalion; le premier prend tellement le dessus qu'après quatre ou cinq Jours il est impossible d'isoler du Bacille lyphique en cultures sur plaques: toutes les colonies donnent de l'indol et font fermenter le lactose.
Toutefois l'emploi des méthodes spéciales (p. 122) permet de retrouver plus fréquemment le Bacille typhique dans le contenu intestinal et de revenir aux anciennes idées.
Le PBacille lyphique peut en outre se rencontrer dans beaucoup: d'autres lissus, organes, liquides, sérosités, particulièrement lors de complicalions, si fréquentes dans la fièvre {yphoïde, dont il sera parlé plus loin (p. 117).
Un fait de la plus haute importance ressort des données qui viennent d'être exposées : l'élimination, chez les malades, du Bacille typhique par les divers émoncloires cilés, sa mise en Hiberté dans le milieu extérieur par conséquent, est très variable comme durée ; elle se termine d'ordinaire assez Lôl, dans la convalestence ou à la guérison, mais peut persister après, même pendant longtemps, des mois, des années, une longue période d'années parfois.
Les émonctoires qui interviennent sont surtout la bile et le contenu intestinal, les urines; secondairement les foyers purulents, les crachats; plus rarement d’autres.
Le sang ne renferme plus qu'exceptionnellement du Bacille typhique pendant les premières semaines d'apyrexie.
L'expérience démontre que le microbe ainsi éliminé, même après longtemps, garde souvent une virulence très marquée, ainsi que le prouve son action sur les animaux.
Son élimination au dehors constitue donc un véritable danger que: font courir au milieu, à l'entourage, les sujets qui l'opèrent. Comme les malades proprement dits, ils sont une source de contage en mettant du Bacille typhique en liberté dans le milieu extérieur. On leur a appliqué
(1) Risapgau-Dumas et Harvier, Recherches sur l'élimination du Bacille d'Eberth et des paratyphiques par l'intestin (Soc. de Biol., 1910, p. 181).
(2) Nicozrr, Impossibilité d'isoler, par les méthodes actuelles, le Bacille typhique en présence du Baclerium coli (Ann. de l'Ins{. Pasteur, VIIT, 1894, p. 854).
BACILLUS TYPHOSUS. 103
la dénomination de porteurs de germes, bacillifères, Bacillenträger. Ces porteurs de germes peuvent se ranger en diverses catégories (1). Il en est qui excrètent du Bacille tout au début d'une infection typhoïde, avant l'apparition de tout symptôme qui puisse faire reconnaitre la maladie ; on peut les nommer porteurs précoces. D'autres, à la fin d'une fièvre typhoïde, continuent à éliminer des Bacilles avec leurs excrela pendant quelques semaines après la guérison, pendant une période que l'on peut encore considérer comme se rattachant à la convalescence, au plus deux ou trois mois ; ce sont les porleurs convalescents, constituant ia majorité des porteurs de germes. Enfin, 1l est des sujets où l'élimination dure beaucoup plus longtemps après la guérison complète, de nombreux mois, des années, pourrait même durer toute la vie, à la suite de l'établissement de lésions chroniques, surtout des voies biliaires; ce sont les porteurs chroniques. Les porteurs de germes des : deux dernières catégories doivent surtout retenir l attention.
La proportion des porteurs convalescents paraît assez grande, quoique variable, surtout si l'on prend comme limite des temps différents. D'après Simon et Dennemark (2), on observerait une élimination de Bacilles chez 66,6 p. 100 des convalescents, mais souvent seulement par intermittences; elle ne cesserait en majeure partie qu'après la troisième semaine d’apyrexie et pourrait durer assez longtemps, puisqu'ils en ont constaté :
Après la 5° sem. dans 9,3 p. 100 des cas. | Après la 44e sem. dans 0,4 p. 109 des cas.
— 6° — 6,6 — — 15e — 0,6 — 7e — k,2 — 16° — 8,7 — — 8e — 3,8 — —= 47° — 0,5 — — ge — 3,9 — — 48° —— 0,6 — = MN — 2,3 — — 19€ — 0,6 — — 11e — 1,5 = — 26e =— 0,5 — 49" LS 0,9 = — 21° — 0,6 — — 13 — ! RP —
Frosch (3) donne 4,62 p. 100, Drigalsky (4) 4,7 p. 100 de porteurs convalescents de la dixième à la douzième semaine; Klinger (5) en trouve 13,1 p. 100 six semaines après la guérison; Brion et Kayser (6) 7 p. 100 dix jours après l'apyrexie ; d'autres de 5 à 20 p. 100. On voit qu'il est assez difficile d'établir ici une moyenne.
Les porteurs chroniques éliminent le plus souvent des Bacilles d'une façon intermittente et très irrégulière en intensité. Les cas où l'éliminalion se fait d’une manière continue eten masses sont plutôt rares. La proportion de ces porteurs peul être évaluée raisonnablement à 4 ou5 p.100
(1) SacquéPrée, Les porteurs de germes (Bacilles typhiques et paratyphiques) (Bull. de l’Inst. Pasteur, 1910, n°41).
(2) Simox et DExnEemark, Die Auscheidung von Typhusbacillen in der Reconvalescenten (Milit. artzl. Zeitschr., XXXVI, 1907).
(3)-Froscu, Die Verbreitung des Typhus durch sogenannte Dauerauscheider und Bacillenträger (Klin. Jahrbuch, XIX, 1908, p. 537).
(4) DriGarskx, Ueber Ergebnisse bei der Bekämpfung des Typhus nach Robert Koch (Centralbl. für Bakt., 1t Abth., Orig., XXXV, 1904, p. 776).
(5) KunGer, Ueber Typhusbazillenträger (Arb. aus dem kaiserl. Gesundheitsamle, XIV; 1906, p.91).
(6) Briox et Kayser, Neuere klinisch-bakteriologische Erfahrungen bei Typhus und Paratyphus (Deutsches Arch. für klin. Med., LXXXV, 1906).
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des malades. La durée de l'élimination est très variable; d'après Frosch, sur 375 malades, 15 p. 100, c'est-à-dire 25, se sont montrés contagieux pendant plus de quatre années, et 5 sur ces 25 ont été contagieux pendant vingt et une à trente années; on connaît des cas de contagiosité encore plus éloignée. Celte excrétion chronique de Bacilles lyphiques parail être en rapport très étroit avec des lésions chroniques des voies biliaires, surtout de la vésicule. Fait curieux, les femmes ont une prédominance très nette comme porteurs chroniques, alors que le nombre d'enfants est faible; Forster (1) donne, pour 100, 79 femmes, 17 hommes et 4 enfants; Frosch, 82 femmes, 14 hommes, 4 enfants.
Le rôle Ale idue de ces porteurs de germes est considérable. Ils disséminent le microbe dans le milieu, exposent surtout l'entourage à la contagion ; d'autant plus qu'on ne se méfie pas d'eux, prine ipalement des porteurs chroniques qui ne présentent plus, parfois depuis longtemps, de symptômes de maladie. Ces derniers peuvent même se trouver dans d'excellentes conditions pour exercer leur contagion, lorsque, par exemple, ils manipulent les aliments, surtout le lait qui devient si facilement infectieux; la part des femmes, en tant que ménagères, apparaîttrès grande. Il importe beaucoup de songer à de telles éventualités. On verra plus loin comment on peut dépister ces porteurs de germes et quelles mesures on peut prendre à leur égard.
La persistance du Pacille typhique dans les selles de personnes venant d'avoir la fièvre typhoïde a été signalée par Décobert (2)en 1903, qui en a retrouvé quinze à vingt jours, une fois plus d'un mois, après l'apyrexie. Depuis, de très nombreuses observations conduisent à considérer les matières fécales comme ceux de tous les excreta qui ont de beaucoup la part la plus grande dans l'élimination du Bacille par les porteurs de germes, surtout les porteurs chroniques.
A côté des fèces, en bon rang aussi, viennent les urines qui fréquemment sont bacillifères, même chez les porteurs chroniques, et peuv ent le rester longtemps, comme dans ce cas étudié par Gwyn (3) où le Bacille persistait à la guérison et pouvait encore être constaté cinq ans après. On en connait un assez grand nombre d'observations (4); certaines mentionnent la présence de cystite, d'autres aucun symptôme morbide.
D'autres émonctoires ne sont à incriminer que d'une façon tout à fait exceptionnelle.
Il faut se souvenir de tous ces faits, de cette importance majeure des matières fécales et des urines des individus ayant eu la fièvre
typhoïde; leur connaissance peut rendre de très grands services au point de vue de la prophylaxie de l'affection.
(1) Forsrer, Ueber die Beziehungen zwischen Typhus und Paratyphus zu dem Gallenwegen (Münch. med. Wochenschr., 1908, n° 1).
(2) Décoserr, Thèses de Paris, 1903.
(3) Gwyx, The presence of typhoïd bacilli in the urines (Bull. of {he John Hopkins Hosp., 1899, p. 109).
(4) Lesieur, Du rôle des urines typhiques dans la propagation de la fièvre typhoïde (Hyg. gén. et appl., 1, 1906, p. 540), — Vas, Ueber Typhusbakteriurie (Wien. klin. Wochenschr., 1906, n° 13).
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