BACTÉRIACÉES
individu mort de dysenterie ; Mouginet (1), dans des recherches faites à mon laboratoire, l’a retrouvé plusieurs fois dans les selles de dysentériques, mises en cullure aussitôt l'émission.
Cette même espèce a élé signalée plusieurs fois dans les aliments putréfiés, dont certains avaient même occasionné des accidents d'intoxication putride graves ou mortels. Elle joue certainement un rôle dans la pathogénie de certaines de ces intoxications.
MORPHOLOGIE
Caractères microscopiques. — Ce sont des bâtonnets mobiles, à mouvements souvent assez vifs, surtout dans les cultures très Jeunes, mesurant 1,25 4 de longueur et 0,6 de largeur, isolés ou réunis par deux. La longueur est toutefois très variable, suivant les condilions de milieux ; au début des cultures, on lrouve des bâtonnets plus longs et un peu plus gros, ayant 3 ou 4 x de long sur 0,8 y de large. Ces longs éléments présentent parfois un étranglement médian et se montrent distinctement articulés sur les préparations colorées. D'autres fois, la longueur excède peu la largeur ; ce sont de véritables coccobacilles. On obtient enfin des filaments atteignant jusqu'à 80% de long, droits ou 5 frs courbés, ondulés en forme de Fig.103.— Proteusvulgarisavec cils vibratiles. Spirilles on bouclés tee
celte dernière forme, tout acci-
dentelle et jamais constante, qu'on a appliqué la dénomination de Spiruline. Les grands bâtonnets ont des cils vibratiles bien visibles. Les formes d’ involution sont fréquentes, surtout dans les cultures âgées ; on trouve sur le parcours des articles ou des filaments des renflements sphériques ou ovoïdes, pouvant mesurer 1,6 y de diamètre.
Il ne semble RE se former de spores.
Coloration. Il se colore facilement aux méthodes ordinaires. Les solutions nondees donnent de très bons résultats. Les éléments pris dans les cultures jeunes restent colorés par la méthode de Gram ; ceux des cultures âgées se décolorent souvent.
Les procédés spéciaux de coloration des cils, surtout celui de Van Ermenghem, montrent les cils longs et nombreux tout autour des éléments (fig. 103).
Cultures. — Il croit très rapidement sur tous les milieux, même à des températures très basses, en aérobie et Lout aussi bien en anaérobie.
L'optimum semble être de 25° à 350.
CULTURES SUR PLAQUES DE GÉLATINE. — Elles ont un aspect très carac-
(1) Moucrxer, Quelques Bactéries des putréfactions ; contribution à l'étude de la pathogénie des empoisonnements par les viandes putréfiées. Thèse de Nancy, 1891.
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‘téristique. En vingt-quatre heures, à 20°, il apparâit de pelites colonies rondes, jaunâtres, presque transparentes, se montrant grises et finement granuleuses à un grossissement moyen. Arrivées à la surface, elles donnent une petite tache à centre jaunâtre, opaque et à bords hyalins. Plus tard, la périphérie prend un contour irrégulier et émet des prolongements d'abord peu nombreux, puis en plus grand nombre. Les colonies, en peu de temps, ont pris l'aspect représenté figure 104. La colonie primitive forme au centre une masse opaque, visqueuse, entourée d'une zone filamenteuse. Dela masse centrale el de la zone périphérique partent toute une série de prolongements de forme bizarre, qui vont en s'irradiant dans la gelée ambiante. Ce sont des bou- ms OO dins plus ou moins longs, sinueux ou tortueux, parfois en tirebouchon, de diamètre très irrégulier, qui sont formés par l’accolement en chapelet d’articles de grandeur très irréguhère, de forme ovoïde le plus souvent. Ces articles sont constitués par des bâtonnets, placés côte à côte, en nombre plus ou moins considé- Fig. 104. — Colonie de Bacillus (Proteus) vulgaris, rable, SUIVANTE l'épais- sur plaques de gélatine. 80/1. seur de la ramification ; les très fins tractus peuvent n’en avoir qu'un seul ou un petit nombre en épaisseur. Ces prolongements, le plus souvent fusiformes, liennent à la colonie par un pédicule délié. Ils s'en séparent souvent et semblent alors libres dans la gélatine. Lorsque la gelée est peu compacte, qu'elle ne renferme guère plus de6 p. 100 de son volume de gélatine, et surtout qu'on maintient les plaques à 22°, température à laquelle le milieu n'est plus solide mais visqueux, on remarque facilement que ces prolongements moniliformes sont animés de mouvements bien évidents. Ils se déplacent lentement dans la gelée, pouvant, à cette température, avancer de 1 millimètre par minute. Ils s’éloignent même suffisamment de la colonie qui les a produits, pour qu'on ne reconnaisse plus aucun rapport entre eux. En peu de temps, toute la surface de la gélatine est recouverte de ces colonies errantes. La liquéfaction se fait alors très vite. Les mouvements s'amoindrissent à mesure que la température baisse ; à 10°, ils ne sont plus appréciables. Avec de la gelée qui renferme 10 p. 100 de gélatine ou plus, on n'observe pas ces mouvements et cette migration des colonies. CULTURES SUR GÉLATINE. — En piqüre dans la gélatine, à 10 p. 100, 1l se fait une culture blanchâtre ou jaunâtre et la liquéfaction est rapide; le liquide est légèrement trouble et a une réaction alcaline ; il a laissé déposer un sédiment blanchâtre ou jaunâtre, assez léger. La culture dégage une odeur de putréfaction désagréable et de l'ammoniaque. En l'absence d'air, Ja liquéfaction est plus lente.
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CULTURES SUR GÉLOSE. — Sur gélose, il se forme une couche muqueuse, gris blanchâtre, humide, s'étendant sur toute la surface libre.
CULTURES SUR POMME DE TERRE. — Le développement n'est guère abondant; c’est une petite bande blanc jaunâtre, qui se forme sur la strie.
CULTURES DANS LE BOUILLON. — Dans le bouillon, la végétation est abondante; il se produit des gaz à odeur putride et un peu d'hydrogène sulfuré. Il ne se forme pas de voile à la surface. Lorsqu'on ajoute du soufre au bouillon, il se dégage un peu d'hydrogène sulfuré. Si l'on ajoute un morceau de blanc d'œuf coagulé, on le voit être lentement attaqué et se dissoudre.
CULTURES ‘DANS LE LAIT. — Le lait est coagulé au bout de vingt-quatre beures, surtout lorsque la culture est en surface, au contact de beaucoup d'air ; le coagulum tombe au fond et est attaqué lentement et finalement dissous. Le liquide est brunâtre, fortement alcalin et dégage une odeur putride.
PROPRIÉTÉS BIOLOGIQUES
Vitalité. — Ce microbe ne paraît pas être très résistant. Il périt vite à une température de 60°.
Produits formés dans les cultures. — Les différents milieux sont
profondément modifiés par le développement du Proteus vulgaris. L'action sur les matières albuminoïdes est tout particulièrement intéressante.
Les matières albuminoïdes non modifiées, albumine de l’œuf, fibrine, viande, sont moins rapidement et moins complètement attaquées, comme l’ont montré Bienstock (1) el Feltz (2). Au contraire, celles qui
ont déjà subi un gonflement, une hydratation, surtout une transfor-:
mation en peplones, subissent sous son influence des modifications importantes. Le milieu devient fortement alcalin, et développe une forte odeur de putréfaction. Il se dégage de notables quantités d'hydrogène sulfuré. Il se forme des proportions notables d’indol. Gaillard (3) a trouvé qu'il se formait en plus de l'hydrogène, de l’acide carbonique, des acides lactique, butyrique, acétique, formique, et d’autres acides supérieurs. Quand toutes les réactions sont achevées, il ne reste plus dans les milieux que des traces de peptones. D’après Nawiasky (4), le Proteus consommerait beaucoup d’albumoses, peu de peptones et de petites quantités de substances créatiniques.
D'après Tissier et Martelly (5), le Proteus bare les substances protéiques en sécrélant une trypsine. Aux dépens de la fibrine, il se forme une notable proportion de protéoses, de l’indol, du phénol, de l'hydrogène sulfuré, des amines, de la leucine, des acides acétique,
(1) Brensrocx, Recherches sur la putréfaction (Ann. de l’Inst. Pasteur, XIIT, 1899, p. 894).
(2) Fezrz, Le Proteus vulgaris. Thèse de pharmacie de Paris, 1900. Paris, J.-B. Baillière.
(3) GaïrLar», Contribution à l'étude chimique du groupe Proteus. Thèse de Paris,
(4) Nawiasky, Ueber die Ernährung einiger Speltpilze in peptonhaltigen Nährboden (Arch. für Hygiene, LXIV, 1907, p. 33).
(5) Tissrer et Martezzy, Recherches sur la putréfaction de la viande de boucherie (Ann. de l'Inst. Pasteur, XVI, 1902, p. 865).