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CHAPITRE II

Caput obstipiim, Collum distorlum, Cou tors, Schiefhals, Wry-nexk.

Sous le nom de torticolis, on doit décrire une difformité congénitale ou accidentelle caractérisée par une inclinaison latérale vicieuse permanente de la tête sur une épaule, jointe à un mouvement de torsion du cou et de la face.

En général l'ensemble de la tête est déplacé, par rapport au plan médian du corps, vers l'épaule du côté sain (Nicoladoni). Il existe en même temps une scoliose cervicale qui joue un rôle importan au point de vue de la symptomatologie et du traitement. Un grand nombre d'auteurs considèrent aujourd'hui avec raison le torticolis comme une attitude scoliotique de la tête.

La déviation de la tête avec rotation et scoliose cervicale est un symptôme commun à un certain nombre d'affections, aussi a-t-on distingué plusieurs formes de torticolis : torticolis cutané ou cicatriciel, osseux, articulaire, musculaire ou musculo-nerveux ; torticolis par rétraction musculaire, par paralysie musculaire, torticolis par contracture musculaire, comprenant le torticolis spasmodique et le torticolis par action dynamique (Tillaux). Nous décrirons surtout dans ce chapitre la forme musculaire, chronique ou permanente que l'on rencontre le plus souvent dans la clinique orthopédique et que nous différencierons à l'article diagnostic des autres variétés.

Etiologie. — Le torticolis musculaire est sous la dépendance des muscles cervicaux, agents de l'équilibre céphalique. Le

sterno-cléido-mastoïdien du côlé droit est le plus souvent atteint. Sur trente-sept cas, Dieffenbach n'a constaté que neuf fois la rétraction du muscle du côté gauche. Bouvier sur vingt-sept cas Fa observé dix-huit fois à droite et neuf fois seulement du côté opposé. Dans tous les cas de torticolis congénital que nous avons observés, la difformité siégeait à droite. D'après Bouvier, trois fois sur quatre, le faisceau sternal se trouve seul rétracté. Le chef claviculaire n'est pris isolément que tout à fait exceptionnellement (Bouvier, Philips) ; il paraît se rétracter consécutivement à la lésion du faisceau sternal.

La rétraction des deux muscles sterno-mastoïdiens est très rare. Guérin a cité un cas de rétraction des deux muscles avec prédominance à gauche.

D'après Delore, la contracture des muscles trapèze, splénius, angulaire de l'omoplate et postérieurs de la nuque {torticolis postérieur) est très fréquente. Sur vingt-deux cas de torticolis, dixhuit fois la lésion siégeait sur les muscles postérieurs de la nuque, quatre fois seulement sur le sterno-cléido-mastoïdien.

D'après notre observation, cette forme de torticolis est fréquente dans le rhumatisme ou à la suite de lésions d'organes voisins.

Le torticolis musculaire peut se produire à Véia.i physiologique ou à l'état pathologique .

D'après Bouvier le torticolis physiologique (torticolis des petitsmaîtres) est caractérisé par une inclinaison ^o/o^îtozVe ou involontaire de la tète.

« Le torticolis volontaire, dit cet auteur, est habituellement lié aux divers états de l'âme ; le cou concourt, en effet avec la tête, à l'expression des passions. » Il peut s'accompagner à la longue d'une difformité permanente. Le torticolis involontaire peut être causé par une lésion siégeant loin de la région du cou et obligeant le malade à prendre une attitude vicieuse, névralgie faciale, céphalalgie (Mellet), troubles oculaires.

Andry a insisté sur l'influence des positions vicieuses involontaires, façon de porter les enfants, de les placer dans leur berceau.

Cuignet (de Lille) a le premier décrit en 1873, une forme de torticolis oculaire, sous la dépendance de quelques affections ocu- Igiires photophobie, diplopie.

. Wadsworth (de Boston) a publié un cas de torticolis dû à un

strabisme sursum vergens de Fœil. — Risley a rapporté deux observations semblables.

E. Landolt a démontré récemment que le torticolis oculaire était une conséquence assez fréquente de la paralysie de la quatrième paire de la parésie ou de la paralysie des obliques supérieurs.

Maubrac (1865) a décrit les relations qui existent entre les mouvements des yeux et ceux du muscle sterno-mastoïdien.

Le torticolis pathologique est congénital ou acquis. I. — TORTICOLIS CONGÉNITAL

Quelquefois héréditaire (Dieffenbach, Vidal de Gasis, Petersen, Jeannel), siégeant presque toujours à droite, plus fréquent chez les filles que chez les garçons, le développement du torticolis congénital a été attribué :

1° A des pressions anormales dans l'utérus (Hippocrate, Ambroise Paré, Dieffenbach, Gruveilhier, Malgaigne) (manque des eaux de Famnios, rétrécissement de l'espace de la cavité utérine); à des positions vicieuses dans l'utérus (Busch, Petersen). D'après Busch, la fréquence du torticolis à droite serait en rapport avec la présentation 0. I. G. A. souvent observée.

Dans ces cas, le torticolis n'est pas exclusivement musculaire et on peut observer des difformités du crâne, de la colonne cervicale.

D'autres difformités (pied bot, etc.) peuvent coexister avec le torticolis.

2° A des lésions musculaires ou musculo-nerveuses résultant d'une altération des centres nerveux (Rudolphi, Béclard, J. Guérin), à une inflammation des fibres musculaires.

3° A un arrêt de développement d'un des côtés de la face, à un moment donné de son évolution (Bouvier).

L'existence du torticolis congénital a été mis en doute par Stromeyer, Dieffenbach, G. Fischer, Busch, Yolkmann, qui ont admis que le torticolis dit congénital était dû à une déchirure ou à une rupture du sterno-cléido-mastoïdien pendant l'accouchement '(Torticolis obstétrical) suivi de rétraction cicatricielle, à une attrition des nerfs du muscle par le forceps (Stromeyer).

Quelques auteurs admettent que le torticolis peut succéder aune contusion avec attrition légère du muscle suivie d'épanchement, sanguin et d'hématome.

D'après Volkmann, la rupture du muscle pendant des manœuvres obstétricales est assez souvent suivie de torticolis. L'hématome seul ou des ruptures partielles ne peuvent donner ce résultat.

Cet auteur appuie sa théorie sur des recherches microscopiques (voir p. 472) démontrant que très souvent le muscle est profondément altéré, présentant des traces de cicatrice, ce qui indique qu'à un certain moment il s'est produit une rupture musculaire.

Dans quelques observations, le muscle ne présente aucune trace d'une inflammation ancienne ou d'un traumatisme antérieur.

Dans deux observations de Yolkmann, la rétraction du muscle a succédé à des ruptures manifestes.

D'après de Saint-Germain, les ruptures du sterno-cléido-mastoïdien ne peuvent être produites par le forceps qui n'agit pas au niveau de ce muscle. Elles peuvent d'après cet auteur, se- produire pendant l'accouchement, en particulier pendant les présentations du siège et des pieds, par suite des tractions exercées sur le cou de l'enfant, mais elles ne sont jamais suivies de torticolis.

Ed. Owen pense que le torticolis congénital est très souvent la conséquence des ruptures complètes ou partielles du muscle sterno-mastoïdien.

Jeannel n'admet pas que la rupture obstétricale du sterno-cléidomastoïdien puisse être suivie de torticolis. Il invoque les raisons suivantes :

1° La prétendue rupture du sterno-mastoïdien au moment des accouchements difficiles, à la suite de présentations de la face ou de certaines applications de forceps sur le cou, connue sous le nom d'hématome du sterno-mastoïdien, n'est point une rupture du muscle, c'est tout au plus une contusion avec attrition légère ;

2° Les enfants qui ont eu des hématomes n'ont point d'ordinaire de torticolis ;

3° Loin d'être une cause de torticolis, l'hématome du sternocléido-mastoïdien en serait plutôt un effet ; témoins les deux cas de Petersen concernant deux enfants venus au monde naturellement et facilement avec un torticolis et qui eurent secondairement des hématomes;

4° Le torticolis est souvent héréditaire ;

0° La rupture du sterno-cléido-mastoïdien est absolument incapable de produire le torticolis.

Gomme dernier argument capital, Jeannel rappelle que dans aucun des quarante cas de rupture du sterno-cléido-mastoïdien relevés par Maydl, sauf les cas très problématiques de Cavalier, il n'a existé de torticolis.

Fabry a tenté quelques expériences sur les animaux dans le but de rechercher si les lésions traumatiques du sterno-cléido-mastoïdien pouvaient être suivies de la rétraction permanente de ce muscle. Ces expériences, en trop petit nombre et mal conduites, n'ont donné aucun résultat précis.

Witzel avait déjà essayé de produire expérimentalement le torticolis chez le lapin par l'attrition du sterno-cléido-mastoïdien d'un côté. Cet auteur obtint facilement des hématomes, mais il n'observa dans aucun cas une rétraction consécutive du muscle.

Petersen admet que les contusions expérimentales des muscles ne sont jamais suivies de rétraction et de raccourcissement.

Cet auteur soutient depuis longtemps qu'il n'existe aucun rapport entre la rupture, l'hématome du sterno-cléido-mastoïdien, et le raccourcissement consécutif du muscle. Il n'admet pas non plus l'arrêt de développement du muscle après rupture musculaire, et attribue le torticolis dit obstétrical à des rétractions musculaires, ligamenteuses ou osseuses du muscle sterno-cléido-mastoïdien pendant la vie intra-utérine.

Dans une récente communication, Petersen se basant sur ses expériences sur des animaux qui démontrent qu'un muscle dont les points d'insertion pendant la période de croissance sont maintenus longtemps rapprochés, finit par se raccourcir définitivement, pense que le torticolis congénital se produit pendant la vie intrautérine sous l'influence d'adhérences amniotiques fixant la tête du fœtus dans une position inclinée anormale pendant un temps plus ou moins long. Les adhérences arrivent à disparaître sans laisser de traces, mais le torticolis persiste.

Les cas de Petersen, de Meinhardt Schmidt, de W. Schulthess, sont des cas bien évidents de torticolis congénitaux.

\-lhéinatome du sterno-cléido-mastoïdien, conséquence de la contusion et de l'attrition du muscle, à la suite d'accouchements difficiles et de présentations du siège (Dieffenbach, Wilks, Bouchut, Blachez, Planteau, Pératé^ Tordeus, de Saint-Germain, Lannois,

-Le Breton) ne s'accompagne en général, d'après nos observations, que d'un torticolis passage^'. La rétraction permanente, dans ces cas est exceptionnelle.

En résumé, l'étiologie du torticolis congénital présente, malgré les récents et intéressants travaux, d'assez nombreuses obscurités.

Un certain nombre de cas de torticolis paraissent bien certainement en rapport avec des accouchements difficiles. Nous avons souvent noté cette coïncidence. Sur quatorze cas de torticolis congénitaux, Fabry a noté douze fois des accouchements difficiles (huit présentations du siège, quatre applications du forceps).

Contrairement à Petersen et à Jeannel, nous pensons que dans quelques cas très excejjtionnels^ la rétraction permanente peutsuc céder à \du rwpture partielle du muscle sterno-mastoïdien. Les examens anatomo-pathologiques ne sont pas, il est vrai, en faveur de la théorie de la rupture musculaire.

Le plus grand nombre de torticolis congénitaux sont produits pendant la vie intra-utérine et nous nous rallions à la récente théorie de Petersen qui attribue cette difformité à une position vicieuse de la tête du fœtus dans l'utérus. La fréquence du torticolis congénital à droite en rapport avec les présentalions les plus communément observées, dans laquelle la tète du fœtus est inclinée à droite, l'hérédité, la coexistence de l'hémiatrophie faciale et crânienne et d'autres difformités, les lésions anatomiques observées, sont de puissants arguments en faveur de cette théorie.

Aucun fait anatomo-pathologique précis ne permet d'admettre jusqu'à ce jour que le torticolis congénital soit sous la dépendance d'une lésion nerveuse centrale ou périphérique.

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