III. SCOLIOSE RACHITIQUE
Les troubles de l'ossification au niveau des zones épiphysaires des corps vertébraux et des arcs vertébraux, le défaut de solidité du rachis dû au ramollissement des vertèbres, la faiblesse musculaire, expliquent la fréquence de la scoliose dans le rachitisme.
La colonne vertébrale s'accroissant très lentement à partir des quinze premiers mois après la naissance, on n'observe qu'exceptionnellement des scolioses rachitiques avant l'âge de deux ans.
La plupart des déformations rachitiques dti rachis se montrent surtout vers l'âge de deux ans et jusqu'à six ans. Aucun fait n'a démontré jusqu'à ce jour l'existence du rachitisme tardif de la colonne vertébrale chez les adolescents, admis par Yincent et Kirmisson.
Avec Guérin, on peut admettre que 9 p. 100 des enfants atteints de déformations rachitiques présentent des scolioses.
Nous avons déjà signalé la laxité particulière de la colonne vertébrale, la cyphose et la lordose des jeunes rachitiques.
La scoliose rachitique présente un certain nombre de caractères importants. Chez les jeunes enfants de deux à trois ans, on note le plus souvent une déviation dorso-lombaire à gauche (Lorenz) ; plus tard, on observe une égale fréquence de la déviation à droite et à gauche (J. Guérin, Lorenz, Busch).
Le sommet de la déviation rachitique primitive correspond au milieu du rachis [déviation dorso-lombaire)^ tandis que, dans la scoliose des adolescents, la courbure primitive occupe le segment dorsal ou lombaire.
Les courbures de compensation sont situées très haut dans la région dorso-cervicale et très bas dans la région lombo-sacrée.
La limite supérieure de la gibbosité costale, presque toujours très considérable, se trouve au-dessous de l'omoplate correspondante. La saillie moins considérable de la gibbosité costale secondaire ne produit qu'une très légère proéminence de la moitié supérieure de l'omoplate du côté opposé.
Ces particularités sont indiquées dans la figure 261.
La figure 262 est un exemple de scoliose rachitique très prononcée chez un enfant de quatorze ans.
La scoliose rachitique se développe très souvent chez les sujets primitivement atteints de dos plat.
Les lésions anatomiques sont peu différentes de celle de la scoliose des adolescents. Les fibro-cartilages interarticùlaires et les épiphyses cartilagineuses prennent une part importante à la déformation.
Fig. 261. — Scoliose rachitique dorso -lombaire cliez un jeune enfant.
Fig. 262. — Scoliose racliitique très prononcée cliez un enfant de quatorze ans.
D'après des photographies de notre collection.
Le bassin est profondément altéré, les rétrécissements pelviens sont très fréquents. Il faut noter la coexistence des autres déformations rachitiques du thorax, des membres, de la tête, etc.
Un certain nombre de causes secondaires agissant sur le rachis flexible, malléable, jouent un rôle important dans Fétiologie de cette variété de scoliose.
La position assise dans le lit, la tête penchée en avant, ou soutenue dans cette position par un oreiller, imprime à la colonne vertébrale une direction à convexité postérieure. (V. Cyphose , p. 22S.) Si le plan du lit est incliné, le rachis se dévie latéralement.
L'habitude de porter les enfants sur le bras gauche favorise chez les rachitiques le développement de la scoliose. Dans cette position, Favant-bras gauche offre au siège de l'enfant un
plan oblique, il en résulte un abaissement de la moitié droite du bassin et une déviation dorso-lombaire droite. L'enfant appuyant son tronc sur la poitrine de celui qui le porte, en s'inclinant à gauche, accentue la courbure (fîg. 263). Si l'enfant est porté sur le bras droit, la déviation se produit en sens contraire.
L'influence de la pesanteur, la surcharge, agissent d'une façon très réelle sur la colonne vertébrale rachitique.
Fig. 263.
Les positions vicieuses dans la station debout sont des causes très efficaces de la difformité.
Nos observations nous ont démontré que le pied plat, si fréquent chez les rachitiques (voir Chapitre Pied plat)^ le genu valgum et les autres déformations du membre inférieur produisent très fréquemment des troubles statiques, des incliaaisons du bassin et des courbures importantes de la région dorso-lombaire.
Ces différentes particularités étiologiques expliquent la forme, la direction, le siège des courbures observées dans les déviations rachitiques de la colonne vertébrale des très jeunes enfants.
La marche de la scoliose rachitique est souvent rapide dans les premières années de la vie, s'accompagnant de déformations très
prononcées, s'accusant encore au moment de la croissance. Le redressement du rachis, au moment de la guérison et de la disparition des autres lésions rachitiques, est exceptionnel.