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IV. -r- SCOLIOSE STATIQUE

On désigne sous ce nom les déviations latérales du rachis qui succèdent à des troubles statiques, à la rupture de l'équilibre du tronc, qui sont dus le plus souvent à une diminution de longueur d'un des membres inférieurs.

Le mécanisme de ces scolioses est assez simple et toujours le même, quelle que soit la cause de l'inégalité des membres.

Le sujet, qui présente un raccourcissement d'un de ses membres inférieurs, incline le tronc et le bassin du côté du membre inférieur le plus long ; il déplace le centre de gravité vers la verticale passant par la jambe du côté sain.

Le raccourcissement des membres inférieurs, réel ou apparent, retentit de la même façon sur le rachis, qui s'incline du côté du membre le plus court. La courbure a sa convexité dirigée du côté du membre le plus court, sa concavité dirigée du côté du membre le plus long.

Les exemples de cette variété de scoliose sont nombreux.

Nous devons citer, en première ligne, les scolioses statiques, étudiées dans ces dernières années par G. Morton, Terrillon, Staffel, qui succèdent au raccourcissement non pathologique d'un des membres inférieurs.

L'état asymétrique des membres inférieurs le plus souvent co7igénital et d'origine héréditaire, ne s'accompagne, dans ces cas, d'aucune lésion des articulations ou des parties molles.

Il résulte des statistiques récentes que cette inégalité des membres inférieurs est assez fréquente, atteignant plus souvent le membre inférieur gauche que le droit. Le raccourcissement varie entre 2 à 3 millimètres et 2 centimètres.

Sur cinquante-quatre sujets examinés par W.-G. Cox, six seulement avaient les membres inférieurs égaux.

Sur trente-cinq sujets, Callender a trouvé dans deux cas les membres inférieurs inégaux.

Garson a donné le résultat de mensurations de soixante-dix sque-

leltes de sujets dage varié, de douze ans et au-dessus, de sexe différent et de races diverses. Dans vingt-cinq cas, c'est-à-dire dans 33,8 p. 100, le membre inférieur droit était plus long que le gauche, de 3,3 millimètres en moyenne. Dans trente-huit cas, c'est-à-dire dans 34,3 p. 100, le membre inférieur gauche était plus long que le droit de 4,8 millimètres en moyenne.

D'après Garson, le membre inférieur gauche est non seulement plus fréquemment plus court que le droit, mais la différence entre les deux membres est plus considérable, lorsque le membre inférieur gauche est raccourci (8 millimètres en moyenne pour le droit, 13 millimètres pour le gauche).

Dans quarante et un cas, le fémur droit était plus long que le gauche de 3,8 millimètres en moyenne; dans vingt cas, le fémur droit était plus court que le gauche de 2,9 millimètres en moyenne; dans neuf cas, les os étaient égaux; dans vingt-quatre cas, le tibia gauche était plus long que le droit de 3,0 millimètres en moyenne; dans vingt-neuf cas, le tibia droit était plus long que le gauche, en moyenne, de 2,6 millimètres ; dans dix-sept cas, les os étaient égaux.

G.Morton, d'après ses recherches, considère que l'inégalité des membres inférieurs est la règle et non l'exception.

Sur cinq cent treize enfants de huit à dix-huit ans, cet auteur a trouvé que deux cent soixante-douze avaient les membres inférieurs inégaux; sur deux cent quarante-un sujets, il y avait égalité.

Le membre inférieur droit fut trouvé plus long que le gauche dans cent quatre-vingt-dix-huit cas, sur les deux cent quaranteun sujets asymétriques.

Dans d'autres mensurations pratiquées sur quarante-neuf jeunes gens très robustes, treize seulement avaient les membres inférieurs égaux. La jambe droite était plus courte que la gauche dans trente-six cas.

Staffel, Taylor, Sklifosowski admettent que le membre inférieur gauche est plus souvent raccourci que le droit. Sur deux cent trente scolioses, Staffel a trouvé soixante-deux fois un raccourcissement du membre inférieur gauche, trois fois du membre inférieur droit.

Fischer, Staffel ont admis que, dans quelques cas, il pouvait exister une hauteur inégale des deux ailes iliaques, conséquence de leur développement asymétrique.

Le raccourcissement du membre inférieur peut être aussi la

conséquence de processus pathologiques variés : coxalgie en abduction, le bassin dans ces cas étant abaissé du côté malade ; luxations congénitales unilatérales de la hanche, ankyloses du genou, ostéomyélite du tibia ou du fémur, lésions épiphysaires ou déformations rachitiques asymétriques de ces os.

Dans quelques cas exceptionnels, l'allongement d'un des membres inférieurs peut succéder à l'ostéomyélite.

Nous devons une mention spéciale au pied plat, à la tarsalgie, au genu valgum. Il résulte de nos recherches que ces difformités très fréquemment constatées chez les scoliotiques, ont une importance capitale, produisant un raccourcissement d'un des membres inférieurs, avec inclinaison du bassin et incurvation secondaire de la région lombaire du rachis. Ces attitudes vicieuses nous semblent, chez des sujets prédisposés, dont l'état général est mauvais, au moment de la croissance, une cause importante de la scoliose des adolescents. Nous avons insisté, dans un mémoire récent, sur les relations entre la scoliose et le pied plat.

Sur une série de cent scolioses, au début, nous avons observé douze cas de scolioses lombaires avec pied plat plus marqué d'un côté et raccourcissement d'un des membres inférieurs, variant d'un demi-centimètre à 2 centimètres.

Dans trois cas, il existait une légère courbure de compensation dorsale avecgibbosité, modification dans la hauteur des épaules, etc. Dans deux cas, il s'agissait de scolioses totales ayant débuté par la région lombaire. Dans deux autres cas, nous avons pu suivre la marche de scolioses primitivement lombaires, avec pied plat et raccourcissement d'un des membres inférieurs qui se sont compliqués de déviations dorsales avec gihbosité et la plupart des caractères des scolioses dites essentielles ou habituelles. Nous admettons que la scoliose est intimement liée, dans ces cas, au raccourcissement d'un des membres inférieurs.

Nous signalons, dans notre étude des scolioses d'origine nerveuse, le raccourcissement d'un des membres inférieurs, avec atrophie ou contracture, conséquence de la paralysie infantile, de l'hémiplégie.

Les lésions douloureuses des membres inférieurs, entorse tibiotarsienne, arthrites rhumatismales, rhumatisme musculaire, sciatique, s'accompagnent de boiterie avec raccourcissement d'un des membres inférieurs et déviation consécutive du rachis.

Nous indiquons (p. 364) le mécanisme de la formation de la scoliose dans la sciatique qui doit être rangée dans la catégorie des scolioses statiques. Dans ces scolioses, la cause de l'inclinaison du tronc vers le côté sain est toujours le déplacement du centre de gravité vers la verticale passant par la jambe saine. Le malade tend à fléchir la jambe endolorie, pour qu'elle n'appuie pas sur le sol, il la raccourcit, et prend une attitude hanchée vicieuse.

En dehors de ces causes pathologiques, nous avons admis que certaines formes de scolioses des adolescents sont la conséquence d'inclinaisons pelviennes, de raccourcissement des membres inférieurs qui succèdent à des attitudes vicieuses dans la station. Nous avons signalé l'influence des positions hanchées, de la position assise oblique sur une seule tubérosité ischiatique.

Dans ces cas, le raccourcissement d'un des membres inférieurs n'est ^n apparent. En raison des attitudes vicieuses, le bassin s'élève et s'incline d'un côté, l'un des membres inférieurs parait raccourci. Lorsque l'attitude vicieuse est corrigée, les deux épines iliaques ramenées sur la même ligne, la mensuration indique une égalité des deux côtés.

L'examen attentif des faits prouve le degré intime de parenté entre certaines formes de scolioses des adolescents et les scolioses statiques.

Dans quelques cas assez rares, la scoliose statique est déterminée par une charge anormale agissant sur la partie supérieure du tronc, grosses tumeurs, amputations très élevées du bras (Stromeyer).

Un certain nombre de sujets atteints de scolioses statiques n'accusent aucun symptôme pouvant faire soupçonner un raccourcissement des membres inférieurs.

Dans quelques cas, on constate une marche particulière ; le bord inférieur du pantalon, d'un côté, est plus usé que l'autre (Morton). On note, quelquefois, des douleurs du côté des reins (Morton), de la hanche, une boiterie douloureuse, qui peuvent en imposer pour une coxalgie (Terrillon), ou un mal de Pott. Les douleurs lombaires au niveau de la hanche, dans le domaine du sciatique, sont la conséquence des chocs fréquents auxquels la colonne vertébrale est soumise, dans les cas d'asymétrie des membres inférieurs.

La mensuration précise des membres inférieurs et de l'inclinaison latérale du bassin qui doit être pratiquée dans tous les cas de scolioses, donne des renseignements plus justes que la simple inspection. Cette mensuration peut être pratiquée de différentes façons. On met le sujet à plat, sur une table, dans la position horizontale, les deux membres inférieurs placés parallèlement, leur abduction ou leur adduction corrigée, les épines iliaques antérieures et supérieures sur la même ligne, et on mesure la distance qui sépare le sommet des malléoles du bord supérieur du grand trochanter ou de la crête iliaque. Plus simplement on se sert d'un fil à plomb partant des épines iliaques antérosiipérieures et allant toucher le sol.

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