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V. SCOLIOSES d'0RIGI?sE A'ERVEUSE

Les affections nerveuses s'accompagnent assez fréquemment de déviations du rachis. En raison du rôle trophique important de la moelle, la plupart des scolioses nerveuses s'observent dans les maladies médullaires.

Les scolioses nerveuses n'ont par elles-mêmes rien de caractéristique, leur mécanisme n'est pas toujours le même, elles sont tantôt de cause statique^ tantôt de cause musculaire ou trophique, tantôt de cause osseuse. Elles sont souvent caractérisées par de simples flexions (fausses scolioses). Dans un certain nombre de cas, un examen attentif fait cependant découvrir l'existence d'une véritable torsion vertébrale.

Ainsi que nous l'avons déjà indiqué, certaines déviations rachidiennes succédant à des lésions nerveuses sont la conséquence de troubles statiques, d'attitudes vicieuses que prend le malade pour pouvoir marcher ou pour éviter des douleurs. (A^oir Scoliose statique, p. 36S, 366.)

Les inclinaisons vicieuses latérales du rachis sont aussi très souvent de cause musculaire, la conséquence du raccourcissement unilatéral des muscles de la région vertébrale, atteints de spcmne, àe paralysie, d'atrophie.

Le spasme ou la contracture peuvent être directs ou d'origine réflexe, produisant un état comparable à celui du sterno-cléidomastoïdien dans certaines formes de torticolis {torticolis lombaire de Grancher).

Dans certains cas, les muscles antagonistes de ceux qui sont paralysés ou atrophiés, n'étant plus contre-balancés par ces derniers, se raccourcissent peu à peu et finissent par dévier le rachis. Nous avons signalé (p. 277, 278 et 225) les lordoses et cyphoses sous la dépendance de paralysies ou d'atrophies musculaires.

Les scolioses par paralysie partielle des muscles de la région vertébrale sont assez rares.

La permanence des scolioses d'origine nerveuse est produite par l'atrophie des muscles du côté immobilisé, par la rétraction musculaire avec transformation fibreuse, par l'action continue des muscles latéraux inclinant le tronc du côté sain (voyez Scoliose sciatique, p. 366), enfin par les déformations osseuses secondaires.

D'après E. Landois, un certain nombre de scolioses dites névropathiqiies héréditaires, résultent des troubles trophiques du système musculaire.

Dans plusieurs scolioses nerveuses, la difformité du rachis est de cause osseuse, sous la dépendance de lésions primitives des vertèbres.

Conformément à ces données, on voit que la même afîection nerveuse peut s'accompagner de déviations, formées par des mécanismes difTérents. C'est ainsi que dans la paralysie infantile, la paralysie ou l'atrophie de certains groupes musculaires produisent un défaut de symétrie dans les membres inférieurs, des troubles statiques avec scoliose consécutive. D'autres fois au contraire, les muscles des gouttières vertébrales sont atteints de paralysie, la scoliose est de cause musculaire.

L'étude des scolioses d'origine nerveuse démontre la difficulté de diagnostic de cette forme de difformité du rachis.

Lorsqu'on a examiné toutes les causes ordinaires des scolioses, il reste à interroger le système nerveux, à chercher les contractures, les paralysies, enfin les maladies du système nerveux capables de déterminer des lésions trophiques, telles que la syringomyélie, le tabès, l'atrophie musculaire, etc. Un grand nombre de scolioses ne possèdent pas par elles-mêmes des particularités cliniques permettant de les rattacher à une cause spéciale.

Le diagnostic étiologique ne peut se faire que par l'analyse minutieuse des caractères de la déformation et des symptômes concomitants.

D'une manière générale, les scolioses sont fréquentes chez les névropathes ; ce fait explique l'hérédité fréquente de ces difîormités. Chez beaucoup de scoliotiques, on retrouve les stigmates d'un état névropathique varié. Ces scolioses paraissent se produire le plus habituellement par un vice de développement ou par des

parésies des muscles, il s'agit au fond bien plus de troubles trophiques musculaires que de lésions primitivement osseuses ou ligamenteuses.

Uhijstérie s'accompagne assez souvent, par des mécanismes variés, de déviations rachidiennes. Les contractures si fréquentes aux membres inférieurs, simulant certaines variétés de pieds bots, peuvent entraîner des troubles dans la statique et des déviations

Fig. 267. — Scoliose lombaire, convexe à gauche, par contracture hystérique des muscles de la région lombaire droite , d'après une photographie de notre collection.

consécutives, tandis que les contractures ou les paralysies des muscles dorso-lombaires détruisent directement la rectitude de l'axe vertébral.

Dans quelques observations (Charcot, Grancher, Audry), on note une scoliose, ordinairement de la région dorso-lombaire, due à la contracture réflexe d'origine hystérique des muscles de cette région. L'apparition de cette contracture survient en général à la suite d'un traumatisme et peut disparaître brusquement.

Dans l'un de nos cas récents (fîg. 267), la contracture des muscles de la région lombaire droite, avec scoliose lombaire à convexité gauche, était survenue chez une jeune fille manifeste-

ment hystérique, à la suite d'un traumatisme de la rég-ion lombaire droite.

Dans les déviations d'origine hystérique, les courbures de compensation manquent en général. On observe une incurvation en masse et une difformité très marquée.

Nous avons signalé (p. 332) l'hyperesthésie cutanée de la région du rachis, d'origine hystérique, dans certaines scolioses; la déviation vertébrale n'est pas toujours, dans ces cas, sous la dépendance de l'affection nerveuse.

La scoliose chez les tabétiques a surtout été signalée par Krœning, qui l'a rencontrée associée à la cyphose. La déviation est la conséquence de troubles trophiques qui agissent sur le tissu osseux. Il s'agit presque toujours de fractures, qui se produisent sans douleurs pendant un effort du tabétique.

Une altération spéciale du tissu osseux, une fragilité particulière des vertèbres, prédisposent à ces fractures. Cette altération relève de troubles trophiques, consécutifs aux altérations des nerfs périphériques. Dans les cas de Krœning, on put facilement constater la dislocation des fragments dans les fractures produites sur le segment lombaire du rachis. En résumé, les déviations rachidiennes, assez rares chez les tabétiques, doivent être attribuées à des troubles trophiques des corps vertébraux.

Dans la maladie de Friedreich^ les déviations du rachis sont assez fréquentes. La scoliose observée dans les deux tiers des cas, apparaît tardivement, c'est-à-dire deux à vingt ans après le début de la maladie ; elle est très rarement un phénomène initial. Le plus souvent la déviation se produit à droite, la courbure présente sa convexité à droite, elle siège sur la région dorsale, tandis que la colonne lombaire présente une courbure de compensation. On a fait remarquer que la scoliose de la maladie de Friedreich diffère de la scoliose ordinaire en ce qu'elle apparaît beaucoup plus tardivement, mais ce n'est là qu'un caractère très général, très vague, et qui souffre des exceptions. La lordose est quelquefois associée à la scoliose et occupe le plus souvent la région lombaire, alors que la scoliose est dorsale; plus rarement, les deux déviations siègent sur la même région.

La cause de la déviation réside dans le défaut de résistance des muscles spinaux. La prédominance toute mécanique du bras droit dans les mouvements habituels explique, comme pour les sco-

lioses ordinaires, la production fréquente à droite de la déviation.

Dans la paralysie infantile, les déviations rachidiennes apparaissent dans la période atrophique. Mais la scoliose n'est pas la conséquence de l'atrophie de la masse sacro-lombaire, exceptionnelle dans la paralysie infantile; elle est, le plus souvent, de cause statique et dépend de la parésie d'un des membres inférieurs. Pour pouvoir marcher, l'enfant transforme le membre impotent en une tige rigide, le centre de gravité tombe en avant de la jointure, le bassin bascule en avant, ce qui amène par compensation une ensellure lombaire. La lordose est la forme de déviation qui s'observe le plus souvent chez les enfants atteints de poliomyélite antérieure.

Dans Vhémiplégie, avec ou sans contracture, les scolioses sont en général la conséquence des troubles statiques par la rupture de l'équilibre du tronc. Le malade s'appuie sur le membre sain, il incline le bassin de ce côté, déplaçant son centre de gravité vers la verticale passant parla jambesaine.il a une allure particulière, portant d'abord le tronc du côté opposé à la paralysie et appuyant tout le poids du corps sur le membre sain (Tood).

La scoliose est en général lombaire à convexité tournée du côté hémiplégique, quelquefois totale (Bouvier).

\J:atrophie musculaire progressive s'accompagne de déviations du rachis et de courbures latérales du tronc ; dans ces cas, la scoliose est d'origine paralytique ou trophique, elle dépend souvent de l'atrophie qui frappe plus ou moins également les groupes musculaires situés de chaque côté de la ligne médiane.

Dans la paralysie pseudo-hypertrophique , les déviations rachidiennes sont de cause statique ; la faiblesse du moyen et du petit fessier, le plus souvent atteints, oblige l'enfant à écarter les jambes et à cambrer fortement les reins; il se produit une lordose lombaire, qui disparaît dans la position couchée. Plus tard, dans la période d'atrophie, on observe une cyphose dorsale permanente.

Bien que nous rapprochions les déviations du rachis dues à la paralysie pseudo-hypertrophique, des scolioses nerveuses, il importe de remarquer que jusqu'à présent l'examen du système nerveux central dans cette affection, a été négatif. Cette paralysie est considérée comme d'origine myopathique. La sclérose du périmysium serait la cause de tous les accidents, toutefois rien ne prouve que

cette sclérose ne soit pas une lésion trophique sous la dépendance du système nerveux.

La scoliose est un symptôme très fréquent de la syringomyêlie. Bernhard accuse une proportion de 25 p. 100, mais JBrûhl croit que les déviations rachidiennes existent au moins dans la moitié des cas.

La scoliose syringomyélique peut être précoce, elle constitue parfois le premier signe appréciable de la maladie; elle est plus rarement tardive. Dans tous les cas, une fois formée, elle ne semble guère progresser.

Son apparition peut être signalée par une douleur vertébrale réveillée à la percussion, qui paraît dépendre de lésions irritatives autour de la néoplasie médullaire. En même temps que la douleur, apparaît une contracture réflexe qui contribue au développement de la scoliose.

Le degré de la scoliose est très variable ; souvent à peine perceptible, elle détermine dans quelques cas, une véritable difformité. La déviation occupe de préférence la région dorsale et entraîne des courbures de compensation dans les régions cervicales et lombaires. On peut constater d'autres déviations concomitantes; la lordose est rare, la cyphose est souvent très prononcée et occupe la région cervicale.

La pathogénie de la scoliose syringomyélique a été diversement interprétée. Krœning admet, comme pour les scolioses tabétiques, des lésions osseuses variées, une polyarthrite vertébrale. D'après Roth, l'atrophie des muscles transversaires épineux, même au début de la maladie, est la cause principale de la déviation.

Brûhl, dans sa remarquable étude de la syringomyêlie, admet comme Morvan, que la scoliose est surtout la conséquence des troubles ditstrophiques, en dehors même de l'atrophie musculaire ou de la contracture qui peuvent la favoriser.

La scoliose qui se montre dans la maladie de Morvan, dont Broca a le premier signalé l'existence, existe dans la moitié des cas, et s'observe presque toujours à droite. En général, la déviation apparaît du côté qui a été primitivement frappé de parésoanalgésie, plus fréquemment chez l'homme que chez la femme.

Comment se produit cette scoliose? Broca a été à peu près le seul à admettre que la déviation se produit primitivement et est a cause de la paréso-analgésie et des troubles trophiques

relevés dans cette maladie. Morvan range au contraire la scoliose parmi les troubles trophiques au même titre que les panaris, les arthropathies, les fractures spontanées; il s'agit d'une trophonévrose. La vertèbre affaiblie s'affaisse sous l'action de la pesanteur. La seule objection à opposer à la théorie proposée par Morvan est qu'il est difficile de comprendre comment une scoliose dorsale peut être associée à d'autres troubles trophiques qui indiquent une localisation franchement, exclusivement cervicale. Quoi qu'il en soit de l'explication, les troubles trophiques qui intéressent le tissu osseux de la colonne vertébrale, peuvent aussi atteindre les os des membres, car dans l'observation de Prouff, on a noté des arthropathies ayant les apparences de l'arthrite sèche.

La scoliose aa'oméffalique isolée est rare, elle est le plus souvent associée à d'autres déviations du rachis. Celles-ci sont pour ainsi dire constantes dans l'acromégalie arrivée à la période d'état, et possèdent une importance aussi grande que les déformations des extrémités.

La plus commune de ces déviations est la cyphose. Le dos est rond, et le malade tient difficilement la tête droite, celle-ci penche et est inclinée continuellement en avant ; elle paraît s'enfoncer entre les deux épaules, surtout quand le malade a une épaule plus élevée que l'autre. La scoliose, moins prononcée que la cyphose, présente une concavité tantôt à droite, tantôt à gauche, la courbure est régulière, sans angle brusque.

Les hypothèses sur la nature de l'acromégalie peuvent donner quelques renseignements sur le mode de production des déviations vertébrales. Klebs considère l'acromégalie comme le résultat du développement anormal du système vasculaire ; Freund admet une anomalie de développement associée à des troubles des fonctions génitales. Nous citerons l'opinion de Marie, qui est la plus conforme aux données de la clinique et de l'anatomie pathologique. Il s'agit pour cet auteur d'une distrophie systématique dont la place en nosologie est assez symétrique à celle du myxœdème. Les lésions sont nettement d'ordre trophique, les saillies vertébrales sont hypertrophiées, le tissu spongieux est toujours très développé, en sorte qu'il se produit un affaissement des corps vertébraux et une incurvation de la colonne, dont le sens est déterminé par les lois de la statique. Dans plusieurs observations, on

note l'état spongieux très marqué des corps vertébraux, percés de gros trous vasculaires.

La scoliose peut accompagner la cyphose dans un syndrome décrit par Marie sous le nom <ï ostéo-arthropathie hypertrophiante pneumonique. Les caractères de l'affection diffèrent sensiblement de ceux de Tacromégalie ; en outre, la cyphose est lombaire et dorsale inférieure, tandis qu'elle est cervicale et dorsale supérieure chez les acromégaliques. Les déviations sont la conséquence de lésions des articulations vertébrales; les extrémités articulaires sont augmentées de volume et déformées.

Dans la maladie de Paget ou ostéite déformante hypertrophique^ on ne rencontre que la cyphose, sans scoliose. Les déviations rachidiennes sont d'ordre trophique. Lancereaux a émis l'opinion que cette maladie relève d'une affection du système nerveux et que les lésions anatomiques ont les caractères des ostéites, observées après la section des nerfs sur une extrémité.

Différents états douloureux du cou , du tronc , des viscères s'accompagnent de déviations du rachis, sous la dépendance de contractures spasmodiques musculaires réflexes et d'attitudes vicieuses prises par le malade dans le but d'éviter les douleurs. Ces scolioses réflexes doivent être rapprochées des déviations observées dans l'hystérie (v. p. 337).

Les affections rhumatismales, les lésions vertébrales du mal de Pott, les diverses variétés d'arthrite vertébrale peuvent être l'origine de semblables scolioses. Dans le rhumatisme des muscles vertébraux, l'incurvation latérale du tronc se produit du côté malade, ou, comme dans la sciatique, du côté des muscles sains.

Terrier a décrit un cas de contracture douloureuse chez un hémiplégique chez lequel un traumatisme avait provoqué subitement une telle exagération des phénomènes spasmodiques que le tronc s'était incliné du côté paralysé, comme dans l'attitude du pleurosthotonos.

Nous avons signalé les incurvations latérales du rachis, dans le mal de Pott, en grande partie sous la dépendance de contractures réflexes musculaires, analogues à celles observées dans les arthrites douloureuses.

Les affections rénales douloureuses de l'enfance, la lithiase rénale, les accès de colique néphrétique (Besson, Bloch, R. Marquésy, V. P. Gibney, Paulet), les affections douloureuses du pou-

DÉVIATIONS DE Lk COLONNE VERTÉBRALE 363

mon et de la plèvre (Banvell, D. Drummond), des ovaires et de l'utérus (P. Vogt), l'inflammation du psoas (P. Yogi), les plaies, les ulcères, les brûlures (P- Yogt), les tumeurs au voisinage de la région vertébrale, s'accompagnent souvent de déviations du rachis.

Ces scolioses réflexes apparaissent le plus souvent d'une façon brusque, coexistant avec des cyphoses. La colonne vertébrale prend la position qui permet l'immobilité de l'organe malade placé au voisinage du rachis. Si l'organe malade, rein ou poumon, est situé à gauche, la déviation est à convexité droite; le sujet inclinant le tronc du côté atteint, de façon à prévenir toute douleur, les muscles de ce côté du rachis se contractant par action réflexe.

Dans quelques cas, le tronc est, non seulement incliné latéralement, mais encore légèrement penché sur le bassin ; la crête iliaque du côté malade est plus élevée que celle du côté opposé. On retrouve quelques-uns des caractères des attitudes vicieuses, que nous décrivons dans la scoliose sciatique (p. 364, 36o).

Les déviations rachidiennes d'ordre réflexe siègent indifféremment dans la région dorsale ou lombaire, le plus souvent dans la région dorso-lombaire. Elles sont peu accentuées, à petit rayon, sans courbures de compensation ; leur courbure varie à des périodes rapprochées, s'accentuant au moment des crises douloureuses et disparaissant parfois complètement lorsque la douleur a cessé, ou dans l'anesthésie chloroformique. Elles varient suivant que le malade est debout ou assis, mais persistent dans le décubitus latéral.

Il existe quelquefois une saillie d'une ou de plusieurs vertèbres. La cyphose peut se borner à la saillie d'une vertèbre isolée. Contrairement à ce que l'on observe dans le mal de Pott, la région osseuse déviée n'est le siège d'aucune douleur.

Les principaux caractères de cette variété de scoliose permettent en général de la différencier du mal de Pott, des arthrites vertébrales, des scolioses rachitiques, statiques, etc. Il faut, dans les cas douteux, rechercher avec soin l'état des reins et du poumon. S'il s'agit d'une scoliose survenant au cours d'une affection pleuro-pulmonaire, on cherchera à établir si la déviation est d'origine réflexe ou la conséquence directe de l'épanchement. {Scoliose pleurétique, v. p. 367, 368.)

Scoliose sciatique. — Les états douloureux des membres inférieurs, particulièrement dans la sciatique, s'accompagnent de déviations rachidiennes, dont le mécanisme a été l'objet d'études intéressantes dans ces dernières années.

Les attitudes vicieuses et les déformations consécutives dju rachis qui sont la conséquence de la névralgie sciatique, paraissent avoir été mentionnées pour la première fois, en 1878, par Gussenbauer. Depuis cette époque, le même auteur a publié de nombreux cas de déformations rachidiennes consécutives à la sciatique, sous le nom de scoliose neuropathique ou neuro-musculaire . Charcot, Ballet, Babinski, Texier, Kirmisson, Brissaud, H. Lamy, en France, Albert, Gussenbauer, Nicoladoni, Schûdel, ont publié d'importants travaux sur cette question.

La scoliose sciatique s'observe chez des individus atteints depuis un certain temps de douleurs sciatiques dans un membre ; la déformation peut survenir peu de temps après l'attaque douloureuse, mais, elle n'est pas constante et paraît se montrer dans certaines conditions que nous examinons plus loin.

Il existe deux formes de scoliose sciatique : 1° runc croisée, c est-à-dire à concavité tournée du côté sain; 2° F autre, homologue, c est-à-dire à concavité tournée du côté malade.

1° Scoliose sciatique croisée. — Ce qui frappe d'abord à l'examen, c'est l'inclinaison latérale du tronc sur le côté sain, parfois assez considérable pour faire croire, au premier abord, à une affection primitive du rachis. Il en résulte une courbure de la portion dorsolombaire du rachis à convexité tournée du côté malade. Le rebord costal du côté sain se rapproche de la crête iliaque, d'autant plus que l'incurvation rachidienne est plus accusée. La diminution de l'intervalle costo-iliaque est un signe qui doit toujours être recherché, parce qu'il est plus sensible que la scoliose elle-même dans les cas légers. Les malades présentent, en général, un certain degré de cyphose; le tronc est légèrement fléchi sur le bassin.

L'épaule du côté sain peut être tantôt abaissée, si elle suit le mouvement d'inclinaison latérale du tronc, tantôt normale ou élevée, s'il s'est établi des courbures de compensation au-dessus de la courbure dorso-lombaire, ce qui est la règle.

Il peut même survenir, comme dans les autres scolioses, des courbures de compensation de second ou de troisième ordre. La courbure de compensation peut occuper la région cervicale, ce

qui fait que la tête a son attitude normale, tandis que la ligne des épaules est inclinée.

La déviation dorso-lombaire peut s'atténuer avec la disparition des douleurs, le plus souvent elle persiste malgré la position couchée et s'accentue vers la fin de la maladie.

Le pied du côté malade, quoique appuyant sur le sol avec moins de force que celui du côté opposé, reste cependant en contact avec le sol sur toute sa surface, mais ce signe, indiqué par Babinski, est loin d'être constant et n'a pas la valeur de la courbure latérale du rachis. Le pied du côté sain porte toujours avec plus de force sur le sol que celui du côté malade.

La déformation persiste pendant le sommeil, mais peut disparaître pendant la chloroformisation, pour revenir progressivement après l'anesthésie ; elle ne peut être modifiée ni par des manœuvres passives, ni par la seule volonté du malade. Nous avons vu qu'elle apparaît à une époque variable de la sciatique, soit tout à fait au début, soit à une époque tardive. Son existence n'est pas liée à l'intensité des douleurs, puisqu'on a pu se servir de ce signe, ainsi que le prouvent les observations de Charcot et de Ballet, pour diagnostiquer une sciatique fruste ou au début. En général cependant, la scoliose est associée aux sciatiques violentes. La déformation peut disparaître dans les cas récents ; dans les cas anciens, au contraire, la contracture, l'atrophie musculaire, les adhérences fibreuses constituent de graves obstacles à la guérison.

2° Scoliose sciatique homologue. — Brissaud a démontré avec trois observations à l'appui, que la concavité de la courbure de la scoliose peut être tournée du côté du membre atteint de névralgie. Cette scoliose qu'il appelle homologue est plus rare que la scoliose croisée. Elle est liée à l'existence de contractures douloureuses que nous signalons plus loin.

Examinons les causes de la scoliose observée dans la sciatique. Il est d'abord de toute évidence que la déviation est le résultat d'un trouble musculaire. Il pourrait y avoir paralysie des muscles du côté malade, mais il est facile de s'assurer qu'il n'en est rien. Peut-être s'agit-il d'une contracture, comme l'a admis Ballet. Mais comment une névralgie du sciatique pourrait-elle déterminer par voie réflexe une contracture dans un groupe de muscles qui n'est pas animé par ce nerf? Ce serait un fait en contradiction

avec ce qu'enseigne la physiologie, étant donné que cette contracture est croisée.

On admet généralement que l'attitude vicieuse tient aune simple contraction musculaire. L'individu qui soufîre d'une sciatique s'efforce de faire porter une partie du poids de son corps sur le côté sain, pour cela il déplace son centre de gravité en s'inclinant de ce côté et le rebord costal se rapproche de la crête iliaque. En même temps le malade, comme l'avait fait voirLasègue, fléchit la cuisse sur le bassin et la jambe sur la cuisse, en sorte que le pied ne touche le sol que par la pointe, mais comme cette attitude est difficile à réaliser d'une façon prolongée dans la marche, le malade en arrive peu à peu à faire reposer la totalité de la plante du pied sur le sol. Cette attitude ne peut se produire, comme l'a fait remarquer Brissaud, que si le bassin s'incline du côté du membre fléchi. Dans ces conditions le rachis s'incline encore davantage du côté sain. La position hanchée existerait donc, surtout dans les cas où Babinski signale l'application complète du pied sur le sol, et l'on peut s'en rendre compte en notant le niveau des épines iliaques. En résumé, l'inclinaison du tronc dans la sciatique est le déplacement du centre de gravité vers la verticale passant par la jambe saine. Cette forme de scoliose doit être rangée dans les scolioses statiques.

La déformation est entretenue par la contraction permanente des muscles latéraux du tronc du côté sain, contraction qui dégénère en contracture (spasme fonctionnel de Duchenne), puis par l'atrophie des muscles du côté immobilisé, enfin par la formation d'adhérences fibreuses entre les diverses parties du squelette, comme l'a admis Babinski.

Quant aux déviations qui siègent du même côté que la sciatique (scoliose homologue de Brissaud), leur pathogénie est tout à fait différente. Brissaud les explique par l'existence d'une contracture réflexe qui occupe les muscles innervés, non seulement par le sciatique, mais par les branches du plexus lombaire, car il s'agit dans ces cas d'une névralgie lombo-sacrée. Il résulte du spasme des principaux muscles innervés par le plexus lombo-sacré, que le rebord costal se rapproche de la crête iliaque et que la colonne vertébrale s'incline du côté malade ; le membre inférieur du môme côté se fléchit et si le malade veut marcher, il prend l'attitude hanchée. Comme le patient penche du côté malade, il

est obligé, s'il veut conserver l'équilibre dans la station debout, défaire porter le poids du corps du côté sain, en faisant proéminer la hanche saine de la ligne verticale qui passe par la plante du pied du côté sain.

Le diagnostic de la scoliose sciatique implique la recherche de deux éléments, d'abord la reconnaissance de la déformation, puis le diagnostic de la sciatique. C'est surtout avec la coxalgie que la sciatique, accompagnée de scoliose, peut être confondue. Dans la coxalgie, on recherchera le mouvement d'élévation et de torsion du bassin, ainsi que Fensellure lombaire à concavité dirigée du côté malade. Si l'on a des raisons de douter, on complétera l'examen à l'aide de la chloroformisation et l'on recherchera l'existence des autres signes propres à la coxalgie. Le diagnostic peut offrir certaines difficultés, d'autant plus que le signe de l'application complète du pied sur le sol n'offre pas une valeur absolue.

Dans le mal de PoLt, la déviation latérale du rachis est assez rare; Fanesthésie permet de reconnaître si les vertèbres sont altérées ; on recherchera avec soin les commémoratifs.

Les hystériques peuvent présenter une déviation du tronc rappelant celle de la sciatique (v. p. 357 et fig. 267). On retrouve, en général dans ces cas, les autres signes de l'hystérie et l'absence des points douloureux précis de la sciatique.

Les phénomènes de spasme, l'exagération du réflexe rotulien, la trépidation épileptoïde, les secousses spontanées, concordant avec une déviation rachidienne peuvent en imposer, ainsi que l'a indiqué Brissaud, pour une paraplégie spasmodique, d'autant plus que ces signes peuvent exister, à un certain degré, du côté opposé à la névralgie. L'existence de phénomènes douloureux unilatéraux et des points de la sciatique permettent d'éviter cette erreur.

Le traitement consiste à guérir la sciatique. On placera le sujet dans une position redressée normale, en agissant dans quelques cas au moyen de l'extension continue. Le massage, l'électrisation des muscles extenseurs de la colonne vertébrale (Gussenbauer) sont tout particulièrement indiqués.

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