X. — PIED BOT
{Kyllopodie; Kyllose; StrépJwpodie; Pes contortus; Talipcs; Klumpfuss;
Club foot.)
Le nom de pied hot., en usage avant Ambroisc Paré, a été donné à une catégorie de vices de conformation caractérisés par la déviation des différents axes autour desquels le pied exécute ses principaux mouvements.
Avec Mellet, Bouvier, Lannelongue, Ttiorens, E. Schwartz, nous comprendrons sous le terme, tout à fait général, de pied bot, une difformité des pieds consistant dans une déviation permanente (Bouvier), plus ou moins considérable, et telle, que le pied appuie pendant la marche sur le sol par une autre partie que toute rétendue de la face plantaire.
D'après cette définition, on doit éliminer de la catégorie des pieds bots toutes les difformités accidentelles ou passagères, telles que les déviations du pied tenant à des lésions articulaires ou à des contractures musculaires.
Les mouvements physiologiques du pied sont extrêmement variés et se combinent de diverses façons, pendant la station et la marche.
A tous ces mouvements correspondent des déviations pathologiques. On pourrait donc, en s'appuyant sur la physiologie, établir douze à quinze variétés de pied bot (Dieffenbach, Phillips).
Pour plus de simplicité, on doit adopter la classification ancienne et ranger dans quatre groupes toutes les variétés du pied bot.
Le premier groupe comprend les cas dans lesquels la plante du pied regarde en dedans, en même temps que la pointe dirigée
dans ce sens, s'abaisse un peu et se rapproche de la ligne médiane (mouvement de supination ou d'adduction). Le pied bot est dit
Fig. 468- — Pied varas. Vue de la face externe.
Fig. 469. — Pied bot varus.
Vue de la face interne.
D'après des photographies de notre collection.
varus [talipes varus, flexus adductus, inflexus , Klumpfuss) (fig. 468 et 469).
Dans le deuxième groupe, la pointe du pied étant tournée en
Fig. 470. — • Pied bot valgus, d'après une photographie de notre collection.
dehors (mouvement de pronation ou d'abduction), le pied bot est appelé valgus [talipes valgus, extensus abductus) (fig. 470).
Dans le troisième groupe, le pied, dans l'extension forcée
(flexion plantaire de certains auteurs), ne touclie le sol que par les orteils ou l'extrémité des métatarsiens ; le pied hot est dit équin [talipes equinus [flexus)^ Spitzfuss) (fig. 471).
Dans le quatrième groupe le pied est dans la flexion dorsale forcée, la plante du pied regardant en avant et ne touchant le sol
Fig. 471. — Pied bot équin, d'après une photographie de notre coUection.
que par le talon; le pied Lot est dit talus [talipes calcaneus, extensus des Allemands et des Anglais, Rakenfuss) (fig, 472). Dans les deux premiers groupes, la déviation se produit dans
Fig. 472. — Pied bot talus, d'après une photographie de notre collection.
l'articulation astragalo-tarsienne, autour de l'axe vertical, et se combine avec la rotation en dedans ou en dehors, autour de l'axe antéro-postérieur.
Dans les deux derniers groupes, elle se fait dans l'articulation tibio-tarsienne, autour de l'axe transversal.
Cette classification a l'avantage de se prêter à la création de noms composés {pieds bots composés), applicables aux déviations multiples.
C'est ainsi que l'on appellera vanis équin ou équin varus, vanis talus, etc., les pieds bots comprenant les deux déviations désignées.
Lorsqu'il existe des déformations de la voûte plantaire, on les indiquera par les termes creux [excavatus) ou plat, suivant que la voûte est excavée ou affaissée : Pied creux varus, pied creux éqiiin, pied plat valgus.
Nous citerons pour mémoire la nomenclature proposée par V. Duval et Bonnet, qui n'a pas été conservée.
Pour Duval, le pied bot en général constitue la stréphopodie , divisée en stréphocatopodie (pied équin), stréphanopodie (talus), stréphendopodie[\diV\i&), stréphexopodie (valgus).
Bonnet, s'appuyant sur l'anatomie et la physiologie normale et pathologique, établit deux espèces de pieds bots : le pied bot poplité interne et le pied bot poplité externe, avec différents degrés. Cette classification, basée sur le mode d'innervation des muscles, n'est pas exacte dans tous les cas (Malgaigne).
Tillaux admet que certains sujets naissent avec un pied bot très peu marqué (pied équin), et que la difformité s'accentue notablement plus tard. Il donne à cette variété le nom de pied bot concjénital à manifestations tardives.
F. Bessel Hagen, considérant que nombre de pieds bots se sont développés à une certaine époque de la grossesse et après formation de la jambe, propose de subdiviser les pieds bots congénitaux en pieds bots congénitaux primitifs ou idiopathiques et en pieds bots congénitaux secondaires ou sijmptomatiques. Cette division, qui facilite l'étude de la pathogénie du pied bot, ne nous paraît pas avoir un grand intérêt pratique.
Avec la majorité des auteurs, nous adopterons la division ancienne en pied bot congénital ou existant à la naissance, et acquis, après la naissance, avec d'assez nombreuses subdivisions que nous indiquerons plus loin.