II. APPAREILS d'extension
Les appareils agissant par traction et extension sont extrêmement nombreux. Nous ne ferons que rappeler ici les principes de ces appareils, que nous décrivons plus loin en détail dans nos difTérents chapitres.
L'extension peut être appliquée : 1° dans la position horizontale ; 2° dans la position oblique; 3° dans la position verticale.
1° Extension dans la position horizontale . — Ce procédé est le plus fréquemment employé et s'adresse particuhèrement au tronc, au rachis, aux membres inférieurs.
Les différents lits à extension, surtout proposés pour le traitement de la scoliose et du mal de Pott, se composent essentiellement :
d° D'un plan résistant, très légèrement matelassé ;
2° De moyens d'extension et de contreextension agissant, d'un côté sur la tête et les épaules au moyen de colliers et de courroies, de l'autre sur le bassin et les membres inférieurs au moyen de courroies et de poids. Un mécanisme plus ou moins compliqué est chargé dans quelques cas d'opérer les tractions.
Yenel (fîg. 4), Shaw, Delpech , Jalade- Lafond, Maisonnade, Mellet, Lonsdale ont proposé des appareils basés sur ces principes.
Heine (de Wurzbourg), le premier, mit en usage les forces élastiques en plaçant, au delà des courroies, des ressorts croisés en X.
La plupart des lits à extension (Pravaz, J Bigg (fîg. S), sont disposés de façon à pouvoir exercer, en même temps que l'extension, des pressions latérales.
Fig. 4. — Lit à extension de Yenel, 1788.
Guérin, Bouvier,
Nous décrirons les lits à extension de Pravaz, W. Adams dans notre chapitre : Luxation dite congénitale de la hanche.
Fier. 5. — Lit à extension de H. Bispr.
Les lits à extension sont particulièrement utiles dans le traitement du mal de Pott (voir Chapitre : Mal de Pott).
Fig. 6. — Appareil d'immobilisation et d'extension de P. Redard.
La figure 6 indique la disposition très simple que nous adoptons pour l'immobilisation et Textension du rachis dans le mal de Pott.
Le sujet étant placé sur un plan résistant, une planche légère-
ment matelassée, l'extension est pratiquée au niveau de la tête au moyen d'une mentonnière de Glisson, reliée à un arc métallique rigide pouvant être placé plus ou moins haut.
La contre-extension est faite par le poids du corps que l'on place plus ou moins obliquement en élevant l'extrémité de la planche qui correspond à la tête. Dans quelques cas, on exerce une traction des membres inférieurs avec l'anse de diachylon et des poids.
Cet appareil peut aussi servir pour pratiquer l'extension des
membres inférieurs. Dans ces cas, le thorax est immobilisé avec une ceinture ouatée, suivant les indications du dessin.
La disposition indiquée dans la figure 7 permet d'exercer au moyen de poids de 3 à 6 kilogrammes une traction énergique sur
la tête et convient particulièrement dans les lésions de la région cervicale du rachis.
On construit très facilement des mentonnières de Glisson ou frondes en découpant, dans du cuir anglais, pris en double, deux bandes, l'une pour le menton, l'autre pour l'occiput; les deux
extrémités se croisent au-dessus de l'oreille et vont s'attacher en avant et en arrière de la tête du patient sur la tige du jury mast. (H. Nebel).
La fig-ure 8 représente la façon simple et économique de
Yv'. 9.
construire des lits d'immobilisation et d'extension portatifs très utiles dans le traitement du mal de Pott et de la coxalgie (Brad-
Fio-. 10.
fort). Un cadre fait très simplement avec une tige ou un tuyau en zinc reçoit des pièces d'étoffe qui le recouvrent en totalité ou en
Fie-. 11.
partie (fîg. 8). Une large ceinture fixée de chaque côté'du cadre sert à entourer et à immobiliser le tronc. Des appareils à extension pour la tête, le rachis (fîg. 9), les membres inférieurs (flg. 10 et 11), peuvent être facilement adaptés à cet appareil. Des courroies convenablement disposées immobilisent le sujet.
Dans l'appareil de Rauchf uss (voir Chapitre : Mal de Pott), l'extension est produite dans les deux sens par le poids du corps.
Nous décrivons plus loin les gouttières, les lits plâtrés à réclinaison (A. Lorenz), les lits de Phelps, Beely, permettant l'extension de la tête et du rachis dans le mal de Pott.
La méthode d'extension des membres inférieurs dans la position
horizontale au moyen de la poulie et des poids est très ancienne ; elle a été employée au xvi° siècle par Guy de Chauliac, plus tard au xvn'^ siècle par Fabrice de Hilden.
Le procédé de l'anse de diachylon, dû à l'Américain Goock, et vulgarisé par Josiah Crosby (1830), Gordon Buck, L.-A. Sayre, en Amérique, E. Bœckel, Trélat, Lefort, Duplay, Tillaux, en France; Heine, Heinecke, V. Yolkmann, en Allemagne, constitue un grand progrès en orthopédie.
Dans la pratique, voici comment nous recommandons d'appliquer l'appareil à diachylon destiné à produire l'extension :
Fio-. 12.
Fig. 13.
(D'après L.-A. Sayre.
Fiû-. 14.
Le membre étant préalablement rasé, lavé avec un liquide antiseptique, puis bien essuyé avec un linge chaud, on prépare une ou plusieurs bandes de diachylon. Une seule bande suffit généralement. Cette bande doit avoir S à 8 centimètres de large, suivant les dimensions du membre, et doit être assez longue pour que, repliée en deux sur elle-même, elle dépasse en bas l'extrémité du membre de 12 à 15 centimètres et remonte en haut à 15 ou 18 centimètres au-dessus des condyles fémoraux, dans le cas où l'on désire pratiquer l'extension de la cuisse ou de la hanche (fig. 12, 13, 14).
A l'exemple de L.-A. Sayre, on peut supprimer l'anse en
diachylon et la remplacer par une anse beaucoup plus solide en tissu résistant, longue de 7 à 8 centimètres (fig. 12). Dans ce cas, chaque bande de diachylon latérale ne doit pas dépasser les malléoles. On coud solidement aux extrémités de ces bandes les bouts des sangles.
Le pied et le cou-de-pied sont soigneusement recouverts avec un bandage roulé; on applique alors avec soin les bandes de diachylon, Tune contre la face externe, l'autre contre la face interne de la jambe et de la cuisse ; pour empêcher leurs bords de
Fig. 15. — (D'après Bœckel.)
se plisser, on les entaille. Leur extrémité inférieure, celle qui est cousue à la sangle, doit être placée au-dessus de la malléole. On les fixe à Faide d'un bandage roulé en évitant avec grand soin les plis.
Quelques tours de bande assurent le maintien des sangles terminales ; le genou est recouvert avec le bandage roulé dont les doloires sont menées en huit de chiffre.
A S ou 7 centimètres au-dessus des condyles, on renverse sur le bandage roulé les bandes de diachylon (fig. 13) que Ton recouvre par plusieurs tours de bande (fig. 14).
On peut dans quelques cas appliquer directement sur la peau les bandes de diachylon.
CHIRURGIE ORTHOrÉDIQUE EN GENERAL
Le bandage roulé appliqué, on fait avec la main des frictions et des pétrissages, afin d'assurer exactement l'adhérence du diachylon au niveau de la cuisse.
Afin d'empêcher les parties latérales de l'anse A (fig. 15) de comprimer le membre, au niveau des malléoles, pendant la traction, on introduit dans la sangle ou l'anse de diachylon une planchette de bois B, percée d'un trou central par lequel on fait passer une corde retenue par un nœud ou un bâtonnet transversal. On
Fi^. 16. — Poulie de Collin.
Fie-. 17. — Poulie de Heine.
peut plus simplement attacher la corde à la planchette au moyen d'un nœud coulant.
La corde va se réfléchir sur une poulie (fig. 16 et fig. 17), sur le dossier d'une chaise, et à son extrémité on suspend des poids (de 2 à 8 kilogrammes), un sac rempli de plomb ou de sable.
Les traction.s au moyen de tubes de caoutchouc ou d'autres agents élastiques, ne doivent pas être employées. Le caoutchouc se relâche et donne une extension très irrégulière. L'élasticité ne peut donner qu'une traction variable.
Dans le but d'empêcher la rotation du membre en dehors, Volkmann a conseillé, après l'application de l'anse de diachylon, d'ajouter à la partie inférieure de la jambe une petite gouttière en tôle avec une pédale verticale qui porte vissée sur sa partie talon-
nière une petite traverse carrée destinée à glisser sur un châssis (fig. 18).
Fi"-. 18. — Châssis de Volkmann.
Heinecke (%. 49) se sert, pour pratiquer l'extension, d'un système composé de deux poulies de réflexion.
E. Bœckel conseille chez les personnes à peau délicate ne supportant pas le diachylon d'appliquer celui-ci sur les téguments du
Fig. 19. — Extension par un lit à panneaux pleins, d'après Heinecke.
côté de la toile et de laisser la face emplastique en dehors, le tout fixé par une bande de toile.
L'extension avec l'anse de diachylon pour le genou et le coude-pied doit se faire d'après les indications précédentes. Pour le genou (fig. 20), L.-A. Sayre recommande d'exercer la traction suivant deux directions : directement en agissant sur le pied , obliquement en agissant sur la partie postérieure et supérieure du tibia.
La traction avec le diachylon présente un certain nombre d'inconvénients. Le diachylon produit souvent une irritation vive de la peau. Les bandelettes agglutinatives agissent surtout sur les tégu-
Fig. 20. — (D'après L.-A. Sayre.
ments qui glissent sur l'aponévrose sous-jacente sans exercer une action extensive très efficace sur les leviers osseux profonds et sur les muscles en contraction (Hennequin, A. -B. Judson,P. Thiéry).
Fm. 21.
D'après A. -B. Judson, la traction avec le diachylon aurait unefTet nul et les résultats favorables d'extension observés seraient dus à l'immobilisation produite par cette traction.
En raison de ces inconvénients, nous pratiquons souvent l'extension au moyen d'une guêtre en feutre ou en cuir, lacée à la partie antérieure, disposée suivant les indications de la figure 21.
Cet appareil, qui permet de faire une extension assez rigoureuse en prenant un large point d'appui sur la cuisse, a l'avantage de pouvoir être placé très facilement et enlevé dans le jour, lorsque l'extension ne doit être appliquée que la nuit.
Fig. 22. — Appareil à chariot pour l'extension par les poids de Diraireicher, modifié par Bruns.
Les appareils de Dumreicher, de Bruns (fîg. 22), de] Ried, constitués par des gouttières à roulettes, permettent de diminuer les résistances passives et d'augmenter l'eSet de la traction.
La contre-extension peut être pratiquée par le poids du corps,
Fiff. 23.
Fis:. 24,
en élevant légèrement le lit ou en fixant le thorax et le bassin au moyen de ceintures. Cette dernière disposition est adoptée dans l'appareil de Lannelongue, destiné à l'extension des membres inférieurs dans la coxalgie, mais qui peut aussi servir pour l'extension du rachis dans la portion lombaire (fig. 26).
Cet appareil se compose d'une ceinture thoracique et d'un ban-
dage de corps superposés. A la ceinture s'attachent en arrière deux lacs assez longs pour être fixés aux barreaux de la tête du
lit (fig. 23).
Le bandage de corps {fig. 24) présente, à une certaine distance du milieu, une boutonnière assez grande pour permettre d'y enga-
Fig-. 25. — Ceinture de l'appareil de Lannelongue.
ger une des extrémités du bandage. Les extrémités des chefs du bandage sont attachées sur les parties latérales du lit à l'aide de courroies.
Fig. 26. — Appareil à extension de Lannelongue.
Quatre lacs, tous attachés en arrière sur deux lignes verticales, deux au bord supérieur, deux au bord inférieur, se fixent, les premiers à la tête du lit, les seconds aux barreaux du pied du lit. Les deux ceintures sont donc tenues par six lacs, deux appartenant à la première ceinture, quatre appartenant à la seconde, c'est-à-dire au bandage de corps.
Enfin, les deux membres inférieurs sont tenus rapprochés l'un de l'autre par un troisième bandage en toile, moins large (fîg. 2o).
On obtient ainsi une fixation très exacte du tronc.
L'extension des membres inférieurs se pratique au moyen de l'anse de diachylon suivant le procédé décrit plus haut.
Cet appareil doit être rapproché de celui de la figure 6.
Dans certains cas, le sujet, au lieu d'être placé sur un lit, peut être couché dans une gouttière de Bonnet, l'extension étant pra-
Fig. 27. — Appareil à extension du membre inférieur de J. Hennequin.
tiquée sur une poulie disposée à la partie inférieure de la portion jambière de l'appareil.
D'après J. Hennequin, la position lapins favorable du membre inférieur, pour la traction et l'extension, est la position physiologique, jambe fléchie à 40 degrés, la cuisse reposant sur un plan horizontal.
D'après cet auteur, la traction doit : 1° prendre ses points d'appui sur le squelette du segment mobile; 2° être dirigée dans l'axe du membre ; 3° être assez puissante pour vaincre toutes les résistances actives et passives ; 4° être tolérable et inoffensive, par conséquent réduite à son minimum; 5° ne prendre ses points d'appui que sur des régions abondamment pourvues de tissus mous.
Conformément à ces principes, Hennequin a proposé l'excellent appareil, représenté dans la figure 27. Cet appareil qui rend de très nombreux services en orthopédie, pour l'extension du
membre inférieur (arthrites, coxalgies , fractures, ankyloses , luxations), et après des opérations chirurgicales (ostéotomies, arthrotomies), se compose :
i° D'une petite gouttière crurale;
2° De deux ou d'une serviette cylindrée ou en toile roide, selon qu'on se sert ou non de la gouttière. Cette serviette sert à exercer une traction sur la face postérieure et supérieure de la jambe;
3" De deux bandes, en toile neuve autant que possible, de 10 à 12 mètres de longueur sur 5 centimètres de largeur;
4° D'une livre de ouate;
5° D'une cordelette et de poids pesants.
Ces différentes pièces, disposées suivant les indications de la figure, produisent une traction très efficace.
Quelques auteurs, Bryant, P. Bruns, Lentze, H. Kûmmel,
Fig. 28. — Extension verticale, d'après Bryant.
Schede, A. Paci, Casse (fig. 29), C.-N. Dixon Jones, immobilisent le tronc et le bassin du sujet couché dans la position horizontale, mais la traction est exercée sur le membre inférieur placé verticalement, fléchi à angle droit sur le bassin (fig. 28).
Les poids employés pour la traction varient, suivant les cas, de 10 à 2 kilogrammes.
Casse (de Middelkerke), dans le but de produire l'extension du membre, l'immobilité de la cuisse, et aussi d'éviter la souillure du pansement par l'urine, après l'ostéoclasie ou l'ostéotomie pour genu valgum, fixe, avec un bandage plâtré, au niveau du pied laissé libre, une sorte d'étrier au moyen duquel le membre inférieur
de l'enfant est suspendu dans la position verticale (fîg. 29). Le
Fig. 29. — Appareil de Casse.
bandage plâtré doit s'appliquer aussi haut que possible sur la
Fig. 30. — Appareil de C.-N, Dixon Jones.
cuisse, mais ne pas remonter jusqu'au bassin; il est fixé sur la