PIED BOT ÉQUIN
[Talipes equinus; Spitzfuss; Pferdefuss; Ilorse-hcel.)
Le pied bot équin est caractérisé par le renversement plus ou moins complet delà plante du pied en arrière, tandis que le talon s'élève, et que la pointe se dirige directement en bas {équin direct).
Le caractère dominant du pied équin, réside dans une extension prononcée de l'articulation tibio-tarsienne.
On peut distinguer des degrés plus ou moins avancés delà déformation.
Premier degré. — La déformation, surtout observée chez de très jeunes enfants, est très peu marquée; le talon ne touche plus le sol pendant la marche. Mais cette particularité échappe facilement à une observation rapide. Les troubles de la marche sont assez marqués: l'enfant marche en sautillant, en s'appuyant sur la partie antérieure de la plante du pied et le talon antérieur; il monte difficilement les escaliers.
Par la méthode des empreintes, on constate que le talonne touche pas le sol.
Si on essaie de fléchir le pied par la force, on arrive jusqu'à l'angle droit que l'on ne peut dépasser, la résistance venant du tendon d'Achille fortement tendu.
Dans quelques cas, le gros orteil se dévie en haut et l'articulation tarso-métatarsienne fait une saillie très prononcée en bas. Il ne faut pas confondre cette déformation avec la contracture de l'extenseur propre du gros orteil.
Nous avons assez souvent observé cette forme d'équinisme, décrite par Andry, J. Guérin, Petitjean, Bouvier, Panas.
Deuxième degré. — Le pied est fléchi à angle obtus sur la jambe, le squelette médio-tarsien fait une saillie notable au dos du pied, tandis que la région plantaire se creuse. Le pied repose en avant sur les articulations métatarso-phalangiennes (fig. 661).
Les orteils sont étendus dans toutes leurs articulations et sur la tête des métatarsiens; ils appuient sur le sol par toute leur face
plantaire; ou bien ils sont étendus sur les métatarsiens dont les têtes seules touchent le sol, ou enfin recourbés en grifTe.
Fig. 661. — Pied équin paralytiq ue, d'après une photographie de notre collection.
La flexion du pied sur la jambe est impossible ; le tendon d'Achille opposant une grande résistance.
La marche est très difficile, le malade fauche et fléchit le genou pendant le temps d'appui.
Troisiè?ne degré. — Le pied peut être rectiligne avec la jambe (fig. 662), Fastragale est devenu tout à fait vertical, il y a une
Fig. 662. — Griffe pied creux équin. D'après une photographie de notre collection.
véritable subluxation de cet os à la partie antéro-supérieure du pied (voir aussi fig. 471, p. 620).
Le talon est remonté.
Le pied repose sur les orteils qui sont fortement redressés, et la
plante du pied, pendant la marche, présente un creux marqué, s'étendant à toute sa longueur [pied équin creux) (fig. 662).
Cette exagération de la voûte plantaire tient à la tension exagérée des orteils et du jambier antérieur.
Dans quelques cas, les orteils sont fléchis.
Dans les équins très prononcés, le pied prend la position indi-
Fig. 663 et 664. — Pieds bots équins paralytiques.
quée par les figures 663 et 664, il y a enroulement plantaire, le sujet marche sur la face dorsale des métatarsiens.
Dans ces cas la peau devient calleuse, il se produit des ulcérations, des maux perforants.
La marche est impossible.
Les positions du pied en équin varus et en équin valgus sont assez rares.
Anatomie pathologique. — Les altérations osseuses et les déplacements articulaires varient suivant le degré de Téquinisme.
Dans les formes prononcées, le calcanéum est dirigé en bas et en arrière; il peut se mettre en contact avec le bord postérieur de la mortaise tibio-péronière.
L'astragale n'est plus en contact avec les os de la jambe que par la partie postérieure de ses facettes articulaires, et sa tête vient faire sur la face dorsale une saillie plus ou moins prononcée, produite par la subluxation de cet os sur le scaphoïde, qui est abaissé.
Adams a bien décrit le mouvement de flexion qui se produit dans l'articulation médio-tarsienne, et qui est dû à la pression verticale imprimée par le poids du corps au squelette du pied. Cette
flexion permet, clans quelques cas, au calcanéum de rester presque horizontal.
Dans quelques observations, l'inclinaison verticale du calcanéum reste inférieure à celle de l'astragale. Le talon s'élève moins que ne s'abaisse la tête de l'astragale. Le parallélisme de ces os se trouve donc détruit, et l'axe de l'astragale fait avec celui du calcanéum un angle obtus, quelquefois un angle droit.
Dans les formes caractérisées de pied équin, les rapports de l'astragale et du calcanéum sont profondément modifiés. La facette astragalienne du calcanéum devient très oblique en avant, parfois verticale ; l'astragale peut ainsi s'abaisser jusqu'à la verticalité, sans que l'extrémité postérieure du calcanéum s'élève en proportion.
Les cartilages disparaissent en certains points.
Les métatarsiens et les orteils prennent les formes indiquéesplus haut (p. 783).
Les ligaments et les muscles présentent des altérations analoguesà celles que nous avons décrites dans l'anatomie pathologique du pied varus.
Formes. — Le pied bot équin congénital direct est extrêmement rare (voir p. 623). Il est assez souvent compliqué de varus et de valgus.
D'après J.-W. Little, le pied équin congénital est et reste direct durant toute la vie. Cet auteur cite l'observation d'un jeune adolescent atteint de pied équin congénital plantaire qui resta absolument direct pendant toute son existence. Ce sujet était le onzième membre de la famille atteint de celte difformité.
Le pied bot équin accidentel et ses dérivés sont très fréquents (voir p. 624 et 623).
La difformité reconnaît souvent pour cause le raccourcissement des téguments et des muscles du mollet à la suite d'une lésion traumatique ou d'un processus phlegmoneux des parties profondesde la jambe (voir p. 650).
L'équin par contracture est plus fréquent que l'équin direct paralytique. Nous avons indiqué (p. 606 et 657) le mode de formation de cette difformité.
La forme d'équin caractérisée à la naissance par un degré très, peu marqué de la difformité (p. 782), s'accentuant plus tard {Pied
bot congénital à transformations tardives de Tillaux et de L. Bouron), est la conséquence d'une paralysie ou d'une contracture passagère -des muscles antérieurs ou postérieurs de la jambe, à la suite de convulsions ou de lésions nerveuses de la moelle passées inaperçues. Nous n'admettons pas le raccourcissement congénital du tendon d'Achille ou du triceps sural. Cette forme d'équinisme doit donc rentrer dans la catégorie des pieds bots accidentels.
L'équinisme est le point de départ de la griffe ined creux éqiiin (voir fig. 662). Les extenseurs des orteils luttent par des contractions pour ramener le pied en flexion; les premières phalanges en s'étendant sur la face dorsale des métatarsiens, dépriment le talon antérieur, tandis que les fléchisseurs des orteils, tiraillés par ]a position des premières phalanges, maintiennent les deux dernières en flexion. (Voyez aussi Pieds bots équins paralytiques, difformité très prononcée, fig. 663 et 664, p. 784.)
Diagnostic. — Le diagnostic consiste à constater l'équinisme, ce qui n'est difficile que dans les cas o\\ la diff'ormité est peu prononcée.
La méthode des empreintes permettra de reconnaître si le talon touche le sol.
Le diagnostic de la cause consistera à rechercher si la diff'ormité est congénitale, consécutive à une cicatrice, à une maladie de l'articulation, d'origine paralytique, ou sous la dépendance de la contracture ou de la rétraction.
L'électrisation permettra de reconnaître les muscles atteints.
On recherchera tous les signes différentiels des pieds bots congénitaux et acquis indiqués page 659.
Pronostic. — Le pronostic ne présente de gravité qu'au point de vue des fonctions du membre, très gravement compromises dans les pieds bots invétérés.
Traitement. — Le traitement du pied bot équin doit être pratiqué suivant les indications générales indiquées plus haut (p. 687) pour la cure des pieds bots accidentels, paralytiques et du pied bot varus. Il consiste surtout dans l'emploi des manipulations, des redressements, des moyens mécaniques, etc.
La ténotomie convient à un grand nombre de cas. Le tendon d'Achille, ceux des extenseurs ou des fléchisseurs des orteils, des péroniers latéraux, des jambiers antérieur ou postérieur, de
Tadducteur du gros orteil et l'aponévrose plantaire devront être sectionnés suivant les cas.
La section tendineuse, même lorsque les déformations osseuses sont très prononcées, est utile ; elle produit souvent une amélioration importante, car le degré de la déviation due à la rétraction est toujours supérieur au degré d'altération des surfaces articulaires en contact.
Dans les formes de pied bot équin invétéré, avec déformations
Fig. 665. — Appareil d'Annandale.
osseuses et articulaires, nous pratiquons le redressement forcée suivi de l application immédiate d'un appareil plâtré. On doit en général faire d'abord la section du tendon d'Achille.
Nous suivons la même méthode pour les formes graves de pied bot paralytique ou par contracture.
Nous préférons l'appareil plâtré aux différents mécanismes proposés pour maintenir le pied après la ténotomie.
L'appareil d'Annandale (fig. 665) est cependant assez simple et peut rendre quelques services.
Lorsque le pied, au sortir de l'appareil plâtré, est suffisamment redressé, on le maintient avec des bottines à tuteurs, avec ou sans traction élastique (fig. 670 à 673).
TRMTE DE CHIRURGIE ORTHOPEDIQUE
L'appareil de Stromeyer (fig-. 666) permet des exercices de redressement souvent très utiles.
Parmi les appareils orthojiédiques proposés pour la cure du
Fig. 666. — Appareil de Stromeyer,
pied bot équin, nous devons citer ceux de Scarpa, de Braatz, de Kolbe (fig. 667) , de Heidenhain (fig. ^668) , de Mathieu (fig. 669), d'Adams.
Nous devons une mention particulière aux souliers de Sayre
Fig. 667.
Appareil de Kolbe.
Fig. 668.
Appareil de Heidenhain.
Fig. 669, Appareil de Mathieu.
(fig. 670), d'Hudson (fig. 671), de Stillman (fig. 672 et 673). (Voyez aussi les souliers et appareils à traction élastique, p. 742 à 745, fig. 619 à 628.)
Les appareils à traction élastique conviennent surtout aux formes de pieds Lots équins paralytiques.
Lorsque le pied bot est irréductible^ et que le redressement
forcé ne permet pas de rendre au pied sa forme, on n'obtient
Fig. 670. — Appai-eil de Sayre.
Fig. 671. — Appareil d'Hudson.
un bon résultat qu'au moyen d'une opération sanglante (tarsectomie, résection de l'astragale) (Mbert, Nicoladoni).
Fig. 672 et 673. — Souliers de Stillman.
h'arthodèse est rarement indiquée dans les pieds bots équins paralytiques.