APPAREILS DE SUSPENSION
La suspension verticale^ fréquemment usitée en orthopédie, pour des exercices de redressement ou pour l'application de cor-
Fio-. 64. — Collier de Nuck, 1696.
sets plâtrés, est destinée à étendre ou à placer le rachis dans une position redressée.
L'extension se produit par la pesanteur, le poids du corps; la contre-extension est obtenue à l'aide d'une mentonnière embrassant la tète, fixée à un solide crochet attaché soit à l'extrémité supérieure d'un trépied, soit dans une poutre du plafond de la chambre.
Glisson eut, en 1650, le premier, l'idée de la suspension verticale avec un appareil agissant sur les aisselles, la tète et les mains, et que l'on désigna sous le nom Ôl' escarpolette anglaise.
Nuck imagina, en 1690, le collier représenté figure 64, qui permettait de suspendre les sujets à l'aide de cordes et de poulies.
La figure 63 représente le collier à suspension proposé par Heuermann en 1734.
Levacher employa, vers la même époque, la suspension dans la position verticale avec un appareil analogue. ■ On trouve clans l'ouvrage de J. Hirsch, publié en 1843, une des-
Fig. 65. — Appareil de Heuermann, 1754-57.
cription complète d'un appareil à suspension absolument semblable à celui récemment proposé par L.-A. Sayre.
Delpech indique, dans son Orthomorphie, la façon de suspendre les malades au moyen d'un casque à extension.
Cazin (de Berck) se sert, depuis de longues années et avant les publications de Sayre, d'un appareil à suspension, analogue à celui du chirurgien américain.
L'appareil le plus habituellement employé aujourd'hui est celui de L.-A. Sayre, qui a eu le grand mérite de remettre en honneur la méthode de suspension verticale dans le traitement des difformités du rachis et de l'associer au corset plâtré. Cet auteur a insisté, en outre, sur la valeur de la méthode de suspension ou d'extension par le malade luignême (auto-suspension, self-suspension") de B. Lee, qui présente de nombreux avantages.
CîIiriCRilIK OtlTilOI'EDKiUE.
L'appareil à suspension de Sayre se compose (fig. 66 et 67) : 1° D'une tige en fer, ayant la forme d'un arc, munie à sa partie
médiane d'un anneau et recourbée en crochet aux extrémités ; 2° D'un collier en cuir rembourré, composé de deux parties, une
embrassant exactement le menton, l'autre la région occipitale et
Fie-. 66.
réunis sur les côtés par des boucles ou plus simplement par un crochet passant dans des trous pratiqués sur des lanières de cuir en différents points ;
3° De deux brassières capitonnées qui contournent les aisselles que l'on peut allonger ou raccourcir à l'aide de boucles et qui se fixent, également par un anneau, aux extrémités en crochet de l'arc ;
k" D'un palan dont les deux moufles contiennent chacune un même nombre de poulies égales. La moufle supérieure est accrochée à un point fixe; la moufle inférieure, étant mobile sur la corde du palan, porte le crochet de résistance. La corde peut être fixée à des hauteurs différentes, grâce à un mécanisme très gimple (Colhn, Mathieu); disposé au niveau de la poulie supérieure.
Les poulies peuvent être fixées à un anneau du plafond ou à un trépied (fîg. 67). Dans ce dernier cas, l'appareil est facilement transportable.
Fig. 67. — Appareil à suspension de L.-A. Sayre.
Les modifications de détail à cet appareil, proposées par quelques auteurs, ont peu d'importance.
Les figures 68 et 69, dessinées par notre ami Paul Richer, représentent un modèle d'appareil à suspension destiné surtout aux enfants d'un certain âge ou aux adultes.
Un certain nombre de précautions sont nécessaires pour l'application correcte de l'appareil. Elles permettent d'éviter les quelques inconvénients et accidents reprochés à la méthode de suspension verticale.
Le collier doit être exactement appliqué au niveau du menton et de l'occiput, en évitant les pressions exagérées, les plis.
La traction doit surtout s'opérer sur la tête, les brassières n'étant qu'un appareil de soutien destiné à donner de l'immobilité et à éviter les inconvénients des mouvements faux et brusques. Si la traction est plus considérable sous les aisselles qu'au niveau de la tête, on obtient une élévation fâcheuse des épaules, l'action d'extension et de correction sur le rachis est presque nulle.
Fio-. 68.
La situation des brassières doit être telle qu'en plaçant le bras dans la position horizontale, elles jouent librement, sans relever le moignon de l'épaule; on évite ainsi la compression sur les vaisseaux et nerfs de l'épaule.
Les courroies axillaires peuvent être supprimées dans un grand nombre de cas ; elles deviennent inutiles dans l'auto-suspension.
On peut permettre aux sujets de se soutenir avec leurs mains appliquées sur la corde de la poulie ou mieux sur un morceau de bois transversal fixé plus ou moins haut sur la corde de traction.
On a beaucoup discuté sur la faconde suspendre le malade ; les uns voulant que le sujet fut complètement suspendu dans l'espace, les autres conseillant de ne jamais rechercher une suspension
complète, la pointe des pieds effleurant toujours le sol. La pre-
Fiff. 69.
mière pratique est dangereuse et nous pensons que, dans tous les cas, le sujet doit s'appuyer sur le sol par l'extrémité de ses orteils.
La suspension doit se faire lentement, sans secousses, graduellement, en habituant pendant quelques minutes, tous les jours, le sujet à la traction. On veillera très attentivement, pendant toute la durée de la suspension, relâchant l'appareil au moindre signe de douleur ou de malaise. La suspension verticale bien appliquée ne doit pas être douloureuse.
On examinera avec soin la façon dont la traction s'exerce au
Fig. 70. — Appareil de suspension de Reely.
niveau de la tête en évitant une extension trop énergique. On conseillera au malade de respirer largement.
On évitera ainsi les accidents observés à la suite de la suspension (syncope, douleurs, etc.), qui sont certainement dus à une mauvaise application de la méthode.
Appliquée suivant les règles que nous venons d'indiquer, la suspension verticale est absolument inoffensive.
La durée de la suspension varie suivant les cas ; elle doit être en moyenne de cinq à dix minutes.
Un certain nombre de modifications à Fappareil de Sayre ont été proposées.
Beely place ses sujets dans la position indiquée dans les figures 70 et 71.
Des cordes avec poulies distinctes exercent des tractions sur la tète et les membres inférieurs. Le bassin est fixé, au moyen
Fig. 71. — Appareil de suspension de Beely,
ed courroies (%. 70) sur un banc transversal, ou sur une chaise
Fig. 72. — Appareil à suspension élastique de J. Roberts.
On peut aussi fixer le bassin au moyen du dispositif indiqué dans notre appareil. (Voir in Scoliose.)
Josiah Roberts recommande la suspension élastique avec l'appareil de la figure 72.
Quelques auteurs ont cherché à graduer la traction que suhit le rachis d'après le poids du corps.
Roux (de Lausanne) se sert d'un ingénieux appareil qui se compose d'un tahouret qui^ à l'aide d'une corde, transmet automatiquement, par un système de moufles combinées, une traction égale au poids de l'individu.
Schenk recommande d'effectuer une traction égale à la moitié
Fig. 73. — Appareil à suspension horizontale de Petersen.
du poids de l'individu. Des dynamomètres reliés aux cordes de traction donnent des renseignements sur la force de traction exercée.
R. Barwell se sert d'une croix en acier dont chaque branche a huit pouces de long et est munie à son extrémité libre d'un crochet ; les brassières sont placées de telle sorte que celle qui passe sous le bras droit s'attache au crochet gauche, et réciproquement, de façon à obtenir un entre-croisement et à faire porter la compression plutôt sur le premier espace intercostal que sur le paquet vasculo-nerveux de l'aisselle. La partie antérieure du collier de
Barwell est formée par un croissant en cuir léger; il repose sur le menton et à chaque corne s'attache une courroie en cuir léger. Un second croissant, plus petit, forme la partie postérieure du collier et sert de soutien à la nuque, deux anneaux sont disposés à ses extrémités effilées. Les courroies du premier croissant sont passées dans les anneaux du second et attachées au centre de la croix.
Petersen (fig. 73), Davy, Willett, Berkeley-PIill, Dornblûth (de Rostock) suspendent leurs malades dans la position horizontale .
Davy pratique la suspension dans un hamac en toile. Le malade est placé dans cet appareil dans le décubitus ventral, la colonne vertébrale subit une incurvation à concavité postérieure, en sens inverse de l'inclinaison pathologique. Dans ces dernières méthodes, l'extension du "rachis est peu importante, le redressement est surtout recherché par des positions spéciales du sujet.
Les modifications précédentes nous paraissent peu importantes et ne sont utiles que dans des cas spéciaux. L'appareil à suspension primitif de Sayre donne d'excellents résultats et doit être recommandé dans presque tous les cas.
Les recherches expérimentales de Cagney (1890) démontrent l'action puissante de la suspension verticale, qui redresse les courbes du rachis. L'effet principal porte sur la région dorsale. La traction produit une diminution de la distance qui sépare la première vertèbre dorsale de la dernière vertèbre lombaire, un allongement de la région cervicale ; elle entraîne l'écartement des corps vertébraux en avant, leur rapprochement en arrière, ainsi que le rapprochement des arcs vertébraux et des apophyses épineuses. La moelle, loin d'être élongée, se relâche.
Les appareils à suspension latérale, décrits dans notre Chapitre Scoliose, sont surtout destinés à des exercices de redressement.