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IV. BANDAGES, APPAREILS D IMMOBILISATION ET DE CONTENTION

Un certain nombre d'appareils de contention ou d'attitude sont destinés à fixer les parties difformes dans une position de correction obtenue avec la main ou les machines.

Ces appareils sont de deux sortes : les uns peuvent être exécutés par le chirurgien lui-même (bandages); les autres, plus

compliquées , doivent être construits par des ouvriers orthopédistes.

1° Les bandages contentifs orthopédiques, amovibles ou inamovibles, d'un prix peu élevé, simples, faciles à appliquer, rendent les plus grands services dans la pratique hospitalière.

Les appareils plâtrés, attelles, gouttières, valves, capsules plâtrées (Port) seront surtout utilisés. Le mode d'application de ces appareils est connu de tous et nous croyons inutile d'insister ^ur le manuel opératoire décrit dans les traités de petite chirurgie.

Pour la confection des appareils plâtrés, la méthode la plus pratique consiste à imprégner de plâtre de Paris à modeler des bandes de tarlatane que l'on trempe pendant quelques minutes dans de l'eau avant l'application.

Les appareils plâtrés peuvent donner des points d'appui à des pièces métalliques chargées de produire des tractions ou de l'extension (Corset de Roberts, v. fig. 81), appareil de J. Wolff pour le genu valgum, etc.

Les bandages au silicate de potasse, au silicate de potasse et magnésite (J. WolfF, Kœnig), à l'amidon, à la dextrine, trouvent leur application dans de nombreux cas, particulièrement pour la cure du pied bot.

On peut aussi se servir utilement de modèles en carton, en guttapercha (Giraldès, Port), en cuir, en fil de fer (Bonnet), en zinc laminé (Le vis), en feutre, en bois.

Les appareils en feutre doivent être tout particulièrement recommandés. On peut se servir du feutre, dit porojjlastique, préparé d'avance (Gocking, Liatti Angelo [de Tavigiiano]), ou de feutre à chapeau imprégné d'une solution de gomme laque (David Smith, Hamilton, P. Bruns, Grenadin, Kœnig).

Nous employons habituellement pour l'imprégnation du feutre une solution concentrée préparée à froid de gomme laque dans l'alcool (2 parties de gomme laque pour 3 d'alcool; 600 grammes dégomme laque pour un litre d'alcool). On verse peu à peu cette solution sur les deux faces du feutre et on l'étend avec un pinceau jusqu'à ce que le corset ou la gouttière ait acquis quatre fois son poids primitif. Le durcissement se fait à l'air libre et exige deux jours en été, cinq jours en hiver. On doit essayer l'appareil avant qu'il ne soit complètement durci, afin de pouvoir le rectifier s'il est nécessaire.

CHIRURGIE ORTHOPÉDIQUE EiN GÉNÉRAL 75

Grenadin entoure le membre d'un bandage ouaté roulé et d'une bande de gaze assez large. Il humecte et imprègne la gaze d'alcool à 90" pour activer son pouvoir absorbant, puis l'enduit avec un vernis composé d'une partie de laque dissoute dans deux parties d'alcool. Au bout de deux minutes, le bandage est très dur et imperméable.

On peut aussi imprégner le feutre avec une solution alcoolique d'une partie de colophane et de trois parties de gomme laque. Le feutre se remollit à 65*" environ. Avec de la colophane sans laque et Faddition à la solution de 2 à 3 p. 100 d'huile de ricin, on obtient un feutre résistant, qui a l'avantage de se ramollir à une faible température (o0-o5"), ce qui permet de l'appliquer directement sans crainte de brûlures. Pour le préparer, on place le feutre dans un bassin en fer-blanc et on y verse la solution modérément épaisse; quand il est imprégné, on le fait sécher à l'air, puis on égalise et on unit la tablette avec un fer à repasser ou un fer de chapelier.

2° Les appareils contentifs plus compliqués ont souvent pour but non seulement de conserver le redressement acquis et de prévenir la récidive, mais de rétablir les mouvements perdus et de suppléer au défaut de contraction des muscles affaiblis.

Nous décrivons les colliers modelés, moulés, employés pour le torticolis; les corsets si nombreux proposés pour le mal de Pott et la scoliose, comme moyens de contention, de soutien, de traction, etc., les bottines mécaniques à extension limitée, à point d'arrêt, à force élastique, avec mécanisme de rotation pour le pied bot.

Parmi les appareils à iminobilisation, il faut citer les diverses gouttières et particulièrement la gouttière de Bonnet. (Voir Chapitre : Mal de Pott).

Les chaussures orthopédiques simples ou reliées à des attelles latérales sont des moyens de contention ou de redressement (pied plat). Nous indiquons dans nos derniers chapitres les formes de chaussures le plus souvent employées. (Voir Difformités dwpied et Pied plat.)

Les corsets orthopédiques agissent comme agents de contention et de redressement. Nous croyons utile d'indiquer ici la technique de ces appareils que le chirurgien peut confectionner lui-même, en plâtre, en feutre, en silicate de potasse, en bois, etc.

3° Technique des corsets orthopédiques. — C'est pour ne pas avoir suivi certaines règles que l'on a attribué à quelques corsets des

Fig. 74. — Disposition du sujet poui* le moulag-e du tronc.

inconvénients graves. Une pratique défectueuse, l'oubli de quelques préceptes importants, un manque d'attention, sont souvent en effet la cause d'accidents sérieux.

Nous apprécierons plus loin la valeur de ces corsets dans le traitement des scolioses (chap. Scoliose) et Mal de Pott {Mal de Pou).

Quelques-uns des corsets orthopédiques devant être appliqués sur des moules positifs en plâtre, nous commencerons par indiquer la façon pratique de confectionner ces moules.

Fis-. 75.

Fio-. 76

Le meilleur procédé, celui qui permet d'obtenir une reproduction très exacte de la configuration du torse, consiste à pratiquer un véritable moulage suivant les indications de la figure 74.

Un fil destiné à couper ce moule en deux avant la solidification du plâtre est placé autour du cou du malade et fixé sur les parties latérales du thorax et du bassin.

On enduit d'une très petite quantité d'huile la peau du sujet. Le patient, suspendu au moyen de l'appareil de Sayre, est placé sur une planche découpée suivant les indications du dessin.

Le plâtre, en suffisante quantité et convenablement préparé,

78 TlUlTf! DE CHIRURGIE ORTHOPEDIOUE

est rapidement appliqué sur le corps de bas en haut, en couches assez épaisses, lorsqu'il a acquis une consistance pâteuse.

Le négatif étant obtenu, on enduit sa surface interne d'huile ou d'une solution assez épaisse de savon noir, et on coule dans son intérieur du plâtre. Le moule positif est rendu lisse avec du papier à l'émeri, ou avec un couteau flexible et rectifié en le comparant aux formes de la difformité.

Le même dispositif peut servir pour le moulage du bassin et de la racine des membres inférieurs.

Heydenreich se sert d'un sac en toile (fig. 76) appliqué suivant les indications des figures 75, 76, 77. Après expérience, nous trouvons ce procédé peu pratique.

D'une façon plus simple, on peut appliquer sur le torse du sujet en suspension un corset plâtré épais qu'on laisse durcir en le maintenant bien appliqué avec les mains. En arrière, l'appareil doit en général remonter jusqu'au niveau de la T cervicale ; en avant, jusqu'au creux axillaire; en bas, jusqu'au niveau des grands trochanters, à quelques centimètres au-dessous des épines iliaques antérieure et supérieure. On fend ce corset à la partie antérieure et médiane. On le retire et, lorsqu'il est bien sec, on le ferme en avant avec de la bouillie de plâtre. On place son rebord inférieur sur une planche; on le fixe avec du plâtre, en bouchant exactement tous les interstices. On enduit alors la face interne du négatif avec de l'huile ou une solution de savon noir, et on obtient un moule positif en versant du plâtre pur ou mieux des gâteaux d'étoupe imprégnés de plâtre dans l'intérieur du moule primitif (Braatz, Beely).

Beely applique les corsets plâtrés pour la confection des moules dans la position de suspension indiquée dans la figure 70.

Karewski a proposé de combiner l'enveloppement avec des bandes plâtrées avec le moulage en plâtre.

On fait sur le tronc bien graissé quelques tours avec des bandes plâtrées (4 à 5 tours superposés) depuis les trochanters jusque très haut dans les creux axillaires; on procède avec une grande rapidité. On verse ensuite du haut de la nuque et dans le corset une bouillie plâtrée très délayée, faite avec du plâtre très fm. Cette bouillie va remplir tous les vides, arrive jusque dans le sillon interfessier, d'où elle s'écoule jusqu'à ce qu'elle durcisse, après quelques secondes; tous les vides sont bien remplis, surtout

les régions au-dessus du sillon interfessier, le sillon correspondant aux apophyses épineuses, la taille et toutes les concavités formées par la déformation.

Quand la bouillie plâtrée est en plein durcissement, on coupe le corset en avant sur la ligne médiane, on l'enlève pour rapprocher exactement les bords de la section et envelopper le tout de quelques tours de bande jusqu'à dessiccation complète.

On obtient de cette façon des moules négatifs très exacts.

On peut aussi se servir pour la confection du moule de pièces de tarlatane convenablement taillées, imprégnées de plâtre, que l'on applique sur le tronc avec des bandes et après les avoir mouillées (Rainai).

Le moulage, le procédé deKarewski, permettent seuls d'obtenir des modèles en plâtre reproduisant très exactement la configuration du thorax et du tronc. Dans les moules obtenus avec des bandes imprégnées de plâtre, les bandes ne s'appliquent pas exactement sur les saillies et les dépressions, quel que soit le nombre des aides employés ; on n'obtient par cette méthode que des moules imparfaits. En raison cependant de la facilité et de la rapidité d'exécution, on peut se servir de ce procédé dans quelques cas.

Corset plâtré. — Après avoir appliqué, au début de notre pratique, pendant un certain temps, le corset plâtré suivant les indications primitives de Sayre, nous étions peu partisan de cet appareil. A la suite d'un voyage à New-York, nous avons suivi la pratique de L.-A. Sayre, légèrement modifiée pour l'application de ses corsets, et nous avons appliqué, sous la direction de cet orthopédiste, plusieurs corsets plâtrés. Sayre a pu facilement nous convaincre que les reproches adressés à sa méthode tenaient à une technique défectueuse, à l'oubli de quelques règles importantes.

Rappelons quelques-unes des règles qui permettent d'obtenir des corsets efficaces, légers et solides.

La suspension doit se faire lentement, graduellement, d'après les indications pages 67, 68, 69, 70.

On peut se servir pour la suspension de la disposition indiquée par Beely, pages 70 et 71.

Le maillot doit être construit d'une façon spéciale, en tissu fin, élastique, avec des bretelles mobiles, d'une longueur double de celle du tronc, une partie de ce maillot devant se replier et recou-

vrir la face externe du corset. Il doit être appliqué retourné, sa face interne en dehors.

Il faut protéger avec grand soin les hanches et les parties saillantes de la difformité. Nous nous servons avec avantage de feutre blanc que l'on peut diminuer d'épaisseur, creuser suivant les besoins. Deux plaques de feutre peu épaisses sont disposées sur les parties saillantes des hanches. Un morceau de feutre est disposé au niveau des saillies, de telle sorte que les parties voisines de la diflormité soient situées sur un plan plus élevé que cette dernière, et que la pression soit transmise aux parties adjacentes et non aux vertèbres ou aux côtes saillantes. Le feutre n'a pas besoin de présenter une face adhérente.

Au niveau de l'abdomen on place quelques compresses, moins épaisses à la partie inférieure; les mamelles, chez la femme, sont protégées par du coton ou mieux par une sorte de petite cuirasse en baleine (faux appas). Chez les garçons, on peut se servir d'une serviette fine et peu épaisse, que l'on fait remonter un peu du côté de la poitrine.

Une plaque de zinc, peu épaisse, large de 4 centimètres environ et longue de 50 à 60 centimètres, est placée sous le maillot à la partie médiane du thorax et de l'abdomen. Cette pièce sert à couper très rapidement et très facilement, en protégeant la peau, les corsets plâtrés que l'on veut rendre amovibles.

Le corset est fortement tendu avec une épingle de sûreté fixée au niveau du périné, les bretelles mobiles fortement serrées.

Les bandes en tarlatane non gommée, à mailles fines, de 6 mètres de longueur, larges de 6 à 8 centimètres, doivent être imprégnées, en petite quantité^ d'un plâtre très fin (plâtre de Paris à mouler) non éventé.

On ne se sert de ces bandes que lorsque les bulles qui se forment dans l'eau tiède où elles sont placées ont cessé de se produire. On doit exprimer avec soin, avant l'application, l'eau qu'elles contiennent en excès. Pendant l'application de la première bande, la deuxième doit être placée dans l'eau tiède, et ainsi de suite.

On commence l'application des bandes par la partie moyenne du thorax jusqu'au-dessous de la crête iliaque, presque sur les épines ihaques, chaque tour de bande recouvrant les deux tiers de la circulaire supérieure. On remonte ensuite presque sous les aisselles. Il ne idiWi presser que très modérément, surtout au niveau

des saillies et du ventre; la pratique indique vite le degré de force que l'on doit développer. On doit appliquer et maintenir très exactement les bandes au niveau des creux, des dépressions ; à l'aide de renversés, on peut mouler les hanches du sujet et dessiner très exactement la taille sans pression nuisible.

Fis:. 78.

Fis-. 79.

Fis-.

Le nombre des bandes à employer ne doit pas être trop élevé, 3 pour un enfant de quatre à six ans, 6 à 8 pour un sujet de seize ans, sous peine d'alpurdir le corset.

L'addition de lamelles métalliques (Sayre, Yalzberg), de morceaux d'étoffe épaisse (Petersen), dans le but de consolider l'appareil, est inutile et nuisible.

C'est, à notre avis, une mauvaise pratique que d'appliquer de la bouillie de plâtre sur le corset terminé.

On peut adapter à ce corset des pièces accessoires : mâts de fortune [jury mast) (fig. 78, 79, 8.0 et 81) destinés à soutenir la tête, des anneaux destinés à recevoir des liens en caoutchouc permettant le redressement du tronc dans le cas d'inclinaison. (Voyez Mai de Pott.)

CHIRURGIE ORTHOPEDIQUE.

Nous employons assez souvent dans le mal de Pott de la région cervicale, la forme de jury mast représenté dans les figures 82 et 83. — Ce jury mast est relié à un corset plâtré au moyen de tiges métalliques antérieures et postérieures assez longues, suivant les indications du dessin.

fis:. 81. — Corset de Roberts.

Le corset durci, à Faide d'un canif ou d'une serpe très tranchante, on coupe hardiment sur la partie moyenne jusqu'à la bande en zinc, placée ainsi que nous l'avons indiqué.

Suivant la pratique actuelle de Sayre, nous faisons presque tous nos corsets amovibles. Dans tous les cas de scoliose, les corsets sont amovibles; dans quelques cas extrêmement rares de mal de Pott, le corset doit être inamovible. Par cette pratique, on évite un certain nombre d'accidents, et, contrairement à ce qu'on a prétendu, nous avons pu nous convaincre que de semblables corsets donnent une immobilité et un redressement très suffisants.

La garniture des corsets doit être extrêmement simple, il suffit

Fig. 82 et 83. — D'après des photographies de notre collection. de recouvrir la face externe avec la partie du maillot libre et de

Fiff. 84.

placer des œillets (fig. 84). Il faut avoir préalablement échancré

au niveau des aisselles et des hanches jusqu'à ce que le sujet n'éprouve aucune gêne. Les rebords du corset, surtout au niveau des aisselles, doivent être protégés par du feutre. On peut aussi se servir d'agrafes en métal soutenues par des boucles élastiques (J. Roberts) (flg. 85), ou de boucles suivant les indications de la figure 86.

Fiff.

Si l'on suit exactement les règles que nous venons de tracer, on obtient des corsets très légers, flexibles, élastiques, durables. La pression, au niveau de l'abdomen, des saillies, ne cause aucune gène et ne donne jamais d'escarres. Les corsets plâtrés, même amovibles, bien plus que les corsets qu'il nous reste à décrire, en feutre, etc., assurent le repos des parties lésées; la pression portant sur toute la surface du thorax, ils agissent à la façon d'une cuirasse, immobilisent et redressent le thorax et la colonne vertébrale déformée.

Corset en feutre. — Nous avons assez souvent employé avec avantages des corsets en feutre.

On peut se servir du feutre préparé àxi poroj^laHique., fabriqué en Angleterre (Cocking), et en Italie (Liatti Angelo), qui se ramollit vite sous l'influence de l'eau très chaude, se moule sur les parties déformées et se durcit ensuite rapidement en se refroidissant.

Nous ne conseillons pas de mouler le feutre poroplastique directement sur le corps du patient. On n'obtient qu'un moule très imparfait, et l'on expose le malade à des brûlures.

Nous faisons toujours nos corsets de feutre sur des moules négatifs en plâtre (fig. 87 et 88). On peut, dans ces conditions, appliquer très exactement le feutre qui se moule sur les parties difformes au moyen de pressions et de tractions. On attend la

Fiff. 87.

Fia-. 88.

dessiccation dans de bonnes conditions en évitant toute déformation.

On place le feutre dans une étuve à une assez haute température 90° et quand il est bien ramolli on l'étend sur le moule en l'appliquant très exactement, au moyen de tractions avec des pinces plates. On projette ensuite à sa surface de l'eau très froide afin d'obtenir un durcissement rapide.

Dans la pratique hospitalière, on peut confectionner rapidement et à peu de frais des corsets en feutre, en employant du feutre mou (feutre des chapeliers) que l'on imprègne ensuite de gomme laque, d'après le procédé indiqué plus haut, p. 74 et 75 (Braatz, Beely, Kœnig). Le sujet étant suspendu et revêtu d'un tricot d'une certaine épaisseur bien ajusté et convenablement humecté, on taille une plaque de feutre mou de longueur et de largeur convenable, on l'enroule autour du torse du malade, et l'on détermine la position des ouvertures destinées au passage des bras. On pratique les excisions nécessaires, on enlève les plis formés par le feutre en excès,

au niveau de la région axiliaire, et l'on réunit les bords de la seclion par une suture.

Le feutre étant très exactement appliqué, on l'imprègne de la solution de gomme laque et d'alcool (v. p. 74). On peut laisser sans imprégnation certaines parties du feutre, au-dessous des aisselles, dans la région des mamelles chez la femme, au niveau des gibbosités saillantes. On évite ainsi les pressions du corset lorsqu'il est devenu rigide.

Le moule étant enlevé avec soin et en évitant toute déformation, on le laisse sécher à l'air libre, et non dans une étuve. Au bout de deux jours en été, de cinq jours en hiver, avant quil ne soit complètement durci, on applique le corset sur le torse du sujet et on lui donne sa forme définitive. Lorsque le moule en feutre est sec et dur, on peut appliquer à sa surface un fer de chapelier bien chauffé qui diminue l'épaisseur du feutre, le rend plus solide et plus élastique. On pratique les excisions et corrections nécessaires, on le renforce au besoin par de minces plaques d'acier. On le garnit enfin, au bout de quelques jours et lorsqu'il est absolument sec et dur, comme les corsets plâtrés, en ajoutant à sa face interne de la peau de daim souple et légère.

Plus simplement, on peut coudre de chaque côté de la section médiane trois courroies avec des boucles.

On peut ajouter à ces corsets des mâts de fortune pour soutenir

la tête (fig. 89), des anneaux destinés à des redressements par

Fig. 90. Fig. 91.

Cuirasses en feutre pour lésions de la partie supérieure du rachis de Walsham.

des tractions élastiques. Lorsqu'on veut donner un soutien à la tête,

Fig. 92. — Corset en feutre de Beely.

on peut, à l'exemple de P. Vogt, Walsham (fig. 90 et 91), tailler

dans le feutre un collier ou une sorte de capote qui se continuent avec la partie dorsale du corset.

On doit assez souvent, surtout dans le cas degibbosité, par mal de Pott, renforcer le corset en feutre, au moyen de lames métalliques convenablement disposées.

On peut, à l'aide de tuteurs métalliques, fixés sur le corset, soutenir la tête placée dans une mentonnière de Glisson. Le corset de Beely (fig. 92), construit d'après ces principes, convient très bien dans le traitement de certaines formes de mal de Pott. (Voyez aussi le nouveau modèle de corset en feutre de Beely dans le Chapitre Mal de Pott.)

Les corsets de feutre sont légers, d'un prix peu élevé. Ils présentent le grave inconvénient de se déformer au bout de quelques mois, principalement pendant les grandes chaleurs, d'être imperméables à la transpiration, de se mouler inexactement sur les saillies.

Corsets en gutta-percha. — La gutta-percha peut être employée pour la confection des corsets orthopédiques.

Le mode d'application est le même que pour les corsets en feutre. Leur prix est peu élevé, mais ils sont un peu lourds.

Corsets dextrinés, amidonnés. — La dextrine, l'amidon, proposés par Kuhn, Madelung, donnent des corsets peu résistants, se desséchant lentement. Les plaques de caoutchouc que Walcker a conseillé d'introduire entre les bandes, dans le but de renforcement, ne remédient pas à ces inconvénients et provoquent souvent de l'eczéma et des excoriations.

Corsets en silicate de jjotasse. — Nous nous servons très souvent des corsets en silicate de potasse, recommandés parCazin, Coover, T. Kôlliker, Bruns.

On applique d'abord sur le torse du sujet une bande de flanelle; une large plaque en zinc, à la partie antérieure et médiane du thorax; on protège les parties saillantes avec du coton ou mieux du feutre mou; on applique alors quatre à six bandes de toile, imprégnées de silicate. Il est souvent utile de consolider ces corsets avec des plaques de carton ou quelques petites attelles longitudinales sur les parties latérales du rachis et le long de la ligne axillaire.

Quelques auteurs recouvrent le tout de trois ou quatre bandes plâtrées, qui sont enlevées au bout de deux jours, lorsque le silicate est durci. A l'exemple de Karewski, nous préférons renforcer les corsets en silicate avec de la toile métallique.

La toile métallique que nous employons est à mailles serrées, de 3 millimètres carrés environ, assez flexible. Il faut la mouler ■très exactement sur la difformité. On peut avec avantage se servir de deux plaques, l'une pour la face antérieure, l'autre pour la face postérieure du tronc, que l'on réunit ensuite avec des bandes imprégnées de silicate de potasse, moyennement serrées. Il faut ajouter une petite quantité d'alcool au silicate, afin d'obtenir une dessiccation rapide.

On échancre avec soin les aisselles et on garnit avec soin la partie interne de peau, on place des œillets à la partie moyenne.

On peut de cette façon obtenir un corset très utile.

Les corsets en silicate de potasse, qui ne conviennent que dans le traitement du mal de Pott, sont lourds, se moulent imparfaitement sur les saillies. Ceux confectionnés sur des moules négatifs en plâtre, sont meilleurs, ils s'adaptent mieux aux difformités et sont plus légers. Dans ce cas, nous recommandons la technique suivante :

Une pièce de toile entourant très exactement le moule en plâtre positif, on applique à sa surface des bandes de tarlatane mouillées. Lorsque ces bandes sont sèches, on les imprègne d'un mélange de silicate et d'oxyde blanc de zinc qui durcit très rapidement et est très solide. Les jours suivants on applique de nouvelles bandes de tarlatane que l'on imprègne de silicate de potasse et d'oxyde de zinc. On obtient de cette façon des corsets solides, légers et élastiques (Karewski).

Corsets en fil de fer, en paraffine. — Les corsets en papier, en fil de fer (S.-W. Smith, J.-W.Kabs), se moulent inexactement et se déforment vite.

Macewen a proposé de substituer la paraffine au plâtre dans la confection des corsets. Après expérience, nous pensons que le plâtre est supérieur à la paraffine.

Vance a fabriqué des corsets avec du papier. Il fait d'abord un moule en plâtre. Sur ce moule, enduit d'un corps gras, et au-dessus de bandes de flanelle, préalablement placées, il applique des ban-

delettes de fort papier brun. Ces bandeletttes sont agg-lutinées au moyen d'un enduit, composé d'une partie de gélatine, deux d'oxyde de cuivre et six d'eau que l'on étend au moyen d'un pinceau.

Le corset sèche sur le moule, au bout de trente heures, il est coupé et enlevé.

Ce corset est léger, dure longtemps, mais de même que le feutre il se déforme sous l'influence de la chaleur et de la perspiration cutanée.

Corsets en cnw inoidé. — Le cuir employé par Souwers, lorsqu'il est moulé et chauffé, devient très souple; il s'applique assez

Fiq-. 93. — Cuirasse en cuir de E. Owen.

exactement sur les saillies et dépressions ; par la dessiccation il reprend sa dureté ((ig. 93).

Le cuir a une consistance trop faible et on doit le soutenir avec des tiges en acier. Dans ce cas, sa confection rentre dans la pratique des bandagistes (Corset de Mathieu, in Mal de Pott).

Corsets de bois. — Les corsets.de bois, d'abord proposés par Waltuch (d'Odessa) et A. Lorenz ont été récemment recommandés par quelques orthopédistes. Nous avons construit assez souvent des corsets de bois. Voici la pratique que nous suivons, conforme à celle de Waltuch. (Nous empruntons les dessins au travail de Waltuch sur ce sujet.)

La confection d'un corset en bois consiste dans un véritable

placage, analogue à celui que pratiquent journellement les ébénistes. Un certain nombre de matériaux sont nécessaires.

1° Les rubans de bois sont obtenus en rabotant sur leur face

Fis-. 94 a.

Fiiï. 94 b.

latérale des planches de pin, de sapin, de noyer ou de sycomore (Bilhaut) de 6 mètres de long sur 5 centimètres d'épaisseur. Ces rubans de 6 mètres, sorte de copeaux soigneusement préparés, s'enroulent d'eux-mêmes; ils ont une face lisse et une face rude.

Fio-. 95 a

Fi!?. 96 a.

Fi"-. 96 b.

Le bois ne doit pas être complètement sec et autant que possible dépourvu de branches. Les cercles annuels dont la disposition se voit sur la surface de section de la planche, doivent être parallèles à la grande surface de la planche (fîg. 94 a) et non à la^ face latérale (fig. 94 b).

Dans le premier cas, en obtient des raies régulières, très fines en même temps qu'une grande solidité des copeaux (fig. 95 a) ; dans le second cas, un exemplaire semblable à celui représenté par la figure 95 b et des copeaux qui sont cassants et se cambrent facile-

m TRAITÉ DE CHIRURGIE ORTHOPEDIQUE

ment. Pour éviter de déchirer les copeaux avec le rabot, il faut humecter chaque fois la planche avec de l'eau. Les copeaux ne doivent pas se casser en les fléchissant, et sur la convexité de flexion, il ne doit pas se dresser de crêtes (fîg. 96 a-b).

Il faut essayer également à partir de quel bout de planche il est le plus facile de fabriquer des copeaux. Il ne faut pas raboter contre le bois.

2° La colle employée est la colle forte dite de Cologne, très pure, qui sert aux travaux de placage ordinaire.

On fait ramollir cette colle pendant huit à dix heures dans l'eau froide, puis on la place dans un bain-marie sans y ajouter de l'eau. La colle gonflée contient une quantité suffisante d'eau; elle doit être assez épaisse pour qu'on sente une résistance au pinceau. En y ajoutant 5 p. iOO de glycérine (3-4 cuillerées abouche pour un litre de solution de colle forte), elle a la propriété de rester élastique après être sèche ; par addition d'un peu de solution de bichromate de potasse, elle résiste à l'eau (S-10 cuillerées à café pour un litre de solution de colle forte).

On enduit les copeaux de colle sur une plaque en zinc, la colle qui reste sur la plaque se solidifie rapidement et le copeau suivant n'y reste pas accolé. Il faut toujours placer la colle sur la face lisse du copeau, en employant le 7noins de colle possible.

3° Le moule en plâtre positif est recouvert d'un tnaillot en tricot lisse (jersey) ; le tissu dit de Jœger convient très bien.

4° De la toile gommée forte et légère est appliquée au-dessus du tricot, plusieurs pièces de toile non préparées sont placées dessus les diverses couches du corset et au-dessus de la dernière couche de bois. On se sert avec avantage de batiste écrue, légère et résistante qui absorbe peu de colle forte.

Les copeaux enduits de colle ne s'appliquant pas exactement comme les bandes placées sur les saillies, les courbes, et les creux du moulage, on décompose la surface totale des moules en parties telles qu'on divise la courbure compliquée, irrégulière, en plusieurs courbures plus simples; puis on fait le placage sur chaque division à l'aide de quelques couches croisées en ayant soin d'empiéter toujours sur les divisions voisines. De cette façon, chaque couche est doublée sur les limites de la division. On renforce de même les places qui ont à supporter une plus forte pression ouïes concavités très prononcées.

Les copeaux qui se suivent en série dans telle ou telle direction ne sont pas placés côte à côté, mais doivent se recouvrir sur une largeur de 5-6 millimètres. Afin qu'ils s'adaptent à toute courbure,

Fi"-. 97 a.

Fiq-. 97 b.

on fend chaque ruban à ses deux bouts sur une longueur d'un quart à un tiers de la longueur totale, à l'aide d'un couteau ou de

Fio-. 98 a-b.

ciseaux; on peut le fendre en deux, trois, quatre parties et davantage. Ainsi les copeaux s'appliquent sur les surfaces convexes par convergence (fîg. 97 a-b) des extrémités fendues, sur les surfaces concaves par divergence de ces extrémités.

Plus le rayon de courbure est petit, c'est-à-dire plus la concavité est prononcée, plus la convergence ou la divergence est grande, plus il faut d'incisions.

Pour pratiquer rapidement ces incisions, on se sert d'un cou-

Fis. 99.

teau à quatre tranchants (fig. 98 a-b et 99) à Taide duquel on peut fendre quatre ou cinq rubans superposés à la fois.

Par deux coups de couteau on fend le ruban en neuf parties.

Pour renforcer certaines parties, au niveau des concavités très

Fia-. 100 a.

Fi"-. 100 b.

prononcées, on ajoute de petites pièces au bois qui se croisent (fig. 100 a) ou qui se superposent deux ou trois fois en diminuant de longueur, suivant le principe des ressorts de voiture (fig. 100 b). Un marteau à plaquer sert à frapper et à frotter sur les bandes afin de les coller très exactement.

Voici maintenant comment on confectionne le corset en bois :

On applique exactement sur le moule en plâtre le tricot bien

tendu et cousu aux deux extrémités du positif. Afin de pouvoir

CHIRURGIE ORTIIOrÉDIQUE EN GENERAL

placer le moule dans diverses positions, il est bon de le faire reposer sur deux coussins de sable.

Au-dessus du tricot, on applique très exactement la toile gommée que l'on fixe avec des clous de tapissier en haut et en bas. On humecte cette toile et Ton facilite son adhésion avec des frictions à la brosse et par l'appHcation de quelques tours de bande.

Lorsque la toile est sèche, on commence l'application des rubans de bois.

A l'aide de trois lignes verticales, l'une antérieure médiane et deux autres postérieures axillaires (fig. 101 b c, coupe horizon-

Fiiï. 101.

taie), on décompose la surface totale du moule en trois segments à peu près égaux; on marque en outre les lignes axillaires latérales (fig. 101 b' c).

Cette décomposition du moule en plusieurs segments sert à appliquer, suivant des règles précises, les différentes couches de bois, horizontales et diagonales.

Tous les rubans de bois que l'on colle en arrière dans la direction horizontale et diagonale s'étendent jusqu'aux lignes b' c' \ ceux collés en avant doivent s'avancer jusqu'aux lignes ô c et couvrent ainsi la couche postérieure dans une certaine étendue. En avant, les différentes parties se rencontrent à la couture du tricot, sans se couvrir, afin que l'on puisse enlever du moule le corset achevé, en décousant le tricot.

La couche verticale est limitée par une ligne circulaire répondant à la ceinture, au point le plus rétréci de la taille.

Les copeaux supérieurs dépassent cette limite à une certaine

Fio-. 102.

Fis. 104.

Fi;;-. 105.

distance en bas, et vice versa. Cette couche verticale devient ainsi double dans cet endroit et le corset est fortement renforcé.

En résumé, le placage sur le moule déjà recouvert de toile et du tricot se fait dans l'ordre suivant :

4° En arrière du bois, horizontalement (fig. 102 et lOo a).

2° En avant du bois, horizontalement des deux côtés (fig'. 105 è).

3° En avant de la toile des deux côtés (fig. 101).

4° En arrière du bois en diagonale (fîg. 102 h).

5° En arrière de la toile (fig. 101).

6° On renforce en certains endroits (fig, 103 et 104 c) et on double avec de la toile d'une grandeur convenable.

7° Le tout est recouvert d'une couche verticale de bois (fig. 103, 104, 105) que l'on applique en commençant en arrière sur la ligne médiane et en avançant peu à peu en avant des deux côtés, jusqu'à la ligne médiane antérieure.

La figure 106 représente un corset de bois pour cyphose vu par

Fia-. 106.

sa partie postérieure ; «, ô, c, indiquant les trois couches de bois. Ainsi donc, dans sa portion dorsale, le corset est composé de trois couches, une horizontale, une diagonale et une troisième verticale ; dans toute la portion antérieure, il n'existe que deux couches, une orizontale et une verticale. Sur des corsets plus grands, on peut ajouter une quatrième couche dans une des trois directions indiquées. Le corset contient trois couches de toile, l'une à la face interne, l'autre à la face externe, et la troisième

entre les couches de bois; sa solidité se trouve ainsi notablement augmentée.

Le corset étant terminé, on l'enveloppe d'une bande élastique, puis, au bout de quatre à six heures, on l'enlève du moule et on le laisse sécher pendant douze à vingt-quatre heures.

La surface est lissée avec une lime ou du papier à l'émeri; on le recouvre de toile et de tricot, on l'essaie et on le coupe convenablement. On le garnit ensuite, on place les œillets, les courroies axillaires, périnéales, les attelles pour une minerve, etc. Avec un marteau, on frappe sur une enclume les parties trop dures, avec une pince mousse on renverse les parties qui peuvent exercer, en se recourbant, en dedans une pression douloureuse.

Le corset de bois présente, comme principal avantage, d'être très léger (400 à 600 grammes en moyenne). — Il se moule assez exactement sur les parties redressées par la suspension verticale et les maintient bien. Il n'a pas cependant, à ce point de vue, une efficacité plus grande que les corsets plâtrés bien faits que nous lui préférons dans le traitement des scolioses. En raison de sa légèreté, il est utile dans le mal de Pott avec difformité marquée de la région lombaire et dorsale inférieure chez les jeunes enfants.

Notre pratique nous a démontré que ce corset présente d'assez sérieux inconvénients et que son emploi doit être très limité. Il convient peu dans la pratique hospitalière. Sa confection est en effet difficile, compliquée, demande un temps assez long (trois à six heures) et exige des matériaux d'un prix assez élevé.

Le bois qui le compose joue facilement; le corset se rétrécit et exerce des compressions fâcheuses; il se ramollit pendant les fortes chaleurs, de la même façon que le corset de feutre.

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