‹ Traité pratique de l'analyse des gazChapitre 128 sur 197 · Hydracides proprement dits · texte numérisé non relu

Hydracides proprement dits

Seconde subdivision.

L’absence du fluor et du bore étant constatée par les essais précédents, venons maintenant aux trois hydracides ordinaires. On les reconnaît rapidement d’après leurs réactions comparées sur le mercure, sur l’azotate d’argent, sur le chlore, sur le brome, et d’après leur attaque par l’étincelle électrique.

15. Le gaz iodhydrique, III, est le seul qui soit décomposé immédiatement par le mercure, avec régénération d’hydrogène.

L’étincelle électrique en précipite des vapeurs violettes d’iode, capables de bleuir le papier amidonné.

La vapeur de brome et le chlore gazeux, employés avec précaution par doses successives, précipitent également l’iode dans le gaz iodhy-

RECONNAISSANCE d’üN GAZ ISOLÉ.

drique. Leur dissolution aqueuse sépare aussi l’iode, en colorant la liqueur, dans les dissolutions de gaz iodbydrique.

Un excès de ces deux éléments redissout l’iode.

L’azotate d’argent forme dans la dissolution du gaz iodbydrique un précipité jaune, insoluble dans l’acide azotique et presque insoluble dans l’ammoniaque. Ce précipité, traité avec ménagement par le chlore ou par le brome, régénère l’iode.

On réussit mieux à le caractériser, en le distillant d’abord avec un peu de zinc et d’acide sulfurique étendu : ce qui régénère l’acide iodbydrique dissous.

16. Le gaz bromhydrique, HBr, attaque lentement le mercure à froid. L’étincelle électrique en sépare aussitôt du brome, en vapeurs rouges, solubles dans l’éther. On obtient également du brome, en ajoutant avec précaution et par doses ménagées de l’eau de chlore à la solution aqueuse de gaz iodbydrique. On agite ensuite avec de l’éther, qui enlève le brome à l’eau. Un excès de chlore le redissout;

L’azotate d’argent précipite les solutions de gaz bromhydrique en blanc jaunâtre ; le précipité est peu soluble dans l’ammoniaque, insoluble dans l’acide azotique. Le bromure d’argent précipité régénère du brome sous l’influence du chlore, en opérant comme avec l’iodure d’argent.

17. Le gaz chlorhydrique , HCl, n’attaque pas le mercure à froid. L’étincelle électrique ne le décompose qu’en très faible proportion : le chlore ainsi mis à nu peut décolorer une solution d’indigo. Mais il n’offre pas les réactions du brome, ni celles de l’iode.

Le chlore gazeux et l’eau de chlore sont sans action sur les dissolutions chlorhydriques.

Celles-ci forment avec l’azotate d’argent un précipité blanc cailleboté, altérable par la lumière, insoluble dans l’acide azotique étendu, soluble aisément dans l’ammoniaque.

IV. — Deuxième famille, second groupe des gaz absorbables par les alcalis :

gaz non fumants, non combustibles.

Ce groupe comprend le gaz hypoazotique ÀzO2, et les oxychlorures azoteux et azotique; le gaz sulfureux SG2, le gaz acide carbonique CO2, l’oxychlorure de carbone CO Cl2, et le chlorure de cyanogène.

Il convient d’y ajouter pour mémoire le chlore et ses oxacides, sur lesquels on ne reviendra pas.

RECONNAISSANCE I)’üN GAZ ISOLÉ.

Première subdivision.

Dérivés oxygénés de l’azote, lesquels attaquent le mercure et colorent en rose le sulfate ferreux mêlé de S04H2.

Tel est d’abord le gaz hypoazotique ,« AzO2, coloré en ronge et dédoublable par l’eau et par les alcalis, soit en acides azoteux et azotique, soit en acide azotique et bioxyde d’azote, suivant les proportions relatives.

Ce gaz a été signalé plus haut (n°7), ainsi que son action sur le sulfate ferreux : réaction positive qui contraste avec l’absence de réaction sur l’azotate d’argent; ces réactions le distinguent du brome et des gaz suivants.

Au contraire, l’azotate d’argent précipite les dissolutions aqueuses des dérivés gazeux chloroxygénés de l'azote AzO Cl, AzO Cl2, AzO2 Cl et le dérivé bromé AzOllr. On constate dans les liqueurs ainsi obtenues l’existence de l’acide chlorhydrique (ou bromhydrique) et celle des acides azoteux ou azotique, suivant les proportions relatives d’oxygène et de chlore.

Après évaporation de leurs solutions dans les alcalis, l’addition au produit final de fragments de cuivre et de quelques gouttes d’acide sulfurique concentré produit du bioxyde d’azote, transformable en vapeur nitreuse au contact de l’air.

Les gaz oxyfiuorazotés, AzOF, Az02F, ont été également signalés : mais ils sont peu étudiés. Ils régénèrent l’acide fluorhydi ique et les oxacides de l’azote.

L’existence de l’acide azoteux dans les liqueurs peut être contrôlée dans les solutions étudiées, par la réaction du permanganate de potasse liquide, qui change cet acide en acide azotique.

Seconde subdivision.

Gaz sans action sur le mercure et n’offrant pas les réactions caractéristiques de la vapeur nitreuse. Ils ne sont pas inflammables. Pour les distinguer, on recherche si leur dissolution dans un alcali est transformable : en acide sulfurique pur; ou bien en acide carbonique seul; ou bien encore en acide carbonique, produit simultanément avec l’acide chlorhydrique et l’ammoniaque.

18. Gaz acide sulfureux , SO2. Pas très soluble dans une petite quantité d’eau. Sa dissolution aqueuse, traitée parle chlore, le brome, ou l’iode, est changée en acide sulfurique, caractérisable sous forme

RECONNAISSANCE d’üN GAZ ISOLÉ.

de sulfate de baryte insoluble dans les acides. Cette réaction a lieu meme sous la seule influence de l’oxygène de l’air; mais lentement.

Les sulfites terreux et métalliques sont insolubles dans l’eau, mais solubles dans les acides étendus.

L’acide sulfureux décolore la rose et certaines matières colorantes.

Sa dissolution traitée par le zinc et l’acide sulfurique étendu est réduite et changée en hydrogène sulfuré, qui précipite en noir les sels de plomb dissous et le papier imbibé d’acétate de plomb.

Le gaz sulfureux est absorbé par l’oxyde puce de plomb et changé en sulfate.

L’étincelle électrique le décompose partiellement, avec formation de soufre et d’anhydride sulfurique.

On connaît les gaz sulfoxytluorés, SOF2 et S02F2, cités pour mémoire ; ainsi que les gaz phosphofluorés, PF3, et oxyphosphofiuorés PF3 O, gaz décomposables par la potasse en fluorure de potassium et sels oxygénés correspondants. On les signale également ici pour mémoire.

19. Gaz acide carbonique, CO2. Médiocrement soluble dans l’eau. Ni oxydable, ni réductible à la température ordinaire; ne fournissant ni acide sulfurique, ni hydrogène sulfuré. Ne précipite pas l’azotate d’argent. Absorbable par la potasse, et régénéré avec effervescence par l’action des acides.

L’acide carbonique précipite l’eau de chaux et les dissolutions de baryte; ces précipités étant redissolubles dans un excès d’acide carbonique.

*20. Oxychlorure de carbone, CO Cl2. Peu soluble dans l’eau, qui le détruit lentement. Absorbé par les alcalis, avec formation simultanée de chlorure et de carbonate, sans ammoniaque : le premier sel précipite l’azotate d’argent; le second sel est susceptible de redégager le gaz carbonique avec effervescence par l’action des acides étendus.

L’alcool dissout abondamment l’oxychlorure de carbone, en formant un composé éthéré.

L’étincelle électrique décompose l’oxychlorure de carbone en chlore libre, qui attaque le mercure et décolore l’indigo. En même temps l’étincelle régénère l’oxyde de carbone, gaz inflammable (après l’absorption du chlore par un alcali).

21. Chlorure de cyanogène , CAzCl. Absorbé par les alcalis, avec formation simultanée d'acide chlorhydrique et de cyanate; lequel est

398 RECONNAISSANCE d’un GAZ ISOLÉ.

décomposable lui-même par les acides en acide carbonique et ammoniaque :

CAzCl + 2H20 = C02+HCl + AzH3.

L’étincelle électrique décompose le chlorure de cyanogène en ses éléments.

IV. — Deuxième famille : Troisième groupe : gaz absorbables par les alcalis

et inflammables.

Ce sont les gaz sulfhydrique : H- S, sélénhydrique : H'2 Se, tellurhydrique : H2Te, cyanhydrique : CÀzH, le cyanogène : C2Az% l’hydrogène silicé : SiH4 : et l’oxysulfure de carbone : COS. Ces gaz peuvent être distingués d’une façon immédiate : soit par l’étude des produits de leur combustion;

Soit par l’élude des produits de leur décomposition par l’étincelle électrique, laquelle en sépare les éléments : l’hydrogène qui fait partie de la plupart d’entre eux devenant libre, tandis que l’autre élément est aussi mis à nu.

Première subdivision : absence cl’hjdrogèue.

22. Si le gaz ne fournit pas d’hydrogène, mais de l’azote, avec dépôt de charbon, c’est du cyanogène :

Page 1