CHAPITRE XII
CORPS OXYDABLES.
Tous les composés capables de s’unir à l’oxygène à froid peuvent êlre employés pour absorber ce gaz et pour le doser, c’est-à-dire pour jouer le rôle de réducteurs: mais on n’emploie guère dans l’analyse que les agents suivants :
i° Le phosphore. Son emploi a été décrit plus haut (p. i55);
2° Le cuivre métallique, à la température rouge (p. i56 et 188); ou bien à froid, avec le concours d’un acide étendu;
3° Les sulfures alcalins ( p. 1 55 ) ;
4° Le chlorure cuivreux ammoniacal, étudié plus loin (p. jg3 );
5° Le suif aie de protoxyde de chrome dissous, composé qui absorbe les dernières traces d’oxygène dans un gaz. On le prépare pour les analyses gazeuses en réduisant par le zinc en grenailles une dissolution d’alun de chrome, jusqu’à décoloration. La liqueur obtenue doit être transvasée par des manœuvres de refoulement, exécutées au moyen de l’azote, à la surface de la masse liquide remontée dans un siphon, destiné à la faire passer au sein d’éprouvettes, ou de petits flacons renversés sur le mercure.
N’oublions pas que ce réactif continue parfois à dégager un peu d’hydrogène.
En y ajoutant un mélange convenable d’ammoniaque et de chlorhydrate d’ammoniaque, de façon à empêcher toute précipitation d’oxyde chromeux, on obtient une liqueur qui absorbe l’acétylène, avec formation temporaire d’un composé spécial, suivie d’un dégagement spontané d’éthylène. Ce phénomène résulte de la fixation sur l’acétylène de l’hydrogène, résultant de la décomposition de l’eau par l’oxyde chromeux :
| H2 O -+- 2 Cr O — Cr2 O3 H- H2 j CSH2+H! = C2H‘
COUPS OXYDABLES.
6Ü U hydrosulfite de soude. Ce réactif doit être préparé au moment même, en raison de son altération rapide. On l’obtient en versant dans des flacons pleins de tournure de zinc une solution de bisulfite de soude. La réduction s’opère peu à peu, avec chaleur.
On l'emploie aussi pour doser l’oxygène dissous dans l’eau, mais avec des dispositions spéciales.
7° Le pyrogallol, C6H60*. Un grand nombre de composés organiques absorbent lentement l’oxygène de l’air; cette réaction devient souvent plus rapide par l’addition d’un alcali. Parmi les substances diverses qui possèdent cette propriété, Liebig a préféré le pyrogallol, dérivé de l’acide gallique.
Ce corps est fourni par l’industrie en cristaux blancs et purs, pour l’usage de la photographie. On prépare une solution aqueuse concentrée, telle par exemple que iocm3 renferment 3s de pyrogallol. Cette dissolution est capable d’absorber rapidement 8o fois son volume d’oxygène; et même davantage au bout d’un temps plus long.
On introduit 2cm3 à 3cm3 de cette liqueur concentrée dans l’éprouvette contenant le gaz à analyser, puis le même volume d’une solution de potasse renfermant is de cet alcali KOH pour 2cm3 de liqueur. On peut encore faire arriver dans l’éprouvette un petit bâton de potasse fondue, humecté au moment qui précède son introduction en le trempant un instant dans l’eau.
On agite pendant 4 à 5 minutes : l’absorption a lieu jusqu’à 8o fois le volume de la liqueur; puis elle croît lentement, d’un huitième en ]) I us environ.
La même absorption a lieu sensiblement avec une solution io fois plus étendue. Dans tous les cas, il convient d’employer une dose de potasse répondant au moins aux rapports C6 H6 O3 -+- 3 IvOH en cristaux, en évitant la formation de tout précipité dans des liqueurs trop concentrées.
L’oxygène absorbé s’élève au plus à 30 pour KOH. Il se forme une molécule d’acide carbonique, sous forme de carbonate, dans ces conditions, et il se produit une petite dose complémentaire d’oxyde de carbone : soit icnj3,5 de 00 pour ioocm3 d’oxvgène absorbé; dose qui peut croître jusqu’à 4cm3 de CO, si la potasse est insuffisante.
En présence de l’eau de baryte, au lieu de potasse, l’absorption est seulement d’un atome d’oxygène, O, pour BaO.
En présence de l’ammoniaque dissoute eu excès, AzH3, au contraire, l’absorption est de 4 atomes d’oxygène.
Le pyrogai late de potasse présente divers inconvénients. Il est d’un emploi désagréable, à cause des taches noires très persistantes
ANALYSE QUALITATIVE
qu’il produit sur les mains, et qu’il est assez difficile d’éviter dans les analyses courantes sur la cuve à mercure. A cet effet, on a soin de disposer à côté une petite terrine, remplie d’eau acidulée par l’acide chlorhydrique, et dans laquelle on trempe aussitôt les doigts ainsi tachés.