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PLÉTHORE LOCALE

Le ralentissement des mouvements actifs de l'enfant est déterminé souvent par la pléthore locale. Dans ce cas, une petite saignée suffit pour faire cesser ce phénomène inquiétant : s'il persiste malgré la saignée, on doit redouter une cause plus grave, une affection qui menacerait la vie de l'en font dans le sein maternel. Mais comment diagnostiquer cette affection, et que faire pour y remédier? Une compression du cordonpar des circulaii^es placés autour du cou ou des membres du fœtus, ou déterminée par des nœuds dM cordon, donne lieu au même phénomène, le ralentissement des mouvements

ÉTAT DE SOUFFRANCE DE l'ENFANT PENDANT LA GROSSESSE. 321

actifs, et s'accompagne aussi de diminution dans le nombre des pulsations du cœur.

Une grande habitude et une grande attention peuvent seules permettre de faire ces appréciations. Le fait suivant, à cause de la précision du diagnostic, mérite d'être cité pour encourager les jeunes praticiens :

Nœud du cordon ayant entraîné la mort de r enfant; volume considérable de celui-ci ; prolongation du terme de la grossesse ; petite incision oblique du périnée chez la mère primipare, âgée de trente ans. — Madame de G... est ramenée de la campagne, enceinte de sept mois et en proie, depuis le commencement de sa grossesse, à des accidents hystériformes; les mouvements les plus légers la font tomber dans des demi-syncopes, qui se prolongent plusieurs heures; elle ne peut rester qu'étendue, et doit recevoir ses aliments d'une main étrangère ; l'effort même qu'elle fait pour les porter à sa bouche renouvelle les accidents. La constitution de cette dame est essentiellement nerveuse et lymphatique ; elle fait habituellement un usage immodéré d'éther inspiré.

Une rémittence bien marquée dans les accidents permit de modifier cet état à l'aide du sulfate de quinine; les bains, les amers, le fer, un régime analeptique, firent le reste. L'état de la malade devint, en quelques semaines, assez bon pour qu'elle pût manger seule, marcher et jouir de la société de ses amis. Cet état tenait de l'hystérie et de l'extase. Je ne fais que le signaler à cause de sa singularité, sans toutefois établir de corrélation avec les faits importants qui font surtout le sujet de cette observation.

Depuis l'époque où les mouvements de l'enfant s'étaient manifestés pour la première fois, ces mouvements étaient successivement devenus de plus en plus rares et de moins en moins perceptibles, môme pour la mère. La famille attribua cette particularité aux accidents convulsifs de madame de C... ; mais M. A. Désormeaux, médecin de la malade, et moi, nous fûmes loin de partager cette pensée. L'auscultation ne me donnait, pour les battements du cœur, que 135 à 140 pulsations par minute ; il était donc démontré pour moi qu'une circonstance, quelle qu'elle fût, nuisait à l'intégrité des rapports circulatoires qui unissent la mère et l'enfant.

Était-ce un état de pléthore locale? Cela était probable. Aussi une petite saignée fut-elle pratiquée, et contrairement à ce qui arrive toujours en pareil cas, les mouvements de l'enfant restèrent aussi peu actifs et aussi rares.

Cette première circonstance écartée, nous ne pouvions attribuer ces accidents à de l'état chlorotique; car tout avait été mis en usage

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pour modifier chez cette dame cet état chlorotique, particulier aux femmes grosses, si fréquemment confondu avec la pléthore. Avionsnous affaire là à des épanchements sanguins qui, s'organisant dans le placenta, et formant de petits noyaux qui envahissent le tissu de cet organe, le rendent impropre à remplir ses fonctions ? ou bien cette gêne mécanique dans le phénomène de l'hématose fœtale étaitelle due à une compression du cordon ? Quelle que fût la cause de cette compression, c'était l'opinion la plus probable; mais définir cette cause, et surtout y remédier^ semblait impossible.

Cette pensée s'accordait, du reste, très-bien avec la lenteur et la rareté des mouvements de l'enfant. On sait, en effet, que toute gêne mécanique de l'hématose amène ce résultat.

Madame de C... était arrivée au huitième mois et demi ; l'enfant était parfaitement viable, mais sa vie pouvait être compromise avant son expulsion sans qu'il fût possible de prévenir cette fâcheuse conséquence. Un seul moyen pouvait le soustraire à ce danger, l'accouchement prématuré artificiel. J'en fis la proposition, j'en expliquai les motifs ; M. A. Désormeaux se joignit à moi pour persuader la famille; mais ce fut en vain. A terme, nous renouvelâmes nos instances, car l'état de l'enfant était loin de s'améliorer, et une espèce de pressentiment nous disait qu'il fallait se hâter ; nouveau refus. Il fallut nous résigner à attendre. Déjà madame de C... avait dépassé son terme de trois semaines, en supposant que la conception eût eu lieu huit jours après la dernière époque. Et cependant aucun'phénomène précurseur du travail n'apparaissait ; mais les mouvements de l'enfant cessèrent tout à coup. Informé de cette circonstance, j'auscultai; les bruits du cœur avaient aussi cessé. La veille encore ils s'étaient un peu accélérés, et battaient 148 pulsations par minute; aujourd'hui le silence le plus absolu. Pendant les huit jours qui suivirent, tous les symptômes qui signalent la mort de l'enfant se manifestèrent : perte d'appétit, sensation d'un poids inerte dans l'abdomen, légère réaction fébrile laiteuse, puis affaissement des seins, etc. Enfin, à dix mois bien constatés par l'époque de la cessation des règles, madame deC... n'ayant jamais eu de retard, constatés aussi par l'époque où la sensation des mouvements actifs fut perçue (quatre mois et demi), fut prise des premières douleurs, le soir à cinq heures, et elle accoucha dans la nuit. L'enfant, d'un volume extraordinaire, bien en rapport avec cette prolongation de terme, était mort ; l'épiderme commençait déjà à s'enlever par places. Et la cause de tous ces phénomènes si regrettables n'était qu'un nœud du cordon : d'abord lâche, il n'avait que peu gêné l'hématose fœtale; mais, à mesure qu'il s'était développé, il s'était

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