‹ Traité pratique de l'art des accouchementsChapitre 130 sur 287 · DEUXIÈME ÉPOQUE DU TRAVAIL · texte numérisé non relu

DEUXIÈME ÉPOQUE DU TRAVAIL

A cette époque, la femme commence à avoir la conscience de l'acte important qui s'opère en elle. Les muscles abdominaux viennent seconder l'action de l'utérus; la femme multiplie ses efforts, sa respiration se presse, devient haletante, la peau se couvre de sueur, le pouls acquiert plus de vitesse et de force. Les douleurs, que la résistance du col rendait instantes, sont de nouveau suivies d'un intervalle de calme assez marqué, pendant lequel la femme, accablée par le besoin de repos, s'endort quelquefois d'un sommeil assez profond, sommeil qui est bientôt brusquement interrompu par une nouvelle douleur.

Sous l'influence de ces contractions successives, la poche des eaux s'engage de plus en plus, et, trop faible pour supporter la tension qu'elle éprouve, elle se déchire ; elle laisse écouler une plus ou moins grande quantité de liquide, et immédiatement la partie du fœtus qui se présente vient s'appliquer sur l'orifice, surtout si c'est la tête. Alors survient une détente générale et un calme qui n'est que de courte durée ; car l'utérus semble ne se reposer que pour acquérir de nouvelles forces. Bientôt la contraction se réveille avec une puissance et une énergie qu'elle n'avait pas eues jusqu'alors, le produit franchit l'orifice sans que le plus souvent la

femme accuse ordinairement une douleur plus aiguë que dans un autre moment ; puis il pénètre dans le vagin^ qui se dilate par degrés pour le recevoir, et arrive bientôt sur le plancher du bassin. Pendant ce trajet, la compression des nerfs cruraux et des rameaux nerveux qui passent par le trou sous-pubien détermine un sentiment de crampe et de tiraillement à la partie antérieure et interne des cuisses.

Les douleurs deviennent de plus en plus violentes, la femme se cramponne à tout ce qui l'environne, se renverse en arrière, archonte ses pieds contre le point d'appui qu^on a eu soin de lui fournir, fait une profonde inspiration, et, serrant les lèvres, contracte à la fois tous les muscles de son corps. Bien plus souvent, cependant, les cris que la douleur lui arrache détruisent une partie de ses efforts par les mouvements d'inspiration et d'expiration successive qu'ils déterminent.

La tête, à chaque contraction, appuyée fortement sur le périnée, commence à le distendre ; à chaque douleur, on voit le plancher du bassin proé'miner de plus en plus en avant, l'anus former un bourrelet saillant qui s'entr'ouvre, la vulve s'entr'ouvrir aussi peu à peu, les petites lèvres s'écarter, et laisser entrevoir le cuir chevelu ; enfin les grandes lèvres s'effacent, se déplissent complètement ; la peau de la partie supérieure des cuisses vient aussi à fournir à l'ampliation de la vulve, qui, projetée fortement en avant par la tête, forme un anneau circulaire, mince, surtout à sa commissure inférieure, qui semble tout près de se rompre. Cet accident aurait certainement lieu si la contraction ne cessait immédiatement; la tète se retire alors dans l'excavation; le périnée revient sur lui-même, la vulve se ferme, mais la femme éprouve toujours un sentiment de ténesme sur la vessie et le rectum, qui la tourmente d'un besoin incessant d'aller à la garde-robe et d'uriner, et lui donne le désir de pousser : aussi, quoiqu'elle n'éprouve pas de douleur, souvent elle fait des efforts pour se délivrer. Enfin, après une succession plus ou moins répétée de contractions et d'intervalles de calme, nécessaires pour que les parties de la mère s'habituent à l'excès de dilatation qu'elles éprouvent, la tête, qui s'est avancée peu à peu et de plus en plus à chaque contraction, en se retirant un peu au moment du calme, est poussée fortement par une douleur énergique, qui arrache des cris à la femme, et franchit les tubérosités de l'ischion ; mais elle reste quelque temps arrêtée encore parles- parties molles qui bombent fortement, et les franchit enfin. Ordinairement le tronc suit immédiatement la tête; quelquefois, cependant, il n'est expulsé que quelques secondes après.

ARTICLE IV

Page 1