APOPLEXIE ET ASPHYXIE DES NOUVEAU-NÉS
Si l'enfant ne respire pas en naissant, qu'il soit dans un véritable état d'apoplexie et d'asphyxie, la surface du corps est gonflée, violette, la face bleuâtre, la locomotion éteinte; mais les membres sont flexibles, et le corps conserve sa chaleur; les battements du cordon €t du cœur sont obscurs et quelquefois même insensibles. La pre-
mière indication qui se présente à remplir consiste à faire cesser l'engorgement du cerveau et des poumons. Pour cela, on lâche l'extrémité du cordon, et on laisse écouler une ou deux cuillerées de sang. Souvent, pour obtenir la quantité de sang nécessaire, il faut rafraîchir l'extrémité du cordon par plusieurs sections successives. C'est pour cela qu'il faut pratiquer la première section à sept ou huit travers de doigt de l'ombilic; en même temps on débarrasse l'arrière-bouche des mucosités qu'elle contient, soit à l'aide du petit doigt, soit avec les barbes de la plume qu'on a disposée à cet effet. On opère des frictions sur la poitrine avec la main, ou avec un linge imbibé d'eau vinaigrée froide, ou d'eau-de-vie; on y laisse tomber goutte à goutte un peu d'éther, de Teau froide; de l'autre main on chatouille les fosses nasales avec les barbes de la plume; la percussion avec la main sur le siège est aussi un excellent moyen. Il ne faut pas craindre, dans ce cas, de cingler un peu fort. Pendant qu'on continue sans relâche l'usage de ces moyens réunis, on fait administrer un petit lavement ; on fait préparer un bain tiède, dans lequel on plonge l'enfant dès qu'il commence à faire quelques inspirations.
Souvent quelques secondes, quelques minutes suffisent pour rappeler un enfant à la vie ; mais cependant on est quelquefois obligé d'insister sur ces moyens pendant assez longtemps. Il ne faut pas se lasser; il faut, au contraire, redoubler de persévérance, car on a vu des enfants qui n'ont pu être ranimés qu'au bout d'une heure ou deux. Ce ne fut qu'au bout de trois heures que mon ami le docteur Laroche et moi nous pûmes ranimer un enfant extrait par les pieds, dans l'hôtel d'Aligre, rue d'Anjou : tout avait été employé inutilement. Nous avions cessé l'insufflation directe, lorsqu'on désespoir de cause j'eus l'idée de courir rapidement autour de la grande cour en tenant l'enfant élevé la face dirigée en avant. M. Laroche me succéda, puis successivement toutes les autres personnes de l'hôtel disposées en relais, et l'enfant respira et fut sauvé, il a maintenant 5 a 6 ans. Aussi, lorsque l'insuffisance des autres moyens est constatée, il faut recourir à l'insufflation, soit qu'on la pratique directement, la bouche de l'accoucheur étant appliquée sur celle de l'enfant, ou au moyen du tube laryngien de Chaussier. J'ai cru avoir quelquefois réussi à l'aide de ce moyen, mais je l'ai vu bien plus souvent échouer. Cette opération demande une certaine habitude, bien qu'il soit démontré qu'une insufflation trop brusque, trop prolongée, ne puisse rompre les vésicules pulmonaires. Voici la manière de procéder pour bien faire pénétrer l'air dans les voies aériennes.
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L'extrémité du tube doit être introduite jusque dans le larynx, à l'aide de la main droite, la gauche s'assurant, à travers la paroi antérieure du cou, si l'instrument ne s'est pas fourvoyé; puis on saisit avec les lèvres Pautre extrémité du tube, pendant qu'avec le pouce et l'index de chaque main on pince les deux commissures de la bouche de l'enfant, afin d'empêcher l'air de se perdre.
Alors on pousse doucement une petite quantité d'air, puis on s'arrête et l'on presse sur la poitrine pour chasser l'air introduit et simuler l'expiration. Enfin, on renouvelle ces alternatives d'insufflation et d'expiration artificielle, jusqu'à ce que la respiration se soit établie.
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