‹ Traité pratique de l'art des accouchementsChapitre 158 sur 287 · PROCIDENCE DU CORDON OMBILICAL · texte numérisé non relu

PROCIDENCE DU CORDON OMBILICAL

les membranes, un corps mou, peu volumineux, facile à déplacer, et doué de pulsations vives et fréquentes, que l'accoucheur ne peut confondre à cause de leur rhythme, avec les battements d'une de ses propres artères, ou d'une de celles de la mère. Il faut bien dire, toutefois, que, môme avant la rupture des membranes, le cordon pourrait être assez comprimé, entre les parties fœtales et le détroit supérieur, pour que ses battements se ralentissent au point d'induire en erreur; l'insertion anormale du cordon sur les membranes pourrait aussi en imposer pour une procidence du cordon. En effet, dans ce cas, le doigt sentirait immédiatement les pulsations d'une des ramifications du cordon, lesquelles rampent sur les membranes avant de se rendre au placenta {fig. 126).

Les inégalités fongueuses que présentent quelquefois les membranes et les plis du cuir chevelu ne pourraient faire croire à la procidence du cordon que dans le cas de mort de l'enfant, et alors il est tout à fait superflu d'établir le diagnostic.

Après la rupture des membranes, il devient très-facile de constater cet accident. On peut sentir et saisir le cordon descendu dans le vagin, quelquefois même il apparaît à la vulve.

§ 3. — Pronostic.

La procidence du cordon est un accident des plus graves pour le produit. En effet, si l'on ne peut intervenir en temps utile, la mort en est le plus souvent la suite, et, si l'on intervient, les secours les mieux dirigés n'arrachent pas toujours l'enfant aux dangers qui le menacent. Certaines circonstances que j'ai relatées en parlant des causes, et sur lesquelles je m'appuierai pour établir le traitement, font aussi varier le pronostic ; tels sont l'intégrité ou la rupture des membranes, l'état du cordon pi;olabc, le temps qui s'est écoulé depuis le premier moment où l'accident s'est manifesté, le degré de constriction que cet organe éprouve, l'époque du travail, les conditions de l'utérus, celles des parties génitales externes, etc., etc.

Quant à la mère, cet accident ne peut exercer aucune influence sur elle, car le travail n'en éprouve aucun retard ; un seul cas cependant pourrait retarder l'accouchement, et présenter quelques inconvénients pour la mère, l'arrachement prématuré du pla-

<;enta et l'hémorrhagie ; c'est lorsque le cordon a peu de longueur, et que son anse prolabée se trouve tendue sur la têle dii fœtus. Enfin, dans les cas ordinaires, ce n'est qu'indirectement que la procidence du cordon peut devenir funeste à la mère, soit par suite 4es opérations qu'on est obligé de tenter pour sauver l'enfant, soit à cause des efforts que la femme est invitée à faire, pour accélérer le travail, soit enfin par suite de l'impression morale que cause à la mère le danger qui menace l'enfant, danger qu'on aurait eu l'imprudence de lui laisser soupçonner.

§ 4. — EUets de la procidence du cordon.

La compression du cordon, et, par suite, l'interruption de la circulation dans cet organe, est la cause unique de la mort du produit; ^6 refroidissement du cordon, quand il pend à l'extérieur, refroidissement que Guillemot et M. Velpeau regardent aussi comme pouvant causer souvent la mort de l'enfant, sans compression de l'organe, ne me paraît agir tout au plus, dans ce cas, que comme une circonstance aggravante. Madame Lachapelle, qui n'admet pas l'influence du froid sur la circulation ombilicale, a vu le cordon pendre à la vulve pendant plusieurs heures, sans que les battements aient cessé de se faire sentir. De Lamotte et Baudelocque rapportent des faits semblables. J'ai été témoin, à la Clinique, d'un cas de ■cette nature : le 19 août 1835, la femme Delsone chez laquelle la procidence s'était manifestée en même temps que la rupture des membranes, à huit heures du matin, n'arriva qu'à dix heures à la Clinique : le cordon refroidi faisait saillie de 19 à 20 centimètres hors de la vulve , et cependant les battements avaient conservé toute leur intégrité ; la réduction put être faite par la sage-femme en chef, madame Callé, et l'enfant naquit spontanément et très-bien portant; le cordon avait 64 centimètres de long.

Mais les auteurs qui regardent la compression du cordon comme la cause principale, si ce n'est unique, de la mort du produit, expliquent diversement l'influence de cette compression; les uns pensent que l'interruption dans la circulation, privant le produit des aliments nécessaires à sa nutrition, il périt d'inanition; cette opinion ne serait fondée qu'autant qu'on admettrait qu'un jeûne de dix à quinze minutes peut tuer le produit. Suivant les autres, le fœtus succomberait à l'apoplexie, parce que le sang, continuant d'arriver avec abondance, par la veine ombilicale, ne pourrait plus retourner au placenta par les artères ombilicales ; cette opinion ne mérite pas de commentaires, car si les artères sont comprimées, la veine

Page 1