PROCIDENCE DU CORDON OMBILICAL
le sera aussi ; et le sang ne pourra pas plus arriver au fœtus qu'il ne pourra retourner au placenta. C'est pour la môme raison que le fœtus ne peut périr d'anémie, de syncope : en effet, pour que le sang pût retourner librement au placenta, et ne pût revenir au produit, il faudrait aussi admettre que la veine peut seule être comprimée.
Enfin, presque tous les accoucheurs s'accordent aujourd'hui à regarder l'asphyxie comme la cause principale de la mort du produit, admettant toutefois que cet état se complique souvent d'une espèce de pléthore du cerveau, du cœur, des poumons et du foie, circonstances qui ne prouvent que la stase du sang dans les organes, et qui ne constituent cependant pas un véritable état apoplectique.
Suivant l'opinion la plus généralement admise, le placenta est, comme je l'ai dit, pendant la vie intra-utérine, le seul organe d'hématose du produit. Si donc la circulation fœto-placentaire vient à être interrompue par la compression du cordon, le sang du fœtus ne peut plus aller au placenta se révivifier par le contact médiat du sang maternel, et le produit se trouve dans les conditions de l'adulte privé d'air, il meurt asphyxié.
Le corps d'un enfant, mort par l'effet de la compression du cordon, est livide, rarement pâle et décoloré ; la face et surtout les lèvres portent principalement les traces de la stase veineuse dans les capillaires.
A l'autopsie, j'ai trouvé quelquefois les vaisseaux du cerveau et les méninges injectés, mais il s'en faut que ce soit un phénomène constant. Quant à l'accumulation du sang dans les poumons, elle se rencontre si régulièrement, qu'on pourrait dire qu'elle est le résultat nécessaire de l'asphyxie ; tout le système veineux de ces organes est gorgé de sang, tandis que les artères en sont presque dépourvues. Enfin, le foie se rencontre bien plus souvent congestionné que le cerveau, ce qui s'explique très-bien par le rôle que joue le foie •dans rhématose.
§ 5. — Traitement.
La procidence du cordon abandonnée à elle-même est presque toujours mortelle pour l'enfant ; aussi doit-on toujours s'efforcer d'intervenir. L'expectation n'est permise que dans de très-rares «acceptions, que je préciserai aussi exactement que possible.
a. Avant la rupture des membranes.
Si la présence du cordon au-dessous de la tête était constatée avant la rupture des membranes, l'accoucheur devrait attendre la dilatation complète de l'orifice avant de rien entreprendre, non pas qu'il doive compter sur la réduction spontanée, elle est extrêmement rare, mais parce que des tentatives pourraient avoir pour résultat de rompre les membranes prématurément, circonstance très-fâcheuse dans ce cas pour le produit, qui resterait exposé aux dangers de la compression, jusqu'à ce que la dilatation de l'orifice permette à l'accoucheur d'intervenir utilement ; mais lorsque l'orifice sera complètement dilaté, quand les contractions se seront exercées longtemps, qu'elles auront acquis un certain degré d'intensité, l'accoucheur devra introduire quelques doigts, toute la main, si l'état des" parties externes le permet, pour maintenir le cordon à travers les membranes ; puis, profitant d'une contraction énergique, il rompra la poche amniotique, soit à l'aide de la main introduite, soit au moyen d'une plume à écrire taillée, conduite sur la main qui soutient le cordon, et poussée par l'autre main : au moment où le liquide s'échappe, la tête vient s'appliquer exactement sur l'orifice utérin, pendant que le cordon, soutenu par l'extrémité des doigts, se trouve remonté au-dessus du détroit supérieur et soustrait à la compression *.
Si le bassin était très-large, la tête petite, et que la poche trèsextensible permît facilement, sans se rompre, l'engagement de la tête jusque dans l'excavation, il faudrait bien se garder de rompre les membranes ; mais il faudrait attendre, pour pratiquer cette opération, que les parties externes se soient suffisamment assouplies, pour permettre l'application du forceps sans inconvénient pour la mère, dans le cas où cette application deviendrait nécessaire ; alors les parties convenablement préparées, on opère la rupture de la poche ; souvent alors, la tête, voisine de l'orifice vulvaire, le franchit spontanément, et la compression du cordon n'ayant pas lieu, surtout si cet organe a fait procidence à la partie postérieure du bassin, l'intervention est inutile, ou bien si l'enfant
1 Le 7 juillet 1835, à trois heures après midi, la femme Delaporte entra à la salle d'accouchemenis de la Clinique. La présence du cordon fut constatée à travers les membranes. Aussitôt la dilatation complète, M. P. Dul)ois opéra la réduction du cordon, en rompant les membranes et avec un plein succès; l'enfant naquit vivant : une circonstance étrangère à la compression du cordon, et sur laquelle je reviendrai plus tard, la rotation incomplète de la tête, par suite de l'engagement du bras, nécessita l'application du forceps dans l'excavation.