‹ Traité pratique de l'art des accouchementsChapitre 177 sur 287 · FŒTUS MONSTRES · texte numérisé non relu

FŒTUS MONSTRES

grand soin en présence de MM. les docteurs Dop, Perdrix, Camus, Devilliers fils et Crouzet.

Le tronc de l'enfant ne présentait à noter que des dimensions considérables en tous sens. Le diamètre bis-acromial a 16 centimètres un quart ; le poids du tronc, sans la tête, est de 4. kilogrammes. La longueur totale^ de la tête aux pieds, est de 50 centimètres.

On comprend qu'avec de semblables proportions et dans les dispositions ofi se trouvait la mère, l'expulsion de l'enfant n'ait pu s'opérer parles seules forces de la nature. En effet, la mère est une demoiselle primipare âgée de quarante-trois ans, et chez laquelle il existe un rétrécissement notable du détroit supérieur.

§ 1. — Foetus luultiples adhérents.

S'il est possible de constater la grossesse double, il est tout à fait impossible de s'assurer par avance de l'adhérence des deux produits, quand les membranes sont intactes. Mais après la rupture de la première poche, s'il s'en rompt immédiatement une seconde, sans que le premier produit soit engagé, on doit croire à l'isolement des enfants, surtout si la tête et les pieds sont sentis en même temps à l'orifice. En effet, les fœtus isolés ont ordinairement chacun leur œuf distinct, et alors il s'opère deux ruptures; et, de plus, les pieds et la tête d'un seul, ou bien les pieds d'un produit et la tête d'un autre, peuvent très-bien s'engager simultanément quand les fœtus sont isolés. Mais lorsque les fœtus sont unis, ils sont contenus dans un seul œuf, il n'y a alors qu'une seule rupture de la poche, et comme ils ne sont jamais adhérents tête-bêche, si plusieurs parties s'engagent au détroit supérieur, ce ne pourra être que plusieurs têtes ou plusieurs membres inférieurs.

Si maintenant deux têtes et deux extrémités pelviennes se présentaient simultanément, ce qui pourrait aussi avoir lieu dans le cas de fœtus séparés, l'introduction de la main dans l'utérus pourrait seule éclaircir tous les doutes.

Mais il ne faudrait pas, dans le cas oii l'on soupçonnerait l'union des produits, commencer par introduire la main dans l'utérus, il faudrait constater par avance l'impuissance de la nature qui, bien souvent dans ces circonstances, suffit seule à déterminer l'expulsion. Du reste, le mode d'expulsion et les procédés opératoires varient suivant l'espèce de monstruosité.

A. Fœtus accolés par la tête ou le siège, — Quand le point de réunion est flexible, les deux enfants peuvent chevaucher l'un sur l'autre et être expulsés ainsi assez facilement. Dans le cas contraire, et si sur-

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tout les fœtus sont à terme, l'art est obligé d'intervenir. Pour cela l'accoucheur exercera des tractions sur une des deux parties et repoussera l'autre, de manière à produire le chevauchement; si cette manœuvre est inutile, il tentera d'extraire toutes les parties simultanément, soit à l'aide des mains, soit à l'aide du forceps. Enfin, dans le cas d'insuccès, il aura recours, sans scrupule, k la mutilation du produit. Il est inutile d'ajouter que, dans un cas semblable, on ne devrait pratiquer sur la mère aucune opération pour favoriser l'extraction d'un produit monstrueux, cette pratique ne devant pas même être suivie pour un enfant bien conformé.

Capuron a fait à l'Académie un rapport très-intéressant sur un fait de ce genre.

Il s'agit d'un fœtus à terme, composé de deux corps très-bien conformés, bien développés, et unis par-devant depuis le haut du thorax jusqu'à l'ombilic commun, de deux têtes séparées et de huit membres distincts, dont quatre supérieurs et quatre inférieurs.

Ce fait est d'abord remarquable par les grandes difficultés qu'il a présentées, par l'extrême embarras oii s'est trouvé l'accoucheur, qui était seul, sans secours, encore jeuce, et presque au début de sa pratique (le fait datait d'environ quarante ans : il était de 1808), et enfin par l'habileté et le sang-froid avec lesquels ont été exécutées de pénibles et dangereuses manœuvres pour extraire de l'utérus, par la voie naturelle, ces deux enfants bizarrement réunis, sans compromettre la vie ni la santé de la mère.

Voici en quelques mots l'histoire de ce fait curieux.

Appelé auprès d'une femme en travail depuis la veille, M. Derien constate la présence d'un pied hors de la vulve, mais il découvre aussi un autre pied qui dépasse à peine le détroit supérieur, et qui ne lui paraît pas appartenir au même individu ; il reconnaît alors une grossesse double. Après avoir amené à la vulve le second pied de l'un des deux enfants au niveau de son congénère et avoir vainement essayé d'amener ce premier fœtus au dehors, M. Derien se détermina à repousser les deux membres en partie engagés au-dessus du détroit supérieur sur la fosse iliaque gauche, et alla saisir les deux membres de l'autre enfant qui reposait sur la fosse iliaque du côté opposé. Mais entraînés hors de la vulve au même point que les deux premiers, il fut également impossible de les faire descendre plus bas. Introduisant alors la main droite dans l'utérus, il acquit la certitude que les deux jumeaux étaient unis parle thorax.

Après avoir longtemps hésité s'il essaierait d'extraire les deux troncs par le vagin, manœuvre la plus longue, la plus difficile et la

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