CHAPITRE V
RÈGLES GÉNÉRALES DE LAPPLICATION DU FORCEPS DANS LA PRÉSENTATION DE LA FACE.
Les règles générales de l'application du forceps dans la présentation de la face sont les mêmes que pour le sommet; quant aux règles particulières, elles sont aussi les mêmes quand le menton répond en avant du bassin, mais elles diffèrent du tout au tout quand le menton est en rapport avec la moitié postérieure du bassin, et je vais les énumérer, en commençant, comme je l'ai fait pour le sommet, par les applications les plus simples pour aller ensuite aux plus composées.
ARTICLE P
RÈGLES PARTICULIÈRES DE l'aPPLICATION DU FORCEPS QUAND LA FACE EST DANS l'excavation.
Quelle que soit la cause qui nécessite l'application du forceps, cette application variera suivant la position dans laquelle se trouvera la tête. Les règles qui la régissent, quand la face est arrivée dans l'excavation, le menton répondant à la moitié antérieure du bassin, sont les mêmes que dans la présentation du sommet, l'occiput répondant aussi en avant.
§ 1. — Position secondaire, mento-sous-pnblenne.
Dans la position mento-sous-pubienne directe, la concavité des bords du forceps devra regarder le dessous de la symphyse des pubis, une branche à gauche, l'autre à droite, comme dans la situation
S0 4 PRESENTATION DE Là FACE. ACCIDENTS.
correspondante du sommet occipito-sous-pubien; de même, on fera des tractions directes, combinées de mouvements de latéralité, puis relevant l'instrument au-devant de la symphyse des pubis, on imprimera à la tête un mouvement de flexion qui permettra au front, au bregma et à l'occiput de se dégager à la commissure antérieure du périnée.
§ 2. — Position secondaire, incnto-iliaqne gnuclie nntérienre.
Si je suivais l'ordre de fréquence des positions de la face, je devrais, immédiatement après la mento-pubienne, m'occuper de la mento-iliaque droite postérieure, mais l'application étant exactement la même dans les cas où le menton regarde les mêmes points de la moitié antérieure du bassin, que dans la présentation du sommet, je décrirai d'abord les applications antérieures pour faire mieux ressortir les analogies.
Dans la position mento-iliaque gauche antérieure, correspondante à l'occipito-iliaque gauche antérieure sous le point de vue de l'application du forceps, la concavité des bords de l'instrument, étant dirigée à gauche et en avant, sera en rapport avec le menton que l'on doit ramener sous le pubis; la branche à pivot sera placée la première en arrière et à gauche, la branche à mortaise en avant et à droite, et par le mouvement de rotation on ramènera sous les pubis et la concavité des bords et le menton, puis on dégagera comme précédemment.
§ 3. — position secondaire, mento-iliaque droite antérie»u*e
Dans la position mento-iliaque droite antérieure, l'application sera inverse de la précédente : la branche à pivot sera placée en haut et à gauche, la branche à mortaise en bas et à droite, le menton sera ramené sous les pubis, et le dégagement sera le même.
§ 4. — Positions secondaires transversales.
Dans les positions transversales, diriger la concavité des bords à gauche si le menton est de ce côté, et pour prendre la face autant que possible par ses côtés, placer la branche à pivot tout à fait dans la concavité du sacrum, l'autre sous les pubis, si cela est possible, etc.; diriger la courbure à droite si le menton répond de ce côté ; placer la branche en haut sous les pubis, la branche à mortaise dans la concavité du sacrum, etc. Cette application, même dans l'excavation, n'est pas toujours possible aussi régulièrement; souvent on ne pourra appliquer le forceps que comme en position diagonale, et la courbure ne se trouvera pas tout à fait en rapport avec le
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menton. On sera alors obligé, pour dégager le menton de dessous lespubis, d'exagérer un peu la rotation du forceps.
§ 5. — Positions inento-iliaques, droites et gauches, secondaires postéric lires .
Les règles de l'application du forceps seront-elles maintenant les mêmes pour la face, quand le menton regarde la moitié postérieure, que pour le sommet dans les positions correspondantes?
Je répéterai d'abord qu'il est excessivement rare que la face, ayant pénétré dans l'excavation, reste en situation diagonale mentoiliaque droite ou gauche postérieure.
Mais si, par hasard, en vertu de cette anomalie dans le mouvement de rotation, quoiquelle soit fort rare, le menton restait en arrière; si, avant que cette rotation ait eu le temps de s'exécuter, une hémorrhagie grave, ou tout autre accident obligeait à intervenir, après l'engagement de la face, comment cette intervention devrait-elle être dirigée?
C'est ici qu'il m'importe de m'appuyer sur les auteurs les plus recommandables, pour donner à mes critiques tout le poids que mérite l'importance du sujet.
Je "viens de condamner les moyens dMntervention dès le début du travail, quelle que soit la positon primitive de la face; ceux qui ont été conseillés jusqu'à ce jour pour extraire la face quand le menton est resté en arrière méritent tout autant la réprobation de l'homme de l'art.
Smellie, vers le milieu du dix-huitième siècle, le premier, constata celte position, et signala, le premier aussi, le danger d'un dégagement mento-postérieur direct, et il se demanda s'il ne conviendrait pas mieux de ramener le menton en avant pour dégager la face.
Mais un conseil aussi sage tomba bientôt dans l'oubli ; car ses contemporains, Puzos, Levret, Deleurye, A. Petit, Astruc, Solayrès, ou ne donnèrent aucun conseil à l'égard de cette position mento-postérieure restée telle, ou conseillèrent de dégager le menton en arrière.
Précepte que formula Baudelocque *.
Madame Lachapelle, au contraire, s'oppose formellement à ce que le menton soit dégagé en arrière; une observation aussi importante ne devait pas échapper à l'esprit supérieur de cette femme célèbre.
(( Si par hasard, dit-elle ^, chose que mon expérience me fait « regarder comme impossible, je trouvaisle menton tout àfaittourné
1 L'art des accouchements, t. II, p. 187.
2 Pratique des accouchements, 1. 1, p. 411.
(( en arrière, c'est-à-dire vers le sacrum, et que l'enfant fût présumé « vivant, je crois que je ferais tout pour aller aux pieds, la tête fût- « elle au bas de l'excavation. » Cette méthode me paraît préférable (( l'application du forceps et à des tractions directes, etc., etc.
Mais elle ajoute (etil est important de ne pas le passer sous silence): (^ Mais si la tête, en pareil cas, avait franchi l'orifice, il faudrait bien « se résoudre entre les deux manières d'appliquer le fojxeps ; la version (( ne serait plus proposable. » Et elle se décide pour la rotation du menton en avant.
Cette manière de voir se trouve en tout confirmée par les règles qu'elle trace à l'occasion de l'application du forceps, dans la présentation de la face (page 401). «Règle non moins générale, dit-elle-, le « bord concave du forceps doit toujours être du côté du menton, « parce que c'est le menton qui doit toujours être ramené en avant. » Plus loin (page 402), elle dit encore : a Smellie veut même qu'on l'y (( porte ( le menton en avant) quand il était d'abord tourné vers le « sacrum; je n'ai jamais vu le menton tout à fait en arrière, mais j'ai (( rencontré des positions diagonales dans lesquelles il regardait une (( des symphyses sacro-iliaques. Le forceps eût été alors d'une appli- « cation analogue à celle que Smellie exige, mais bien difficile ; «je ne l'ai employée qu'après réduction à une position franche ; « avant la réduction, j'ai préféré la version. » Tout le monde sera de son avis, et préférera la version quand elle sera possible : c'est ce que j'ai dit aussi, et c'est ce que j'ai fait chez la cliente de M. Cahen; mais si elle cesse de l'être, il faut bien recourir au forceps. Laissons encore à cette occasion parler notre auteur : « J'en ai dit ('. assez ailleurs pour n'avoir pas besoin de répéter longuement les (( raisons pour lesquelles, quand la tête est entière, le menton ne « doit jamais, sous quelque prétexte que ce soit, être conduit et dégagé en « arrière ; ce serait vouloir se C7^éer des obstacles invincibles et tuer l'en- (( fant. Il n'est qu'un seul cas où l'on serait excusable de le tenter, si l'on i( croyait avoir plus de facilité de ce côté-là en arrière : c'est celui (( où l'enfant est dans un état complet de putréfaction, ou bien celui <( où le crâne a été d'abord vidé, puis déchiré par les crochets et où (( la tête se trouve réduite, pour ainsi dire, au volume de la face et « de la base du crâne. »
Est-il possible d'être plus clair et plus formel?
Oui, madame Lachapelle préfère la version au forceps, dans la présentation de la face, et elle a parfaitement raison. Qui oserait dire le contraire ? J'ai adopté pleinement cette manière de voir, de même qu'avec elle je préfère la version pelvienne aux réductions de présentation, pratiquée après la rupture des membranes que je regarde