PRONOSTIC DE L'ACCOUCHEMENT
Une circonstance môme ajoute à la gravité de cet accouchement, c'est celle oùl'extrémitépelviennese présente décomplétée, comme dans ces deux figures.
En effet, si l'enfant se présente par les pieds ou les genoux, ces parties offrent peu de volume, et peuvent franchir l'orifice utérin, alors qu'il n'est encore qu'incomplètement dilaté. En un mot, le fœtus représente un cône dont le sommet s'engage avant la base. Des parties de plus en plus volumineuses se présentent successivement à l'orifice et sont obligées, avant de s'engager, de séjourner un temps plus ou moins long au détroit supérieur, jusqu'à ce que le col se soit assez dilaté pour les laisser passer. Ainsi, après les membres inférieurs viennent les hanches, puis les épaules, puis la tête. Tant que les hanches n'ont pas franchi l'orifice, il n'y a nul danger (fig. 248) pour l'enfant, le cordon étant tout à fait soustrait à la compression; mais dès que l'ombilic a dépassé l'orifice, il se trouve comprimé, et cette compression est d'autant plus exacte et d'autant plus prolongée, que les dernières parties fœtales, qui suivent les hanches, sont plus volumineuses et que l'orifice est plus résistant; en un mot, que ces parties, à mesure qu'elles se présentent à l'orifice utérin, éprouvent plus de retard dans leur engagement.
Le fœtus est privé alors des rapports circulatoires qui l'unissent à sa mère, et il périt asphyxié.
On comprend facilement, d'après cela, contrairement à l'opinion qui était généralement reçue autrefois, et que quelques accoucheurs professent encore aujourd'hui, que l'accouchement par l'extrémité pelvienne sera d'autant plus favorable, que cette extrémité s'engagera plus complète. Dans ce cas, en effet, ces parties réunies présentant à l'orifice un volume aussi considérable que celui de la tête, quoique beaucoup plus réductible que l'extrémité céphalique, séjournent au-dessus du détroit supérieur, jusqu'à ce que la dilatation de l'orifice soit complète. Le premier temps de l'accouchement, pendant lequel l'enfant ne courte aucun danger, est plus long; mais, après l'engagement de cette extrémité complète, alors que la compression esta craindre, les épaules et la tête, qui ont été précédées à l'orifice utérin par une partie presque aussi volumineuse qu'elles, trouvent cet orifice perméable et le franchissent rapidement. Ce second temps de l'accouchement est beaucoup plus rapide que dans le cas ofi l'extrémité s'est présentée décomplétée; et c'est dans cette circonstance que gît toute la différence, dans le pronostic, entre ces deux modes de présentation. En effet, comme c'est dans le deuxième temps de l'accouchement que le cordon peut être comprimé, plus ce deuxième temps sera rapide,
ChAILLY, 4e ÉDIT. S 3
moins il y aura de chance pour que la compression du cordon soit fatale à l'enfant.
Les relevés statistiques prouvent surabondamment la vérité de cette assertion. Dans la présentation complète de l'extrémité pelvienne, la vie de l'enfant est moins compromise que dans celle des fesses; celle-ci est plus favorable que celle des genoux ou des pieds.
Enfin, l'accouchement est plus favorable quand il se termine spontanément, que dans les cas où l'art intervient. Dans la version pelvienne en effet, il périt un enfant sur sept. Cette différence tient à ce que, lorsqu'on intervient, les tractions exercées sur le tronc font glisser la tête entre les bras, qu'il faut alors dégager, premier retard. Ces tractions déterminent l'extension de la tête, et tous les accidents qui peuvent résulter de cette extension. (Voyez Version.)
§ 3. — Conduite de l'accoucheur pendant cet accouchenieut.
D'après ce qui précède, la conduite que l'accoucheur doit tenir dans l'accouchement par l'extrémité pelvienne est toute tracée, puisque l'accouchement est d'autant plus favorable que l'art intervient moins. Il faut livrer cet accouchement à la nature, quel que soit le mode de présentation de l'extrémité pelvienne^ à moins de circonstances particulières qui nécessitent l'intervention.
En effet, des tractions faites sur les parties qui se présentent, dans le but de hâter leur engagement, ne feraient que hâter le moment où l'ombilic pénétrera dans l'excavation avant la dilatation complète du col. Le col n'étant pas encore assez dilaté pour laisser passer facilement les épaules et la tête, le cordon pourra être comprimé plus ou moins exactement.
Si l'extrémité pelvienne se présente complète, puisque cette circonstance est favorable au produit, il faut de même se bien garder de la lui enlever en introduisant la main au détroit supérieur, dès qu'elle peut pénétrer pour décompléter cette présentation et saisir les pieds et les genoux pour les engager dans un orifice incomplètement dilaté.
Cette pratique, généralement adoptée il y a trente ans, n'est pas tellement tombée en désuétude, qu'on ne doive s'élever hautement contre un procédé si en opposition avec les lois naturelles.
Loin de décompléter la présentation de l'extrémité pelvienne, ai-je toujours entendu dire à M. P. Dubois, il faudrait augmenter son volume si cela était possible, afin que les parties ne puissent franchir l'orifice avant la dilatation complète.
Si les genoux ou les pieds se présentent, il faut encore se tenir en garde contre cette tentaiion qu'on éprouve tout naturellement à