EVOLUTION FORCEE
sien praticable? C'est, dans ce cas, que les huitièmes de lavements laudanisés, dix, quinze, vingt gouttes de laudanum de Sydenham de demi-heure en demi-heure, que les embrocations sur le ventre avec parties égales d'huile d'amandes douces et de laudanum, que la saignée générale, le bain tiède pourront être fort utiles. M. Champion a proposé aussi d'injecter, dans ce cas, une décoction mucilagineuse de graine de lin et de tête de pavot, jusque dans l'utérus, autant pour stupéfier que pour lubrifier les parois utérines, et de placer la femme sur le côté ou même sur les genoux et les mains, au moment oii l'on pratique la version, pour soustraire l'utérus à i'actron des muscles abdominaux, et surtout pour que l'accoucheur puisse franchir en droite ligne le détroit supérieur, sans fléchir le poignet et l'avant-bras, comme cela estindispensable quand les pieds de l'enfant sont en avant, et que la femme est placée sur le dos. Si à l'aide de ces moyens on ne peut pratiquer la version, l'accoucheur, surtout si l'enfant est vivant, doit profiter alors des exemples que la nature nous donne, et tâcher de produire artificiellement ce qu'elle détermine spontanément [Vévolution spontanée) , qui prend alors le nom d'évolution forcée.
Pour pratiquer l'évolution forcée, l'épaule étant fortement engagée et fixée sous le pubis, le tronc de l'enfant replié sur une de ses" faces latérales, il faut introduire la main dans la concavité du sacrum, et tâcher d'attirer les fesses en exerçant des tractions à l'aide des doigts fixés dans la duplicature du tronc; autrement dit, déterminer artificiellement l'évolution du produit dans la concavité du sacrum (voyez fig. 254, 255 et suiv.). A défaut des doigts, on pour-rait se servir d'un crochet qu'on irait fixer aussi dans le même lieu. C'est à l'aide de ce dernier procédé que M. le docteur Testelin (de Lille) a pu terminer heureusement pour la mère deux accouchements dans lesquels la version avait été impossible *. Il aurait trouvé dans ces deux opérations plus de facilité qu'on n'aurait dû s'y attendre, et il préfère de beaucoup l'évolution forcée à l'embryotomie.
M. Pamard ^ rapporte aussi un fait dans lequel il a pu opérer cette évolution forcée avec le crochet d'une branche de forceps ; pfesque toujours l'évolution forcée, dans les cas rares, oîi l'enfant n'a pas cessé de vivre, cause sa mort, surtout si l'on est obligé de se servir du crochet. Cet instrument détermine souvent l'éventralion, mais
1 De la présentation du bras, extrait du Bulletin de la Société centrale de médecine du département du Nord. Lille, 1847.
2 Abeille médicale, 25 décembre 1852.
ce fait ne doit causer aucun regret, car l'éventration ou l'embryulcie font partie des procédés auxquels on doit avoir recours dans l'insuffisance des premiers.
Cette évolution forcée, que Peu a mise plusieurs fois en pratique, que Monteggia (de Milan) expérimenta aussi avec succès, sur lequel ont aussi insisté d'Helmstad, les docteurs Douglas et Robert Lee *, bien qu'il compromette le plus ordinairement la vie du produit, quand ce dernier a^ par exception, résisté à la longueur du travail et aux tentatives qui ont précédé l'évolution forcée, est cependant la seule chance qui reste à l'enfant. Dans tous les cas, que l'enfant soit vivant ou mort, toutes les fois qu'on rencontrera réunies les conditions qui permettent de pratiquer cette opération sans danger pour la mère (terme peu avancé, petitesse du produit, largeur du bassin, extensibilité des parties molles), elle devra être de beaucoup préférée à l'embryotomie, section du tronc toujours préférable à la section du cou; non que celte dernière opération soit ni difficile pour l'accoucheur, ni dangereuse pour la mère, quand elle est pratiquée à l'aide des grands ciseaux de P. Dubois, mais dans la crainte qu'après la section du cou on ne rencontre des difficultés sérieuses pour dégager la tête restée seule dans la cavité utérine, dont le col est rétracté; difficultés quelquefois si graves, qu'elles n'ont pas toujours pu être surmontées.
Si le foetus est volumineux, si le bassin n'a que ses dimensions normales, surtout s'il est rétréci, le passage forcé du produit se développant dans l'excavation, compromettra plus ou moins gravement les organes maternels et quelquefois les jours de la mère. Aussi l'impossibilité de la version étant bien constatée, des tentatives d'évolution forcée ayant été faites sans succès, je n'hésiterais pas à pratiquer l'embryotomie quand même l'enfant aurait résisté jusqu'à ce moment à la constriction de l'utérus et aux tentatives d'extraction, ce qui n'est guère admissible et si par le plus grand hasard il vivait encore ce ne serait que par suite des relations circulatoires qui l'unissent à sa mère, et il ne serait plus apte à vivre de la vie extérieure par suite de l'altération profonde de ses organel
En agissant ainsi, on pratique l'opération en temps utile, alors que la malade a conservé assez de force pour la supporter, et pour résister aux accidents qui peuvent compliquer les couches, et l'on n'éternise pas ses souffrances dans la crainte de porter atteinte à la vie d'un enfant vivant, qui déjà n'est plus viable.
1 Lettre de M. Champion sur V accouchement par le bras, 1828.
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De l'embryotomie dans les présentations du tronc.
Deux procédés ont été conseillés dans cette circonstance : ils consistent à opérer la section du cou ou celle du tronc par son milieu, à faire ou la section oblique du thorax, ou enfin l'embryulcie.
Section du cou de V enfant. — Le procédé de détroncation attribué à Gelse, et que j'ai vu plusieurs fois mis en pratique à la Clinique par M. le professeur P. Dubois, est le plus ordinairement le plus facile et suivi d'un prompt résultat, mais le séjour de la tête dans Tutérus peut donner lieu à de telles difficultés, à de tels dangers pour la mère que j'y ai complètement renoncé. Voici au reste le procédé que j'ai vu suivre par M. Dubois et que j'ai suivi moimême autrefois.
Après avoir bien constaté la situation des parties fœtales, il introduit la main gauche dans les organes maternels, que la tête soit à gauche, ou qu'elle soit à droite. Puis saisissant un crochet mousse de la main droite, il le glisse sur la main introduite et le fait pénétrer jusqu'au cou de l'enfant, sur lequel il tâche de le fixer. Puis alors, retirant la main gauche, il saisit le crochet et le bras à deux mains, et exerce des tractions assez énergiques dans le but d'abaisser autant que possible le cou de l'enfant. Lorsque le cou lui paraît assez bas pour être accessible à l'instrument tranchant, il confie le manche du crochet à un aide qui est chargé de le maintenir solidement; puis, il réintroduit la main gauche dans les parties et va fixer l'extrémité des doigts sur le point où il veut opérer la section du cou. Cela fait, il saisit de la main droite les grands ciseaux courbes sur le plat, dont j'ai déjà parlé, les glisse sur la main gauche jusqu'aux téguments du fœtus, qu'il incise petit à petit en écartant trèspeu les lames de l'instrument, précaution indispensable pour ne pas risquer de comprendre les parties de la mère dans les mors des ciseaux. Quand la décollation est achevée, des tractions sur les bras suffisent pour extraire le tronc; il ne reste plus que la tête, qu'on extrait en introduisant un doigt dans la bouche et en l'engageant par les plus grands diamètres du bassin, ou à l'aide du forceps; mais cet instrument est bien rarement nécessaire. C'est ainsi que j'ai vu M. P. Dubois pratiquer cette section du cou, et non en fixant le cou de l'enfant avec la main en forme de crochet ; car il est tout à fait impossible d'abaisser assez le cou avec la main seule pour pouvoir en opérer la section.
Je ne suis pas surpris que M. Cazeaux n'ait pas pu réussir en employant ce procédé.
Cependant il peut arriver que, même à l'aide du crochet, on ne
puisse pas abaisser assez le cou pour agir facilement et sûrement sur lui : dans ce cas, la méthode de Davis doit être employée. J'ai aidé une fois M. P. Dubois à pratiquer cette dernière opération que depuis j'ai pratiquée bien souvent. Après avoir fixé le crochet sur le milieu du corps on incise le tronc par sa partie médiane, toujours à l'aide des grands ciseaux. La section successive des parois de la poitrine est faite d'abord petit à petit. Puis arrivé sur la colonne vertébrale, on l'incise d'un seul coup, et après cela on recommence encore de nouveau à agir lentement et à petits coups, ayant soin de placer l'extrémité de la main gauche derrière les parties fœtales, afin de ne pas léser les parties maternelles avec l'extrémité des ciseaux, en terminant la section de la paroi de la poitrine située en arrière du bassin.
La séparation des parties une fois opérée, il fiiut bien se garder de tirer sur le bras, comme on doit le faire après la section du cou. En effet, en tirant syr le bras, on s'exposerait à engager ensemble dans l'excavation la tête et la partie supérieure du tronc avec la partie inférieure. Or, ces parties, qui sont de plus en plus volumineuses, la poitrine, les épaules^ enfin la tête, ne pourraient être extraites qu'avec des efforts très-considérables et très-douloureux pour la mère. Au contraire, il faut extraire en premier lieu la partie inférieure du tronc qui, se terminant par les pieds, devient de plus en plus mince à mesure qu'elle est extraite, et glisse très-facilement. Les doigts, en forme de crochet, suffiront le plus souvent pour extraire cette partie ; après cela, il sera facile d'extraire la poitrine et la tête en tirant sur le bras : le plus ordinairement après la section du cou, dans le premier procédé, la tête, restée seule, est facilement extraite; mais il faut bien savoir cependant que la rétraction du col utérin oppose souvent une très-vive résistance au dégagemeni de la tête. C'est pour cela que j'ai complètement renoncé à la section du cou et que je préfère beaucoup la section du tronc directement ou la section oblique de la poitrine, à la détroncation. En effet avec le bras uni à la tête vous avez une prise solide sur cette tête, pour l'extraire si elle résiste trop, le bras sert à la fixer sur le détroit supérieur et permet de la saisir à l'aide du forceps. Au contraire dans la section du cou on est privé de cet auxiliaire puissante et si le col utérin vientà se rétracter spasmodiquement, la tête se trouve enfermée dans l'utérus, très-difficilement accessible aux instruments, forceps, céphalotribe, crochets. L'extraction de cette tête constitue quelquefois une difficulté insurmontable^ ou qui ne peut l'être que par des manœuvres longues, douloureuses et souvent mortelles pour la mère, mêmedans les mains les plus habiles.
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Voyez Obstacles dus au col de Vutérus, page 494.
Un fait récent, qui a été suivi d'une condamnation à une année de prison et mille francs d'amende, condamnation tout à fait imméritée, fournit un exemple frappant des dangers de la décollation, qui dans ce cas malheureusement était inévitable, et sert à démontrer qu'il faut tout faire pour l'éviter.
M. Lepilleur, officier de santé à Boulogne, près Paris, choisi comme accoucheur par la femme E..., suit sa grossesse, au terme de laquelle, dès les premières douleurs de l'accouchement, avant la rupture des membranes et l'entière dilatation du col, il constate une présentation de l'épaule.
Instruit de la natui'e de la présentation, M. Lepilleur ne perd pas sa cliente de vue, vient la visiter plusieurs fois dans la journée et la soirée du 16 octobre 1858, afin de profiter du moment où la version pourra être faite dans les conditions les plus favorables; et, en efl'et, dès qu'il reconnaît que la dilatation du col est complète, la poche des eaux rompue, il procède à la version pelvienne, conformément aux préceptes de l'art.
Au moment de la rupture des membranes, la main de l'enfant s'étant engagée, il la tire au dehors afin de pouvoir mieux apprécier dans quelle position se trouve la présentation, et il y fixe un lacs, un cordon; ces précautions constituent un premier grief contre l'opérateur.
// a mis un cordon sur le poignet de l'enfant pour tirer dessus, a-t-on dit. Le siège extrait, le bras qui était resté flans l'utérus dégagé, M. Lepilleur, toujours conformément aux préceptes de l'art, glisse sa main sous le tronc du produit pour placer deux doigts sur sa mâchoire inférieure et aider aux tractions qu'il exerce de l'autre main sur ses épaules. Mais il rencontre une rétraction si énergique du col de la matrice sur le cou de l'enfant, qu'il ne peut parvenir aussi haut.
L'enfant était-il mort depuis plusieurs jours? a-t-il succombé pendant l'opération? peu importe ; dès que nous savons que son salut est impossible, attendu qu'aucun «nfant ne survit en pareil c;is, quand l'extraction ne peut être rapide, que quelques secondes de retard le feront périr infaiUiblenient, et que la rétraction du col détermine souvent un retard de plusieurs heures.
N'ayant dès lors, ne pouvant avoir un autre but que de délivrer la mère, M. Lepilleur exerce des tractions sur le tronc de l'enfant. Mais arrêtons-nous, car nous sommes en présence de la seconde faute de M. Lepilleur. En effet, un témoin, M. ***, docteur-vérificateur des décès, qui exerce dans la même commune, a été d'avis qu'au lieu d'en agir ainsi, M. Lepilleur eût dû simplement faire appeler un docteur pour appliquer le forceps.
Quoi! apphquer le forceps sur une tête placée au détroit supérieur dans l'utérus, quand le tronc bouche l'excavation, quand le col de la matrice est tellement rétracté sur le cou de l'enfant, que deux doigts ne peuvent atteindre sa mâchoire inférieure! Mais nous autres accoucheurs spéciaux, jamais nous n'avons pu, ni à l'hôpital, ni à la ville , appliquer le forceps dans de pareilles circonstances. 11 en est autrement, j'en conviens, quand l'allongement préalable du cou de l'enfant, permet aux épaules -de sortir au dehors. Mais encore l'opération est-elle fort difficile et demande-t-elle une main très-exercée, tant que la tête demeure dans l'utérus.
Je suis donc autorisé à croire, que si notre confrère a pu, comme il le dit, exécuter l'application du forc«ps dans des cas analogues, c'est tout simplement que le cou s'était allongé, à moins qu'il ne se soit agi d'une tête dégagée de l'utérus et déjà parvenue au détroit inférieur, cas dans lequel l'application du forceps est d'une telle
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facilité, qu'on la ferait en tournant le dos à la femme. Mais alors l'extraction manuelle delà tête présente si peu de difficultés, qu'il n'est jamais besoin de recourfr à l'instrument, la main suffisant toujours seule. Quant à moi, dans ce dernier cas, et mon expérience est le résultat de vingt-cinq années de la pratique la plus assidue, que l'enfant soit vivant ou mort, je n'use jamais du forceps, attendu que la main réussit mieux et plus promptement, le temps qu'on perd en recourant au forceps étant presque toujours funeste à l'enfant.
Imbu de ces préceptes, sans nul doute, et sachant bien que le forceps n'était ici d'aucun secours avant l'allongement préalable du cou, conformément aux meilleures règles, M. Lepilleur exerce donc, sur le tronc, des tractions qui souvent suffisent à vaincre la résistance du col de la matrice, et qui, dans tous les cas, peuvent seules permettre l'application du forceps ou du céphalotribe. Mais il avait affaire à une rétraction du col de la matrice, tellement vive, que tous ses efforts n'aboutissent qu'à déterminer la luxation dés vertèbres cervicales et l'allongement du cou; résultat qu'il n'avait, du reste, aucune raison sérieuse de craindre, et qu'il pouvait même désirer comme étant le seul moyen de rendre possibles les opérations ultérieures.
Voilà ce qu'a fait avec beaucoup de raison, M. Lepilleur, avant de recourir comme on l'aurait voulu, à une application immédiate du forceps, qui eiU été impraticable. — Continuons à suivre les faits.
Il est fort difficile de proportionner les tractions à la solidité des tissus du produit, et j'ai vu, plus d'une fois, la tête demeurant dans les organes maternels, l'opérateur surpris par la brusque rupture des vertèbres et des tissus, aller tomber en arrière avec le tronc de l'enfant entre les mains.
Se prémunissant avec raison contre le ridicule de cet accident, et se conformant en même temps à un précepte posé par tous les bons auteurs, à savoir : — Que les opérations obstétricales ne doivent jamais revêtir les caractères de la violence, — M. Lepilleur prend les ciseaux de sa trousse, et fait la section de téguments qui ne présentaient plus assez de solidité pour être d'aucune utilité dans l'extraction de la tête. — Que pouvait-il faire de mieux en effet? — Je me trompe. — Que pouvait-il faire de pire ? Car ce malheureux coup de ciseaux si innocent, constitue le troisième grief de la prévention, et, au fond, l'affaire tout entière.
Lors de la constatation du décès de lenfant, le médecin-vérificateur, trompé par les apparences, en conclut qu'il y avait eu détroncation, parce que quelques-uns des téguments du cou présentaient une coupure nette, l'autorité demanda sur ces faits un rapport à MM. Dubois, Danyau et Tardieu : ces docteurs, les pairs de M. Lepilleur, approuvent sa conduite, et une ordonnance de non-Ueu fut rendue.
Considérant bien à tort ce coup de ciseaux comme une opération, on avait dit : Les opérations chirurgicales ne sont pas du domaine des officiers de santé'; or, vous êtes officier de santé, et vous avez effectué la détroncation à l'aide de ciseaux, c'està-dire une opération chirurgicale, donc, etc.», etc. — Mais, je me hâte d'affirmer, et Dieu merci, je suis en bonne compagnie dans cette opinion, comme on vient do le voir, que ce dont on fait le reproche à M. Lepilleur, n'est ni une détroncation, ni une opération chirurgicale.
Cette opinion de MM. P. Dubois, Tardieu et Danyau, s'est trouvée concorder de point en point'quant à la doctrine, avec la déposition qu'a faite M. Desrivières et celle que j'ai eu à faire devant le tribunal ; à savoir : que la section du cou est physiquement impossible avec des ciseaux de trousse, qui sont bons seulement pour couper du sparadrap ou l'épiderme d'un vésicatoire, mais sont parfaitement insuffisants pour couper les vertèbres, attendu que cette opération, que j'ai eu trop d'occasions d'exécuter dans ma carrière médicale, exige le développement d'une grande force, et ne peut être exécutée qu'avec l'aide de grands ciseaux, longs comme des forceps,
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courbes sur plat, et doués d'une puissance considérable; ces ciseaux sont dus à l'invention de M. P. Dubois. Voilà ce que l'expérience enseigne à tous les accoucheurs.
Quant à l'action de couper quelques téguments sur un enfant mort, en faire une opération chirurgicale en dehors du domaine des officiers de santé, j'oserai dire que c'est presque une plaisanterie. — Quoi ! il faut pour pratiquer la section de ces lambeaux sans \ie, un docteur ! — Mais, en vérité, le docteur que vous feriez venir pour une semblable besogne, s'en offenserait avec quelque raison.
J'ai dit plus haut qu'avec un peu plus de violence, un peu plus de maladresse, M. Lepilleur aurait, comme il arrive si souvent en pareil cas, séparé violemment le tronc de l'enfant de sa tête, sous le seul effort des tractions. — Que n'a-t-il été maladroit ! On ne l'accuserait pas d'avoir fait une opération chirurgicale, et il n'aurait pas connu tous les déboires dont cette affaire a été la source pour lui.
Y avait-il lieu pour lui de faire la section des téguments qui haient encore le tronc à la tête de l'enfant ? — Oui.
En effet, s'il peut être très-utile, en pareil cas, de conserver les téguments intacts, pour faciliter les opérations ultérieures, résultat qu'il n'est pas toujours possible d'obtenir, ainsi que je l'ai dit plus haut, il est également vrai que la conservation de téguments sans solidité, n'est d'aucun avantage et ne peut que devenir une cause d'embarras. — Or dans le cas présent, l'enfant étant, selon toute apparence, mort depuis plusieurs jours, ses téguments devaient naturellement avoir trop peu de consistance, pour servir à fixer la tête sur le détroit supérieur, il fallait donc les couper pour débarrasser la femme du tronc de l'enfant qui pendait entre ses jambes, afin qu'elle pût prendre quelque repos; cette précaution était d'autant plus nécessaire, que le tronc dont l'épiderme s'enlevait, devait, exposé à l'air libre, nécessairement exhaler une odeur fétide, résultat de la putréfaction qui ne devait qu'augmenter avec le temps.
Je vais plus loin. — Au point où en étaient les choses, M. Lepilleur, dont jusqu'ic nous n'avons pas un seul instant trouvé la prudence en défaut, deyait prévoir d'une manière positive, sinon certaine, l'impossibilité d'extraire la tête de l'enfant sans instruments, et par conséquent la nécessité d'appeler un docteur, c'est-à-dire la nécessité d'une attente assez prolongée ; il devait savoir, il savait, nous Talions voir tout à l'heure, que l'expectation est recommandée en pareil cas. — Et on aurait voulu qu'il laissât, et sans aucune utilité, la patiente dans l'état dont je viens de parler ! Qu'avec le corps de son enfant, il la couvrît dans son lit, dont la chaleur aurait hâté la putréfaction ! — Mais, en vérité, il y aurait eu de la barbarie à en agir ainsi, et quant à moi, alors même que M. Lepilleur aurait, dans cette circonstance, ce qui n'est pas, quelque peu outre-passé ses pouvoirs, en vue du bien-être et du repos qu'il allait procurer à la malheureuse femme, je ne pourrais que l'absoudre et même l'approuver, au point de vue de l'humanité.
La femme étant débarrassée du tronc, M. Lepilleur fait une dernière tentative pour extraire la tête, et parvient à faire pénétrer deux doigts jusqu'à la mâchoire inférieure. — Mais la résistance est trop grande, les ligaments trop peu solides, la mâchoire cède. — Alors, il prend le parti de l'expectation, place la femme dans la situation la plus convenable pour qu'elle puisse goûter quelque repos et ordonne un bain.
Il n'y avait pas autre chose à faire, et nous avons tous vu le bain et quelques heures d'expectatlon, dans ces conditions, être souvent suivis du relâchement du col et de l'expulsion spontanée de la tête. — N'Ignorant pas ces faits, M. Lepilleur pouvait espérer un résultat semblable. —Quant à mol, je déclare Ici comme je l'ai fait devant le tribunal que si j'étais arrivé plus tôt, j'aurais fait ce qu^il a fait, j'aurais attendu.
La distance, la nécessité de se procurer les instruments nécessaires : céphalotribe, ciseaux de Smellie, grands ciseaux à débrider le col, etc., exige un certain laps de temps, pendant que la femme et M. LeplUeur prenaient quelque repos, madame Lepilleur elle-même vint à Paris chercher notre habile collègue, M. Desrivières, professeur d'accouchements.
M. Desrivières arrive à neuf heures du matin. Il fait quelques tentatives d'extraction pendant la journée, mais la résistance est encore telle qu'il désire que je lui sois adjoint ; la voiture qui l'avait amené m'est expédiée en toute hâte ; je n'étais pas chez moi; elle me rejoint à mon jardin dlssy, non loin de Boulogne. J'arrive à six heures et demie du soir.
A huit heures nous repartions pour Paris après avoir pratiqué la céphalotripsie en différents sens, extrait la tête par fragments, opéré l'extraction du délivre, et surveillé la femme pendant une bonne heure, enfin, après nous être assurés du retrait de l'utérus, et avoir constaté qu'il n'existait aucun danger d'hémorrhagie.
A partir de ce moment, la femme, privée de tous soins intelligents, resta dans une " salle basse, à un mètre au-dessous du sol, et pavée de carreaux humides, elle descend, pendant ses suites de couches, pieds nus sur le carreau et succombe enfin le troisième jour à une métro-péritonite, et non pas immédiatement après l'opération, comme le donnerait à entendre le jugement. Ce qui est tout différent.
Il est cependant une faute commise par M. Lepilleur, et par M. Desrivières, sur laquelle je dois m'arrêter avant de terminer. Faute grave en ce qu'elle compromet toujours , aux yeux des gens du monde, non pas la patiente, mais celui qui commet cette faute.
Avant mon arrivée, ces messieurs, pensant qu'un crochet disposé d'une certaine manière pourrait être de quelque utilité dans leurs tentatives, en firent forger extemporanément un tout semblable à ceux signés Charrière, Luer, Mathieu, etc., mais qui ne sortait que d'une usine à gaz.
L'accusation s'est encore emparée de ce fait : On a forgé dans Vusine à gaz un crochet! Quel délit! Voilà bien une grande preuve de ce que j'ai si souvent entendu dire à M. Dubois, de ce que j'ai toujours dit à nos élèves de la clinique, de ce que nous avons tous consigné dans nos traités d'accouchement : « Ne vous servez jamais « que des instruments faits ad hoc par des gens qui ont la notoriété. — Ne détour- « nez jamais un instrument destiné à des usages vulgaires, pour le faire servir a utilement, non, car il y a dans cette substitution quelque chose qui révolte les « gens du monde malgré eux, qui obscurcit tout à fait leur jugement et les force « à ne voir dans cet usage qu'un acte de sauvagerie. »
C'est en s'armant d'un fait de ce genre que l'envie et le mauvais vouloir ont empoisonné les dernières années du grand Baudelocque lui-même. Voilà, à mon sens, la seule faute qui ait été commise.
En résumé, il résulte de l'ensemble de ces faits réduits à leur juste proportion, débarrassés de ces exagérations que leur imprime la rumeur locale, envisagés par des gens non prévenus, revenus de cet effroi naturel qu'inspirent ces opérations dans lesquelles les gens du monde, même les plus intelligents, ne voient souvent, malgré eux, qu'une scène de carnage, où les chirurgiens jouent, pour eux, le rôle de bourreaux, envisagés enfin parles gens seuls compétents en pareille matière; il résulte, dis-je, que ces faits s'expliquent de la manière la plus simple. La terminaison est trèsregrettable ; mais faut-il accuser M. Lepilleur de ce que la fatalité lui a fait rencontrer un de ces cas exceptionnels dans lesquels bien d'autres n'auraient peut-être pas suivi une conduite aussi en rapport avec les règles de la prudence et de l'humanité? Faut-il l'accuser du malheureux résultat, quand il n'est dû, peut-être, qu'au laps de temps écoulé dans la journée qui a précédé la délivrance, peut-être même unique-
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ment, au manque absolu de soins ultérieurs, donnés par les gardes ou les assistants , soins si nécessaires dans les cas même les plus simples, à plus forte raison après des opérations aussi gravés?
M. Lepilleur, absous par ses paires, fut condamné à une année de prison et à mille francs d'amende, c'est-à-dire à une ruine complète, quand dans le même temps un oITicier de santé de Leret, incriminé pour des faits analogues, pour lesquels il avait été condamné à l'unanimité par ses pairs, en fut quille pour un mois de prison.
Section oblique du thorax.
Je regrette beaucoup de n'avoir pu retrouver quel est notre confrère de province qui a conseillé le premier ce procédé; il m'a paru excellent, c'est celui auquel je donne maintenant la préférence, il pare à tous les inconvénients attachés à la détroncation, et ne laisse unies à la tête des parties moins volumineuses que la section médiane du tronc, tout en conservant le bras uni au cou.
L'embryulcie ou l'extraction des organes contenus dans l'abdomen et la cavité thoracique, permet après cette diminution des parties, d'extraire l'enfant en double : j'ai pratiqué cette opération en 1868, sur une parente de ma femme dont le bassin est rétréci et dans des circonstances très-importantes à noter,
A terme les membranes se rompirent spontanément sans qu'aucune dilatation se fût effectuée, le col resta épais pendant les huit jours qui suivirent cette rupture des membranes, le col restait épais non dilaté, l'eau amniotique s'écoulait en totalité, et la forme du ventre, l'auscultation, donnaient à penser que la partie située au détroit supérieur et qu'on ne pouvait atteindre était une épaule.
Le neuvièmejour, malgré des douleurs assez vives, le col permettait à peine l'introduction de l'extrémité de l'index, mais il s'était aminci. Jusque-là l'épaisseur du col avait dû empêcher d'agir, mais alors il devenait possible de le dilater par des incisions, ce queje fis avec M. le docteur Carpentier, assisté aussi par la sage-femme, Madame de Caux, j'introduisis la main; mais la rétraction de l'utérus comme je le pensais bien m'empêcha d'aller aux pieds; l'épaule droite se présentait, mais était encore maintenue très-élevée par le vice de conformation du détroit supérieur.
Il n'était cependant plus possible d'attendre, je fis l'extraction du bras, et dès que le côté de la poitrine fut accessible je fis l'embryulcie; la mère s'est parfaitement rétablie. Cette rupture prématurée des membranes, dans un bassin rétréci, la rigidité, l'épaisseur du col constituent, quand l'épaule se présente, de bien fâcheuses complications.
En effet, comment agir dès le début quand on ne peut être cer-
tain de la nature de la présentation, et quand on en aurait la certitude, lorsque le col est épais, non dilaté, quand alors les incisions seront sans résultat, quand, après les avoir pratiquées, il n'en faudra pas moins faire la version forcée, mortelle pour le produit, bien grave pour la mère.
Évidemment il faut attendre, d'abord, parce que ne connaissant pas la présentation on peut espérer qu'on a affaire à la tête ou à l'extrémité pelvienne, ensuite parce que le col est épais et non dilatable.
J'insisterai, en terminant cet important chapitre, sur la nécessité de s'exercer, sur l'enfant mort, au diagnostic des présentations surtout. En effet, comment pratiquer en sûreté de conscience, quand à chaque moment on est exposé à commettre une méprise qui peut coûter la vie d'une mère et celle de son enfant?
Que de fois ceux qui se livrent spécialement à la pratique des accouchements n'ont-ils pas été appelés dans des cas de présentations du tronc qui avaient été méconnues, dès leur début, et presque toujours après qu'un temps précieux avait été perdu dans une expectation inutile et dans l'usage de moyens intempestifs !
Et il ne faut pas croire que ce soient les jeunes sages-femmes et les jeunes praticiens qui soient les seuls exposés à ces méprises, je les ai vu commettre par des médecins recommandables à tous égards, mais qui avaient méconnu celte présentation, parce qu'ils ne l'avaient jamais rencontrée dans plusieurs années d'une pratique assez étendue.
Je fus appelé l'année dernière auprès d'une dame chez laquelle l'épaule s'était présentée ; le médecin chargé de lui donner des soins, homme instruit et qui jouit d'une certaine réputation comme accoucheur dans le quartier qu'il habite, avait cru de prime abord à la présence du sommet, et avait attendu trois jours l'engagement spontané, qui, bien entendu, ne put s'effectuer, malgré plusieurs doses de seigle ergoté, malgré Vapplication du forceps qui fut tentée aussi.
Évidemment, ce médecin croyait à la présentation du sommet, car au trement il serait bien difficile de s'expliquer une semblable conduite. Donner le seigle ergoté, alors qu'il existe un obstacle mécanique au détroit supérieur, obstacle qui ne peut être vaincu que par un changement de présentation; ensuite, tenter l'application du forceps sur une épaule ! Gomme on le pense bien, une seule brandbe avait pu être introduite, la branche à pivot, en arrière; quant à la branche à mortaise qu'on voulait placer à droite et en avant, après plusieurs tentatives réitérées trop énergiques, il fallut renoncer à la placer. Pendant toutes ces manœuvres, l'enfant avait cessé de vivre ; mais heureusement pour la mère, malgré le temps écoulé, malgré