ERREURS DE DIAGNOSTIC
le seigle ergoté, la vélraclion utérine ne fut pas assez énergique pour s'opposer à la version : la mère put être sauvée. Mais après une année de souffrances, elle n'est pas encore rétablie, malgré les soins et les conseils de médecins les plus distingués.
A la suite d'un phlegmon qui se termina par résolution, elle conserva dans la fosse iliaque droite, pendant plusieurs mois, un sentiment de douleur semblable à celui que les introductions réitérées de la branche droite lui avaient fait éprouver. La véritable cause de ces douleurs qui résistèrent à tous les moyens, et d'où il résulta pendant longtemps incapacité de mouvement du membre inférieur droit, est restée tout à fait inconnue.
Je me contente de citer ce fait, parce que ceux que je possède seraient la reproduction presque exacte de celui-ci, et que cette erreur est d'autant plus propre à frapper l'esprit des jeunes praticiens, que «elui qui l'a commise avait exercé douze ans sans rencontrer une présentation du tronc.
On pourrait alléguer, pour légitimer de semblables méprises, que le sommet peut être chassé du détroit supérieur, et faire place à l'épaule, se fondant sur ce que l'inverse peut avoir lieu dans la présentation de l'épaule (version céphalique spontanée). Mais il y a entre ces deux cas une très-grande différence : la tête, quand elle occupe le détroit supérieur, s'accommode très-bien à la forme de ce détroit et l'ovoïde fœtal à la forme de l'utérus ; elle ne peut donc pas être sollicitée à changer de situation pour faire place à Tépaule. Il n'en est pas de même de la présentation du tronc. Dans ce cas, le fœtus, placé presque transversalement, est obligé d'accommoder son grand diamètre avec le diamètre transversal de l'utérus; cet organe supporte cette extension, mais aussi quelquefois il peut réagir sur le produit et le faire changer de présentation. De plus, l'épaule s'accommode mal avec le détroit supérieur; pendant longtemps elle n'y est pas solidement fixée, et alors surtout quand elle se présente en variété cervicale ou cubitale, c'est-à-dire quand la tête ou l'extrémité pelvienne sont voisines du détroit supérieur, la version spontanée ou céphalique, ou pelvienne, peut avoir lieu.
Il me paraît donc impossible que le sommet, quand il occupe seul le détroit supérieur, puisse céder sa place à l'épaule. Je ne crois pas que la science possède un seul exemple avéré de cette substitution de présentation, quoique l'épaule puisse céder sa place à la tête, si ce n'est cependant lorsque la tête occupe le détroit supérieur conjointement avec le bras. Cette présentation simultanée du bras et de la tête peut se convertir petit à petit en une variété de présentation cervicale de l'épaule.
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Un fait qui m'est personnel, et que je cite parce que je le crois propre à instruire les autres, quoique je n'y sois pas exempt de reproche, m'a ofFert une preuve de la possibilité de cette substitution de présentation.
Il y a trente ans, chez une dame qui habitait rue de PJvoli, à laquelle je donnais des soins comme accoucheur, je constatai, à travers les membranes, la présence du sommet : la suite fera voir que je ne m'étais pas trompé. La dilatation étant complète^ je rompis les membranes, et aussitôt le bras s'engagea avec la tête. A cette époque, je n'étais pas encore imbu des excellents préceptes que j'ai depuis puisés dans les exemples et les enseignements de mon excellent maître, et je me crus obligé d'exécuter atout prix la réduction du bras. Cette réduction n'étant pas toujours facile, surtout pour une personne encore peu versée dans la pratique obstétricale, je dus échouer. Je ne pus rentrer le bras. Alors, fondant quelque espoir dans les contractions, j'administrai le seigle ergoté, dans le but de les activer. Mais, soit que mes tentatives, probablement mal dirigées, aient éloigné un peu la tête du détroit supérieur, soit qu'elle s'en soit éloignée spontanément, le bras s'étendit tout à fait dans le vagin.
Alors, justement effrayé d'un semblable accident, j'introduisis de nouveau la main, je tentai d'aller aux pieds, mais la rétraction trop énergique de l'utérus, trop de timidité de ma part, et surtout l'indocilité de la malade, m'empêchèrent de les atteindre.
J'appelai M. Moreau, mon père, M. Taillefer, qui tentèrent successivement la version ; mais la rétraction utérine était devenue si énergique pendant le temps qu'on mita prévenir ces praticiens, que cette opération ne put être pratiquée. M. Moreau m'engagea à aller réclamer les secours de M. P. Dubois dont j'ignorais alors toute l'habileté. Sur ces entrefaites, M. Deneux, qui avait aussi été mandé, sentant la tête en partie engagée au détroit supérieur, car elle ne l'avait jamais quitté entièrement, pensa avec raison que le seul moyen de terminer cet accouchement était d'agir sur la tête ; il tenta donc de l'engagera l'aide du forceps, mais ses efforts furent infructueux. Enfin, M. P. Dubois parvint à la saisir solidement à l'aide de cet instrument et à l'extraire : l'enfant avait cessé de vivre; la mère se rétablit parfaitement.
(c Si nous étions au temps des aveux, dit avec raison M. Champion « quel est l'homme de l'art de bonne foi, et surtout l'accoucheur, « qui n'aurait quelque confidence à faire en ce genre ? »
C'est aussi parce que je suis bien convaincu que l'aveu d'une faute est plus utile à l'élève que le récit d'un succès, que je n'ai pas dé-
DE LA DELIVRANCE ArxTIFlCIELLE. RSO
guisé celles que j'ai pu commettre : 1° en voulant exécuter à tout prix la réduction du bras, au lieu de me confier à la nature, dès que je constatai l'insuccès de mes premières tentatives; 2° en méconnaissant de prime abord la substitution de présentation que j'avais produite et en me confiant à la nature alors que j'aurais dû pratiquer la version pelvienne en temps utile.
Au reste, cette circonstance sera toujours pour moi à jamais digne de remarque, car c'est à partir de ce jour, où j'ai été à même d'apprécier la rare habileté obstétricale de M. P. Dubois, que je m'attachai t sa pratique, et que j'ai pu parfaire mon éducation obstétricale et rectifier toutes les erreurs dont jusqu'alors j'avais été imbu.