CHAPITRE II
Les taches de naissance.
Ces plaques colorées en brun, jaune, rouge, bleu ou noir, que l'on remarque sur la surface de la peau, et qui se rapprochent de l'apparence de certains objets ou de certains fruits, sont considérées encore tous les jours par le vulgaire comme l'effet des diverses impressions éprouvées par la mère pendant sa grossesse. Elles ont une étendue et des formes variables, et sont le résultat d'une altération qui a eu pour siège ou le corps muqueux de la peau, ou son réseau vasculaire. Elles restent stationnaires après la naissance, ne présentent en elles aucun travail morbide et ne demandent l'emploi d'aucun moyen propre à les faire disparaître, ce qui serait, au contraire, dangereux.
Fongus hématoide,
11 n'en est pas de même des taches vasculaires, rougeâtres, plus ou moins saillantes, aplaties, pédiculées qui, causées et entretenues par une dilatation anévrismatique des petits vaisseaux sous-cutanés, peuvent, après la naissance, devenir le siège d'une congestion, d'une nutrition plus forte, s'élargir, s'ulcérer et donner lieu à des hémorrhagies mortelles. Il faut respecter ces tumeurs dans les premiers .mois, même dans les premières années de la vie, à cause de Térysipèle qui peut survenir à la suite des opérations pratiquées pour les faire disparaître. Ce n'est que pour parer à un danger immédiat qu'il faut agir. On a conseillé, dans le cas où des accidents sembleraient se développer, les applications réfrigérantes et astringentes, la compression, l'extirpation par instrument tranchant de la tache vascuiaire, sa ligature au moyen d'un fil double qui l'étreint entre ses deux anses, ou la ligature de l'artère principale qui fournit les vaisseaux variqueux.
Ecchymoses et meurtrissures.
La plupart des ecchymoses et des meurtrissures que l'on remarque
sur le corps des enfants nouveau-nés sont sans importance et résultent, le plus ordinairement, des pressions éprouvées pendant un accouchement difficile ou à la suite de manœuvres obstétricales nécessaires. La position déclive et la compression de la partie ecchymosée peuvent les produire aussi. Du reste, la résolution de ces ecchymoses se fait presque toujours spontanément, et elle ne demande à être favorisée par quelques applications résolutives que lorsque la tuméfaction des téguments est trop considérable. Il faut se rappeler seulement que les meurtrissures peuvent donner lieu à une inflammation érysipélateuse, et que, sous ce rapport, elles méritent toute l'attention du médecin.
Tumeurs sanguines.
Fort souvent, les parties de l'enfant qui sont restées le plus longtemps exposées au vide du bassin sont le siège d'une sorte d'épanchement séro-sanguin qui, par, conséquent, occupe plus spécialement le crâne, la face, le siège, l'épaule, les genoux, suivant la présentation, et est formé, soit par du sang épanché, soit par de la séro'sité sanguinolente. La tumeur peut être diffuse ou circonscrite, dure, élastique ou molle et fluctuante; ordinairement elle se résout toute seule au bout de quelques jours, mais d'autres fois aussi, quoique cela soit fort rare, les fluides épanchés, au lieu d'être résorbés, donnent lieu à un abcès avec dénudation des parties sousjacentes. Les tumeurs sanguines du crâne sont donc beaucoup plus importantes à étudier à cette région oii leur fréquence s'explique par celle des présentations du vertex.
Cette tumeur est située entre les téguments crâniens et l'aponévrose sous-jacente (c'est le caput succedaneum, la tumeur sanguine externe du crâne).
Céphalœmatome. — Une autre variété importante, décrite sous le nom de céphalœmatome, consiste en un épanchement sanguin ayant son siège entre les os et le péricrâne. Ici la tumeur est moins saillante, plus étalée, plus résistante que dans le cas précédent, la fluctuation y est moins sensible, et si l'on appuie le doigt dessus, il produit un léger enfoncement qui subsiste plus ou moins longtemps. Pendant les premiers jours qui suivent la naissance, la tumeur augmente en élévation, se remplit et se tend davantage, puis reste stationnaire pendant quinze ou vingt jours, au bout desquels son volume diminue peu à peu; car ordinairement la guérison a lieu sans le secours de l'art, et chaque fois surtout que le tissu sous-péricrânien lui-même n'est pas soulevé, la résorption se fait avec facilité. On remarque alors que la tumeur commence à résister davantage à la