TUMEURS SANGUINES
pression ; le doigt qui la déprime sent un craquement semblable à celui que produirait du parchemin séché. A mesure qu'elle se durcit, elle diminue aussi d'élévation, s'aplatit, se déprime vers le milieu, et l'on sent à son pourtour un bourrelet dur et osseux. On rencontre plus particulièrement le céphalaimatome sur l'os pariétal, et beaucoup plus souvent sur le droit que sur le gauche (à cause de la fréquence de la première position de la tête), quelquefois aussi sur les deux en même temps; suivant M. Otterbourg il peut se produire sur un autre os du crâne. La base de la tumeur ne dépasse pas les sutures, et le sang qu'elle contient est extravasé entre le péricrâne et lui-même. Cet épanchement, ordinairement sans danger, peut aussi, quoique rarement, donner lieu à une nécrose ou à une carie de l'os qui, par la suite^ altère la dure-mère et cause la mort du sujet.
La cause du céphaleematome admise le plus généralement diffère de celles des tumeurs précédentes, en ce que la compression latérale et violente exercée par les parois du bassin sur les téguments et les os du crâne, après avoir produit un chevauchement extrême des pariétaux, détermine une fissure de leur substance et, par suite, un épanchement plus ou moins considérable de liquides, favorisé encore par la position déclive des parties exposées au vide du bassin.
M. le docteur Otterbourg a été conduit à penser, après un certain nombre d'observations qu'il a pu faire, et par celles qui émanent de Nsegelé et de M. Ghelius d'Heidelberg, ses maîtres, que le céphaleematome dépend d'un arrêt de développement des os et préexiste à la naissance. Nœgelé, Burchard, etc., ont constaté la présence de ces tumeurs sur des fœtus morts dans le sein maternel avant leur expulsion.
Ces tumeurs, abandonnées à elles-mêmes, et mieux encore aidées par quelques résolutifs, diminuent et disparaissent presque complètement au bout de quelques semaines. M. Otterbourg a retiré de grands avantages de la pommade à l'hydriodate de potasse (4 grammes pour 30 grammes d'axonge), employée deuxou trois foisparjour en petites frictions. Quand la résolution ne marchait pas assez vite, il employait conjointement matin et soir une compresse imbibée de teinture d'iode, qu'une fois placée il laissait sécher sur la tumeur. Dans tous les cas soumis à son observation, tant à la clinique d'Heidelberg qu'à Paris, le bistouri a été inutile. Si cependant, au bout de vingt-cinq ou trente jours, la fluctuation était évidente, la tumeur très-molle; si, outre cela, l'enfant présentait quelques symptômes d'une affection cérébrale, ce serait un signe que l'épanchement de liquide n'aurait pu être résorbé et que la maladie aurait atteint Tos
et pénétré jusqu'aux enveloppes du cerveau. Alors il serait nécessaire de pratiquer une incision sur la tumeur, afin de donner issue au fluide épanché, et d'éviter les accidents consécutifs. On a observé, du reste, qu'à la suite de l'incision, le céphalsemalome guérissait plus rapidement.
Enfin, la troisième espèce de tumeur sanguine du crâne est plus profonde et a son siège ou dans le diploé des pariétaux, ou entre ses os et la dure-mère. Celle-ci est donc plus à craindre que les autres, puisqu'elle avoisine davantage la surface du cerveau. Sa résolution, cependant, peut s'opérer spontanément, sans donner lieu à de graves accidents. L'iode sera ici encore indiqué ; mais on ne peut, comme on le pense bien, user de l'incision.
Enfoncement et fracture des os du crâne.
L'enfoncement du frontal ou du pariétal a quelquefois lieu chez les enfants naissants, par l'effet d'un travail difficile et prolongé, qui a nécessité l'application du forceps, ou par suite de la compression du crâne contre l'angle sacro-vertébral trop saillant. Cette dernière cause paraît même être plus fréquente que la première, et est plus propre à déterminer la fracture des os. La disposition réniforme du bassin, la résistance trop grande des parties osseuses, le volume considérable de la tête de l'enfant, doivent faire craindre cette lésion, dont les principales conséquences sont l'assoupissement, les convulsions, et souvent la mort lorsqu'il y a épanchement.
L'enfoncement a ordinairement son siège sur les frontaux ou sur les pariétaux, et se reconnaît à une dépression très-sensible sous le doigt et généralement large et peu profonde.
Il peut avoir lieu avec ou sans fracture ; dans l'un et l'autre cas, les accidents sont les mêmes que ceux qui ont été décrits plus haut. Ceux-ci peuvent se présenter aussi lorsque la tête, ayant été obligée . de traverser un bassin étroit et les os ayant chevauché fortement l'un sur l'autre, sans qu'il y ait eu ni enfoncement, ni fracture, sont restés, après la naissance, dans la même situation.
La forte compression exercée sur le cerveau^ en refoulant ses fibres dans un sens opposé à leur direction, suivant M. Radfort, et en gênant la circulation du sinus longitudinal, empêche la respiration et la circulation générale de s'établir d'une manière régulière et produit quelquefois un ramollissement de l'organe et un épanchement de sang qui peuvent devenir mortels.
Il n'y a aucun remède particulier à appliquer à ces différentes lésions, que la nature se charge le plus ordinairement de guérir. Seulement, lorsqu'il paraît exister un épanchement au cerveau et de la
EXOPHTHALMIE. 985
gône dans la circulation, il faut, en se hâtant de couper le cordon ombilical, déterminer une évacuation sanguine par ses vaisseaux béants. M. Lizé, chirurgien de la Maternité au Mans, a cité un exemple de fractures du crâne à la suite d'un accouchement spontané *.
Paralysie du nerf facial.
Il arrive quelquefois que les branches du forceps, par la forte compression qu'elles exercent sur les parties latérales de la tête et sur l'origine du nerf facial, déterminent une paralysie momentanée d'une partie des muscles de la face. On voit, en effet, lorsque l'enfant crie, les traits se contracter seulement d'un côté et rester immobiles de l'autre^ ainsi que la paupière du côté comprimé. Cet état n'a rien qui doive inquiéter : on voit, au bout de quelques jours, les muscles reprendre leur action et les traits leur mobilité ; si cependant ce retour à l'état normal se faisait trop attendre, on pourrait frictionner légèrement le trajet du nerf facial avec une flanelle douce et de l'alcool camphré affaibli.
J'ai souvent observé cette affection passagère à la suite d'applications du forceps. M. Landouzy en a rapporté aussi ^ plusieurs cas observés à la Clinique ^.
Exophthalmie.
Il s'agit ici d'un fait ^heureusement bien rare, produit par un épanchement sanguin, deux heures après la naissance, à la suite d'une application de forceps * : on peut en tirer cependant une utile leçon.
Une femme de trente-un ans avait déjà eu cinq couches antérieures, toutes terminées par le forceps, toutes ayant amené des enfants morts. Il y avait chez elle un rétrécissement notable du détroit antéro-postérieur. M. Redemans, appelé pour un sixième accouchement, jugea que les premiers enfants avaient succombé parce qu'on les avait laissés trop longtemps au passage, et se proposa d'agir aussitôt que la dilatation du col le permettrait. Il appliqua donc le forceps de bonne heure, et eut la joie d'extraire un enfant vivant, bien constitué, et dans un état très-satisfaisant.
Mais deux heures après l'accouchement, on le rappela en toute hâte; l'œil droit de l'enfant eta.it sorti de l'orbite. Cet œil conservait ses mouvements, ses muscles étaient fortement tendus, et les pau-
1 Union médicale, 14 février 1860.
2 Essai sur l'Hémiplégie faciale chez les enfants nouveau-nés. Paris (Thèse), 1839, in4.
' Voir la thèse de M. Vernois, 183T.
'^ Revue médico-chirurgicale de Paris, février 1847.
pièies paraissaient s'enfoncer dans la cavité orbitaire pour se prêter à la tension de la conjonctive, qui était largement mise à découvert et offrait des traces très-prononcées d'infiltration sanguine. Il y avait également infiltration de l'œil et de la paupière du côté opposé, mais à un degré beaucoup moindre.
« J'essayai par la pression, dit l'auteur, au moyen des doigts, de faire rentrer le globe oculaire, mais il me fut impossible d'y parvenir. Espérant alors rencontrer une poche sanguine, laquelle étant vidée me permettrait de faire rentrer l'organe dans sa cavité, je fis une petite ponction exploratrice au moyen de la lancette, à travers la conjonctive, à côté du globe oculaire, entre les muscles droit externe et oblique de l'œil; mais je n'obtins pour résultat qu'un léger suintement, insuffisant pour permettre la rentrée de l'œil. Me proposant de revoir l'enfant quelques heures plus tard, j'établis une légère compression sur l'œil, et je demandai à mes confrères^ MM. Pigeolet et Thys, d'assister à ma seconde visite, afin d'avoir leur opinion sur cette affection. D'accord sur la cause et le diagnostic, reconnaissant un épanchement par diffusion, nous essayâmes, au moyen d'une bandelette mouillée, la compression du globe oculaire et de sa muqueuse tuméfiée; mais malgré la diminution de volume produite de cette manière, l'infiltration des parties sous-jacentes ne permit pas la rentrée de l'œil; alors nous fûmes d'avis de placer quelques compresses graduées, humectées d'eau de pluie, sur l'œil, et de les y maintenir par un bandage circulaire du crâne. Ces dispositions ne furent suivies d'aucun résultat favorable, le gonflement se maintint malgré la compression ; bientôt la cornée perdit sa transparence, la muqueuse de l'œil s'enflamma, fournit une certaine quantité de suppuration; la cornée s'ulcéra et livra passage aux divers liquides contenus dans l'organe visuel. Alors seulement la masse s'affaissa, et les paupières reprirent leur position normale pour recouvrir le moignon. Nous jugeâmes également à propos, le premier jour, de comprendre, mais plus légèrement, l'œil gauche dans le bandage, craignant l'augmentation de l'infiltration et un résultat semblable de ce côté; à la levée du premier appareil, cet œil se trouvait dans le même état, qui se maintint quelques jours, et se modifia peu à peu de manière à ramener, au bout d'un certain temps, des dispositions complètement normales. »
A quelle cause devait être rapportée cette double infiltration? M. Redemans l'attribue au chevauchement trop prononcé des os du crâne dans son passage à travers le détroit rétréci ; et il est conduit à la conclusion suivante :
« Lorsque, à la suite d'un accouchement laborieux, la tête de l'en-