MALADIES DES VOIES DIGESTIVES
pagnée d'inflammation ; la diarrhée blanche et muqueuse est la plupart du temps produite par une augmentation de sécrétion des follicules mucipares; mais, en général, les selles vertes sont regardées comme des signes d'inflammation gastro-intestinale assez vive. Ce symptôme s'accompagne presque toujours de rougeurs aux environs de l'anus, qu'il y ait ou non inflammation des intestins.
Le sirop dégomme, les cataplasmes émollients, les lavements de mauve ou amidonnés, l'eau de fleurs d'oranger, de tilleul, les bains entiers, suffisent dans la plupart des cas pour calmer la diarrhée. Si les signes d'irritation intestinale sont bien évidents et résistent à ces moyens, il faut appliquer une sangsue soit à l'estomac, soit à l'anus, suivant l'indication. Dans la diarrhée chronique, au contraire, et qui s'accompagne d'une fièvre hectique, qui fait en peu de temps dépérir et mourir les enfants, il convient souvent d'employer quelques toniques et les astringents ; mais ce à quoi il faut s'attacher surtout, c'est à éloigner les causes de la maladie, à changer l'enfant de lieu, à lui donner une nourriture plus saine, plus appropriée à son état et à son âge, et ajouter chaque jour dans un des lavements amidonnés une goutte ou deux de laudanum de Sydenham.
Coliques. — Elles sont produites par les mêmes causes que la diarrhée, et peuvent être spasmodiques, ou dépendre d'uneinflammation, d'une invagination intestinale, d'uneimperforation de l'anus, delà distension des gaz pendant l'inflammation, ou lorsque, cet état pathologique n'existant plus, les aliments séjournent dans les intestins sans être digérés. On reconnaît les coliques aux cris, à l'agitation des enfants, à leurs contorsions qui redoublent par intervalles, selon que les tranchées augmentent, et enfin à l'évacuation des matières de la diarrhée. Elles exigent le môme traitement que ce dernier symptôme. Il faut surtout user largement des lavements à l'eau de graine de lin.
Tension du ventre. — Elle a lieu très-souvent dans l'entérite et dans ce cas s'accompagne de douleurs à l'abdomen et est continue, ce qui la distingue de la distension momentanée des intestins par des gaz, lorsqu'ils sont dans un état spasmodique, état qui cesse bientôt quand les gaz s'échappent au dehors.
Les éructations s,oni rarement fâcheuses : elles dépendent souvent de repas trop fréquents et trop copieux, et indiquent une mauvaise digestion lorsqu'elles sont abondantes et répétées.
Chez les jeunes enfants, les maladies du tube digestif ne s'accompagnent pas de phénomènes de réaction à beaucoup près aussi tranchées que chez les adultes. Ainsi, la fièvre est rare chez eux, et le pouls, dans beaucoup de cas, devient au contraire plus faible ; la
chaleur de la peau seule est augmentée. Cette remarque est d'autant plus importante, que c'est le tube digestif qui, à cet âge de la vie, est le siège du plus grand nombre des maladies qui causent la mort des enfants.
Hémorrhagie gastrique des nouveau-nés.
Il existe un assez grand nombre d'observations sur des hémorrhagies de l'estomac survenues chez les enfants nouveau-nés, depuis le jour de leur naissance jusqu'au dixième ou douzième jour qui l'a suivie. M. Gendrin a eu trois fois l'occasion d'observer cette hémorrhagie gastrique chez des nouveau-nés. Ces trois enfants étaient nés sans grande difficulté. Sur deux qui ont été ouverts, on n'a trouvé aucune lésion et seulement du sang extravasé dans l'estomac et l'intestin grêle ; la muqueuse ne semblait pas plus injectée qu'elle ne l'est d'ordinaire chez les nouveau-nés.
Cependant M. Gendrin ajouteque l'hémorrhagie gastrique des nouveau-nés n'est pas suivie de mort aussi fréquente qu'on serait porté à le penser, eu égard à la faiblesse de ces sujets.
Il faut, dans ce cas, avant de prescrire un traitement astringent, s'assurer que la mère et la nourrice n'ont pas de crevasses au sein, car la plus petite excoriation imperceptible peut donner lieu à un écoulement de sang assez considérable pour colorer fortement le lait pris par l'enfant, et dont il rejette une bonne partie dans cette circonstance.
Hernies congéniaies de l'abdomen.
Ces hernies peuvent se faire, ou par les ouvertures naturelles, ou par des espaces laissés libres par l'imperfection des parois abdominales.
Hernie ombilicale . — Elle peut se montrer au moment même delà naissance ou peu de temps après et dépend de ce que l'anneau aponévrotique, qui est destiné à circonscrire et resserrer la base du cordon ombilical, est trop lâche ou n'existe pas. Alors une ou plusieurs anses d'intestin viennent se loger dans l'espèce d'épanouissement que forme le cordon à son insertion, et déterminent une hernie dont les enveloppes sont constituées par la peau, le tissu cellulaire et le péritoine.
Deux moyens ont été conseillés pour combattre cette hernie : la ligature de Desault, qui consistait à refouler l'intestin et à lier les téguments près de l 'abdomen (procédé abandonné depuis à cause de ses insuccès), et la compression, qui se pratique en appliquant sur l'ombilic des compresses graduées, que l'on maintient à l'aide d'un
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bandage de corps pendant les premiers jours, et que l'on remplace plus tard par un bandage approprié, ce qui suffit souvent pour faire disparaître la hernie.
Hernie inguinale congéniale. — On sait que lorsque les testicules viennent à descendre dans le scrotum, chez l'enfant près du terme ou après la naissance, ils entraînent avec eux une portion du péritoine, en forme de cul-de-sac, dont l'ouverture abdominale s'oblitère bientôt au niveau de l'anneau : si cette oblitération n'a pas lieu, la poi'tion d'intestin peut, soit en même temps que le testicule, soit plus tard, et par suite des efforts de l'enfant, descendre dans le scrotum et former une hernie inguinale. Il est fort important de ne pas confondre le testicule qui ne descend parfois qu'après la naissance, ou se trouve alors à l'anneau inguinal, avec la portion d'intestins hernies, et de bien s'assurer de la nature, du volume, de la présence de l'un et l'autre; car, on conçoit dans quelle erreur grave on serait entraîné pour le traitement et les accidents qui en seraient le résultat. J'ai observé cette année, chez un nouveau-né, la présence du testicule dans la région inguinale ; la petite tumeur qu'il formait ressemblait tout à fait au premier abord à une hernie, mais en l'examinant avec attention, on constatait sous la peau la présence d'un petit corps ovoïde résistant, qui n'augmentait pas de volume sous l'influence des cris. L'enfant se portait, du reste, fort bien.
Il faut, lorsqu'on s'est assuré qu'une anse intestinale ou une partie d'épiploon est descendue dans le scrotum, cherchera les réduire en les refoulant doucement à travers l'anneau inguinal; puis, chez les très-jeunes enfants, appliquer un bandage provisoire, peu compressif fait avec des bandes et des compresses que l'on changera souvent, afin d'éviter l'irritation de la peau ; et, mieux encore, laisser à demeure un petit bandage revêtu de caoutchouc.
Le point compressif doit surtout porter sur l'ouverture de l'anneau inguinal; il détermine quelquefois l'adhérence des feuillets du péritoine et l'occlusion de l'anneau lui-même.
Notons ici que l'on a vu, quoique fort rarement, chez les petites filles, un des ovaires former hernie à travers un des anneaux inguinaux.
Hydrocèle congéniale . — La non-oblitération du sac péritonéal, qui descend avec le testicule, peut donner lieu à Taccumulation d'une certaine quantité de sérosité dans ce sac, ce que l'on reconnaît à la forme régulièrement arrondie qu'il affecte, à la fluctuation qu'il présente, à la transparence que l'on remarque à travers les tuniques du testicule, et surtout à la facilité avec laquelle on fait refluer le liquide dans l'abdomen, signes qui empêchent de confondre cette
maladie avec une hernie. Le traitement consiste à refouler le liquide dans l'abdomen, et à exercer une compression sur l'ouverture de l'anneau pendant quelque temps, ou bien, suivant le procédé de Desault, à comprimer l'anneau, puisa pratiquer la ponction et l'injection d'après la méthode ordinaire.
Chute du rectum.
Les efforts que fait l'enfant lorsqu'il crie ou respire avec peine, la constipation, ou des selles abondantes et dures rendues tout d'un coup, enfin la fréquence des déjections alvines déterminées ou non par un purgatif, tendent à pousser au dehors l'extrémité inférieure de l'intestin rectum, dont la membrane interne peu adhérente aux deux autres par un tissu cellulaire lâche, se détache peu à peu et vient faire saillie en dehors de l'anus. Il faut tâcher d'abord de faire rentrer la membrane muqueuse sortie en la refoulant avec les doigts enduits d'huile ou de cérat; puis, il faut maintenir la tumeur réduite avec des compresses imbibées d'eau froidC;, et d'un bandage en T appliqué par-dessus. Si l'infirmité persiste, on est contraint de prendre la précaution de soutenir le pourtour de l'anus chaque fois que l'enfant va à la selle, et de faire de temps en temps, sur la tum.eur, des lotions avec une solution de sulfate d'alumJne ou de zinc, d'eau de chaux, d'astringents et de toniques qu'il est néanmoins nécessaire d'aider par l'application du bandage.
Principaux vices de conformation chez les enfants nouveau-nés . Absence d'un ou de plusieurs membres. — Cette monstruosité n'esl pas très-rare, je l'ai assez souvent constatée, sur un enfant, entre autres , chez lequel les quatre membres manquaient. Cet enfant, du sexe masculin, qui avait succombé en naissant, avait le tronc bien conformé, mais cependant bien plus développé dans toutes ses dimensions que la tête, qui n'avait que le développement qu'elle doit avoir chez un enfant ordinaire. A la place des bras, pendaient deux corps charnus, flexibles dans toute leur étendue, de la longueur de 8 centimètres et terminés brusquement comme si l'extrémité inférieure de ces corps avait été. coupée. Ces appendices, parfaitement cylindriques, avaient de chaque côté exactement la même forme. A la place des cuisses, il existait aussi deux appendices étroits, longs de 3 centimètres, en forme de vrille, flexibles et exactement sembla- Fig. 270. blés entre eux comme les supérieurs.
A quelle espèce de monstruosité peut être rapportée celle-ci ? Y a-t-il eu chez cet enfant arrêt de développement ou amputation spontanée des membres? Quelle qu'ait été la cause de ces anomalies, il ne me paraît pas possible de rapporter cette monstruosité à un arrêt de développement des membres. En effet, dans l'arrêt de développement, ce n'est jamais sur l'extrémité des membres que porte le vice de conformation. Cette extrémité existe le plus ordinairement dans un état de conformation plus ou moins parfait. C'est toujours sur la partie moyenne ou supérieure des membres que l'arrêt du développement se manifeste.
On comprend très-bien qu'il ne peut en être autrement quand on considère comment se développent les membres chez le produit. Pour les bras, c'est d'abord la main à l'état rudimentaire qui se manifeste au voisinage de l'épaule, puis vient après elle l'avant-bras, enfin le bras. Il en est de même pour les membres inférieurs : le pied apparaît le premier, puis la jambe, enfin la cuisse. Si donc un membre vient à être arrêté dans son développement, il est évident que cet arrêt ne peut porter sur l'extrémité de ce membre, mais bien sur sa partie moyenne ou supérieure.
Or, dans le cas dont il s'agit, l'extrémité des membres n'existe pas. Dans leur totalité, ces membres ont été remplacés par une production charnue dans laquelle il est impossible de reconnaître aucun des caractères de la main à l'état le plus rudimentaire; il n'y a donc pas eu arrêt de développement, mais absence de développement des membres qui ont été remplacés par des productions anormales.
Peut-on maintenant considérer ces monstruosités comme le résultat de ces amputations spontanées dont s'est occupé M. de Montgomery et dont il a cité plusieurs exemples dans son excellent ouvrage, ou comme le résultat d'affections qui auraient détruit les membres dans le sein de la mère, suivant l'opinion de Chaussier? Je ne le crois pas.
Dans aucun des faits cités par M. de Montgomery, dans aucune des figures où il a fait représenter ces accidents, et dont quelquesunes ont été reproduites plus haut, l'amputation n'a porté sur les quatre membres à la fois, dans les mômes points, à des hauteurs semblables, laissant aux membres coupés la même forme, le même aspect entre eux, comme cela a eu lieu chez cet enfant, où le parallélisme est complet. (Voyez la figure 270.)
Au contraire, dans les ligures que M. de Montgomery a fait représenter, la difformité n'a porté que sur un membre ou au plus sur deux, et l'on comprend très-bien comment il n'en peut être autrement. En effet, le célèbre accoucheur irlandais regardait ces ampu-
jOOG MALADIES DES ENFANTS NOUVEAU-NÉS.
tations comme le résultat de la constriction exercée par des circulaires du cordon ombilical autour des membres. Il serait par trop surprenant que le cordon ombilical se soit enroulé d'abord autour des quatre membres, puisjuste à la même hauteur pourproduire des difformités avec une régularité de forme et d'étendue aussi parfaite.
En admettant aussi, suivant l'opinion de Chaussier, que, dans ces cas, les membres aient été détruits par des maladies, on ne pourrait pas même encore supposer que le hasard ait pu produire sur chaque paire de mem^bres des lésions entièrement semblables.
Je crois donc qu'il faut regarder cette monstruosité, non comme le résultat d'un arrêt de développement, non comme le résultat d'une amputation spontanée ou d'une maladie, mais bien comme un de ces rares exemples de monstruosité où l'absence complète de développement a porté sur les membres, qui ont été remplacés par une production anormale. Ces appendices flexibles, aussi mous que les autres parties charnues de l'enfant, ne contiennent pas dans leur centre des parties osseuses : la peau qui les recouvre ne diffère en rien de celle des autres parties du corps.
Du reste, la figure de cet enfant a quelque chose de gracieux, ce qui a rarement lieu pour les enfants nouveau-nés, surtout chez les monstres, et, de plus, il n'existe sur lui aucune autre difformité, ce qui est encore rare.
Il est bien regrettable que les parents aient tenu à ce qu'il ne fût fait sur cet enfant aucune recherche anatomique, elles auraient peutêtre pu jeter quelque jour sur les causes de ces erreurs de développement, encore si obscures.
Absence de la peau. — La peau peut manquer sur une ou plusieurs parties du corps; mais son absence a presque toujours lieu en même temps que celle de la partie qu'elle recouvre. Cette monstruosité reconnaît deux causes : ou bien la peau a primitivementexisté etelle aété détruitepar une désorganisation commune dansl'anencéphalie, le spina-bifida; ou elle n'a jamais existé, parce que les parties auxquelles elle devait servir de tégument ont été arrêtées dans leur développement.
Excroissances. — L'enveloppe tégumentaire peut, au contraire, quelquefois présenter des excroissances, particulièrement à la face, sur le tronc et les membres; il est convenable, dans le cas où elles offrent trop de saillie, de les enlever de bonne heure. Du reste, ce n'est pas ici le lieu de décrire en détail tous les vices de conformation que peut présenter la peau.
Astomie ou absence de la bouche. — Ce vice de conformation a lieu lorsque les os de la face ont été arrêtés dans leur développement, et
surtout lorsque la mâchoire inférieure vient à manquer. L'enfant ne peut vivre avec cette difformité irrémédiable et ne tarde pas à succomber,
Atrésie ou. oblitération de la bouche. — L'adhérence desJèvres, ou l'absence de l'ouverture antérieure de la bouche, est très-rare et exige qu'on y remédie en pratiquant une incision d'une grandeur suffisante à l'endroit où devrait se trouver la bouche, et en empêchant la cicatrisation des deux bords de la plaie.
Bec-de-lièvre. — Les deux lèvres, et plus spécialement la supérieure, offrent quelquefois chez l'enfant naissant des divisions congénitales situées, soit sur la partie moyenne, soit sur les parties latérales duraphé. Ce vice de conformation peut consister en un commencement de division^ une division complète, ou l'absence d'une partie assez considérable de la lèvre et de l'arcade alvéolaire supérieure. Lorsque la division labiale est unique, elle est presque toujours située sur le côté du raphé; si elle est double, elle existe de chaque côté, et alors les ailes du nez sont plus ou moins tirées en dehors. Très-souvent elle s'accompagne de la division du bord alvéolaire, soit d'un seul, soit des deux côtés, ordinairement entre la seconde incisive et la canine.
Division du palais. — La voûte palatine et le voile du palais peuvent offrir aussi une séparation plus ou moins considérable sur la ligne médiane. Ces difformités, qui reconnaissent pour cause, suivant les physiologistes, un arrêt de développement des parties, réclament des opérations chirurgicales, car le bec-de-lièvre gêne beaucoup la succion et la préhension du mamelon, et la division du voile du palais rend la déglutition très-difficile et même dangereuse. Cependant, pour soumettre l'enfant à l'opération du bec-de-lièvre ou de la staphyloraphie, il faut attendre qu'il ait quelques mois, et le nourrir jusque-là en lui donnant le sein, ou a boire à la cuiller ou au biberon, en le tenant dans une position verticale, surtout s'il est atteint de division du voile du palais *.
Le filet. — La longueur du frein de la langue, vulgairement appelé filet, entrave les mouvements de cet organe et empêche la succion ; il faut donc, lorsqu'on voit que cette gêne a lieu, soulever la langue avec l'aide d'une sonde cannelée et couper le filet avec les ciseaux, mais en évitant de prolonger la section trop loin, et surtout en dirigeant la pointe des ciseaux en bas et en l'éloignant le plus possible de la base de la langue, afin d'éviter les veines ranines. Je
1 Voyez le mémoire de M. P. Dubois, Sur le bec-de-lièvre et le moment le plus opportun pour l'opérer (Bulletin de V Académie de médecine, t. X, p. 7G6).
me contente le plus ordinairement de faire sur le frein delà langue une très-légère section, puis je présente l'enfant immédiatement au sein ; les efforts de succion achèvent de délier cet organe. Rarement j'use de la sonde cannelée : le médius et l'index de la main gauche, avec la pulpe desquels je relève la langue, m'ont paru bien plus propres à maintenir cette langue si mobile et qui tend toujours à échappera la sonde. Si par accident une hémorrhagie survenait par suite de la division des vaisseaux et qu'elle devînt inquiétante, on cautériserait l'ouverture béante de ceux-ci avec le nitrate d'argent ou enfin avec un stylet rougi au feu.
Imperforation de Vaniis. — L'extrémité inférieure du tube intestinal peut offrir une oblitération complète qui résulte de l'imperforationde la peau au niveau de l'anus, et alors le rectum se termine en cul-de-sac à sa partie inférieure, ou bien une partie ou la totalité de cet intestin manque. Dans le premier cas, il contracte des adhérences avec le sacrum; dans le second, c'est l'extrémité inférieure du côlon qui forme un cul-de-sac et adhère au sacrum près l'angle sacro-vertébral. Il ne faut pas croire cependant que l 'imperforation de l'anus accompagne toujours l'imperforation ou l'absence dn rectum. Cet orifice existe parfois chez les enfants dont le rectum est oblitéré. Aussi est-ce une circonstance à laquelle il faut faire la plus grande attention lorsqu'on remarque des signes de rétention des matières fécales. Dans le cas oii le rectum existe, mais où l'anus est imperforé, il suffît, pour donner issue au méconium, de faire une ponction avec un bistouri droit dans le point où l'anus doit exister, et au sommet de cette petite tumeur qui proémine à chaque effort fait par l'enfant. Puis il faut empêcher la cicatrisation de la plaie extérieure au moyen de mèches de charpie.
Mais qiiand le rectum est oblitéré dans une grande partie de son étendue, l'opération est fort difficile, dangereuse, et rarement couronnée de succès. M. Dieulafoy, chirurgien en chef de l'Hôtel-Dieu de Toulouse, a réussi cependant dans un cas de ce genre, le 8 mai 4848; l'opération fut faite avec l'assistance des docteurs G. Vigurie et Laforgue. Le 25 octobre, l'enfant se portait parfaitement. On n'a à choisir qu'entre l'établissement d'un anus artificiel à la partie antérieure de l'abdomen, ou dans le lieu même où l'anus devrait exister. La première opération est plus facile, mais l'infirmité dégoûtante qu'elle laisse après elle doit faire donner la préférence au procédé d'Amussat.
Je conduisis à Amussat un jeune enfant chez lequel cette imperforation existait, et cet habile chirurgien pratiqua une de ces opérations hardies qui seules, à mon avis, doivent être tentées dans un
cas semblable. Elle consiste à établir artificiellement un anus dans le lieu où cet orifice naturel devrait être placé. Pour cela, après avoir disséqué les parties jusqu'à l'intestin, il attira celui-ci, l'ouvrit^ et le fixa au pourtour de l'orifice anal, à l'aide de quelques points de suture. Amussat compte déjà un succès, mais l'enfant dont je parle, qui fut opéré le second, succomba. On comprend combien, malgré ses dangers, cette opération est préférable à l'établissement d'un anus artificiel, qui voue le malheureux qui le porte à une vie misérable. En efi'et, ou l'enfant succombe, ou bien, si on le rachète à la vie, il ne la paiera pas par un supplice de tous les instants. M. le docteur Gasquet d'Ollioules (Var) opéra un enfant dans la région périnéale avec succès *.
Persistance du trou de Botal, — La persistance de l'orifice interauriculaire du cœur et du canal artériel ne produit pas d'accidents particuliers pendant les premiers jours de la vie extra-utérine, parce que la qualité du sang, à cette époque, est en rapport avec le besoin des organes ; mais s'il existe en même temps une pléthore sanguine considérable, ce vice de conformation, joint à l'impossibilité ou à l'extrême difficulté de l'établissement de la respiration, produit la cyanose par défaut d'oxygénation du sang. Ce défaut peut néanmoins avoir lieu aussi sans la persistance du trou de Botal, et lorsque le sang, en traversant les poumons, n'y subit pas les modifications vitales nécessaires. Dans l'incertitude oij l'on se trouve alors sur la cause de la cyanose, il faut agir comme si elle dépendait d'une congestion sanguine vers le cœur et les poumons, tenir l'enfant près d'un feu clair, et frotter doucement la tête et tout le corps avec de la flanelle fortement chauffée. J'ai pu observer un cas qui se rapporte très-certainement à cette imperfection d'organisation, chez l'enfant de madame la B. de R*** né avant terme. L'enfant teta assez bien pendant les premières heures, puis, malgré les soins hygiéniques les mieux administrés, il commença à s'affaiblir et à se cyanosér, la respiration perdit de son activité. M. Trousseau fit électriser l'enfant par M. Duchenne de Boulogne, mais sans effet.
Vices de conformation de la moelle épinière.
Vamyélie, ou absence complète de la moelle, coïncide toujours avec celle du cerveau. Dans le cas d'anencéphalie, le cordon rachidieh se trouve brusquement tronqué au niveau du quatrième ventricule; la protubérance annulaire existe encore, de telle sorte que le cœur et les poumons, qui reçoivent l'influence des nerfs qui partent du
1 Union médicale, 16 juin 1860.
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bulbe rachidien ou de l'extrémité supérieure de la moelle, peuvent fort bien exécuter les fonctions pendant quelques heures.
\Jhydrorachis {spina-bifida) consiste en une ou plusieurs tumeurs situées le long de la colonne vertébrale, au niveau de Técartement des apophyses épineuses, et résulte d'une accumulation de sérosité contenue dans un sac formé par la peau et les méninges. La tumeur oblongue, molle, disparaissant par la pression, peut être située sur différents points du rachis : tantôt la peau qui la recouvre est intacte^ et l'on ne distingue la tumeur que par la fluctuation et la sensation d'écartement des vertèbres, et alors les enfants peuvent vivre fort longtemps avec elle; tantôt la peau est très-mince, transparente, marbrée, et ne tarde pas à s'ulcérer et à donner issue au liquide ; tantôt, enfin, la tumeur est ouverte; les bords sont ulcérés, fongueux, durs, appliqués contre les bords de la bifurcation vertébrale, et le fluide épanché s'écoule en quantité variable. Ces deux dernières variétés sont plus communes que la première. Dans ces cas, l'inflammation des méninges survient promptement et cause la mort. Ainsi, les symptômes du spina-bifida sont ordinairement nuls tant que la tumeur n'a pas de communication avec l'air, et ne comprime trop fortement ni la moelle ni le cerveau. Il faut donc bien se garder de l'ouvrir, et se contenter d'exercer dessus une compression douce et graduelle. J'ai dessiné un spina-bifida à la Clinique et j'ai présidé en ville à la naissance d'un enfant chez lequel l'affection était arrivée à cette dernière période. Tous les deux ont succombé en quelques heures.
Vices de conformation du crâne et du cerveau.
L'acéphalie, ou absence complète du cerveau, ne se rencontre que lorsque la tête, la face et la partie supérieure du cou manquent en même temps.
Vanencéphalie consiste dans l'absence d'une partie du cerveau, avec ou sans absence de la cavité crânienne; elle présente plusieurs degrés : ouïes hémisphères cérébraux sont atrophiés, ou le cervelet seul et les couches optiques existent, ou bien, et c'est le cas le plus ordinaire, le crâne et le cerveau manquent en même temps, et le front se termine au niveau des rebords orbitaires, donnant ainsi à la tête de l'enfant l'aspect de celle d'un animal.
Celui que je fus à même d'observer, et que je fus obligé d'extraire par suite de l'excès de volume du tronc, paraît appartenir à l'espèce des monstres désignés par M. Is. Geoffroy-Saint-Hilaire * sous le nom
1 Histoire des anomalies de l'organisation, Paris, 1836, t. II, p. 317 et suiv.