‹ Traité pratique de l'art des accouchementsChapitre 239 sur 287 · VICES DE CONFORMATION LU CRANE ET DU CERVEAU · texte numérisé non relu

VICES DE CONFORMATION LU CRANE ET DU CERVEAU

de pseudencéphaliens, et au deuxième genre {thlipsencéphale), monstruosité la plus commune de celles qui atteignent l'encéphale.

Sur la tête on remarque l'absence de la voûte crânienne, non pas absence complète, comme cela a lieu le plus ordinairement, mais au moment où l'encéphale a été atteint par la maladie qui l'a détruit, il y a eu destruction d'une partie de cette voûte, et les pariétaux, le frontal et l'occiput, déjà assez développés, sont pour ainsi dire revenus sur eux-mêmes, se sont épaissis, ainsi que la base du crâne. Le cuir chevelu a aussi été détruit dans le même point que les os. La masse encéphalique n'existe plus, et ses différentes parties sont remplacées par une substance molle, fibreuse, revêtue par une membrane résistante. Cette tumeur est divisée en plusieurs lobes, et composée d'une série de sinus gorgés de sang, et de diverses cavités plus ou moins considérables, laissant écouler un liquide séro-sanguinolent. Les cloisons, d'apparence fîbro-celluleuse, sont toutes fortement adhérentes à la membrane externe de la tumeur, membrane qui se continue aussi sur le périoste des os de la base du ■crâne, et se perd insensiblement sur le pourtour de cette base dans le cuir chevelu. Dans ce point, la peau présente l'apparence qu'elle a sur les bords d'une cicatrice.

Par quoi est constituée cette masse fibro-celluleuse, si ce n'est par les vaisseaux crâniens et la pie-mère, lesquels, après que la substance cérébrale se serait atrophiée, auraient acquis un développement considérable. Telle est, au reste, l'opinion de M. Is. Geoffroy- Saint-Hilaire, et cette pièce vient de tout point la confirmer. Il y a près d'un siècle, Morgagni a décrit un monstre anencéphalien exactement semblable à celui-ci *. En effet, en examinant la partie de la moelle allongée qui subsiste et l'origine de la moelle épinière, on voit la base de cette masse rouge et vasculaire se perdre peu à peu sur ces derniers organes sous la forme d'une membrane rougeâtre, épaisse, mais qui ne tarde pas à reprendre plus loin la finesse et la coloration de la pie-mère.

Quant aux nerfs, presque tous ceux qui prennent leur origine dans l'intérieur du crâne et sur le bulbe rachidien semblent réduits à leur névrilème et à une substance intérieure rougeâtre comme le reste de la tumeur encéphalique. Cette disposition était surtout visible dans les nerfs optiques et dans les nerfs de la sixième, septième, huitième

1 Epistolœ anatomicœ, Lugduni B. 1741, in-4. 20^ lettre, traduite par M. Boys de Loury dans un rapport fait avec M. Devergie sur un mémoire très-intéressant présenté par M. Gery à la Société de médecine de Paris sur un cas d'anencéphale prétendu acéphale. L'auteur y établit les différences sensibles qui existent entre l'acéphalie et l'anencéphalie.

paire. Deux seulement paraissent avoir conservé leur composition normale : ce sont les branches frontales de l'optithalmique. Il est impossible de suivre les nerfs optiques au delà de leur point d'entre-croisement, au-devant de la selle turcique.

M. Is. Geoffroy-Saint-Hilaire attribue la cause et l'origine de ce genre de monstruosité à quelque accident grave survenu pendant la grossesse, à une chute, à des tentatives d'avortement, enfin à des impressions morales vives et dont l'effet se serait longtemps continué. Elle peut, selon cet auteur, être regardée aussi comme le résultat d'une hydrocéphalie.

Dans le cas qui nous occupe et d'après l'inspection de la pièce, on est conduit à penser que cette monstruosité peut avoir été causée par une hydrocéphalie, comme le pensait Béclard. C'est, en effet, la supposition la plus admissible, car la mère, pendant la grossesse, n'avait éprouvé aucun accident.

Maintenant peut-on attribuer cette difformité à des impressions morales vives? Les circonstances dans lesquelles se trouvait la mère de cet enfant pourraient peut-être autoriser une semblable manière de voir.

Cette femme, non mariée, déjà âgée, et quoique dans une position de fortune satisfaisante, avait été vivement affectée, dès qu'elle s'était vue enceinte, de la crainte du ridicule attaché à son état et de la perte de sa réputation, d'autant plus compromise qu'elle habitait une petite localité où il lui aurait été bien difficile d'échapper aux investigations de la famille et des voisins.

Pendant les premiers mois de sa grossesse, elle avait été constamment tourmentée par ces craintes, et ce n'est que sur les derniers mois qu'elle commença à s'habituer à l'idée d'être mère.

Faut-il admettre avec M. Is. Geoffroy-Saint-Hilaire, et bien d'autres, que cette impression morale vive a pu, dans ce cas, influer sur la conformation du produit? Les enfants meurent en général au moment de leur naissance; j'ai pu cependant en observer un mis au monde par M. Sassay, de Vitry-sur-Seine ; il vécut dix mois, allaité par une nourrice.

V hydrocéphale congénitale 's,e distingue le plus ordinairement par le développement quelquefois considérable de la masse cérébrale et des os du crâne, causée sans doute par une inflammation des méninges, une sécrétion très-abondante de leur sérosité, soit à l'intérieur, soit à l'extérieur des ventricules, ou une sorte d'hypertrophie nutritive. L'hydrocéphale coexiste souvent avec l'hydrorachis. L'enfant présente alors une ou plusieurs tumeurs le long de la colonne vertébrale, avec une tête volumineuse. La maladie ne donne lieu à

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