DES ALTÉRATIONS DU LAIT
de la santé de la nourrice, qui réagit aussi sur celle de l'enfant. J'ai pu bien souvent constater ce fait, et je le crois de nature à tenir l'observateur sur ses gardes; car, dans ce cas, l'effet produit par cette altération momentanée n'exerce qu'une influence passagère sur l'enfant; elle est donc sans importance. Je dirai plus, elle peut quelquefois être utile en déterminant un léger relâchement du ventre. Ce n'est donc que dans le cas oii cette altération serait permanente que la nourrice doit être rejetée ou changée; mais, pour constater ce fait par l'analyse microscopique, il faudrait revenir souvent à cet examen, et l'on comprend tout ce que cela aurait d'incommode. Heureusement que, comme je l'ai dit, ces recherches qui sont utiles quand on choisit une nourrice qui a perdu son enfant, ne sont plus satisfaisantes que pour l'esprit, quand la nourrice a son enfant ; car pour juger des qualités du lait dans le cours d'une nourriture, l'état de santé de la nourrice et celui de l'enfant permettent d'établir, bien plus sûrement que tout autre moyen, si le lait convient ou non au nourrisson.
Altération par le pus.
Ce genre d'altération se rencontre dans les cas où la glande mammaire devient le siège d'abcès superficiels ou profonds : dans le premier cas, il est facile, avant l'ouverture de l'abcès, de soupçonner l'altération que cet accident a dû faire subir au lait; mais dans le second cas, quand l'abcès est profond, il peut influer sur les qualités du lait, avant qu'on ait soupçonné son existence, quoique cela soit fort rare : dans ce cas^ l'analyse microscopique peut seule révéler la présence du pus dans le lait, et éclairer sur la cause qui altère la santé de l'enfant.
On remarque alors au milieu des globules laiteux qui sont réguliers dans leurs contours, transparents au centre, solubles dans l'éther et l'alcool, d'autres corps ayant tous la même dimension; ils sont irréguliers, comme frangés, et insolubles dans l'éther et l'alcool, tandis qu'ils sont dissous o o
par l'ammoniaque qui ne peut dissoudre les c^ ^^ o^^. ° m* globules laiteux, et colorés en jaune par le (£ o ^ ^Ç)^^*' contact de l'eau iodée, qui n'a aucune action q(^5 ^ *^. sur les globules laiteux*. ® ^^° ^^^B
Enfin, à ces globules de pus à cause du mau- Fig. 273. — Lait mêlé de vais état de santé de la nourrice, viennent se P"^ A et de colostrum B. joindre les corps granuleux du colostrum B.
Les désordres produits dans la santé de l'enfant par une sembla-
1 Donné, Cours de microscopie. Paris, 1844, in-8.
ble altération du lait sont faciles à prévoir; aussi est-ce une pratique sage, quand ces accidents se manifestent chez une mère nourrice, de faire cesser immédiatement l'allaitement par le sein affecté.
Et, dans l'intérêt de la mère, il ne faut pas croire, comme on le pensait autrefois, qu'il soit indispensable d'exercer la succion sur un sein qui est le siège d'un travail inflammatoire. Certes, il est inutile de prévenir l'engorgement de la glande par la succion ; mais dès que cet engorgement a eu lieu, surtout quand un abcès s'est formé, la succion, loin de soulager la mère, ne ferait qu'aggraver les accidents, et je suis certain que le plus grand des abcès qui se manifestent dans ces circonstances ne sont dus qu'à cette habitude si répandue de vouloir dégorger le sein enflammé.
Le sein doit être laissé en repos, et couvert de cataplasmes émollients que l'on a soin de renouveler très-souvent, etc.
§ 10. — Des rapports de l'enfant avec la nourrice.
Régler Vallaitement. La plupart des nourrices, surtout celles qui sont abondantes en lait, ayant à honneur de faire un bel élève, si elles sont abandonnées à elles-mêmes, gorgent leur nourrisson à chaque instant du jour et de la nuit; avec ce régime l'enfant prend quelquefois beaucoup plus d'embonpoint qu'on ne doit le désirer; ses chairs sont molles, empâtées; mais souvent aussi il est pris de diarrhées verdâtres, qui ne tardent pas à altérer sa santé.
H est donc très-important, quel que soit l'âge de l'enfant, de distribuer régulièrement ses repas : ils doivent être assez éloignés l'un de l'autre, pour que la digestion ne soit pas troublée par l'arrivée d'une nouvelle quantité de lait dans l'estomac.
Mais, comme les besoins de l'enfant ne sont pas les mêmes aux diverses époques de la nourriture, cette méthode devra être modifiée suivant l'âge de l'enfant et suivant sa force : ainsi, dans les premiers jours qui suivent la naissance, l'enfant prend souvent une si petite quantité de lait chaque fois qu'on le présente au sein, qu'il est nécessaire de l'y présenter souvent : toutes les deux heures, par exemple. Pour les enfants d'un grand appétit, ou qui sont faibles, les repas doivent être encore plus rapprochés. Quant à la quantité de lait que l'enfant doit prendre, elle ne peut être déterminée; l'enfant de lui-même se retire du sein quand il a suffisamment teté. Le plus ordinairement même il s'endort, quand son repas est terminé.
Gomme on le pense bien, cette méthode ne peut pas toujours être observée ; ainsi, quand l'enfant dort, on ne le réveille pas quand