‹ Traité pratique de l'art des accouchementsChapitre 250 sur 287 · REGIME DE LA NOURRICE · texte numérisé non relu

REGIME DE LA NOURRICE

Ces femmes, habituées à une vie sobre, souvent à une vie de privations, surchargent leur estomac et nuisent à leur santé.

Des évacuations des nourrices. — La nourrice qui passe d'une vie active au grand air à une vie sédentaire au cenire d'une ville est souvent exposée à de la constipation, ou à un relâchement intestinal. Quelquefois aussi ce changement d'existence détermine chez elle le retour des règles. Il est fort important d'être éclairé à cet égard, ces conditions étant de nature à influer sur la santé de l'eni^nt. Mais peut-on s'en rapporter seulement aux renseignements fournis par la nourrice? La crainte de perdre une bonne condition, celle de se séparer d'un enfant auquel elle s'est attachée, l'engageront le plus souvent à ne pas rendre un compte exact de sa santé.

Il faut cependant, sans affectation, tâcher d'obtenir d'elle quelques renseignements ; mais il ne faut pas s'en tenir là ; l'examen des garde-robes, celui des urines et du linge fourniront des instructions bien plus utiles.

§ ( 3. — De la promenade de l^enfant et de la nourrice, et de la surveillance à exercer sur elle.

Dès les premiers jours qui suivent la naissance, si la température le permet, il faut sortir l'enfant chaque jour pendant plusieurs heures. Cet exercice est aussi très-nécessaire à la nourrice. Si la saison est mauvaise, on attendra que l'enfant ait dépassé les premières semaines avant de l'exposer à l'air; mais ce temps accompli, il faudra, même en hiver quand la température ne sera pas trop rigoureuse,^ le sortir encore pendant quelques instants chaque jour. L'exposition à l'air, au soleil surtout, en ayant soin de couvrir la tête de l'enfant d'un petit chapeau de paille, lui est nécessaire.

Dans le cas où une indisposition de l'enfant s'opposerait pendant plusieurs jours à sa promenade, il faudrait que la nourrice prît l'air pendant quelques instants. Mais doit-on livrer à elle-même la nourrice pendant les promenades? Gela ne me paraît pas prudent : celle dans laquelle on a le plus de confiance ne doit jamais être perdue de vue. Elle devra être surveillée à la promenade par une personne sûre. Dans l'intérieur de la maison, bien qu'elle doive aussi y être surveillée, il ne faut cependant, en la gardant avec soi dans les appartements, l'astreindre à une contrainte si peu en rapport avec ses habitudes; l'ennui ne tarderait pas à altérer son humeur et sa santé. Il faut, au contraire, qu'elle puisse s'égayer à sa manière avec les autres domestiques.

Il est facile de lui laisser à cet égard une apparente liberté qui

la satisfera, sans cesser cependant d'exercer sur elle une surveillance active.

§ 14. — Des rapports des luaitrcs avec la nourrice.

Il est bien difficile de tracer d'une manière précise la conduite que l'on doit tenir à l'égard des nourrices, les habitudes de chaque maison étant extrêmement variables. On ne peut poser que quelques principes desquels il ne faut jamais s'écarter, si l'on veut conserver la paix intérieure.

La première condition est de donner à la nourrice un gage raisonnable, et cependant assez peu élevé, pour qu'on puisse l'augmenter de temps en temps, si l'on est satisfait d'elle.

La seconde, c'est de lui bien persuader dès le début que vous ne redoutez pas pour votre enfant le changement de nourrice, afin qu'elle ne se croie pas indispensable.

La troisième, de lui rendre la vie aussi douce que possible et de ne pas se montrer d'abord trop indulgent pour être ensuite forcé à la sévérité.

Avec ces précautions, il est rare qu'une nourrice d'un bon caractère ne soit pas satisfaite de ses maîtres, et qu'elle ne les contente pas aussi.

.^ lo. — conseils à donner à la nourrice par rapport à elle et à Fcnfant

qu'elle allaite.

La nourrice ne doit pas confier son enfant, pour l'allaiter, à une femme étrangère dont l'état de santé ne lui est pas bien connu, car l'enfant peut être infecté par le contact du sein d'une femme infectée.

De même elle ne devra pas donner le sein à un enfant étranger, dont la santé serait douteuse, dans la crainte d'une infection communiquée par la bouche de l'enfant, et, bien qu'il soit parfaitement démontré, par les nombreuses observations de M. Ricord, que les accidents secondaires ne peuvent être transmis de la nourrice à l'enfant et de l'enfant à la nourrice^, que les accidents primitifs seuls sont inoculables, il est très-important de ne pas s'écarter de la règle de conduite que je viens de tracer. Dans la pratique, tout accident de nature douteuse doit faire rejeter une nourrice, ou engager celleci à ne pas accepter un enfant pour l'allaiter; car une femme infectée constilutionnellement ne peut être une bonne nourrice, et l'enfant d'une femme passée au même degré peut très-bien avoir contracté de sa mère des accidents primitifs non apparents qu'il transmet à sa nourrice. A l'article Allaitement artificiel (page 1042) , on en trouvera un exemple des plus frappants. Ainsi, toute nourrice affectée de syphilis, à quelque degré que ce soit, doit être rejetée.

Page 1