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ACCIDENTS DANS LA SANTE DE LA NOURRICE

Mais quand il aura été bien établi que les accidents présentés par un enfant sont constitutionnels, on pourra sans crainte confier cet enfant à une nourrice. J'ai pu observer, avec mon bon ami Ricord, un enfant infecté par le père au moment de la conception, infecter sa mère pendant la gestation et ne présenter, au moment de sa naissance, que des ulcérations de la bouche passées à l'état secondaire pendant la gestation, et n'être plus transmissibles de l'enfant à la nourrice, qui, pendant dix-huit mois qu'elle a allaité cet enfant, n'a cessé de se très-bien porter. On comprend aussi combien il est important, en médecine légale, que cette question de lanon-transmissibilité des accidents secondaires soit élucidée.

Les nourrices, dans les moments oii elles ne donnent pas à teter, placent souvent sur leurs seins de petites bouteilles plates, destinées à recevoir le lait qui s'écoule et à préserver les vêtements.

Ce moyen a des inconvénients qu'il est bon de signaler : cette bouteille s'échauffe bientôt par le contact du sein, fait l'office d'une ventouse et favorise l'écoulement d'une assez grande quantité de lait, et cette perte a lieu au détriment de l'enfant et de la nourrice. Des serviettes placées en plusieurs doubles sont préférables.

§ 16. — Des pi-mciiiaux accidents <{ui i>eiiveiit mettre dans l'obligatiou «le changer de nourrice.

Indépendamment delà quantité du lait, de sa qualité, de la santé générale de la nourrice et de ses qualités morales, il est d'autres causes spéciales qui peuvent obliger à changer de nourrice.

Les crevasses ou gerçures des seins, l'engorgement qui en est si souvent la conséquence, le retour des règles, la leucorrhée ou écoulements blancs, enfin l'état de grossesse.

Des crevasses ou gerçures du mamelon. — Les crevasses sont l'écueil contré lequel vient échouer si souvent la tendresse maternelle. On a vanté contre cette excoriation du mamelon par la bouche de l'enfant, une foule de remèdes tous également bons si on cesse de donner le sein, tous inefficaces également si on continue de nourrir.

M. le professeur Bourdel de la faculté de Montpellier s'est trèsbien trouvé de la teinture de benjoin étendue légèrement avec un petit pinceau de blaireau. Chaque fois que l'enfant ateté i, ce serait un moyen précieux, car sans lui la mère qui en est affectée est bien souvent obligée de cesser l'allaitement, tant à cause des douleurs intolérables que lui fait éprouver la succion, qu'à cause des engor-

1 Union médicale, 1 3 juin 1864.

gements des seins, qui surviennent si souvent à la suite des crevasses, et surtout aussi à cause du dépérissement de l'enfant.

En effet, la souffrance de la mère altère sa santé, et par suite son lait perd ses bonnes qualités; de plus, les efforts de succion que l'enfant est obligé d'exercer pour extraire du sein un lait pauvre, déterminent souvent du muguet. Joignez à cela que l'enfant avale avec le lait le sang qui s'écoule des crevasses ; que ce sang est rejeté avec le peu de lait que l'enfant a pu extraire du sein, circonstance qui est prise de prime abord pour des vomissements sanguins et qui inquiète vivement, ou bien que ce sang trouble la digestion et détermine une entérite plus ou moins grave. Toutes ces causes, quand bien même la mère pourrait surmonter ses souffrances, doivent mettre souvent dans l'obligation de lui interdire l'allaitement de son 'propre enfant.

A plus forte raison, si ces accidents arrivent à une nourrice, ce parti doit-il être pris.

Du retour des règles ou des pertes en rouge. — Le retour des règles est favorisé, chez les nourrices de campagne, par le changement de climat, de nourriture et d'habitudes. Il est donc possible de prévenir cet accident, en tâchant de rapprocher le régime de la nourrice de celui qui lui était habituel. J'ai tracé plus haut la conduite à tenir à cet égard.

Mais si, malgré ces précautions, la nourrice voyait ses règles reparaître à chaque époque, devrait-on dans tous les cas donner un autre lait à l'enfant? Il arrive quelquefois que le retour des règles n'exerce aucune influence sur les qualités du lait, et qu'alors la santé de l'enfant n'est nullement influencée par cette circonstance; mais il est certain que, le plus ordinairement, le retour des règles détermine, tout au moins pendant l'époque menstruelle, chez l'enfant, des digestions laborieuses, des déjections verdâtres accompagnées de coliques, et si, après ce temps, l'enfant reprend sa santé habituelle, il faut bien convenir aussi que ces dérangements périodiques des fonctions digestives peuvent finir par altérer sa santé, et doivent par conséquent éveiller la sollicitude des parents.

C'est donc l'état de l'enfant, comme en tant d'autres circonstances, qui pourra permettre de trancher la question.

Un phénomène assez fréquent chez les nourrices de la ville, rare chez celles de la campagne, c'est l'apparition de petites pertes utérines, à des époques indéterminées. Ces petits accidents reconnaissent pour cause la réaction sympathique des seins sur l'utérus, réaction qui entretient un état de phlogose et de turgescence sanguine dans cet organe.

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