C. Membrane granuleuse
D. Liquide de la vésicule.
E. Ovule.
F. Corps granuleux.
G. Disque proUgère.
Fig. 8. — Vésicule de Graaf renfermant l'ovule (vue au microscope).
Du noyau, qui estlui-mêmeformé d'une membrane granuleuse (C), qui contient le corps granuleux, et qui, à proprement parler, n'est pas une membrane, mais résulte de ce que le corps granuleux est plus dense à ses deux surfaces. Le corps granuleux renferme le li-
quide (D) de la vésicule de Graaf, et l'ovule (E)^ compris dans cette masse granuleuse (F).
Membrane granuleuse (C) et disque proligère (G).
La membrane granuleuse délicate, formée de grains, ou plutôt de cellules, à contenu grenu, que Baer a décrite le premier, ne possède pas de vaisseaux sanguins ; elle est si mince qu'il faut traiter la vésicule avec beaucoup de ménagement pour ne pas la détruire. Si l'on n'use pas de précautions excessives en ouvrant la vésicule de Graaf, on voit s'échapper un liquide chargé de granulations, parmi lesquelles est contenu l'ovule (E), et l'on ne peut retrouver les parois de la vésicule. Ces granulations sont sphériques et très-condensées au voisinage de l'ovule. C'est cette portion du corps granuleux à laquelle Baer a donné le nom de disque proligère (G).
De l'ovule non fécondé (E).
Ce qui frappe tout d'abord dans l'ovule lui-même, c'est sa petitesse extrême, qui est cause aussi qu'on l'a si longtemps méconnu. Comme je l'ai dit, c'est Baer qui, le premier, a découvert l'œuf dans la vésicule de Graaf, au milieu du corps granuleux. Quoique le diamètre de l'ovule soit sujet à varier, cependant les plus gros œufs humains, mesurés par M. Bischoff, ne dépassaient pas un tiers de millimètre, de manière qu'ils occupaient la dernière limite des objets perceptibles à la vue simple ; mais il y en a de bien plus petits, qui n'ont qu^un sixième de millimètre, et même moins.
Zone transparente, membrane vitelline (Ij.
Lorsqu'on contemple l'œuf avec un verre grossissant, de force suffisante, dit M. Bischoff *, on y découvre une sphère plus obscure, entourée d'un assez large anneau clair. Baer nomma cet anneau, zone transparente, membrane vilelline. Cette dernière dénomination a depuis été adoptée par M. Coste.
Jaune ou vitellus (2).
Le jaune, car c'est ainsi que tous les auteurs s'accordent, et avec raison, à considérer la sphère plus obscure de l'œuf, se compose, en général, d'une masse à grains fins, cohérente, qui n'adhère pas à l'enveloppe extérieure, et cependant ne s'en échappe pas dès que celle-ci est rompue. Le vitellus remplit ordinairement l'espace inté-'
1 Traité du développement de l'homme et des mammifères, Paris, 1843, p. 9.
rieur de la zone, et affecte alors la forme d'un globe ; cependant cette forme n'est pas constante, d'après M. Bischoff.
Vésicule germinative ou de Purkinje (fig. 8, 3).
Au milieu du vitellus, souvent à sa surface, dans les œufs parvenus à maturité, on aperçoit une petite vésicule transparente, que Purkinje a trouvée dans le vitellus des oiseaux, et à laquelle on avait donné son nom, et dont M. Coste et Warton démontrèrent les premiers l'existence dans l'œuf des mammifères et de la femme. D'après M. Bischoff, cette membrane mesure à peine un dix-huitième de millimètre de diamètre; elle contient un liquide clair, transparent comme elle.
Tache germinative.
Sur celte vésicule germinative, Wagner découvrit aussi une tache obscure, arrondie, qu'il nomma tache germinative. Elle semble formée par de petits grains fins, dont l'agglomération forme une tache obscure, qui tranche avec la couleur claire de la vésicule germinative.
Vaisseaux et nerfs de l'ovaire.
C'est par son bord inférieur ou adhérent que l'ovaire reçoit ses vaisseaux sanguins et émet ses nerfs. Les artères lui viennent par un tronc commun avec le corps de l'utérus ; c'est ce tronc que M. Cruveilhier a désigné sous le nom d'artère utéro-ovarienne. Cette artère vient de l'aorte au niveau de la rénale.
Les veines de l'ovaire sont volumineuses et plexiformes ; elles vont se jeter directement dans la veine cave, à droite, par l'intermédiaire de la veine rénale, à gauche ; les veines ovariennes reçoivent presque immédiatement les veines émanées du corps de l'utérus. M. Cruveilhier leur a aussi donné le nom de veines utéroovariennes ; elles ont, dans l'état de vacuité, le volume des artères à la fm de la grossesse.
Les vaisseaux lymphatiques qui suivent les artères et les veines ovariennes appartiennent également à l'utérus et à l'ovaire.
Les nerfs de l'ovaire émanent du plexus nerveux rénal.
Développement. — Les ovaires sont proportionnellement plus développés chez le fœtus que chez l'adulte, mais surtout dans le sens longitudinal. Ils sont minces et aplatis ; leur surface est parfaitement lisse et polie, sans la moindre apparence de cicatrisation.
Les ovaires sont fort petits après la naissance, et ne présentent aucun changement jusqu'à l'époque de la puberté ; mais alors ils deviennent ovoïdes, et sont le siège de modifications fort importantes.
Changements qui se passent dans les ovaires à chaque époque menstruelle.
CORPUS LUTKUM.
Jusque dans ces derniers temps, les vésicules de Graaf avaient pour but unique de contenir l'ovule, et de le nourrir jusqu'à ce qu'il fût fécondé; mais, d'après les recherches de MM. Négrier, Gendrin, Pouchet (de Rouen) i, Raciborski, Bischoff, Robert Lee, etc., etc., il paraît démontré que le développement des vésicules se rattache au phénomène de la menstruation. A chaque époque menstruelle une vésicule de Graaf augmente de volume, devient superficielle, soulève et amincit la coque fibreuse de l'ovaire. Cette distension est portée si loin^ qu'on distingue très-bien le point où doit avoir lieu la rupture de l'ovaire et de la vésicule, qui livrera passage à l'ovule (fig. 9).
Comme on le voit, d'après cela, la femme serait soumise à la ponte périodique, comme les ovipares.
Je dois à l'obligeance de M. Raciborski la communication de la figure 10. Elle appartient à une femme qui, étant au moment de ses règles, voulut attenter à ses jours par l'asphyxie. Elle put être rappelée à la vie ; mais elle succomba peu de temps après à la suite d'une pneumonie, dans le service de M. Andral.
Mais que devient l'ovule dès qu'il s'estéchappé de la vésicule?
Les uns le font tomber dans la cavité péritonéale, où il serait résorbé ; d'autres le font passer par la trompe, et de là dans l'utérus, où il est entraîné par l'écoulementmenstruel. Cette dernière opinion est la plus probable.
Fig. 9.
Fig. 10. — Ovaire ouvert longitudinalement.
Dans tous les cas, peu à peu les parois de la vésicule déchirée se rétractent : un caillot, qui offre d'abord le volume d'une petite cerise, se forme, et constitue le corps jaune {corpus luteum), qui est petit à petit résorbé; enfin, les bords de la déchirure se cicatrisent.
1 Théorie positive de V ovulation spontanée et de la fécondation dans l'espèce humaine, etc. Paris, 1847, in-8 et atlas in-4.
Le nombre de ces cicatrices qu'on rencontre sur la surface des
ovaires est donc en rapport avec le nombre des dernières époques menstruelles seulement; caries cicatrices lesplusanciennes finissent par disparaître.
Suivant M. Raciborski, quatre à six mois suffiraient pour faire disparaître la cavité et son caillot, et il ne reste plus qu'une strie jaune et d'un gris ardoisé.
Elle est à peine visible sur la figure H, que je dois aussi à l'obligeance de M. Raciborski, et qui a été dessinée sur une jeune fille de vingt-six ans, morte seulement cinq semaines après les règles.
Ainsi d'après les recherches des auteurs que nous venons de citer, après l'expulsion de l'ovule hors de la cavité delà vésicule de Graaf, que cette expulsion ait été déterminée par l'époque menstruelle, ou
par l'influence de la fécondation, la masse jaune, corpus lutewn, qui n'est autre chose que le caillot dont j'ai parlé, n'est le pas, comme on l'a prétendu, une masse glanduleuse de nouvelle formation.
J'avoue que les observations que j'ai été à même de faire ne m'ont pas conduit à adopter cette -manière de voir. Sans doute je suis convaincu qu'il existe à chaque époque; menstruelle une disposition analogue à celle qui vient d'être décrite, et trop d'auteurs dignes de foi l'ont observée pour qu'on puisse le révoquer en doute ; mais je pense que le corps jaune qui succède à l'expulsion de l'ovule fécondé diffère du premier, et persiste bien plus longtemps que lui. En effet je l'ai rencontré quelques semaines après l'accouchement, c'est-à-dire dix moisaprès la sortie de l'ovule, et avec la disposition que j 'ai retracée dans la figure \ 2. Si ce corps eût daté simplement de la dernière époque menstruelle^jileûtcomplétementdisparu. Cette opinion sur le corpus luteum, je l'avais déjà manifestée dans la première édition de cet ouvrage i. Je la livre de nouveau à l'examen des physiologistes.
Ovaire ouvert.
1 Paris, 1842.
DE L' UTERUS. 2 7
ARTICLE II
DES TROMPES nTÉIlINES.
Les trompes utérines sont deux conduits placés dans l'épaisseur du ligament large. Ces conduits, qu'on nomme encore trompes de Fallope, s'étendent depuis les angles supérieurs de l'utérus jusque sur les côtés de l'excavation du petit bassin. Flottantes, en quelque sorte, dans le petit bassin, entre les ovaires qui sont en arrière, et les ligaments ronds qui sont en avant, elles tiennentà l'extrémité externe de l'ovaire par un petit prolongement ; la longueur des trompes, qui est de II à 15 centimètres, varie quelquefois d'un côté à l'autre. Leur calibre, extrêmement étroit dans leur moitié interne, s'élargit notamment dans leur moitié externe, jusqu'à'leur orifice externe, appelé orifice libre de la trompe, circulaire, très-dilatable.
Cet orifice est entouré par le pavillon de la trompe, corps frangé, dont une des dentelures, plus longue que les autres^ va se fixer à l'extrémité externe de l'ovaire.
L'orifice externe de la trompe peut admettre un stylet, tandis que l'orifice utérin, à peine visible à l'œil, peut à peine recevoir une soie de sanglier.
Le péritoine forme la tunique externe de la trompe ; en dedans elle est tapissée par une muqueuse qui, faisant suite à la muqueuse utérine, se continue avec une membrane séreuse, \e péritoine, chose exceptionnelle et unique. L'usage de la trompe est de s^appliquer sur l'ovaire à l'aide de son pavillon pendant le coït, pour recevoir l'ovule et le conduire jusque dans la cavité de l'utérus : probablement aussi remplit-elle le même usage à chaque époque menstruelle.
ARTICLE III
DE l'utérus.
L'utérus, ou matrice, est la poche de dépôt oîi doit se développer l'ovule fécondé, depuis le moment où il est apporté par la trompe jusqu'au moment de son expulsion.
L'utérus (fig. 13), dans l'état de vacuité, est situé dans le bassin, sur la ligne médiane, entre la vessie (2) et le rectum (3), au-dessous des circonvolutions intestinales, et au-dessus du vagin qui lui fait suite, maintenu de chaque côté par des ligaments larges. Ses dimensions, après la puberté, sont, pour le diamètre vertical, 7 k 8 centimètres; pour le transverse mesuré au fond, 3 centimètres et demi à 4 cen-
Fis. 13.
timètres; mesuré au col, 1 centimètre et demi; enfin son épaisseur est de \ centimètre un quarts et l'épaisseur de ses parois a un peu
plus d'un demi-centimètre; sa consistance est celle d'un tissu ferme; sa direction est conforme à celle de l'axe du détroit supérieur.
Le poids de l'utérus est de 30 grammes chez les filles pubères, de 40 à 60 grammes chez les femmes qui ont eu des enfants ; au terme de la grossesse^ il est de 750 à 1,500 grammes, abstraction faite du poids du produit, de ses annexes et du liquide amniotique.
Considéré à l'extérieur, l'utérus est piriforme, aplati un peu d'avant en arrière, à base en haut et sommet en bas. Sa partie supérieure, et la plus développée, s'appelle corps; la portion inférieure, et la plus étroite, prend le nom de col.
On distingue à la surface extérieure de l'utérus : 1° Une face antérieure convexe et lisse, recouverte par le péritoine dans ses trois quarts supérieurs : elle n'est dans ce point;, avec la vessie, que dans un contact médiat; quelquefois aussi elle en est séparée par des circonvolutions de l'intestin grêle. Dans le quart inférieur de sa hauteur elle est en rapport immédiat avec le bas-fond de la vessie, et lui est unie par un tissu cellulaire assez lâche.
Ce dernier rapport explique la fréquence de la transmission des affections cancéreuses de l'utérus au bas-fond de la vessie.
2° Une face postérieure, recouverte par le péritoine dans toute son étendue, qui est en rapport médiat avec la face antérieure du rectum; des circonvolutions intestinales s'engagent quelquefois dans ce culde-sac postérieur du péritoine qui redescend même assez bas pour tapisser la partie supérieure du vagin (fig. 13).
Cette disposition ne doit jamais être perdue de vue par l'accoucheur, surtout dans l'application du forceps. On comprend, en effet, avec quelle facilité une cuiller, poussée avec force et dans une mauvaise direction, pourrait pénétrer dans la cavité péritonéale en perforant cette mince cloison. Cette face postérieure, beaucoup plus convexe que l'antérieure, peut être facilement explorée par le doigt introduit dans le rectum. De la portion de cette face postérieure qui appartient au col utérin partent deux replis falciformes, qui naissent de chaque côté de la ligne médiane et se portent sur les côtés du rectum.
DE l'utérus. 29
Les bords latéraux de l'utérus, légèrement concaves, donnent attache aux ligaments larges qui maintiennent l'utérus en position et l'empêchent de s'incliner, soit à droite, soit à gauche ; de ces mêmes bords latéraux partent encore les ligaments ronds.
Le bord supérieur, ou fond de l'utérus, convexe, est la base du cône aplati que représente cet organe ; il est recouvert par les circonvolutions de l'intestin grêle ; il n'atteint jamais, dans l'état de vacuité, le niveau du détroit supérieur du bassin. Aussi ne peut-on le sentir avec les doigts qu'en déprimant très-fortement la région hypogastrique; le plus ordinairement même on ne peut l'atteindre.
Enfin, une extrémité inférieure ou col de l'utérus.
§ 1. — Du col de l'utérus.
Le col de l'utérus présente des différences très-remarquables chez la femme, selon qu'elle n'a jamais eu d'enfants ou qu'elle a été mère. Il doit être étudié dans ces deux états différents.
Chez la femme qui n'a jamais été mère, le col de l'utérus estacuminé, un peu renflé à sa partie moyenne, long de 4 à 5 centimètres, épais de 1 centimètre 7 millimètres, et large de 2 centimètres. Il est comme étranglé par une rainure plus profonde en arrière qu'en avant, formée par la muqueuse vaginale qui se réfléchit sur le col, à peu près au point de jonction de son tiers supérieur avec ses deux inférieurs {fig. 17). La partie inférieure du col ou museau de tanche, haute de 2 centimètres et demi à 3 centimètres, est divisée en deux lèvres par une fente transversale qui en est l'orifice externe. Cette fente, chez la jeune vierge, est à peine sensible (fig. 14, 0). Ant. Dubois a comparé avec raison la sensation que le doigt perçoit en la touchant, à celle qu'il éprouverait en touchant la fente qui sépare
Fis. 14.
Fis. 15.
Fig. IG.
les lobules du nez. La lèvre antérieure (fig. 15, 1) est un peu plus épaisse et un peu plus allongée que la postérieure, et cet allonge-
mentparaît d'autant plus sensible au toucher que le fond del'utérus est plus incliné en avant; le col, dans ce cas, étant dirigé en arrière, la lèvre antérieure est plus abaissée, et semble beaucoup plus longue. Cette direction du col est^ du reste, la plus ordinaire, l'axe de l'utérus étant à peu près parallèle à celui du détroit supérieur, qui tombe à l'articulation sacro-coccygienne (fig. 13).
La partie sus-vaginale (fig. il, I, et 15), comprise entre l'insertion vaginale et le corps de l'utérus, forme à peu près le tiers de la longueur totale du col ; sa cavité se continue en bas avec la partie vaginale, et s'ouvre en haut dans l'utérus; elle est douée d'une force très-énergique de rétraction pendant la grossesse. Cette partie a reçu le nom d'orifice interne (fig. 17, 0).
Il est maintenant bien difficile d'assigner une forme et des dimensions exactes au col d'une femme qui a eu des enfants; ce n'est souvent qu'une espèce de tubercule informe et mamelonné qui occupe le haut du vagin, et qui, ouvert par un orifice plus ou moins grand et plus ou moins irrégulier, est d'autant plus court que la femme a eu plus d'enfants. Quelquefois même, le col fait à peine une légère saillie dans le vagin, et on ne le reconnaît plus qu'à la présence de deux tubercules situés au pourtour d'un orifice qui occupe le sommet du vagin. L'orifice vaginal est plus ou moins ouvert; en général, la pulpe du doigt peut s'y introduire. Les deux commissures de cette fente transversale sont plus ou moins déchirées, surtout la gauche. Ces échancrures, plus ou moins nombreuses, plus ou moins profondes, sont des cicatrices qui succèdent aux déchirures faites par le passage du produit au moment de l'accouchement ; elles existent plus souvent à gauche, et sont aussi plus profondes de ce côté, à cause de la fréquence de l'obliquité droite de l'utérus. En efïet, tous les efforts de contraction de l'organe se dirigent le plus ordinairement de droite à gauche et de haut en bas; ils poussent le produit' dans la direction de la commissure gauche du col, qui supporte alors la résultante de ces efforts. Ces échancrures se montrent rarement à la partie moyenne des lèvres; cependant j'ai vu quelquefois le col si compromis par ces déchirures, qu'il ne présentait plus qu'une série circulaire de bourrelets inégaux et allongés.
§ 2. — Be la cavité de l'utérus.
La cavité du corps de l'organe, vue de face, a la forme d'un triangle ; elle est aplatie d'avant en arrière (fig. i"), et, vue de profil, elle ' représente un sillon (fig. 15), parce que ses parois sont contiguës. Elle présente trois angles: deux supérieurs où sont situés les
DE l'utérus. 31
orifices des trompes à peine visibles; un inférieur ou orifice interne (0), qui met cette cavité en communication avec celle du col. La cavité du col est étroite, cylindroïque; elle présente des reliefs penniformes, appelés arbres de vie. Ces ramifications, en forme de feuilles de fougère, disparaissent le plus ordinairement après un premier accouchement, ou du moins il n'en existe que quelques débris. Toutefois il n'est pas très-rare de les trouver dans leur état d'intégrité , môme après plusieurs accouchements. M. Cruveilhier fait remarquer l'importance de cette circonstance en médecine légale. La surface interne de l'utérus est bien plus vasculaire dans son corps que dans son col; cette différence s'observe surtout chez les femmes qui ont succombé pendant la période menstruelle. Le col, dans ce cas, a conservé sa blancheur et sa densité accoutumées, tandis que le corps de l'utérus est ramolli et gonflé.
Cette disposition explique comment le défaut de rétraction de l'orifice interne (je ne parle pas de l'orifice externe, il est toujours béant après l'accouchement) n'entraîne pas après lui une hémorrhagie, tandis que cet accident se manifeste toujours dans le cas d'inertie du corps de l'organe.
La cavité utérine présente encore des follicules, prétendus œufs de Naboth, qui ne sont que des cryptes muqueux oblitérés à leur orifice. Cette disposition est bien plus manifeste après l'accouchement (fig. 49).
Structure. — La dissection de la matrice montre de dehors en dedans, savoir, par ordre de supposition : 1° Une portion de péritoine qui l'enveloppe presque entièrement, ainsi qu'on a pu en juger plus haut, excepté cependant dans le quart inférieur de sa face antérieure, dans ses bords latéraux et dans la partie vaginale de son col. Sur les côtés, cette membrane forme deux replis (ligaments larges). Les feuillets antérieur et postérieur de ces ligaments, appliqués l'un contre l'autre, contiennent les vaisseaux et nerfs utérins et ovariques, avec quelques faisceaux ou fibres musculaires ; leur bord supérieur est divisé en trois replis ou ailerons qui contiennent le ligament rond, la trompe et l'ovaire. On voit aussi en arrière et en avant del'utérus deux petits replis falciformes, que madame Boivin nomme ligaments antérieur et postérieur de l'utérus. 2° Au-dessousd'elleest le tissu propre de la matrice; celui-ci est grisâtre, dense, résistant,
criant sous le scalpel, surtout au col, d'apparence fibrillaire en état de vacuité, et musculaire pendant la grossesse. C'est donc chez de nouvelles accouchées qu'il faut examiner le tissu propre de l'utérus; car, à cette époque, o n peut y distinguer même la direction des fibres musculaires. On reconnaît : d° dans le corps une couche superficielle, mince, composée d'un faisceau médian vertical, qui occupe l'une et l'autre face de l'utérus; ce faisceau médian paraît résulter du redressement des fibres obliques; !2° des fibres ascendantes et descendantes, qui résultent de l'épanouissement des fibres qui viennent des trompes utérines, du ligament des ovaires et des ligaments ronds (fig. 18) ; ces fibres obliques se redressent pour de-
Fis. 18. — utérus à terme.
Fig. 19. — Surface intérieure de l'utén retourné après V accouchement.
venir verticales vers laligne médiane et s'entre-croiser avec celles du côté opposé ; les fibres les plus superficielles de cette couche, qui appartiennent seulement au corps de l'utérus, s'enlèvent ordinairement avec le péritoine; 3° la couche profonde, composée de fibres circulaires, disposées suivant deux séries concentriques (fig. d9), appartenant pour ainsi dire à deux tourbillons, en forme de cône, qui sont prolongés par les trompes, et au centre desquels s'ouvre de chaque côté l'orifice de la trompe. La base de ce cône regarde la ligne médiane et vient se confondre avec celle du côté opposé.
En voyant cette disposition, an est conduit à reconnaître que le corps de l'utérus, chez la femme, résulte évidemment des deux aduterum réunis que présentent les femelles des autres mammifères.
Le col est presque entièrement composé de fibres circulaires qui s'entre-croisent à angles très-aigus.
Enfin, l'intérieur est tapissé par une membrane muqueuse, dont l'existence, à vrai dire, n'avait pu être démontrée jusqu'à ce jour
DE l'utérus.
par le scalpel, mais que l'analogie, l'anatomie comparée et l'état pathologique conduisent nécessairement à admettre. Les recherches de E. H. Weber viennent de rendre évident ce fait anatomique.
Dans la figure 20, que nous devons à cet auteur, la matrice est représentée de profil; la membrane interne de l'utérus, au commencement de la grossesse, montre la disposition des glandes utérines d, d, (/, et leurs orifices a,a, ak la surface interne de l'organe, avec un grossissement de deux diamètres.
E. H. Weber, d'accord avec Sharpey, ne décrit que les follicules simples, tubulaires (fig. 20), observés sur la muqueuse utérine de la femme trèspeu de temps après la conception. Il n'a jamais observé chez la femme, dans ces follicules, ni dilatation ni division en deux ou trois branches, comme chez le chien; quelques-uns présentent seulement, en se terminant dans la substance de l'utérus, deux ou trois petits
culs-de-sac. Avant la conception, ces glandes tubulaires n'ont jamais pu être aperçues par cet observateur, sans doute à cause de leur petitesse, mais leur existence est probable, puisqu'elles se rencontrent chez le chien et chez d'autres animaux.
Le docteur Sharpey pense que ces glandes sécrètent pendant la grossesse un fluide qui est probablement absorbé par les vaisseaux du fœtus, et lui sert de nourriture.
Goodsir croit que ce produit de sécrétion constitue l'hydropérione de Breschet.
La matrice reçoit des artères utérines venant de l'hypogastrique et des ovariques ; elle fournit des veines qui, développées dans la grossesse, apparaissent à la coupe comme les veines sus-hépatiques aux coupes transversales du foie, c'est-à-dire presque réduites à la tunique propre et adhérentes au tissu de l'organe.
Les artères utérines proprement dites sont très-volumineuses com parativementaux artères ovariques. Celles-ci s'épuisent en partie en donnant des branches aux ovaires, aux trompes et aux ligaments ronds, et elles ne fournissent que des divisions superficielles à l'u-
ChAILLY. 4e ÉDIT. 3
Fig. 20.
3 4 ORGANES DE Ll GENERATION.
térus. Les premières, au contraire, sont très-grosses, et fournissent pour chaque côté onze ou douze grosses branches, qui pénètrent profondément dans le tissu utérin, et y forment de nombreuses et larges anastomoses. On comprend donc que la compression de l'aorte ait une efficacité complète et constante, et qu'elle arrête à l'instant môme les hémorrhagies foudroyantes après l'accouchement, puisque les artères utérines naissent de l'hypogastrique, c'est-à-dire au-dessous du point comprimé.
M. A. Belin admet que, pendant la compression de l'aorte, il est très-probable que les artères ovariques ou au moins l'une d'entre elles est comprimée; leur origine et leurs rapports anatomiques permettent de le penser.
Les vaisseaux lymphatiques abondent surtout à la surface; ils vont aux ganglions pelviens et lombaires, et communiquent avec ceux des annexes.
Les nerfs proviennent : les uns des plexus rénaux, ceux-là arrivent à l'utérus accolés aux artères utéro-ovariennes; les autres du plexus hypogastrique. Ceux-ci sont formés par quelques branches antérieures des nerfs sacrés, et par des branches provenant des ganglions lombaires du grand sympathique.
M. Boulard fils m'a communiqué des recherches inédites et trèsintéressantes sur la question si obscure et si controversée de la distribution des nerfs dans l'utérus. M. Boulard combat le travail de Bobert Lee, qui a décrit et dessiné un nombre infini de rameaux nerveux dans la substance de.l'utérus, et il se range du côté de Lobstein et de Beck, qui n'ont pu suivre ces divisions si ténues. Voici d'ailleurs les résultats de la dissection de douze matrices prises dans diverses conditions :
\° Les nerfs de l'utérus viennent du plexus hypogastrique, du ganglion ou anneau nerveux qui entoure l'urètre à son entrée dans la vessie, des dernières paires sacrées, et du plexus mésenlérique inférieur. Enfin M. Boulard a constamment trouvé à droite un nerf assez volumineux relativement, qui se détachait du plexus lomboaortique. Suivant cet observateur,
2" Les nerfs de l'utérus sont en très-petit nombre.
3° Ces nerfs sont très-fins.
4° Contrairement à l'opinion deW. Hunter, ces nerfs n'augmentent pas de volume pendant la grossesse. Sur un utérus de femme morte en couches, il a pu se convaincre qu'on prend facilement des filets cellulaires ou des fibres musculaires pour des rameaux nerveux.
5° Sur un utérus d'enfant, les éléments sont tellement serrés les uns contre les autres, qu'ils semblent former une véritable membrane
DE l'utérus. 3 5
nerveuse d'où partent des nerfs très-grôles. Chez la femme adulte, ces éléments sont plus écartés ; chez la femme enceinte, ils forment des mailles plus grandes, et les filets qui en émanent paraissent encore plus grêles que chez l'adulte.
6" Les branches utérines suivent en partie les divisions artérielles, et sont constamment accompagnées par une artériole très-lîne. Elles se rendent dés bords de l'utérus sur les deux faces et sur le fond, mais il est impossible de les suivre dans les profondeurs du tissu organique, elles se brisent sous le plus léger effort.
7° M. Boulard n'a jamais trouvé ni ganglions ni plexus utérins.
8° Quant au col utérin, il est convaincu que la portion vaginale n'est pas plus dépourvue de nerfs que le reste de l'organe. Il croit avoir saisi un filet jusque sur la lèvre antérieure du museau de tanche.
M. Jobert de Lamballe a admis que les nerfs arrivés sur la partie supérieure du col à son insertion vaginale se replient immédiatement sur le vagin, et semblent complètement abandonner le museau de tanche (partie vaginale du col). Cependant on ne peut admettre que cette partie soit entièrement privée de nerfs, et si le museau de tanche est souvent insensible même à la cautérisation au fer rouge, c'est qu'il ne reçoit qu'une petite quantité de filets nerveux.
On a attribué au col, considéré dans son ensemble, une prédominance de sensibilité sur le corps de l'organe, en raison de ce que le col reçoit des nerfs qui émanent du plexus sacré ; le fait est hors de doute, mais il ne me paraît pas bien interprété : c'est la partie sus-vaginale qui jouit seule de cette sensibilité exquise, souvent trèsexagérée au moment de Paccoucbement. La partie vaginale, au contraire, n'y participe en aucune manière, hors l'état pathologique bien entendu; et si au moment de l'accouchement on a pu croire à une sensibilité constante du col vaginal (fait qui n'est cependant qu'exceptionnel), c'est que dans ce moment, le col étant effacé, on a cru que la sensation perçue par la partie sus-vaginale l'avait été par la partie vaginale.
Développement. — Dans le principe, l'utérus de la femm.e est bicorne, comme celui des mammifères ; son corps est à peine développé, tandis que les trompes sont très-dilatées à leur extrémité inférieure. A mesure que l'embryon avance en âge et que l'utérus se développe, les trompes utérines se rétrécissent, la disposition bicorne tend à s'effacer, et disparaît bientôt complètement.
Le col prédomine aussi, tandis que le corps de l'utérus reste longtemps à l'état rudimentaire, à tel point qu'à la naissance il représente seulement le quart de l'organe ; un peu avant la puberté il n'en
forme encore que la troisième partie, ce n'est qu'après cette époque qu'il égale le col ou môme lui devient supérieur. Ce développement du corps est en rapport avec la menstruation, dont le siège serait, suivant M. Cruveilhier, dans le corps seulement. Deux faits cités par cet habile anatomiste confirment cette manière de voir. Dans l'un, il y avait absence complète de menstruation chez une femme dont l'utérus était plein, sans cavité; dans l'autre, chez une femme morte pendant la menstruation, la muqueuse du corps de l'utérus était molle et considérablement injectée, tandis que le col ne participait pas à cette turgescence.
L'état de grossesse et l'accouchement impriment à l'utérus des modifications qui permettent toujours de reconnaître l'utérus d'une femme qui a conçu. — Chez la femme qui a eu des enfants, suivant Blandin, la matrice reste plus grosse, son corps reste plus développé relativement au col, son col est placé moins haut au-dessus de la vulve, ses vaisseaux et ses nerfs sont plus gros et plus flexueux que chez celle qui n'a pas été mère.
Le col est aussi notablement modifié par l'accouchement : il devient plus étroit à sa partie moyenne qu'à ses extrémités; les ramifications penniformes s'effacent ordinairement ; l'ouverture du museau de tanche redevient transversale, et ses lèvres sont plus ou moins divisées, suivant que les grossesses ont été plus ou moins répétées.
Usages. — L'utérus reçoit le germe fécondé, s'unit à lui, lui fournit les matériaux de sa nutrition pendant le temps de la gestation, après quoi il réagit sur lui, s'en sépare, et le rejette au dehors.
§ 3. — Des ligaments larges et des ligaments ronds de Tutérus.
Les ligaments larges sont deux replis quadrilatéraux formés par le péritoine et transversalement étendus des bords de l'utérus aux parois latérales de l'excavation. Les ligaments larges sont sur le même plan que la face antérieure de l'utérus ; ils s'attachent à la lèvre antérieure des bords de cet organe, laissant derrière eux toute l'épaisseur de ces bords.
Le bord supérieur des ligaments larges se divise en trois replis ou reliefs, formés l'un en arrière par les ovaires et leurs ligaments, l'autre en avant par le ligament rond, le troisième et moyen par les trompes; celui-ci est le plus considérable, le plus élevé, et constitue véritablement le bord supérieur des ligaments larges.
Ces ligaments divisent donc la cavité du petit bassin en deux parties, dont l'antérieure contient la vessie et la postérieure le rectum,
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et souvent quelques anses de l'intestin grêle, et une portion de l'S iliaque du côlon.
Je ne parlerai pas ici des ligaments de l'ovaire qui partent des bords de l'utérus et qui ont été décrits plus haut.
Les ligaments ronds (cordons sus-pubiens) sont deux faisceaux qui lient l'utérus à la région pubienne; ils s'étendent des parties antérieure, supérieure et latérale de cet organe vers les aines et le mont de Vénus. Ils sont gros à peu près comme une plume de corbeau. Celui du côté droit est un peu plus court que celui du côté gauche.
Ces ligaments, en quittant l'utérus, se portent en avant et en dehors, croisent obliquement le muscle psoas, en rampant sous le péritoine, et s'engagent dans le canal inguinal, le parcourent dans toute son étendue, et s'épanouissent au sortir de cet anneau en se confondant avec la partie voisine de l'aponévrose fascia super ficialis. Ils se trouvent ainsi en rapport immédiat avec le pénil, les aines et les lèvres de la vulve, parties auxquelles appartient cette aponévrose.
Le ligament rond est constitué par des fibres longitudinales, que quelques anatomistes modernes ont considérées comme appartenant au tissu jaune élastique, mais qui sont évidemment une émanation des libres utérines. La structure de ces fibres est surtout évidente pendant la grossesse.
Chez le fœtus, et même souvent après la naissance, les ligaments ronds sont accompagnés, dans le trajet inguinal, par un prolongement du péritoine tout à fait analogue à celui qui accompagne le cordon testiculaire, lorsque le testicule a franchi l'anneau. Ce prolongement ou gaîne cylindroïde, connu sous le nom de canal de Nuck, mais dont l'usage est si difficile à expliquer, finit par s'oblitérer, quelquefois il reste ouvert. M. Cruveilbier s'appuie sur ce fait pour expliquer comment l'observation lui a permis de constater, contrairement à l'opinion généralement reçue, un assez grand nombre de hernies inguinales chez la femme. Suivant cet auteur, ce nombre égalerait celui des hernies crurales.
Les cordons sus-pubiens ont pour usage de fixer l'utérus, et de prévenir ses déplacements.
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