CHLORO-ANÉMIE
contre les hémorrhoïdes par cause mécanique, et chez les femmes faibles, à fibre molle, que l'on ne craint pas de stimuler un peu.
Malgré le traitement le mieux dirigé, les hémorrhoïdes, surtout celles qui ne fluentpaSj ne disparaissent quelquefois qu'après l'accouchement, lorsque les lochies se sont établies ; M. Gendrin n'admet 1 eur persistance, après l'accouchement et le retour des règles, que lorsqu'il y a des prédispositions accessoires.
§ 3. — llémori-Iiagies pendant la grossesse.
Voyez Avortemenf.
§ 4. — Ckloi'o ^anémie.
Dans ces derniers temps, M. Cazeaux,. prenant pour point de départ les belles recherches de MM. F. Hatin, Andral et Gavarret sur la composition du sang, a signalé tout particulièrement un état chloro-anémique particulier aux femmes enceintes, et s'est élevé contre l'abus que beaucoup de médecins font, encore aujourd'hui, de la saignée. Cette publication a été, sans contredit, d'une grande utilité, en faisant pénétrer la lumière là oiirègnent la routine et le préjugé; mais il n'en faudrait pas conclure que l'indication des toniques, des stimulants, et même du fer, ait été méconnue par les véritables médecins avant les travaux des hématologues : ces travaux n'ont fait que confirmer et préciser avec plus de netteté ce que la pratique admettait depuis longues années. Nous craignons aussi que M. Cazeaux n'ait trop oublié qu'il exerçait dans une grande ville, oàabondent les influences débilitantes, et qu'il n'ait trop généralisé l'existence de la chloro-anémie chez les femmes enceintes; nous craignons surtout qu'il n'ait proscrit la saignée d'une manière trop générale.
Les plus anciens auteurs, tels que Guillemeau (1), ne conseillent la saignée quen petite quantité et non à coup, mais plutôt réitérée ; ils conseillent surtout les toniques, tels que la poudre de bézoard, le tonique le plus énergique de l'époque.
Mauriceau ^, Lamotte ^ recommandent une grande réserve à l'égard de la saignée.
Boerhaave dit ^: Intérim cardiaca summi usus sunt. Van-Swieten, son commentateur, ajoute ^ : « Que les femmes enceintes éprou-
1 Œuvres chirurgicales, p. 281. Articles Palpitations, Tressaillements du coeur, Défaillance.
2 Maladies des femmes grosses et de celles qui sont accouchées. Paris, 1740, liv. I^''.
3 Traité complet de l'art des accouchements. Paris, 1765, liv. !''■', chap. xv. ■'' Aphorisme 130.
■'' Commentarii in H. Boerhaavii Aphorismos, p. 475.
« vent souvent beaucoup de langueur, surtout dans les premiers « mois, état qui, de l'avis de tous les médecins, doit être combattu (( par les toniques et les fortifiants de toute espèce, et notamment « par la poudre de cannelle infusée dans le vin, le sirop d'écorce (( d'oranges amères, etc., etc. » John Burns *, est encore plus explicite : il conseille les toniques de toute nature, pour remédiera cet état, le fer en première ligne ; il repousse la saignée.
MM. Bouillaud, Honoré et Piorry n'ont cessé de s'élever contre l'abus de la saignée dans ces cas, et je leur ai entendu bien souvent établir le diagnostic différentiel entre ces deux états de la grossesse si souvent pris l'un pour l'autre.
Maintenant, en voulant combattre l'étrange abus qu'on faisait de la saignée, surtout dans les campagnes, prenons garde de ne pas tomber dans un excès contraire. Déterminons d'une manière exacte les cas où la saignée est nécessaire et ceux oii elle doit être proscrite, mais ne disons pas qu'il est fort rare qu'on soit obligé de recourir aux émissions sanguines pendant la grossesse. Les occasions de pratiquer la saignée pour la pléthore générale sont rares dans les villes, je le reconnais; mais, restreintes dans les limites de certaines indications spéciales, elles sont encore assez fréquentes, s'il s'agit surtout des petites saignées. Ainsi, quand l'enfant n'exécute que des mouvements rares, la veine est à peine ouverte que l'activité des mouvements renaît. Un léger écoulement sanguin se manifeste-t-il à l'époque correspondante à celle des règles, une petite saignée révulsive empêche Pavortement, en détruisant cet effet de la pléthore locale.
En résumé, on saignait beaucoup trop, on saignait alors qu'il fallait s'abstenir; prenons garde d'outre-passer le but par l'exagération d'une vérité utile, et craignons d'empêcher de saigner jamais ceux qui saignaient toujours.
Le diagnostic de la chloro- anémie n'est pas toujours sans difficulté, lorsque la maladie est encore assez peu avancée, pour ne se déceler que par des troubles fonctionnels ; il faut prendre garde d'attribuer à la pléthore la céphalalgie, les palpitations et quelquefois même des accidents utérins, tels que lassitude, douleur des cuisses, etc. La saignée accroîtrait le mal, tandis que le fer, les amers, le quinquina Tamendent et le guérissent au grand profit de la mère et de l'enfant. La décoloration de la peau, et surtout des muqueuses, les bruits de souffle du cœur et des, artères, les heureux résultats obtenus par les toniques, permettront de confirmer le diagnostic.
fi Tlui principles of midwifery, 9^ édit. Londres, 1837. Traduit en français Paris, JSiO, p. 170 et suiv.