DES VERTIGES, DES ÉBLOUISSEMENTS, DE LA SYNCOPE
Dans le dernier cas, c'est à l'hygiène que l'accoucheur doit avoir recours.
La valériane, à la dose de 50 centigrammes à 1 gramme, en suspension dans un verre d'eau sucrée, aromatisée avec l'eau de fleur d'oranger; le sirop de thridace, de pavot blanc, des bains tièdes. seront employés avec avantage ; on pourra aussi administrer quelque peu de digitale en poudre, à la dose de 5 à 20 centigrammes ; en teinture, dix à vingt gouttes par jour.
§ 12. — Des vertige»!; des éblouissciuents, de la syncope.
Ces accidents peuvent être déterminés par un état pléthorique général; dans ce cas, la saignée est indiquée. Mais ils peuvent se manifester sans cause connue. Les femmes faibles, nerveuses, tombent en syncope sous l'impression de la cause la plus légère. La joie, la colère, une odeur agréable ou repoussante, la vue d'une personne qu'elles aiment ou qui leur déplaît, peut donner lieu à cet accident. Il en est de même de la première sensation des mouvements actifs chez une femme qui désire depuis longtemps être mère. La syncope peut se reproduire souvent, surtout dans les premiers mois, mais cet état n'est pas de longue durée; et, quoiqu'il paraisse inquiétant pour les assistants, il est, en général, rarement suivi d'accidents. Il est rare aussi que^, dans la syncope, il y ait abolition complète des facultés sensoriales et intellectuelles; les femmes conservent toujours une idée confuse de ce qui se passe autour d'elles. Cependant ces accidents répétés, surtout quand ils s'accompagnent de mouvements hystériformes, peuvent déterminer un travail prématuré auquel on devra s'opposer. Pendant la syncope, la première chose à faire est de coucher la femme horizontalement à terre, si l'on ne se trouve pas à proximité d'un canapé ou d'un lit; c'est le moyen le plus sûr de faire cesser l'accident rapidement. Pendant ce temps, on lui fait respirer des sels, du vinaigre, de l'éther, etc. ; on lui cingle avec force quelques gouttes d'eau froide sur la figure.
En outre, si la succession des syncopes, si leur durée inspiraient quelques craintes, on tenterait de les prévenir par les toniques, unis aux antispasmodiques, tels que le valérianate de zinc, 5 centigrammes par jour en pilules, etc. On aura soin surtout de s'assurer que les syncopes ne sont pas déterminées par une hémorrhagie interne, circonstance qui nécessiterait des moyens particuliers. (Voyez l'article Avortement et hémorragie interne. Enfin ces vertiges, ces éblouissements devront éveiller toute la sollicitude de l'accoucheur, car ils pourraient être signes précurseurs d'accès d'éclampsie.
§ 13. — ï>e la manie.
La manie qui survient pendant le cours de la grossesse ne nécessite aucun traitement particulier. Le médecin devra environner sa malade de toutes les conditions hygiéniques favorables^ s'attacher à combattre les complications, et attendre la terminaison de l'accouchement, qui souvent fera disparaître la maladie. Du moins, c'est l'avis d'Esquirol ^ : toute manie qui reconnaît pour cause un trouble dans les fonctions cesse dès que ces fonctions se sont rétablies. La grossesse peut, jusqu'à un certain point, être assimilée à un trouble fonctionnel. J'observe, avec MM. Gendrin et Falret, une jeune dame qui, en 1858^ fut prise de manie au cinquième mois, et au septième accoucha d'un enfant mort. Quinze jours après, trompant toute surveillance, elle se précipitait par la fenêtre du deuxième étage, et, par un bonheur inespéré, elle ne se cassait que deux dents. Elle passa près d'une année chez M. Falret, et aujourd'hui (1860) elle est enceinte de nouveau et arrivée au sixième mois, sans accidents bien caractérisés; mais cependant elle est plus excitée que dans l'état ordinaire.
§ 14. — ises cranspes.
Les crampes des membres inférieurs sont déterminées par la compression que l'utérus exerce sur les nerfs cruraux. L'art ne possède aucun moyen de les prévenir ; seulement, il peut les pallier par des frictions et le massage, au moment de leur apparition.
§ 15. — Mévralgîes.
Les femmes enceintes se plaignent souvent de céphalalgie, de douleurs de dents, de douleurs de reins ^ àe points de côté, de coliques, qui peuvent être le symptôme d'affections différentes, mais qui, le plus souvent, ne sont autre chose que de véritables névralgies. Des matériaux que je dois à l'obligeance de mon ami le docteur Marrotte me permettront, ainsi que je l'ai déjà dit, de donner à cet article plus de développement qu'il n'en reçoit ordinairement dans les traités d'accouchements.
Le mal de tête se montre souvent chez la femme enceinte dès les premiers jours de la conception : aussi quelques accoucheurs ontils voulu voir dans ce symptôme un signe de grossesse. Plus souvent il ne se manifeste pas, ou il n'apparaît qu'à des époques indétermi-
1 Des maladies mentales. ï'nfis, 1838.
NEVRALGIES. 1 7 1
nées, et n'a rien de fixe dans sa durée, dans son intensité et dans son siège. Purement sympathique dans certains cas, et constituant une simple céphalalgie sans caractère déterminé, cet accident se lie, dans d'autres, à la pléthore; dans d'autres, plus nombreux, à l'anémie, à l'état nerveux; mais alors son siège sur un des côtés de la tête, et le plus ordinairement sur l'un des points d'émergence des nerfs sus-orbitaires ou temporaux, ses exacerbations, sa mobilité, etc., ne permettent pas de méconnaître sa nature névralgique.
Les mômes réflexions s'appliquent à ro(/on^fl^^?e; elle est due, dans quelques cas, à une congestion sanguine des mâchoires, à une carie des dents ; mais il est plus ordinaire de rencontrer des douleurs intermittentes qui siègent dans l'une et dans l'autre mâchoire, dans plusieurs dents à la fois, qui s'étendent de l'arcade alvéolaire aux parties voisines, à la face, à la tempe, à l'oreille.
Les émissions sanguines modérées, si l'on soupçonne un peu de congestion alvéolaire, des frictions exercées sur les gencives avec une brosse à dents un peu rude, suffisent ordinairement ; les narcotiques en gargarisme, si la douleur est nerveuse; les applications d'hydrochlorate de morphine, à la dose de 1 à 4 centigrammes par jour, sur la surface dénudée d'un vésicatoire; le sulfate de quinine, s'il y a des intermittences marquées, constituent le traitement de l'odontalgie. Si cette névralgie était due à une carie dentaire, l'extraction de la dent ne devrait être faite qu'autant que la malade en éprouverait des douleurs insupportables. On ne devrait, dans tous les cas, se résoudre à employer ce moyen que si tous les autres avaient échoué. En effet, la commotion, l'ébranlement général que peut déterminer une douleur aussi vive que celle produite par l'avulsion d'une dent, peut déterminer un avortement.
Les douleurs de reins, dont tant de femmes se plaignent pendant la grossesse, ont été expliquées par la compression des branches antérieures des nerfs sacrés; mais ces explications, bonnes pendant le travail et lorsque l'utérus éprouve un abaissement plus ou moins prononcé, n'ont plus de valeur lorsque cet organe est trop élevé pour comprimer les cordons nerveux. La pléthore locale, dans quelques cas, plus souvent une névralgie des plexus du grand sympathique ou des plexus sacrés, en rendent un compte plus satisfaisant.
La nature névralgique des points de côté que les femmes enceintes éprouvent dans différentes parties de l'abdomen ne saurait être mise en doute. Le siège est limité dans un lieu qui, tantôt reste le môme et tantôtvarie, mais qui toujours siège surundespointsd'émergence des plexus lombo-abdominaux et sacrés. La douleur est limitée dans un petit espace ; elle augmente par la pression; elle varie d'intensité;
elle n'est jamais régulièrement continue, et le plus souvent elle revient par accès. Ces points douloureux peuvent être temporaires; ils peuvent aussi se prolonger pendanttouteladuréede la grossesse. J'ai assisté une damequi, chaquefois qu'elle devenaitenceinte, était tourmentée de la môme douleur dans le môme point. Cette circonstance était même devenue pour elle un signe certain de grossesse.
Dans la pluralité des cas, ces névralgies très-communes sont assez peu intenses pour conserver le nom de points de côté, que leur donnent les femmes et les médecins eux-mêmes; d'autres fois elles deviennent plus vives, et sont prises pour d'autres affections. Une des clientes du docteur Marrotte se plaignait à lui d'éprouver de vives coliques dans le ventre; un examen attentif ayant démontré que ces douleurs siégeaient sur un seul côté de l'abdomen, qu'elles occupaient des parties superficielles et des points limités, et enfin qu'elles revenaient par accès périodiques, leur caractère névralgique devint incontestable. Des cautérisations superficielles avec le nitrate d'argent, et quelque doses de sulfate de quinine, triomphèrent de cette complication, qui ne reparut plus. Cette dame n'avait pas éprouvé d'accidents semblables avant sa grossesse.
Ces névralgies ne se bornent pas toujours aux parois abdominales, elles atteignent aussi les parties génitales externes et internes.
Une femme qui était entrée à l'hôpital Sainte-Marguerite, dans le service de M. Marrotte, quelque temps avant de faire ses couches, éprouvait des élancements, non-seulement au niveau des vertèbres lombaires, au niveau des crêtes iliaques antérieure et postérieure, le long du trajet du canal inguinal, mais un point douloureux siégeait dans l'intérieur du vagin, vers le pubis du côté droit, et un autre sur la lèvre antérieure du col même de l'utérus.
L'expression de coliques dont se servent un certain nombre de femmes, pour caractériser ces accès, porte à penser que cela a lieu plus souvent qu'on ne le suppose, et que ces accès sont accompagnés d'un peu de ténesme utérin.
L'existence de la névralgie dans l'utérus lui-même explique encore la sensibilité excessive de certaines femmes aux mouvements de l'enfant. Le caractère du mal est méconnu, parce qu'habituellement les douleurs restent sourdes; mais il y a des cas où il ne peut échapper à un examen attentif : c'est ce qui arriva dans une observation recueillie à l'hôpital par un des élèves de M. Marrotte, et sous son inspiration.
Une femme de vingt-huit ans, enceinte de huit mois, la nommée Mongrolle, entra à l'hôpital Sainte-Marguerite le 6 janvier 1851, se plaignant de douleurs excessivement fortes dans l'abdomen. Elles avaient été précédées de douleurs du même genre, ayant pour siège